SAINT JEAN-BAPTISTE NIMBÉ
Fresque du couvent de Kaiçariani, mont Hymette.
nimbés. Il est rare cependant de voir ainsi la Religion chrétienne, l'Eglise, dépouillée du nimbe.
' Saint Jean tient sa tête dans un vase ; i] est vètud'une peau de chameau, il a une
MMBE. 49
Saint Joseph , le père nourricier de Jésus , est ordinairement nimbé ^; cependant on le voit assez souvent sans nimbe ^, par exemple, à la clôture du chœur de Notre-Dame de Paris et sur un vitrail de Notre-Dame de Chartres , au fond de l'abside. La vierge Marie porte le nimbe circulaire et souvent magnifiquement décoré^. La Vierge, la mère de Dieu , cette créature que le moyen âge, dans son culte,. rapprocha autant que possible de son fds et du Créateur, jette des rayons non-seulement par la tête , mais par le corps et les mains. Elle n'a pas de nimbe croisé ^, puisque les croisillons sont réservés à la divinité, mais elle a le nimbe aussi riche que Dieu lui-même ; elle a l'auréole et la gloire entière, elle a les mains enflam-
ceinture de cuir et les cheveux incultes comme un pénitent; il porte le nimbe circulaire. Les Grecs traduisent littéralement: «Voilà que j'envoie mon ange devant vous [Marc, cap. 1, V. 2) 1), et mettent constamment des ailes d'ange aux épaules de saint Jean-Bapliste. Chez nous, où l'on s'attache plus à l'esprit qu'à la lettre , on laisse le nimbe à saint Jean , comme on en verra deux exemples dans l'histoire de Jésus-Christ, mais on lui ôte les ailes. ^ Saint Joseph , averti par l'ange de prendre la mère et l'enfant et de s'enfuir en Egypte, est nimbé dans le manuscrit du xi' siècle, chronique et traités divers, manuscrit du fonds de Saint-Germain , Bibliothèque Royale. Dans le Bénédiction a ire de saint Elhelwold , appartenant au duc de Devonshire, manuscrit du x' siècle, Joseph est nimbé au moment où il assiste à la naissance de Jésus.
* Pas de nimbe au saint Joseph fuyant en Egypte , Evangiles de saint Martial , xiii" siècle, appartenant à M. le comte Auguste de Bastard. Par contre , ce même manuscrit donne le nimbe aux rois mages et même à Hérode. Le nimbe indiquerait moins la sainteté que la la puissance et dénoterait, par conséquent, que ce manuscrit s'est exécuté sous une influence plutôt byzantine que latine, et orientale qu'occidentale.
^ Sur le retable de Saint-Germer, près de Beauvais, dans la chapelle de la Vierge, Marie porte un nimbe splendidement décoré de perles et d'une arcature. Jésus-Christ seul a le nimbe un peu plus riche encore. Voyez dans l'ouvrage de M. le baron Taylor, Voyage dans l'ancienne France, province de Picardie, une lithographie de ce bel autel du xiif siècle, exécutée par M. Nicolle, d'après un dessin de M. Lassus. Ce monument est sculpté et peint. M. Boeswilwald en a relevé et restauré toutes les peintures dans un dessin préparé pour l'exposition de i842.
* Le nimbe croisé, attribué à la petite Marie venant au monde, dans le misse.l^ de Saint-Magloire, cité plus haut, page 27, est une exception unique ou plutôt une faute du miniaturiste.
mées, elle a l'arc-en-ciel pour trône, le soleil pour vêtements, la lune pour escabeau , les étoiles pour couronne , tout aussi bien que Jésus-Christ. Les fresques de Saint-Savin montrent ainsi la Vierge apocalyptique nimbée , assise sur le soleil et posant les pieds sur la lune. Au paragraphe de la gloire, nous verrons , par un dessin tiré du Gampo-Santo , que Marie est aussi lumineuse, aussi glorieuse que son fils, qui est cependant représenté en grand juge et dans toute sa gloire. Enfin, dans ces derniers temps, on a frappé une médaille où Marie est représentée versant des ruisseaux de lumière avec les dix doigts de ses mains, absolument comme un grand Christ qu'on voit sculpté à Vezelay, et dont les mains répandent des flots de grâce sur ses apôtres : ces flots ont la forme de rayons sur l'effigie de Marie et sur celle du Christ.
Les apôtres sont toujours ornés du nimbe, comme cela devait être. Avec les personnes divines, les apôtres sont les premiers à prendre le nimbe et les derniers à le quittera Au portail occidental de la cathédrale de Reims, le nimbe de saint Pierre et de saint Jean évangéliste est orné de perles ; sur les vitraux de la même église, dans le sanctuaire, des pierres précieuses ou des cabochons en émeraude, en rubis, en saphir, sont figurés sur le nimbe de presque tous les apôtres.
Tous les ordres des saints, les martyrs, les confesseurs, les vierges, les continents, sont ornés du nimbe et du nimbe circulaire ^.
Le champ du disque est plus ou moins orné, suivant l'époque et le pays où il a été fait, suivant la matière sur la-
' Au dessin 17, pag. 29, on a vu saint Pierre et saint Paul nimbés comme le jeune Jésus et aussitôt que lui.
^ Voyez les voussures des cathédrales de Reims , de Paris et de Chartres. VHortus deliciarum , les Arls au moyen âge , les Peintures et ornements des manuscrits oiTrent des exemples très-nombreux et Irès-divers du nimbe.
quelle il est exécuté. Aux époques anciennes du christianisme et à la renaissance \ le nimbe est plus décoré que pendant le moyen âge proprement dit^. En Italie et en Grèce, le nimbe est moins simple que chez nous. Les Grecs , on l'a dit , ne se contentent pas de tracer sur leurs fresques des ornements au pinceau, ils pratiquent encore des reliefs dans leurs enduits. Enfin les nimbes exécutés en orfèvrerie, en ivoire, en émail ou en peinture sur verre, sont plus riches ordinairement que. les nimbes sculptés sur la pierre de liais ou le granit. Les premiers sont exécutés avec plus de soin et plus de luxe ; d'ailleurs il était plus facile et souvent il était nécessaire de les orner. La belle châsse de Mauzac, en Auvergne, montre ainsi la Vierge inscrite dans une gloire elliptique ; Marie porte le nimbe circulaire, en émail bleu et semé de petites fleurs rouges^.
^ Un vitrail du xvi* siècle, en grisaille, appartenant à M. Guénebault et représentant saint Jean-Baptiste qui tient l'agneau de Dieu, donne des nimbes chargés d'ornements et de rayons. Les beaux vitraux de Saint-Alpin, à Chàlons-sur-Marne, de Sainte-Madeleine, à Troyes, et de l'église d'Epernay sont remplis de nimbes richement ornés. Ces vitraux sont également de la renaissance. Quant au rebord du nimbe , c'est ordinairement un ourlet brodé de perles ou un ruban plus ou moins brodé. Cet ourlet est trèsriche aux nimbes du Christ et de Marie, sur le tympan de la cathédrale d'Autun, qui est cependant du xu° siècle. La richesse du nimbe, employée comme moyen hiérarchique, est bien indiquée dans le Bénédictionaire de saint Ethelwoîd , évêque de Winchester. Là Marie, saint Pierre, saint Paul, saint Jean, ont un bien plus beau nimbe que le reste des apôtres et des saints. Ce manuscrit anglo-saxon est de Godemann , qui a marqué cette œuvre de son nom et qui , en 970, était évèque de Thorney.
^ L'évangéliaire de Charlemagne, connu sous le nom d'Evangiles de Saint-Médard de Soissons , manuscrits latins de la Bibliothèque royale , offre de beaux exemples de nimbes richement ornés. Voyez saint Matthieu et son ange reproduits dans les Peintures et ornements des manuscrits. Le tympan de la cathédrale d'Autun , qui est du xii* siècle, le retable de Saint-Germer, chapelle de la Vierge, xiii° siècle, offrent de beaux exemples de nimbes striés et cannelés. Mais ces deux monuments, quoique en pierre, sont d'une richesse aussi grande que s'ils étaient en argent ou en or. Dans le retable de Saint-Germer, les nimbes sont, non-seulement modelés, mais encore rehaussés de couleurs.
^ Voyez l'ouvrage de M. Mallay, architecte à Clermont-Ferrand , sur les églises romanes du Puy-de-Dôme. Plusieurs coffrets, châsses, croix et devants d'autel émaillés, donnés
Vers le xiv*" siècle la mode prévalut, surtout en Allemagne, d'écrire dans l'intérieur du nimbe le nom du saint dont on ornait la tête. Ainsi les vitraux de la cathédrale de Strasbourg, qui représentent plusieurs rois et empereurs, qui sont du xi^ ou xii^ siècle, mais qui ont été restaurés vers le xiv% à la tête et au nimbe particulièrement , portent des nimbes où on lit : « Karolus-Magnus Rex, Rex Bippinus pater Karoli, Rex Hen- « ricus Claudus^ » Nous avons vu le premier, Gharlemagne^; voici l'empereur Henri II, Henri le Boiteux, qui n'est qualifié que du titre de roi, comme Gharlemagne lui-même, parce qu'alors les expressions de roi et d'empereur n'avaient pas la valeur qu'elles possèdent aujourd'hui.
par M. du Sommerard, dans l'Atlas et l'Album des Arts au moyen âge , viennent confirmer ce que prouve la châsse de Mauzac. Voyez principalement le Paliotto de Milan, la Palla-d'oro de Venise, l'autel d'or de Bâle, le reliquaire roman de Chartres.
' Cet Henricus Claadus rex est Henri, duc de Bavière, empereur après la mort d'Othon III, en loôa , sous le nom de Henri II. Il est mort le i3-i4 juillet 102A. et a été canonisé en 1 1 Sa par le pape Eugène III. Saint Henri fut un des bienfaiteurs de la cathédrale de Strasbourg. Dans les chroniques allemandes , l'épithète de Claudus est traduite par Lahme, perclus, boiteux. Les quinze rois peints sur verre dans le latéral nord de la cathédrale de Strasbourg sont tous désignés comme bienfaiteurs de la cathédrale. C'est à eux qu'on doit les revenus considérables qui ont permis de bâtir le monument, et qui, aujourd'hui encore, sont employés à sa conservation. Aucun de ces empereurs el'rois , à l'exception de Henri II et peut-être de Charlemagne, n'a été canonisé et n'est reconnu comme saint; tous cependant sont ornés du nimbe. Il y a là un fait curieux et qui mérite explication. M. Klotz, architecte de la cathédrale de Strasbourg, donnera certainement cette explication dans le travail graphique et littéraire qu'il prépare sur tous les vitraux du monument confié à ses soins. Des réparations importantes, exécutées à ces vitraux au xiv' siècle, mettront sur la voie d'une solution.
Ci-dessus, planche 1, pag. 2. — Raphaël [Dispute du Saint-Sacrement) a peint plusieurs noms dans l'intérieur des nimbes qui décorent la tête des saints divers qui contemplent ou adorent l'hostie dans l'ostensoir ou soleil rayonnant. En France , aux xn* et xiii" siècles, on écrivait ordinairement le nom des saints sur la banderole que ces personnages tenaient à la main. L'inscription régnant autour du nimbe, comme une légende sur une médaille, est bien préférable ; c'est une heureure idée que de faire porter aux saints leur nom sur leur tête et dans le nimbe lui-même, qui est le signe de leur apothéose.
L'EMPEEEUR HENRI II, À NIMBE CIRCULAIRE ET MARQUE D'UNE INSCRIPTION. Vitrail de la cathédrale de Strasbourg, xii° et xiv° siècles.
En Allemagne, cet usage a persisté jusqu'à la fin du xvi^ siècle^; de nos jours, on le pratique encore dans les tentatives qui se font en Bavière et dans le grand-duché du Bas-Rhin , pour ranimer l'art de la peinture sur verre.
Les Grecs suivent presque constamment cette pratique;
Voyez, entre autres, les vitraux de l'abside de la cathédrale, à Freybourg en Brisgau; les beaux vitraux attribués à Albert Durer, et qui ornent la nef latérale du nord de la cathédrale , à Cologne.
mais, au lieu d'écrire le nom entier, ils ne mettent assez souvent que le monogramme ic. xc. ( Jésus - Christ ) et mp ër (la Mère de Dieu), pour le Christ et la Vierge, ou que les initiales r, M, P, M, H, n, pour Gabriel, Michel, Raphaël, Moïse, Hélie, Pierre ^