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HERESIES CONTRE LE SAINT-ESPRIT

Des honneurs remarquables, nous favons vu, ont été rendus au Saint-Esprit; des églises lui ont été dédiées, un office a été établi en son honneur, un ordre de chevalerie lui a été consacré. Dès les premiers siècles de f Eglise jusqu'à celui-ci, le Saint-Esprit n'a cessé d'être représenté sous la forme d'une colombe ou d'un homme. On le voit déjà sur le tombeau de Junius Bassus, au iv^ siècle, versant sur la tête de Jésus-Christ un souffle de lumière ^. Dès lors on le retrouve fréquemment

' Ce manuscrit appartient à la bibliothèque de l'Arsenal ; le dessin dont on parle ici est plus haut, page 99, pi. /io.

' Page 3 1 3 , pi. 87, nous avons donné ce Saint-Esprit. Voyez Bosio, Rom. Sotterr. p. /j5.

/i90 ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE,

sur les tombeaux des premiers chrétiens, et Bosio, dans son grand ouvrage de la Rome souterraine, en a donné plusieurs exemples ^ A Ravenne, dans Saint-Jean-Baptiste, église bâtie en 45 1 par l'évêque Néon , on voit, sur la mosaïque où est figuré le baptême, le Saint-Esprit au-dessus de la tête de Jésus ^. A Sainte-Marie in Cosmedin de Ravenne, la mosaïque, qui date de 533, porte également un Saint-Esprit^. Sur les mosaïques de Sainte-Praxède de Rome, qui sont de Tan 818, la colombe a la tête entourée d'un nimbe uni ; elle se pose à la cime d'un palmier, pendant que le Christ marche sur les flots du Jourdain et que la main du Père sort des nuages, fermée et tenant un rouleau où devait être écrit : « Voici mon fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis toutes mes complaisances^. » Aux x**, xi^ et xif siècles, les colombes divines abondent; qu'on se rappelle les exemples que nous avons cités. Au xiii^ siècle, les monuments dû paraît le Saint-Esprit sont innombrables; il n'y a pas , pour ainsi dire , de création figurée où , pour le « Spiritus Dei ferebatur super aquas , » on ne voie sculptée ou peinte la colombe couvant et animant les eaux^.

' Voyez notamment pages 63, 76 et 327. Le Saint-Esprit de la page i3i ne nous paraît pas ancien, quoique cependant il n'ait pas encore de nimbe; à la page 327, il porte un nimbe uni et domine un siège pastoral, une cathedra.

' Ciampini, Vet. monim. 1° pars, tab. 70, p. 235. ■'^' Idem, ibid. 2' pars, tâb. "2 3, p. 78. . ;* Idem, ibid. IP vol. pi. A7 et 62, p. 1^8 et 160. ifflTl-

' C'est à Auxerre, sur un vitrail du xiu' siècle qui est dans la cathérale, au pourtour latéral du sanctuaire, qu'on voit la colombe suivante, planche 129. Cette colombe est blanche, à nimbe rouge croisé de jaune, la tète en haut, les ailes étendues, environnée par les eaux, qui lui forment comme une auréole irrisée d'azur et d'or. Malgré le texte, la colombe n'est pas portée sur les eaux; mais elle en est entourée : les flots l'encadrent d'une ligne ondulée comme un médaillon environne un buste. Sur la planche 112, page ^28, on voit la colombe littéralement portée sur les eaux. La planche 122, page 458, offre le Saint-Esprit également porté sur les eaux; seulement, dans ce dernier dessin , le Saint-Esprit a la forme d'un petit homme ou d'un ewfant, tandis que dans l'autre et dans le 129, qui suit , il est figuré en colombe.

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COLOMBE DIVINE A NIMBE CROISE, PLANANT ENT'RE LES EAUX BE LA CRK Vitrail (tu xui' siècle, dans la cathédrale d'Auxerre.

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Ainsi l'art et la liturgie ont rendu des honneurs remarquables au Saint-Esprit; cependant les artistes ont quelquefois commis à son préjudice des erreurs ou des omissions dont Jésus-Christ n'est jamais l'objet. Jésus-Christ, comme la personne divine aimée par excellence , vit constamment dans la mémoire des chrétiens et ne peut être oublié en aucun cas; mais il n'en est pas de même du Saint-Esprit, qui n'apparaît qu'assez rarement dans les livres saints, et qui, dans la dévotion des fidèles, dut prendre moins de place que le Christ. L'art nous a conservé des preuves de cette disposition des esprits au moyen âge. Ainsi, à la Pentecôte, cette fête du Saint-Esprit, cette histoire dont il est la personne essentielle, il n'est pas rare de le voir absent. Ordinairement la scène se présente ainsi : les douze apôtres ( quelquefois la Vierge est au milieu d'eux) sont assis dans le cénacle et attentifs au bruit extraordinaire qui se fait au-dessus de leur tête. Dans le haut, et descendant du ciel, on voit la colombe divine, qui souffle ou des rayons ou des langues de flamme sur chaque tête

d'apôtre et sur celle même de la Vierge , lorsque la Vierge assiste à cette scène. Le Saint-Esprit est et devait être présent , puisqu'on expliquerait difficilement sans lui ces rayons qui descendent d'en haut. Cependant un manuscrit espagnol, qui est à la bibliothèque d'Amiens \ montre douze rayons rouges et jaunes sortant du ciel et tombant sur la tête des douze apôtres; la Vierge est absente. Le Saint-Esprit ne paraît pas et les rayons s'échappent directement du ciel; il est vrai que le ciel est entrouvert, en forme d'arc-en-ciel renversé, et qu'on peut supposer le Saint-Esprit caché dans les profondeurs éternelles, d'où il lance ses rayons.

Mais un triptyque émaillé, du xii^ siècle, qui se voit dans la chapelle Vendôme de la cathédrale de Chartres, montre une main versant des rayons d'un rouge de flamme sur les apôtres; les apôtres sont assis contre les volets de ce curieux monument de l'orfèvrerie romane. En iconographie, cette main étant celle de Dieu le père, c'est le père qui distribue les rayons, et ce- n'est plus le Saint-Esprit qui les souffle de sa bouche. Dans le cloître de Saint-Trophime d'Arles, on s'est bien gardé de représenter ainsi la Pentecôte. Là sont réunis les douze apôtres sans la Vierge; tous nimbés, en longs vêtements, trois imberbes et dont deux plus jeunes

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' Figurée hihliorum, ms. in-4° de l'année 1 197. M. Dusevel, membre non résident des comités historiques, a bien voulu me communiquer un calque de cette descente du Saint-Esprit dont le Saint-Esprit est absent. A Saint-Marc de Venise, dans la grande coupole, sont figurés en mosaïque à fond d'or les apôtres assis et recevant le Saint- Esprit avant de se disperser dans le monde. Un rayon bleuâtre descend sur chacun d'eux; au bout de chaque rayon s'allume une langue de feu qui se pose sur la tête de chaque apôtre. Comme dans le manuscrit espagnol , le Saint-Esprit est absent : on n'en voit que les flammes. Du reste, ces flammes symbolisent peut-être le Saint-Esprit luimême. La troisième personne divine pourrait se trouver dans une simple langue de feu; elle serait présente dans un rayon lumineux aussi bieu que dans la colombe. J'adopte avec empressement cette explication que me fournit M. l'abbé Gaume.

que les autres. Ces apôtres de Saint-Trophime ne sont pas assis, comme on les représente ordinairement, et comme le manuscrit espagnol et le triptyque de Chartres, entre autres, les figurent; mais ils sont agenouillés pour recevoir plus dignement le Saint- Esprit. Dans le haut, paraît en entier la divine colombe, du bec de laquelle s'échappent quatre cordons de flammes qui descendent sur la tête des apôtres; il n'y a qu'un rayon pour trois apôtres, contrairement aux représentations ordinaires, où chacun a son rayon et sa langue de feu.

Un vitrail de Troyes a été bien plus loin encore que le triptyque de Chartres. La Trinité est peinte sur ce petit monument qui date du xvi^ siècle; le Père y est représenté habillé en pape, assis sur un arc-en-ciel, posant ses pieds sur un autre arc-en-ciel, et soutenant dans ses mains les bras de la croix oii est attaché son fils. C'est ainsi qu'à partir du xii^ siècle on représente fréquemment la Trinité ; cette manière est l'une des plus usitées pour grouper ensemble les trois personnes divines. Toujours dans ces représentations ^ on voit le Saint-Esprit en colombe allant du Père au Fils, ou du Fils au Père, ou se tenant à égale distance entre l'un et l'autre, ou, tout au moins, posé sur un des bras de la croix. Ici le Saint-Esprit est totalement oublié, comme la gravure donnée plus haut ^ le montre parfaitement. Ce dessin est d'une exactitude absolue. Le dessinateur^ a reproduit, à ma prière, jusqu'au nombre et des rayons et des ondulations des nuages qui remplissent le champ de l'auréole, jusqu'au nombre des couronnes qui cerclent la tiare du Père éternel. Les nimbes sont unis, les pieds du Père sont chaussés; tout cela est comme

' H en sera donné plusieurs exemples au chapitre de la Trinité. ^ Page 208, planche 63.

M. Fichol, qui a bien voulu exécuter d'autres dessins pour mon travail.

sur le vitrail , et le Saint-Esprit n'y a jamais été figuré. Or une personne de moins sur trois, et dans un sujet consacré spécialement à figurer la Trinité, c'est un fait d'une certaine importance et qui témoigne de l'oubli où les artistes se laissaient facilement aller relativement au Saint-Esprit.

Du reste ce fait, tout extraordinaire qu'il soit, n'est pas unique. Le xvf siècle était assez léger et même, dans les choses religieuses, assez ignorant; le vitrail de Troyes, qui date de cette époque, pourrait donc ne pas avoir une importance extrême. Mais au xii® siècle, époque grave et savante, il n'en était pas ainsi. Cependant, sur un des vitraux que Suger fit exécuter pour Saint-Denis, vitraux qui existent encore et pour lesquels l'illustre abbé a fait lui-même des inscriptions, on voit également Jésus attaché à la croix que tient le Père, et qui est le plus ancien modèle que je connaisse de ces représentations si fréquentes aux xiii* et xiv*" siècles. Or, dans cette Trinité, le Saint-Esprit manque également, bien qu'une place convenable pût lui être faite à la cime de la croix ^; un pareil oubli, de la part de Suger, ne peut être volontaire et veut une explication. Ainsi, aux deux époques extrêmes de notre peinture sur verre, aux xii* et xv!*" siècles, nous retrouvons le même phénomène iconographique. Hors de France, dans l'église de Vieux- Brissac , sur les bords du Rhin , les stalles , qui sont du xiv^ siècle , offrent un Père éternel, chape sur le dos, tête nue, tenant son fils attaché à la croix. Le Saint-Esprit est absent de cette sculpture, comme des vitraux de Saint-Denis et de Troyes^.

' Nous avons déjà signalé ce vitrail , pag. /i02 , au paragraphe du triomphe de la croix ; il est dessiné par M. l'abbé Martin , Vitraux de S.-Etienne de Bourges, Etude TV, F.

' A la rigueur, le Saint-Esprit aurait pu être cassé; mais j'ai étudié ces stalles avec le plus grand soin , et je n'ai vu aucune trace de fracture. (Voyez dans le Missel de Poitiers, Bibl. roy. n° 873, une Trinité sans Saint-Elsprit au f° i5o. C'est du xvi' siècle.)

Ainsi, dans ies catacombes, aux scènes où la Trinité aurait dû être figurée entière et par les trois personnes, on supprime le Père en quelque sorte, ou du moins on ne le montre pas K Plus tard le Père reprend, aux dépens du Saint-Esprit, la place que le Saint-Esprit avait occupée, et, dans quelques Trinités des XII, XV* et xvi'' siècles, une des trois personnes divines manque, comme dans celles des iv% v*" et vi"; mais alors ce n'est plus le Père, c'est le Saint-Esprit. Le Saint- Esprit a donc eu quelquefois à se plaindre des artistes.

Enfin, dans le dessin que nous avons donné plus haut ^ et qui représente le Père et Fils se donnant la main en signe d'union , tandis que la colombe descend du ciel pour les unir encore et s'unir à eux par l'extrémité de ses ailes, il y a je ne sais quelle irrévérence pour le Saint-Esprit. L'oiseau céleste s'abat du haut en bas pour aller retrouver les deux personnes divines; mais un ange qui montre son buste hors des nuages, hors du ciel, semble modérer l'impétuosité de l'oiseau en le retenant par la queue avec les deux mains. Ce dieu, ainsi tenu en équilibre entre les deux autres personnes et par un ange, par une créature qu'il a faite, est réellement dans une position subalterne et inconvenante. Il fallait, pour représenter aussi grossièrement un pareil sujet, qu'on eût peu d'égards pour le Saint-Esprit, Déjà nous avons eu occasion de faire remarquer tout le mauvais vouloir des hérétiques et des artistes

' 11 n'y a pas une seule Trinité vraiment complète dans les monuments des catacombes. Au baptême de Jésus -Christ, le Père manque constamment. Au baptistère de Saint- Jean, à Ravenne, \° siècle, le Saint-Esprit et Jésus-Christ se voient seuls sur la mosaïque; il en est de même à Sainle-Marie in Cosmedin, à Ravenne, sur une mosaïque du vi" siècle.

" Page 197, planche 60. C'est dans le psautier de Jean, duc de Berri, ms. de la Bibl. roy. Siippl. fr. 201 5, et non dans les Heures du duc d'Anjou, ainsi qu'on l'a dit par erreur, que l'on voit ce curieux sujet. La miniature qui le représente est au psaume Dixit Dominas Domino meo.

eux-mêmes relativement au Père éternel ^; il semble également que le Saint-Esprit ait été victime d'erreurs et de passions analogues. C'est un sujet de recherches que je suggère, une opinion que je soumets et non un fait certain que je proclame; mais la représentation suivante, que d'autres viennent confirmer, mérite une attention spéciale.

SAINT-ESPRIT AU SOMMET DE LA CROIX, SANS NIMBE, SANS RAYONS CRUCIFORMES. SANS AURÉOLE, SANS GLOIRE.

Peinture sur bois à Saint-Riquier, xv' siècle.

Dans ce dessin , pris sur une peinture du xv^ siècle à l'abbaye de Saint-Riquier, le Père est peu respectable, le Fils est fort triste, mais l'Esprit est particulièrement sacrifié. Cet oiseau, à ailes et pattes repliées, est cloué sur le haut de la croix plutôt qu'il ne s'y appuie : c'est vraiment indigne et misérable.

En présence de pareils faits , il faut noter que Macédonius, patriarche de Constantinople , nia au iv* siècle, sous Constance, la divinité du Saint-Esprit; au xvi^ siècle, Socin en

Voyez l'hisloire de Dieu le père, passim, et notamment page -209.

fit autant. Les montanistes, au lieu de nier le Saint-Esprit, le dédoublaient, mais pour l'amoindrir également et pour arriver à peu près au même résultat que les macédoniens; ils distinguaient le Saint-Esprit et le Paraclet. Jésus ayant promis aux apôtres, animés déjà des dons du Saint-Esprit, de leur envoyer le Paraclet , les montanistes en concluaient que l'un était complètement distinct de l'autre, et que le Paraclet n'était pas l'Esprit. Ils distinguaient donc les chrétiens en vrvev/xctiijcûi, qui croyaient au Paraclet, sorte d'esprit plus parfait, et en '^v^ixoi^ qui s'arrêtaient aux premiers dons du Saint- Esprit ^ Comme on ne peut suspecter l'orthodoxie de Suger, il n'en est que plus étonnant que ce grand homme ait supprimé la colombe divine dans la représentation de la Trinité peinte sur verre. Au viii^ siècle, le deuxième concile de Nicée anathématisa Sévère, un hérétique qui condamnait la représentation du Saint-Esprit sous la forme d'une colombe. Armé du prétexte qu'il ne fallait pas représenter le Saint-Esprit en oiseau , Sévère enlevait les colombes d'or et d'argent qu'on suspendait au-dessus des autels et des fonts baptismaux^. L'hérésie intéressée de Sévère rappelle le procédé de Denys le

' Le Saint-Esprit portait deux noms: aytov Trveufxa et &yta ipu^'^; on l'appelait encore vovs, et même Xôyos. Les deux ()remiers noms désignent l'âme, et semblent se rapporter au Saint-Esprit en tant qu'amour; les deux autres entendement, et concernent l'Esprit intelligence.

* Voyez le deuxième concile de Nicée. Consultez un travail intéressant de M. l'abbé J. Corblet, déjà cité et ayant pour titre : Mémoire liturgique sur les ciboires du moyen âge, in-8°. Amiens, r842. — M. Corblet s'exprime ainsi «Lacté V° du 2° concile de Nicée mentionne les plaintes des moines d'Antioche contre l'hérétique Sévère qui s'était approprié des colombes d'or et d'argent suspendues sur les fonts baptismaux , sous prétexte qu'on ne devait point représenter le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe, ï Columbas aureas et argenteas, in figuram Spiritus-Sancti super divina lavacra et al- « taria appensas, una cum aliis sibi appropriavit , dicens non opportere in specie columbae « Spiritum-Sanctum nominare. » Les pères du concile de Nicée et de Constantinople con-

tyran , qui débarrassait les statues de Jupiter du manteau d'or dont la piété les couvrait, sous prétexte qu'un pareil vête-' ment était trop froid en hiver et trop chaud en été. On rapporte tous ces faits pour fixer l'attention des antiquaires sur l'absence ou la présence du Saint-Esprit dans les représentations de la Trinité, et non pour en tirer des conclusions qui seraient encore prématurées ^

Ce n'est pas seulement dans les premiers siècles que le Saint- Esprit reçoit de ces outrages; aux xi% xii^ et xiif, on alla jusqu'à discuter s'il était permis, comme avait fait Abailard^, de lui dédier des églises. Le Saint-Esprit, nous l'avons vu, donne son nom à beaucoup d'édifices sacrés ; mais il y avait quelque chose d'injurieux, même à poser simplement la question.

damnèrent Xénaïa, qui se moquait de 3a représentation du Saint-Esprit par des colombes. (Voir Duranti, de Rit. eccl. cath. cap. v. )

' En effet, il serait possible d'attribuer à l'absence du Saint-Esprit, dans les diverses représentations peintes et sculptées dont il vient d'être question , une cause autre que celle de l'oubli ou du mauvais vouloir. Ces représentations, si nombreuses dans le moyen âge, sont identiques, sauf l'absence de la troisième personne divine, avec celles où nous voyons les trois personnes réunies, et que nous appelons des Trinités; cependant, quand on n'y remarque pas le Saint-Esprit, ce n'est peut-être pas une Trinité, mais un autre sujet que l'artiste aura voulu représenter. Le Père donne son fils au monde, et le Fils s'offre, pour le salut des hommes, à mourir sur la croix; c'est le don du Père et le sacrifice de Jésus qu'on aurait voulu figurer, et non l'image de la Trinité. Présenté ainsi, le sujet peint sur les vitraux de Saint-Denis par les soins de Suger, trouve une explicalioii fort naturelle, aussi bien que le vitrail de Troyes, la stalle de Vieux-Brissac et la miniature du Missel de Poitiers. Je suis tout disposé à restreindre dans ces limites l'interprétation que je donne et d'où il résulterait que l'absence du Saint-Esprit serait une injure faite à la troisième personne divine. Quoi qu'il en soit, il faut constater avec le plus grand soin si le Saint-Esprit est figuré ou non dans les images de ce genre. L'avantage de la discussion soulevée ici devra être d'appeler l'attention minutieuse de toutes les personnes qui s'occupent d'iconographie chrétienne.

Lebœuf, Etat des sciences en France depuis le roi Robert jusqu'à Philippe-le-Bel , p. lAg- Lebœuf cite le Thésaurus anecdotorum el V Amplissima coUectio.

Les trois personnes divines se résolvent en un seul Dieu, comme les trois images se relient en un groupe unique. Le dogme et l'art, la théologie et Ticonographie marchent de conserve, ici pour décrire, et là pour dessiner la Trinité. Nous avons étudié jusqu'à présent chacune des trois personnes à pari et prise isolément; il nous reste en ce moment à les faire voir groupées, unies entre elles, et à montrer des Trinités.

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