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SAINT-ESPRIT EN HOMME ET EN COLOMBE

Sculpture française du xvi' siècle.

On dirait que le Saint-Esprit est un chevalier qui porte le faucon au poing ^ Il faut encore ajouter que, jusqu'à la fin

^ Ce dessin est pris sur une sculpture de l'église de Verrières (département de l'Aube), dont nous avons déjà parlé. Les personnages de cette scène, qui représente le couronnement de la Vierge par la Trinité, sont fort médiocres; mais on les a gravés avec une rigoureuse exactitude. Le dessin original est de M. Fichot. Souvent, pour des représentations analogues où est figuré le couronnement de la Vierge par Dieu le père ou par Dieu le fils, on lit en texte ces versets du psalmiste : «Posuisti in capite ejus coro- « nam de lapide pretioso. » [Psal. xx, v. 4) «Gloria et honore coronasli eum (eam). » {Psal. VIII, v. 6.) Ces textes s'appliquent également à Dieu le père lorsqu'il couronne son fils ressuscité et remonté au ciel.

du xiv^ siècle, le Saint-Esprit homme a toujours de trente à quarante ans; mais, à partir du xv^ jusqu'à la moitié du xvI^ il prend tous les âges. Enfin, depuis i55o, à peu près, jusqu'à nos jours, la colombe reprend le droit exclusif qu'elle avait primitivement de représenter le Saint-Esprit; dès lors l'homme disparaît. Le Saint-Esprit homme était tellement oublié, surtout de notre temps, que plusieurs personnes s'étonneront certainement d'en voir ici des représentations.

La colombe seule a symbolisé le Saint-Esprit tant qu'on s'est inquiété à peu près exclusivement de l'histoire , et tant que la raison pure ou l'argumentation philosophique ne fut pas admise dans la théologie. L'histoire évangélique déclarait positivement que le Saint-Esprit, au baptême de Jésus, avait apparu sous la forme d'une colombe ; ce fut en colombe qu'on le représenta. Mais quand le raisonnement, quand les arguments tirés de la raison, et non plus de l'histoire seulement, envahirent la théologie; quand la théologie, pure d'abord , finit par se faire scolastique avec Anselme de Laon , Guillaume de Ghampeaux, Abailard, et les autres qui l'ont précédé ou suivi, alors, même pour la forme, le Saint-Esprit fut assimilé à Jésus-Ghrist et à Dieu le père; on le fît donc homme aussi bien que les deux autres personnes divines. Mais c'était l'époque, si on se le rappelle, où Jésus entraînait tout dans sa sphère, où il faisait tout, même son père, à son image et à sa ressemblance; le Saint-Esprit suivit comme le reste et fut représenté avec l'âge et la physionomie du Ghrist, en homme de trente-trois ou même de quarante ans. Plus tard, la raison pénètre plus avant encore; elle préfère, relativement aux personnes divines, la distinction à la similitude. Alors elle différencie le Saint-Esprit du Fils, comme elle avait différencié le Père du Fils lui-même. Mais c'est l'époque en même

temps où le Père reprend la puissance iconographique que son fils avait absorbée. Le Père, alors, au lieu de se voiler sous les traits et l'âge de Jésus, impose à Jésus son âge et ses traits d'ancien des jours, de vieillard. Le Saint-Esprit aussi, qui n'a jamais eu de puissance spéciale et qui a suivi presque toujours les révolutions iconographiques dont Jésus et Dieu le père étaient les auteurs , le Saint-Esprit subit les traits , l'âge et la physionomie du Père; il se fit voir en vieillard.

D'autres variétés chronologiques peuvent se tirer de l'art, c'est-à-dire de la manière dont la colombe ou l'homme qui représentent le Saint-Esprit sont dessinés. Mais ces caractères ne sont pas spéciaux à la troisième personne divine; ils appartiennent à tous les personnages figurés dans le moyen âge , ils sont communs à toute l'iconographie chrétienne. Ce dessin est large à l'époque latine, minutieux à l'époque romane, simple au xm^ siècle, maniéré au xiv% sec au xv^; c'est donc l'art entier qu'il faut étudier pour se rendre compte de l'âge que telle colombe ou tel homme figurant le Saint-Esprit peuvent avoir : il ne saurait être autrement question ici de ces variétés esthétiques.

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