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NIMBE DES ANGES ET DES SAINTS

L'ange porte le nimbe circulaire, mais à champ uni^ Quelquefois cependant, en Italie surtout et en Grèce^, aux xn% xv% xvi^ et xvii^ siècles, ce champ est décoré d'une arcature, de rinceaux , de cordons de perles et même de rayons ; mais il faut remarquer que, dans ce dernier cas, les rayons sont semés sans nombre et non pas limités à trois , comme au nimbe

mystique d'où sortent les quatre fleuves du paradis : le Phison , le Gehon , le Tigre et l'Euphrate. ^ ^

Voir à l'Histoire de l'ange les divers portraits que l'on donne de ces créatures célestes.

Sur les fresques de la Grèce , non-seulement le nimbe est peint , mais il est encore sculpté ou modelé. Avant que de peindre cet insigne, on imprime sur la couche fraîche une matrice en bois qui donne des ornements en creux et en relief. Sur celte pâte ainsi modelée le peintre étend ses couleurs; ainsi faisait-on chez nous à de certaines époques, surtout au xiu' siècle. Le soubassement intérieur de la Sainte -Chapelle de Paris, chapelle haute, présente des nimbes exécutés de cette façon, modelés d'abord et peints ensuite. C'est à ces creux et à ces saillies des nimbes qu'en i836 j'ai soupçonné, dans une chapelle absidale de Saint-Julien de Brioude, des peintures à fresque cachées sous plusieurs couches de badigeon. Ces peintures doivent être dévoilées aujourd'hui.

le Dieu. Il semble qu'il en soit des rayons du nimbe comme des ^eurs de lis du blason : les fleurs de lis sans nombre attestent une noble mais non royale origine, tandis que les trois fleurs de lis seulement caractérisent la royauté, du moins à partir d'une certaine époque. De même aussi les trois rayons du nimbe désignent la divinité, et les rayons plus nombreux s'attribuent aux créatures, surtout aux anges, les plus nobles d'entre elles. Ainsi donc, jamais l'ange ne porte le nimbe croisé, à moins que cet ange ne personnifie Dieu comme chez les Grecs. En Grèce, Jésus-Christ est appelé l'ange de la grande volonté (o oLyyeMç rrî<^ }xiykMc, €^Ar)$), et on le voit souvent représenté, au fond de l'abside latérale gauche , sous la forme d'un grand ange ailé et imberbe. Cet ange divin , ce dieu messager [cLyyi- Ao$ ) , admirable création particulière à la Grèce , porte le nimbe divin. Dans la scène où Abraham, voyant trois anges, se prosterne aux pieds de l'un d'eux qu'il adore, l'ange adoré porte le nimbe croisé assez souvent, pour signifier que celui-là représentait Dieu^

Il y a de très-nombreuses exceptions à ce fait: d'ordinaire ces trois anges ne diffèrent en rien des autres créatures de la céleste hiérarchie et portent, comme elles, le nimbe tout uni, ou du moins non partagé par une croix.

Les personnages de l'Ancien Testament, en Orient surtout, sont nimbés comme les saints du Nouveau. En Occident , les patriarches, les juges, les prophètes et les rois juifs sont bien moins honorés. Jacques de Vorage, dans sa Légende dorée, dit qu'on ne fait pas la fête des saints de l'Ancien Testament , si ce n'est des saints Innocents, qui ont souffert pour le Christ;

* Voyez le dessin 19» p. 3 1, où l'une des trois personnes qui apparaissent à Abraham porte le nimbe crucifère, tandis que les deux autres, qui sont de simples anges, ont le nimbe uni.

des Machabées, dont la patience, le courage dans les supplices^ est proposé en exemple aux chrétiens ; enfin , de saint Jean-Bap-^' tiste, parce qu'il sert d'anneau entre la Bible et l'Evangile ^ Du reste , il n'y a pas de fête pour Adam , pour Abel , pour Noé , pour Abraham, ni pour Moïse, Samuel, David ou Isaïe; on ne les appelle pas saints , ils ne servent pas de patrons , et Ton prend rarement leur nom au baptême. Dans les litanies, où Ton nomme les saints et saintes du christianisme un à un , on se contente d'invoquer en masse les personnages bibliques : « Vous tous patriarches, vous tous prophètes, priez pour nous! » Voilà ce qui se passe en Occident. En Orient, en Grèce, en Asie, il n'en est pas ainsi : on dit saint Abraham, saint Isaac, saint Jacob, saint David, saint Salomon , saint Isaïe. En baptisant un nouveau-né, on lui impose souvent un de ces noms bibliques tout aussi bien qu'un nom évangélique; on peut même dire que les noms de la Bible sont préférés en Orient , et y sont plus distingués que les autres. On dédie des églises à saint Abraham , à saint Isaac, à saint David. On peint ces personnages très en détail dans les églises; on les invoque un à un dans les litanies. Dès lors, regardés comme saints et au même titre que les apôtres, que les martyrs, que les confesseurs, on leur met un nimbe autour delà tête, un nimbe circulaire, un nimbe quelquefois décoré de rinceaux dans le champ. Dans la jolie église du monastère de Kaiçariani, qui se cache dans un pli du mont Hymette, au S. E. et à un myriamètre d'Athènes, on voit ainsi Adam peint à fresque avec uïi nimbe à la tête et le titre de cLytot; (saint).

' 0 Notandum quod Ecclesia orientalis facit festa de sanctis utriusque Testamenli; ocncidentalis aulem non facit festa de sanctis Veteris Testamenti, eo quod ad inferos de- « scenderunt, praeterquam de Innocentibus, eo quod in ipsis singulls occisus estChrislus, « et de Machabseis. De Machabaeis , propter quatuor rationes, etc. « — Légende dorée. De sanctis Machabaeis. — 11 aurait fallu ajouter encore saint Joseph et sainte Elisabeth, auxquels on rend également un culte.

Chez nous , dans les localités où l'esprit oriental et byzantin s'est fait jour, comme à Reims, comme à Troyes, comme à Saint-Savin près de Poitiers, et à Chartres, on voit de ces nimbes aux prophètes particulièrement, plus rarement aux patriarches et aux juges, plus rarement encore aux rois. Parmi les rois , les préférés et ceux qui se voient quelquefois avec le nimbe, sont David et Salomon. En Grèce, le nimbe s'étend à Ezéchias, à Manassé, rois saints, plus révérés que les autres. A Saint-Savin, sur les curieuses fresques que va publier ]e Comité des arts et monuments, on voit Abel et Caïn offrant un sacrifice à Dieu. Gain, tête maudite, n'a pas de nimbe; Abel, le juste, est orné d'un nimbe jaune. Plus loin, lorsque Caïn, après avoir tué son frère, répond à Dieu, qui lui demande où est Abel, qu'il n'en sait rien et qu'il n'était pas chargé de le garder, on voit un nimbe autour de la tête du fratricide : c'est sans doute le signe dont Dieu marque Caïn pour qu'il ne soit pas tué comme une bête fauve ^ Plus loin , à la scène où Abraham , après avoir vaincu les cinq rois delà Pentapole, reçoit le pain et le vin que lui apporte Melchisédech , on voit ce prêtre couronné comme un roi et nimbé en jaune, couleur d'or, comme un saint chrétien. A Chartres, Melchisédech , grande statue du portail latéral du nord, est nimbé et , de plus, coiffé d'une tiare comme un pape. On signalerait bien encore un petit nombre de faits analogues qui se remarquent dans quelques villes de France, à Bourges particulièrement, où l'on voit, sur un vitrail, Jacob et Elie nimbés^;

' « Posuitque Dominus Caïn signum , ut non interficeret eum omnis qui invenisseteum. » [Liber Genesis, cap. iv, v. i5.)

' Voir la Monographie que MM. les abbés Cahier et Martin préparent sur la cathédrale de Bourges. Sur ce même vitrail , Abraham qui va sacrifier Isaac, Moïse qui fait jaillir l'eau du rocher, la Religion chrétienne qui assiste à la mort du Christ, ne sont pas

mais on peut dire , en général , que chez nous et dans tout l'Occident, on réserve le nimbe aux saints de TEvangile, tandis qu'on le refuse ordinairement aux saints de la Bible. En Orient, au contraire, on prodigue toujours le nimbe aux uns et aux autres.

Saint Jean-Baptiste , même en Occident , où on fait non-seulement la fête de sa mort, mais celle de sa nativité, a toujours la tête nimbée; il ne perd cet attribut qu'à l'époque où les autres saints de l'Evangile en sont dépouillés. Saint Jean-Baptiste, le précurseur qui est circoncis encore, mais qui baptise déjà, qui montre l'Agneau de Dieu, qui prépare l'Evangile, qui est l'agrafe (fibula, comme dit l'Eglise le jour de sa fête) entre l'Ancien et le Nouveau Testament, saint Jean devait avoir un nimbe. Voici la représentation orientale de saint Jean- Baptiste avec son nom écrit en grec : o oL>/o$ Toctvv>i$ o IlpôJjooju.oç, saint Jean le Précurseur ^

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