PERSONNES DIVINES DISTINCTES
Miniature française, xvi° siècle '.
Dans cet exemple , le Père et le Fils sont très-semblables. Le inême nimbe, la même tiare, une pareille chevelure, une
Ce dessin est tiré de la célèbre Cité de Dieu, magnifique manuscritin-f" du xvi° siècle
aube semblable, un manteau unique les rapprochent l'un de l'autre; ils s'unissent par le même livre qu'ils tiennent ensemble comme par l'Esprit qui, du bout de ses ailes, les relie l'un à l'autre. Mais ici commence la ditïerence. Le Saint- Esprit n'est pas un homme, comme les deux autres personnes; c'est une colombe. Et puis le Père est plus âgé que le Fils ; la barbe est fourchue au premier, ronde au second. Le Père, et non le Fils, porte le globe du monde. L'aube du Père n'a pas de ceinture; c'est une robe. Le Fils, qui est prêtre, devait porter une aube serrée par une ceinture et assujettie par une étole qui se croise sur la poitrine.
Dans les Trinités où l'on cherche à faire prédominer la distinction des personnes, les caractères distinctifs abondent. La plus grande diversité possible est donnée par les Trinités de l'époque latine, alors que le Père est une main ou un buste, le fils une croix ou un agneau et le Saint-Esprit une colombe. Mais entre ce type et ceux qui tendent vers l'égalité des personnes, il y a mille variétés qu'on ne peut signaler. Il est facile, en effet, de se rencontrer quand on cherche un même objet, quand on veut représenter l'unité; mais, lorsqu'on poursuit la distinction , on invente autant de types qu'on exécute de représentations.
Il serait superflu en ce moment d'énumérer les attributs qui signalent les trois personnes divines, puisqu'on les a notés dans les chapitres précédents consacrés à chacune des personnes; nous n'avons donc à nous occuper que des attributs qui caractérisent le groupe , c'est-à-dire l'unité dans laquelle se résout la diversité , ou la distinction des hypostases venant
que possède ia bibliothèque Sainte-Geneviève; on le trouve au f" 4o6. Les nimbes sont rayonnants et non crucifères. On est à une époque où la croix du nimbe divin et le nimbe lui-même n'ont plus une grande valeur.
converger dans régalité divine, dans l'unité substantielle. Le groupement est donc important à constater; on y voit la tendance qui se manifeste de plus en plus à rapprocher les trois personnes entre elles.
D'abord les personnes sont espacées, isolées pour ainsi dire. On les voit dans le même tableau, mais ce tableau couvre toute la voûte d'une abside. C'est ainsi qu'elles apparaissent dans les mosaïques latines et sur les anciennes fresques '. Pendant cette première période , c'est moins le groupe de la Trinité qui s'exécute que la rencontre des trois personnes.
Vers le ix^ siècle, il y a tendance au rapprochement. Dans le manuscrit de saint Dunstan, les trois personnes sont voisines. Dans le manuscrit d'Herrade , elles sont assises sur le même banc; elles touchent en même temps la même banderole, qui leur sert de lien en quelque sorte; cependant on les a encore distancées.
Mais au xii'^ siècle, le Père tient la croix où son fils est attaché, et l'Esprit plane sur eux ou bien descend de la bouche du Père, comme un souffle, pour se reposer sur la tête du Fils. Alors le groupe est parfaitement marqué. Aux xiii^ et xiv% une auréole encadre assez souvent les trois personnes et les unit plus intimement encore. Cette auréole suit les phases que nous avons indiquées dans le chapitre spécial qui vient après \e nimbe; elle est circulaire, ovale, triangulaire, en amande, en trèfle, en quatre-feuilles. Dans cette auréole, les trois person-
' Voyez Ciampini , Vetera monimenta. Le savant antiquaire donne plusieurs gravures de ces mosaïques. Voyez également Bosio, Ronia sotterranea, qui a fait graver les fresques anciennes des catacombes. La mosaïque qui décore l'abside de Saint-Jean-de- Latran, quoique exécutée de 1288 à 129a, offre encore une Trinité dont les trois symboles sont espacés ; mais on est à Rome, où l'art chrétien est resté stationnaire. Aux xin° et xiv° siècles mêmes, pendant la période gothique la plus active, cet art romain s'est toujours inspiré de l'art des catacombes et des vieilles basiliques constantiniennes.
nifications divines sont réunies, mais non encore juxtaposées.
Il faut entrer dans le xiv'' siècle, pour arriver à la juxtaposition. Le célèbre manuscrit du duc d'Anjou^ présente les personnes divines, toutes trois sous la forme humaine, mais l'une derrière l'autre et seulement prêtes à se toucher. Aux xv^ et xvi^ siècles , il y a contact intime. L'art avança de plus en plus, je ne dirai pas précisément dans l'identité des personnes divines , mais dans une similitude fort voisine de l'identité , dans une agrégation très-proche de la fusion , dans une trinité qui tendait à l'unité^.
A partir du xv^ siècle, le contact est plus complet encore; on cherche à identifier le Père, le Fils et l'Esprit. D'abord on les soude par les pieds; pour trois têtes et trois corps, il n'y a que deux pieds seulement. Puis la soudure monte davantage et gagne les trois corps eux-mêmes. Comme trois troncs d'arbre qui partent d'une même souche et qui, grossissant de jour en jour, finissent par se toucher, se pénétrer, s'absorber
' Bibl. roy. manuscrit déjà cité.
^ Pour compléter les indicalions et les exemples que nous avons déjà donnés , nous ajouterons que , dans une Légende dorée manuscrite de la Bibl. roy. n" 6889 , xv' siècle , vol. I, £"107, on voit, à l'Annonciation, une Trinité dont les trois personnes ont la forme humaine : ce sont trois hommes de trente à trente-cinq ans; tous trois en costume papal , vêtus d'une chape unique et qui les couvre tous trois. Le Saint-Esprit tient un globe. Au f° i58, à la fête de la Pentecôte, on voit une autre Trinité également composée de trois hommes que couvre un seul et même manteau. Mais, de plus, un second Saint- Esprit, sous forme de colombe, se détache de ces trois personnes pour descendre sur les apôtres. Cette colombe ne serait donc pas une personne divine ni son symbole, mais bien le symbole et l'âme de la Trinité entière, l'esprit de Dieu commun aux trois personnes. Là encore le Saint-Esprit tient un globe, attribut qui convient plus spécialement au Père. Le Fils, en costume de prêtre, a une étole croisée sur sa poitrine. Au vol. II, f° i56, on voit Jésus-Christ vêtu en pape, portant une étole croisée, que n"a pas le Père. Au ms. suppl. f. 638, .fésus couronne sa mère-, il est habillé en pape et tient en main le globe du monde; c'est du xiv" siècle. Une Légende dorée, Ms. de la Bibl. roy. xiv° siècle, n° 6888, montre Jésus en empereur et couronnant sa mère; le Père est là tout simplement en vieillard à barbe grise.
et ne faire plus qu'un tronc unique, de même les trois corps se soudèrent ensemble; mais les têtes, nous l'avons vu, restèrent encore distinctes.
Bientôt, surtout au xvi*" siècle, les têtes elles-mêmes se prirent l'une dans l'autre, et les trois visages furent couronnés d'un front unique ^ Les visages, vus d'abord de face ou de trois quarts, rentrèrent ensuite dans la face principale, celle du milieu. Le manuscrit d'Henri II nous a montré trois figures avec un seul front, sur un seul corps, et soudées si étroitement l'une à l'autre, qu'il y a bien deux profils et une face, mais non plus six, non plus quatre yeux; on n'en voit que deux. Chaque profil a son œil, quand on le regarde isolément, et la face elle-même, qui est au milieu, possède ses deux yeux; mais en somme il n'y a qu'une tête, qu'une face entière, que deux yeux seulement. Ces trois figures, par un jeu de théologie pittoresque, se prêtent mutuellement leur face et leur œil. On peut dire réellement d'elles, en changeant un seul mot au texte célèbre , en mettant trois pour deux : « erunt très in « carne una ».
Ainsi la manière différente dont se groupent les personnes divines peut fournir de bons caractères archéologiques pour classer ces groupes par ordre de date. La place que ces personnes occupent entre elles mérite aussi quelques observa-
' Voir un beau vilrail du xvi' siècle, qui éclaire la nef latérale nord de Noire-Dame, à Cliâlons-sur-Marne. — M. l'abbé Jourdain , vicaire de la cathédrale d'Amiens, a trouvé et acheté chez un vilrier d'Amiens une plaque de verre portant la date de i520, et sur laquelle est peinte une Trinité toute particulière. On y voit deux têtes sur un seul corps; ces tètes, soudées l'une à l'autre, ont deux nez et deux yeux seulement, et portent une couronne unique. Quant à la troisième personne, c'est une colombe qui se colle sur le côté, à la tète ou à la face de droite, absolument comme une oreille. On a, dans ce bizarre exemple, l'égalité et la distinction réunies; l'Esprit est distinct des deux autres personnes, qui sont absolument égales. Je regrette vivement de n'avoir pas eu le temps de faire graver ce vitrail, dont M. Jourdain a bien voulu me faire un calque.
lions. D'après le dogme, le Père a engendré le Fils, et l'Esprit procède des deux; il faudrait donc, en conséquence des lois hiérarchiques, représenter le Fils à la gauche du Père et l'Esprit entre les deux. On agit ainsi relativement au Saint-Esprit , que l'on figure assez souvent entre les deux autres personnes; mais, pour le Fils, la place que le dogme lui attribue a été changée par ce texte des psaumes, où David dit que le Père fait asseoir le Fils à sa droite et non pas à sa gauche. C'est la droite en effet que le Fils, sauf erreur, tient constamment à côté du Père. Mais cette droite, le texte est précis, est celle du Père et non celle du spectateur ; elle est la gauche pour la personne qui regarde. Il en est des images de la Trinité comme de celles du blason; fécusson de l'homme se pose à la droite de celui de la femme. C'est le blason qui regarde, et qui fait la droite et la gauche de même que dans les Trinités; c'est de Dieu et non du spectateur que partent la gauche et la droite.
Cependant, par erreur ou pour avoir pris la gauche et la droite du spectateur, on a quelquefois mis le Père à la droite et non à la gauche du Fils. Le plus frappant exemple de cette anomalie est donné par le portail de la Sainte-Chapelle de Vincennes. Dans la voussure, s'étage la hiérarchie des anges; la Trinité est sculptée au sommet. Le Père , vêtu en pape et tenant la boule du monde, se place à la droite de son Fils, qui tient la croix; le Saint-Esprit, en colombe, est entre eux et les unit fun à l'autre par l'extrémité de ses ailes ^ Des manuscrits à miniatures nous offrent la même faute.
' A Etampes, sur le portail d'une église, ou voil les élus à la gauche du Christ et les damnés à sa droite, dans une scène qui représente le jugement dernier. C'est contraire à l'usage universel, et, qui plus est, au texte sacré qui place les brebis ou les élus à droite , et les boucs ou les damnés à gauche. Le sculpteur d'Etampes, comme celui de Vincennes , mettant Dieu de côté et prenant le spectateur pour point de départ, aura étabh la gauche et la droite sur l'homme qui regarde, non sur le Christ qui juge.
Le Père, en vertu des lois hiérarchiques, est souvent placé au milieu ; il met son Fils à sa droite et le Saint-Esprit à sa gauche. Nous en avons donné des exemples dans les chapitres précédents K Mais, lorsqu'on veut exprimer la procession du Saint-Esprit, alors c'est l'Esprit qui se met au milieu; le Fils reste à droite et le Père se place à gauche. Ceci regarde les Trinités disposées horizontalement. Quant à celles qui s'étagent et s'ordonnent verticalement , le Fils est en bas , le Père en haut , l'Esprit au milieu. L'Esprit descend de la bouche du Père, s'abat sur la tête du Fils et procède des deux, comme dans l'exemple suivant.
ihà- SAINT-ESPRIT DESCENDANT DU PERE SUR LE FILS.
Miniature française, Ms. du duc d'Anjou, fin du xiii" siècle, à la Bibliothèque royale.
D'autres fois l'Esprit, toujours au milieu entre le Père et le Fils, semble remonter, au contraire, du Fils au Père. Les exemples de cette particularité sont fort rares , et le suivant est tiré d'un manuscrit champenois dont il orne le commencement.
' Notamment pages 199, ^22, fib^ et 48A; planches 61, 1 1 1, ia3 et 126.
SAINT ESPRIT PROCÉDANT DO PERE ET DU FILS, ET REMONTANT DD FILS AU PERE. Miniature française, xii' siècle '.
Dans d'autres représentations, le dogme de ia procession n'est pas marqué aussi visiblement. Le Saint-Esprit, comme dans l'exemple qui suit, est en présence du père et du fils, mais il ne les unit plus et ne paraît pas en procéder.
' Ce manuscrit, qui appartient aujourd'hui à la bibliothèque municipale de Troyes, provient de l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains. 11 date du xii° siècle. Le dessin que nous donnons a été calqué sur la miniature même par M. Ch. Fichot, dessinateur troyen. On remarquera l'auréole, ovale de forme et végélale de nature, qui environne la Trinité. Des quaire coins extérieurs sortent les quaire attributs des évangélistes. M. Vallet de Viriville a particulièrement attiré l'attention sur ce manuscrit de Nolre-Dame-aux-Nonnains. Jusqu'en i8/io, on se doutait à peine de l'existence de ce livre curieux. Remarquons encore que Jésus est attaché à la croix, non par trois clous, comme on l'a fait dès le xiii' siècle et comme le montre le dessin piécédenl, mais bien par quatre; notons enfin que les attributs des évangélistes portent le nimbe comme les personnes qu'ils symbolisent.
l46. SAINT-ESPRIT NE PROCEDANT NI DU PERE, NI DU FILS.
Gravure sur bois du xvi" siècle *.
Ici le Père tient la croix où Jésus est attaché, comme dans les deux dessins que nous venons de voir; mais le Saint-Esprit, qui se pose et qui marche sur un des croisillons du gibet, ne paraît pas signifier qu'il procède du Père et du Fils. La colombe est là seulement pour compléter la Trinité. D'autres fois l'intention de ne pas traduire le dogme de la procession est bien plus évidente encore, puisqu'on supprime le Saint- Esprit, ainsi que nous l'avons vu plus haut'^.
Les Grecs, qui nient la procession, ne représentent jamais le Saint-Esprit unissant les personnes divines par l'extrémité de ses ailes^, ou descendant du Père sur le Fils, ou remontant
' Le Père est sur un trône que surmonte un dais ; il porte le costume impérial. Ce dessin est tiré d'une gravure sur bois du xiii° siècle ; on en voit divers exemples dans des livres d'heures de la même époque.
' Page 208, planche 63.
^ Les Grecs aiiathématiseraient un peintre qui ferait une Trinilé comme celles que nous avons données pages 11 et 18, planches 6 et 1 1.
du Fils au Père. Les Trinités grecques sont assez semblables aux nôtres, et celle que nous avons donnée dans l'histoire du nimbe ^ en est bien la preuve. Néanmoins, dans les groupes qui représentent la Trinité, les Grecs peuvent placer et placent en effet le Saint-Esprit entre le Père et le Fils, parce que, pour les Grecs comme pour les Latins, la troisième personne divine unit les deux autres entre elles; mais jamais il ne sort de l'une ni de l'autre, jamais il ne touche par ses ailes la bouche des deux autres personnes.
Le nimbe, l'auréole, la gloire caractérisent les groupes de la Trinité comme chacune des trois personnes représentées isolément; nous renverrons donc aux articles où nous avons traité ce sujet. Un mot seulement. Puisque le triangle. est l'emblème de la Trinité, le nimbe triangulaire devait surtout appartenir aux trois personnes groupées ensemble. Cette forme de nimbe est cependant fort rare, et l'exemple suivant est fun des plus curieux que nous puissions offrir.
Ici un seul corps porte trois têtes: celle du milieu figure le Père; elle est plus âgée et plus grosse que les deux autres, double façon de représenter matériellement la paternité divine La tête de droite, relativement à la grosse tête, représente le Fils ; celle de gauche, qui est imberbe, plus jeune et plus petite que les deux autres, désigne le Saint-Esprit. Un seul nimbe triangulaire encadre ces trois têtes, qui n'ont que deux mains aussi bien que deux pieds. La main gauche porte le globe, emblème de la puissance; la main droite bénit, attribut de la grâce. Cette Trinité rayonne dans une auréole circulaire dont la circonférence est occupée par des séraphins. Nous sommes dans le paradis, et le groupe divin, centre de la lumière incréée, est assis sur un arc-en-ciel.
' Page 37, pi. 2 1.
\l\']. LES TROIS TÊTES DIVINES DANS CN TRIANGLE UNIQUE.
Gravure italienne sur bois du xv° siècle '.
La tiare, la couronne d'empereur et de roi ornent la tête de la Trinité, qui est nue très-souvent; il n'y a pas, dans cette particularité , de caractères autres que ceux fournis par la forme de la coiffure, laquelle varie suivant les siècles et suivant les pays. La tiare italienne diffère de la tiare française; pour en prendre un seul exemple, le pape saint Grégoire le Grand, dont la statue décore le portail méridional de la cathédrale de Chartres ^, porte pour tiare un honnet conique à côtes et qui est surmonté d'une bouffette. C'est la tiare française du xni^ siècle^. En Italie, au xiv*" siècle, c'est bien changé. Le
C'est d'après un Dante, imprimé à Florence en xh^\ et avec des gravures, que nous avons fait exécuter ce dessin, dont nous avons déjà parlé; il se trouve dans le Paradis, au i° ccLXXViii.
Nous l'avons donné dans le chapitre du Saint-Esprit, page 435. planche iiA.
M. le comte de Montalembert (Dm Vandalisme et du Catholicisme dans l'art, in-8°, Paris, iSSg, p. 172) s'est élevé, et avec une grande raison, contre ce prétendu bonnet carré que le clergé de Paris portait encore en i84o, et que l'on a conservé malheureu-
pape porte une tiare en dôme, de forme allongée, ovale et ornée d'une couronne dans le bas^ De nos jours, la tiare conserve à peu près cette forme, mais elle s'enrichit de deux autres couronnes^. Quand Dieu s'habille en pape, il prend le costume pontifical et la tiare qu'on portait à l'époque où on le représente. Il faut faire une grande attention aux moindres détails, parce qu'il y a dans ces détails des caractères archéoiogiques irrécusables.
Quant au Saint-Esprit, sa tête est nue^ Le Christ prend indifféremment, comme le Père, la couronne de pape, d'empereur et surtout de roi; mais il y ajoute la couronne d'épines. Souvent il est nu-tête.
Entre les mains de la Trinité on voit le globe du monde ou le livre des saintes écritures. Dieu, la Trinité, ayant créé le monde, le globe surmonté d'une croix se voit fréquemment entre ses mains. Beaucoup d'exemples en ont été donnés plus haut ''. Nous avons vu la Trinité pétrissant et animant l'homme ^. Le manuscrit d'Henri II nous a montré la Trinité tenant le ciel et les planètes qu'elle vient de créer ^; le
sèment dans beaucoup de diocèses ; mais on n'avait pas songé que ce bonnet pointu n'était autre chose que la tiare du xiii' siècle, telle que les Français la concevaient, et telle peut-être que les papes la portaient en Italie.
' Voyez le Christ d'Orcagna, que nous avons donné page 244, pi- 67.
^ On dit que la tiare à une couronne fut en usage jusqu'en 1 2 98 ; que la tiare à deux couronnes régnajnsqu'en 1 334, et que, depuis cette époque, elle a trois couronnes. C'est Boniface VÎII qui aurait doublé la couronne de la tiare, et Boniface XII ou Urbain V qui l'aurait triplée. Les monuments figurés ne sont pas complètement d'accord avec ces documents historiques , et il faut se fier plutôt aux monuments qu'aux textes.
^ La couronne d'olivier, que Mabillon lui prête dans la Trinité qu'Abailard aurait fait sculpter au Paraclet , n'est pas authentique et nous la révoquons positivement en doute.
' Particulièrement aux pages 432 , 672, planches 1 i3, i47-
' Voyez la planche 6 , p. 11.
" Planche i42, page 556.
dessin suivant offre le même sujet traité par Buonamico Buf-
famalco.