‹ Iconographie chrétienneChapitre 124 sur 141 · TIMOR. BENEDICTIO · texte numérisé non relu

TIMOR. BENEDICTIO

La force et la sagesse sont les seuls noms communs aux deux textes. La force est à la même place, au milieu, dans l'un comme dans l'autre; mais la sagesse est à la première place dans Isaïe et à la troisième dans l'Apocalypse. Quant aux autres noms, ils diffèrent assez notablement pour qu'on ne puisse pas les trouver tous analogues. On comprend que la sagesse, mise en tête des sept dons par Isaïe, puisse s'appeler la vertu par excellence, puisqu'elle en est la plus haute ex-

' Apocalyp. cap. v, v. 6 et 12. « Vidi.... Agnum stantem tanqiiam occisum, habentem (1 cornua seplem et oculos septem, qui sunt septem spirxtus Dei missi in omnem terram. « — Dif'nus est Agnus , qui occisus est, accipere virtulem , et divinitatem , et sapientiam , «et fortitudinem , ethonorem, el gloriam, et benedictionem. »

pression. Mais entre crainte et bénédiction , entre gloire et piété, entre science et honneur, on ne saisit pas bien le rapport, si ce n'est que la bénédiction peut être cause de la crainte , et que l'honneur et la gloire sont la conséquence, le produit de la science et de la piété. Quant à l'intelligence d'Isaïe, elle est appelée la divinité par l'Apocalypse ; ce fait viendrait -il en aide à ceux que nous avons donnés pour prouver que l'Esprit divin était le dieu de l'intelligence et non de l'amour?

Quoi qu'il en soit , si des différences aussi notables se'constatent entre la prophétie d'Isaïe et l'Apocalypse de saint Jean, il faut s'attendre à en trouver quelques-unes dans les sculptures et peintures qui représentent les sept esprits, les sept colombes environnant Jésus. A la Sainte-Chapelle de Paris, dans Notre-Dame de Chartres, dans l'église de Breuil, village de l'arrondissement de Reims; dans l'église de Saint-Denis, on voit, peint sur des vitraux, ce sujet du Christ entouré des sept colombes. Les manuscrits à miniatures offrent fréquemment le même motif exécuté depuis le xif siècle jusqu'au xvf . Mais rarement chaque colombe porte son nom; en sorte qu'on ne peut dire avec certitude que la première est l'esprit de sagesse, la seconde l'esprit d'intelligence et ainsi des autres ^ Un manuscrit , qui est de la seconde moitié du xiii'' siècle ^, offre les esprits qui sont nommés tous les sept et disposés en arcade autour de Jésus. A gauche, en montant, on a les esprits de conseil, d'intelligence et de sagesse; à droite, en montant, on a les esprits de force, de science et de piété. L esprit de crainte do-

' A Chartres, au vitrail de droite du portail occidental, et à Saint-Denis, vitrail de l'abside, bas-côté de droite, les noms sont écrits autour du médaillon qui environne chaque colombe, mais en caractères trop fins ou trop effacés pour que j'aie pu les lire; j'y ai cependant apporté la plus extrême attention et j'y suis revenu à diverses reprises.

^ Vergier de Solas, Suppl. fr. ii^ , in-fol.

mine à la clef, au sommet de l'arcade. Cet esprit semble donc s'appuyer à gauche sur la sagesse et à droite sur la piété, tandis qu'il paraît poser les pieds sur le conseil et la force. L'intelligence et la science , en regard Tune de l'autre , sont au milieu. Dans cet ordre, c'est la crainte qui est la vertu suprême, disposition tout hébraïque et toute conforme à la religion juive , où la peur de Dieu est imposée aux hommes, de même que l'amour est la loi fondamentale de la religion chrétienne. Ceci est en tête d'un arbre de Jessé qui porte à son sommet la Vierge tenant Jésus.

En face de cet arbre, dans le même manuscrit, la Vierge tient encore l'enfant Jésus , et les sept colombes environnent également l'enfant dieu. Les noms accompagnent les colombes; mais leur ordre est différent. Disposées en arcade, comme les claveaux d'une archivolte, les colombes partent de la naissance de l'arcade, à gauche, et montent au sommet, où se trouve la quatrième colombe ou vertu, pour continuer et descendre jusqu'à la naissance de l'arcade à droite. Dans cette disposition, on suit l'ordre d'Isaïe. A la gauche, qui est inférieure à la droite, et dans le bas, qui est moins honorable que le haut, se pose la colombe de la crainte ; puis paraissent celles de la piété, de la science, de la force, du conseil, de fintelligence et de la sagesse. Il faut regretter que la sagesse soit à la fin; mais cette arcade a été considérée comme une ligne droite, horizontale, et, dans ce cas, on est complètement d'accord avec Isaïe , qui met la sagesse en tête et la crainte à l'extrémité opposée.

Enfin le même manuscrit présente, dans une curieuse miniature, une roue morale coupée en sept rayons et composée de plusieurs cordons concentriques. Les rayons forment sept compartiments où sont placés , en divers cordons , une des

sept demandes de l'oraison dominicale, un des sept sacrements , une des sept armes spirituelles de la justice , une des ^ept œuvres de miséricorde, une des sept vertus, un des sept péchés capitaux et l'un des sept dons du Saint-Esprit ^ A prendre tous ces cordons, cette roue ressemble à une cocarde multicolore et plissée de sept plis; à ne prendre que le cordon des sept esprits de Dieu, c'est comme le cadran d'une horloge, cadran qui serait divisé en sept et non en douze heures ou degrés. En suivant l'ordre de ce cadran, on lirait, sur cette miniature, l'intelligence à la première division, la crainte à la sixième et la sagesse au point culminant ; les autres sont disposés dans des espaces intermédiaires et s'asservissent à l'ordre d'Isaïe. Ainsi là, contrairement au premier tableau, c'est la sagesse qui domine, et non la crainte, comme le prophète paraît le vouloir; la crainte est complètement soumise.

Il ne serait pas très-utile de s'arrêter plus longtemps sur ce sujet , quoique curieux et fécond en déductions historiques et en inductions morales. Nous dirons seulement que pour être conséquent avec la nature du Saint-Esprit, qui est l'intelligence, il faudrait, en représentant les sept colombes, mettre

* Reiner, bénédictin du xiii' siècle, a composé sept hymnes en l'honneur du Saint- Esprit. Le nombre sept est un nombre sacré au moyen âge. Les auteurs de cette époque font remarquer avec un plaisir profond qu'il y a sept dons du Saint-Esprit, sept sacrements, sept planètes, sept jours de la semaine, sept branches au chandelier de Moïse, sept arts libéraux, sept églises d'Asie, sept sceaux mystérieux, sept étoiles et sept trompettes symboliques, sept tètes du dragon, sept joies et sept douleurs de la Vierge, sept psaumes de la pénitence, sept péchés mortels, sept heures canoniales. Les mystiques donnent des explications sur tous les nombres, mais sur le nombre sept spécialement; ils font, par addition et par soustraction, une arithmétique des plus bizarres. (Voyez surtout Bède, Rhaban Maur et Guillaume Durand.) « Septenarius numerus est numerus universitalis 1) , dit Jacques de Vorage, Legenda aarea. De sanctis Macliabaeis. — Mahomet lui même dit, dans le Koran, ch. ii, verset 27 : «Dieu se porta vers le ciel et en forma sept cieux. » Dieu, suivant Mahomet, divisa le ciel en sept cieux ou sept<;ouches concentriques et superposés comme les pellicules de l'oignon.

l'intelligence à la place souveraine, la crainte et la force à la place tout à fait inférieure, la piété et la sagesse au-dessus de la crainte et de la force ; enfin , comme approchant de plus près fintelligence et comme lui servant d'appui, la science devrait être à gauche et le conseil à droite de cette vertu suprême et qui les résume toutes. On aurait ainsi, à la base, le génie de la force, au milieu, celui de l'amour, et au sommet celui de la raison. Dans une cathédrale, à l'abside, on fait rayonner d'ordinaire sept chapelles, comme à Reims, comme à Chartres : supposez que les deux premières chapelles, à gauche et à droite, sont dédiées à la crainte et à la force; les deux suivantes, celle de gauche à la piété, celle de droite à la sagesse; les deux suivantes à la science et au conseil, et enfin, celle qu'on nomme chapelle de là Vierge, qui est la principale chapelle, la plus longue et la plus riche, consacrée à l'intelligence. Tel serait l'ordre logique. Du reste, on s'écarterait ainsi de la disposition voulue par Isaïe.

Quand la place ne s'y oppose pas, quand les dispositions ont été bien prises, on représente toutes les sept colombes; mais, dans le cas contraire, on ne se fait pas scrupule d'omettre deux, trois, quatre colombes et de n'en figurer que cinq, quatre ou même trois seulement. Les artistes du moyen âge ne s'embarrassaient pas pour peu : lorsqu'ils avaient à représenter les douze vertus principales, les douze mois de l'année, les douze apôtres, les vingt- quatre vieillards de l'Apocalypse, et que la place, mal calculée, leur faisait défaut, ils n'en sculptaient ou n'en peignaient que les deux tiers, la moitié ou un tiers seulement, suivant l'occurrence. Par contre, lorsqu'ils avaient trop de place, ils mettaient trente vieillards, quinze mois, vingt vertus ; ils répétaient une , deux et même trois fois le même cordon de patriarches, de rois, de martyrs, de

vierges ^ Il en est ainsi pour les esprits de Dieu. A Chartres, dans la nef de la cathédrale, au côté du nord, un vitrail représente Marie tenant devant elle Jésus qui est inscrit dans une auréole circulaire; là, six colombes blanches et non pas sept (la place manquait) viennent converger vers l'enfant divin.

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