‹ Iconographie chrétienneChapitre 26 sur 141 · MAIN DIVINE SUR UN NIMBE GRUCIFÈre · texte numérisé non relu

MAIN DIVINE SUR UN NIMBE GRUCIFÈre

Miniature du ix° siècle, Bibliothèque royale.

qui date du ix^ siècle \ est intéressant pour l'accentuation des croisillons et les rayons qui aboutissent , quatre par quatre , à la circonférence; ces mains sont la plus ancienne représen-

' Liber precum. Bibliothèque royale. La miniature représente le martyre de saint Etienne qui voit les cieux ouverts et cette main divine qui en sort.

tation du Père. Par respect, par une sorte de dogme religieux, ou même par mauvais vouloir, comme on le dira plus bas, on ne montra du Père qu'une main bénissante, sans nimbe d'abord \ et avec un nimbe crucifère ensuite.

Non-seulement donc la face de Dieu, mais même sa main, lorsqu'il ne montre que sa main , est décorée du nimbe croisé; non-seulement le corps de la divinité se distingue à ce caractère, mais l'idéal de la divinité elle-même, le symbole sous lequel on l'a quelquefois enveloppée. Ainsi l'agneau est le symbole du Sauveur, car Jésus a versé son sang et donné sa vie sans se plaindre; il est le symbole de Jésus, que saint Jean- Baptiste montrait au peuple en disant : - « Voici l'agneau de Dieu». Ce symbole, dont l'usage aussi ancien que le christianisme subsiste encore aujourd'hui , est lui-même distingué par un nimbe crucifère. Sur la planche qui montre saint Jean- Baptiste tenant fagneau, cet agneau divin n'a pas de nimbe, par omission certainement ou par difficulté à le sculpter sous un aussi petit espace; mais il est inscrit dans une auréole^. On retrouvera à THistoire de Jésus-Christ une planche qui donne une sculpture des catacombes, alors que le nimbe n'é-

' Voyez [Peintures et ornements des manuscrits) une main divine sans nimbe , au xi" siècie , première moitié, dans un recueil de traités divers, manuscrit de la Bibliothèque royale, fonds de Saint-Germain. Une autre main sans nimbe et apparaissant à saint Etienne lapidé se voit dans un missel de Saint-Denis, milieu du xi" siècle, manuscrit latin , supplément. Dans les fresques de Saint-Savin, xii' siècle , la main de Dieu , non nimbée , sort des nuages et bénit Melchisédech. Dans la cathédrale de Chartres , sur un vitrail qui représente l'histoire de Charlemagne et la mort de Roland , on voit une main de Dieu, non nimbée, sortant des nuages et apparaissant à Roland qui, dans sa détresse, sonne de l'oliphant et coupe un rocher avec sa Durandal. Ce vitrail est du xiii° siècle. Sur les anciens sarcophages, premiers siècles chrétiens, la main qui tend à Moïse les tables de la loi n'est jamais nimbée. Cependant, et malgré toutes ces exceptions, le nimbe circulaire et partagé par des croisillons, décore très-souvent la main du Père éternel; nous en verrons plusieurs exemples.

^ Cette figure est à l'Histoire de Jésus-Christ; elle reproduit une statue colossale qui se dresse contre une paroi du portail septentrional de la cathédrale de Chartres.

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tait pas encore adopté par les chrétiens, et où l'on a, du moins, distingué l'agneau divin des agneaux apostoliques par la croix qui domine son front. Sur la planche i3, page 22, l'agneau porte le nimhe crucifère, et chaque croisillon de ce nimbe est lui-même recroisé.

L'agneau est le symbole le plus constant et le plus populaire par lequel on figure Jésus-Christ , mais il n'est pas l'unique.. Le lion symbolise la tribu de Juda \ et Jésus descend de Juda par David ^; Jésus, comme le lion de saint Marc, a rempli les déserts de sa grande voix évangélique ^ ; Jésus vivait dans le tombeau'', de même que le lion dort les yeux ouverts. Enfin puisque l'agneau, type de la douceur, représentait le Fils de Dieu, l'art, qui aime les contrastes, devait naturellement compléter ce symbolisme par le lion, type de l'énergie. En effet, la bible de Charles le Chauve^ montre l'agneau divin orné du nimbe crucifère , en regard d'un lion qui porte le nimbe également partagé par la croix. C'est le Christ dans sa plénitude symbolique, et prêt à rompre les sceaux du livre mystérieux près duquel il est placé. Suger^ confirme cette explication. Dans un grand vitrail qu'il avait fait exécuter pour la fenêtre

« Gatulus leonis Juda, » dit la Genèse, cap. xlix , v. g.

Saint Matthieu, cap. i, v. i et 2. L'Apocalypse, cap. v, v. 5, dit: « Ecce vicit leo de « tribu Juda, radix David. »

« Marcus ut alla frémit vox per déserta leonis. " »

Alciat explique ainsi la présence des lions sculptés qui gardent souvent l'entrée des églises :

Est Leo , sed custos , oculis quia dormit apertis ; Templorum idcirco ponitur ante fores.

Celte bible est à la Bibliothèque royale. M. de Bastard ( Peintares et ornements des manuscrits) a reproduit la miniature où le lion et l'agneau, nimbés tous deux du nimbe crucifère , sont en face l'un de l'autre et séparés par le livre de l'Apocalypse.

De Administraiione sua, ap. Felibien , Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denis.

[nscription de Saint-Paul-liors-les-Murs, copiée ou reproduite dans plusieurs évangéliaires manuscrits, notamment dans les Quatuor EvaiujeUa. Théol. lat. 33 , hibliothèque de TArienal.

occidentale de Saint-Denis, il fit représenter, entre autres sujets symboliques, le lion et l'agneau divins brisant les sept sceaux du livre apocalyptique. Les deux vers suivants, qu'il composa et qu'il fit peindre sur ce vitrail, expliquaient le sujet:

Qui Deus est magnus , librum Léo solvit et Agnus. Agnus sive Léo fit caro juncta Deo.

Il est probable que ce lion et cet agneau , qui n'existent malheureusement plus, avaient le nimbe crucifère, comme le lion et l'agneau de la bible de Charles le Chauve.

Le nimbe est le rayonnement de la tête, et comme la tête est sphérique, ce rayonnement doit être circulaire; aussi le nimbe est -il presque toujours rond. Cependant il y a des nimbes triangulaires et des nimbes carrés qui entourent les têtes divines; en voici l'explication probable. Le jet lumineux du front et des tempes est représenté plus abondant, plus gros et plus long, parce qu'il est plus énergique. Dans ce cas, le nimbe circulaire est partagé par des croisillons, par des rayons qui vont du centre à la circonférence. Mais à de certaines époques, au xv^ siècle particulièrement, ces jets ont été figurés débordant la circonférence du disque, et, pour déplaire moins à la vue, on a retranché cette circonférence ^ D'un autre coté certains artistes, dans certains pays, ont voulu rattacher entre eux ces trois rayons du front et des tempes, et, tirant une ligne droite de l'extrémité de celui-là à l'extrémité de celles-ci, ils ont figuré une pyramide dontla pointe est en haut, et à laquelle ils ont donné pour base une ligne horizontale, réunissant entre elles les deux flammes des tempes, comme les deux côtés de la pyramide unissaient les tempes au front. On figura ainsi un triangle^.

' Voyez le dessin n'' -7, page 12. .

^ Voyez le dessin n° U , page 9.

Mais ce triangle, obtenu par hasard peut-être, ou tout au plus involontairement et par nécessité , s'est maintenu dans riconographie et s'est développé par une raison très-élevée, une raison mystique. De tout temps le triangle a été la formule géométrique de la divinité, de la trinité. Une seule aire, terminée par trois angles, figurait merveilleusement l'unité de Dieu en trois personnes. Aussi l'Italie, plus idéale que la France et que tout notre Occident, s'est-elle empressée d'adopter une forme de nimbe qui figurait le dogme fondamental du christianisme. La Grèce a fait comme l'Italie, et, de plus, elle a déclaré positivement que ce triangle exprimait bien la divinité, l'être par excellence, car dans chacun des trois angles, elle a placé l'une de ces trois lettres o m, l'être ^

Les Grecs , plus mystiques encore que les Italiens , ne se sont pas contentés d'un seul triangle; ils ont fait des nimbes composés de deux triangles qui se coupent et qui représentent cinq angles au lieu de trois. Si un seul triangle exprime la divinité complète, deux triangles semblent indiquer l'infini de la divinité. Il y a là un fait analogue à celui du nimbe orné de croisillons recroisés; c'est une manière assez ingénieuse de figurer Dieu dans sa toute-puissance ^. Il est à remarquer en effet qu'on a toujours cherché à figurer par le nimbe les propriétés divines. L'être est désigné par les trois lettres grecques, la trinité par le triangle, l'infini de la divinité par le double

' Voyez une gravure grecque représentant l'Annonciation, et qui vient du mont Athos dont elle reproduit une fresque. Au mont Athos, à Karès, qui est la capitale de cette province de moines, on vend des gravures sur cuivre, noires ou coloriées, représentant lous les monastères et tous les skites (villages) de la montagne. En outre, ces itnages, analogues à celles qui se font à Epinal, reproduisent les principaux saints et les principales histoires du christianisme. On a donc, par ce moyen, toute l'iconographie grecque. J'ai rapporté une série complète de ces gravures qui, du reste , sont assez grossières-, mais qui ont beaucoup d'intérêt.

° Planclie i3, page 22.

triangle, l'éternité par le cercle, la vie par le carré, l'éternité de l'existence par le carré inscrit dans le cercle.

2 1. DIEU LE PÈRE À NIMBE BI-TRIANGULAIRE ; DIEU LE FILS À NIMBE CIRCULAIRE;

LE SAINT-ESPRIT SANS NIMBE ET DANS UNE AUREOLE '. Fresque dû mont Athos.

C'est donc aux personnes divines que la forme triangulaire

' Cette représentation de la Trinité est tirée d'une fresque d'un des grands couvents du mont Athos. Le Saint-Esprit est inscrit dans une auréole qui rayonne et qui enveloppe dans ses feux les deux autres personnes. Le Saint-Esprit n'a pas de nimbe. Le Fils a un nimbe circulaire avec les croisillons, où se lit o cov. Le Père porte un nimbe bi-triangulaire , et l'o wv est tracé dans les coins du triangle dont la pointe ou sommet est en haut — Voyez en outre une gravure grecque représentant le monastère de Saint-Paul, un des couvents du mont Athos. La partie inférieure de cette gravure donne une vue générale du monastère ; le haut représente la Trinité. Le Fils et le Saint-Esprit ont le nimbe circulaire et croisé ; le Père a le nimbe bi-trian gui aire. Les cinq pointes du triangle sont reliées entre elles par un cercle. Une autre gravure , où est figuré le couvent athonite de Chilandari, montre la sainte Trinité couronnant la vierge Marie. Marie a le nimbe circulaire et uni, le Saint-Esprit le nimbe circulaire et rayonnant, Jésus-Christ le nimbe circulaire, croisé et portant o cov; le Père seul se distingue par le nimbe triangulaire. Ainsi donc, de la Vierge aux personnes divines on monte en dignité, comme des saints aux anges. De plus, l'artiste a peut-être voulu exprimer par la différence des nimbes la différence de relation qui existe entre les personnes divines elles-mêmes. Ainsi les variétés du nimbe exprimeraient cette hiérarchie pour les créatures et cette relation pour les personnes de la Trinité. Ce qu'on voit sur les gravures grecques, on le voit aussi sur les peintures à fresque des églises de la Grèce : les gravures sont une reproduction , un calque de ces peintures. Nous citons les dessins plutôt que les fresques , parce qu'on peut se procurer assez facilement les gravures et vérifier les faits que nous avançons.

du nimbe est attribuée exclusivement; le plus souvent c'est au Père éternel qu elle est réservée. Quelquefois les autres personnes portent ce triangle, mais c'est dans les représentations de la Trinité , et parce que le Père est avec elles. Cependant , même alors, à côté du Père qui a le triangle, on voit souvent le Fils et le Saint-Esprit qui n'ont que le cercle : du reste , ces deux personnes , comme la première , jouissent seules du triangle divin. Dans un Dante, imprimé au xvi^ siècle et qui est orné de gravures, on remarque une Trinité composée de trois têtes sur un seul corps; cette Trinité est ornée d'un nimbe triangulaire, un seul pour les trois têtes ^ Quelquefois le Père et le Fils portent tous deux le triangle, tandis que le Saint- Esprit est environné d'une auréole circulaire. Ainsi sont figurées les personnes divines sur I'épigonation dont se décorent quelquefois les arcbevêques etévêques grecs; ainsi le remarque-t-on sur I'épigonation que porte une grande image de saint Nicolas, et qu'on voit au principal couvent des Météores, en Tbessalie, près de l'ancienne ville de Tricca , aujourd'hui Triccala ^. Donc , le triangle appartient surtout au Père, quelquefois au Fils, rarement au Saint-Esprit, jamais à la Vierge ni aux apôtres. Les anciens : les platoniciens, les néoplatoniciens, Pythagore, Plutarque, Pline, Vitruve, etc. se sont beaucoup étendus sur la valeur géométrique et symbolique du triangle.

' Voyez ce dessin plus bas , à l'Histoire de la Trinité. Comme dans cette iconographie il a fallu être sobre de figures , lorsqu'un fait particulier est énoncé et que le dessin ne vient pas le démontrer, on peut être à peu près sûr de trouver ce dessin dans un autre paragraphe , parce qu'il y occupe une place où il est plus nécessaire. On prie donc les personnes qui liront ce travail de feuilleter les gravures , pour trouver la solution de certaines difiicultés ou l'éclaircissement graphique de certains faits qui pourraient les embarrasser.

^ Vépigonation [èiriyovàTiov) est un ornement en losange qui pend sur le genou droit, d'où vient son nom {èni et yàm) . et qui fait partie, comme l'étole chez nous, du costume pontifical. Cet épigonation est brodé d'ornements ou de figures; parmi ces figures on remarque assez sauvent la Trinité.

Dans les traditions de l'Inde et de toute l'Asie , la triade est un nombre mystérieux; c'est l'image des attributs de l'Etre suprême, car elle réunit en elle les propriétés des deux premiers nombres, de l'unité et de la dyade \ L'écho de ces discussions sur les nombres a retenti et s'est grossi pendant toute la durée du moyen âge. Saint Angilbert , le père de Nithard et le compagnon de Gharlemagne , fit construire en triangle l'abbaye de Centula, ou Saint-Riquier. Le cloître était triangulaire , et à chaque angle se dressait une église. Dans chaque église, le nombre trois brillait aux autels, aux chandeliers, aux ciBORiA, Ces églises étaient desservies chacune par cent moines, dont le nombre entier était de trois cents, et par trente-trois enfants de chœur : tout cela , et c'est dit expressément, avait été ordonné en fhonneur de la sainte Trinité^.

' M. le baron de Gérando, Vie de Pythagore, dans la Biographie universelle.

' « Clauslrum monacliorum triangulum factum est. Sicque sit, ut dum hic inde parietes « sibi invicem concurrunt, médium spatium sub divo triangulum habeatur. — Quia igitur (I omnis plebs fidelium sanctissimam atque inseparabilem Trinitatem confiteri , venerari , « et mente colère, firmiterque credere débet, secundum hujus fidei rationem in omnipo- « tentis Dei nomine très ecclesias principales, cum membris ad se pertinentibus, in hoc Il sancto loco , Domino coopérante , et praedicto domino Augusto (il s'agit de Gharlemagne) «juvante, fundare studuimus. (C'est Angilbert qui parle lui-même.) — In ecclesia sancti « Benedicti altaria parata tria; in ecclesiis vero sanctorum angelorum Gabrielis, Michaëlis « et Raphaëlis , altaria tria , quae simul fiunt altaria triginta , et ciboria tria , et lecloria tria. « — Quapropter trecentos monachos in hoc sancio loco regnlariter victuros , Deo auxiliante , « constituimus. — Centum etiam pueros scholis erudiendos sub eodem habitu et victu sta- « tuimus, qui fratribus per très choros divisis in auxilium psallendi et canendi inlersint: « ita ut chorus Sancti-Salvaloris centenos monachos cum quatuor et triginta pueris habeat; Cl chorus Sancti-Richarii centenos monachos, tresque et triginta pueros jugiter habeat; « chorus psallens ante Sanctam-Passionem centenos monachos , triginta tribus adjunctis « pueris, similiter habeat. Ea autem ratione chori très in divinis laudibus personabunt, « ut omnes horas canonicas in commune simul omnes décantent. Qiiibus decenter exple- 11 tis, uniuscujusque chori pars tertia ecclesiam exeat, et corporels necessitalibus vel aliis i( utilitatibus ad tempus inserviat, certo temporis spatio intervenienle ad divinae laudis Il munia celebranda denuo redeuntes. In unoquoque eliam choro id jugiter observelur, 11 ut sacerdolum ac levitarum reliquorumque sacrorum ordinum œqualis numerus tenea-

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De notre temps, Cambry lui-même, dans ses Monuments celtiques, a déclaré que le triangle représentait les trois qualités divines qui ne peuvent se séparer : être, penser, parler ^ Donc, puisque le triangle, à toutes les époques, a été l'expression géométrique de la Trinité, on conçoit que le nimbe triangulaire se donne à Dieu.

Cependant la France abolit souvent le nimbe de Dieu, le nimbe circulaire à trois rayons, mais ne le déforme pas, ne le ramène pas au triangle. Cette opération s'est faite en Italie, où une variété, désespérante pour l'antiquaire, déroute toutes les règles fixes qu'on voudrait poser; elle s'est faite en Grèce, où certaines idées religieuses sont en désaccord avec les nôtres; elle s'est faite à la renaissance, qui livre à la fantaisie les lois des époques antérieures et qui abandonne la règle au caprice. La France est moins variable et se contente du cercle qui, du reste, va bien mieux à la tête. Les exemples qu'on pourrait rencontrer cbez nous du nimbe en triangle devraient être signalés avec soin; ils seront toujours exceptionnels et pourront indiquer une influence grecque ou latine. .

Que le triangle se donne à Dieu , puisque Dieu est triple (deus trinus unus, dit Lactance), on le conçoit; mais qu'on lui applique le carré, c'est moins explicable. En effet, le carré.

Il tur. Cantorum nihilominus et lectorum aequali mensura divisio ordinetur, qualiter cho- «rUs à choro invicem non gravetur. » ( ^cta 55. ord. S. Benedictl, iv' siècle bénédictin , r° partie, Vie de saint Angilbert. )

On a cru utile de transcrire une partie de ce texte, qui est certainement l'un des plus intéressants que l'archéologie chrétienne puisse recueillir pour l'histoire des monuments symboliques. Ce cloître triangulaire n'existe plus malheureusement , et celte perle est irréparable, car il n'y a pas ailleurs un monastère afifectant ainsi la forme symbolique du triangle.

' Il aurait pu mettre agir à la place de parler, parce que la parole n'est qu'une des mille variétés de l'action , qu'un seul mode de l'activité intellectuelle qui est infiniment multiple. Cependant Dieu fait tout par sa parole et, dans ce sens, Cambry aurait raison. {Monuments celtiques, par Cambry, in-8°. Paris, i8o5, p. i57.)

dans les opinions pythagoriciennes et néoplatoniciennes symbolise la terre ; or, au figuré comme au réel , la terre est inférieure au ciel , dont , suivant les idées anciennes , elle ne serait que le piédestal tout au plus. Cependant on a donné quelquefois à Dieu et à Dieu le père des nimbes carrés : il est difficile d'expliquer ce fait, surtout quand on sait qu'en Italie on a gratifié de ce nimbe rectangulaire des personnages vertueux, mais peints de leur vivant , et pour les distinguer des personnages ou des saints morts. Le vivant, quelque saint qu'il soit, est toujours inférieur au saint mort, de quelque peu de réputation qu'il jouisse; le vivant est un homme, le mort canonisé est presque un dieu. De là le carré, expression géométrique de la terre, orne la tête des vivants, et le cercle, forme céleste, décore la tête des saints du paradis ^ Mais pourquoi donc le Créateur de tous ces êtres vivants ou morts porte-t-il un attribut qui le rabaisse jusqu'à la condition de sa créature, et de sa créature vivante et non glorifiée encore ? Il faut dire que le nimbe carré donné à Dieu est ordinairement concave et non droit sur les côtés, tandis que celui des vivants est en ligne droite et non en ligne arrondie en creux ; il faut dire surtout que ce nimbe de Dieu est presque toujours posé sur angles, en losange, et non pas sur les côtés comme celui des vivants^.

' Les Bollandistes [Acta SS. maii, tom. I, p. lxii de l'introduction aux saints de ce mois) ont fait graver une peinture du Mont-Cassin. Elle représente saint Benoît qui donne sa règle à l'abbé Jean. Saint Benoît porte le nimbe circulaire aussi bien qu'un ange qui est derrière lui pour l'assister de ses conseils ; l'abbé Jean, au contraire , a le nimbe carré. Les Bollandistes disent à ce sujet : «Vides gemmatum utrique circa caput <i ornatum , cum bac diversitate quod S. Benedicto, ut aeternitatem felicem adepto, capul ti ambiat circulus , aeternitatis symbolum ; Johanni vero , ut adhuc viventi , quadratum « quid post caput sit , quo creditur firmitas fidei , velut quadro lapide immobiliter nixae , a reprsesentari. » — Si le nimbe carré désigne la force de la foi, pourquoi le donner à Dieu qui est l'objet même de la foi ?

^ Dans une mosaïque de Saint-Jean-de-Latran , Dieu est orné du nimbe carré posé sur côlés et non sur angles.

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