‹ Iconographie chrétienneChapitre 33 sur 141 · LA LIBERTÉ DECOREE D'UN NIMBE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ DECOREE D'UN NIMBE

Scuipture du xiif siècle, cathédrale de Chartres.

Gomme sa mère, qui la précède; comme ses douze sœurs, qui la suivent, la Liberté est décorée d'un large nimbe; c'est une sainte vertu qui méritait cet bonneur, aussi bien que toutes les autres qui l'accompagnent ou plutôt qui défilent après elle ^ .

* La main droite, qui est cassée, devait tenir un étendard ou une pique. Le nimbe est épais et plein , comme la gravure le fait sentir. On lit parfaitement libertas et non LiBERALiTAs, comme on pourrait le croire; il n'y a pas la moindre abréviation. D'ailleurs , d'après les règles de la paléographie , il n'est pas possible d'abréger liheralitas en omettant le secondL. Avant de faire exécuter ce dessin de la Liberté , j'ai eu soin d'estamper l'inscription ; on peut donc avoir confiance entière dans la forme et le nombre des lettres.

Les êtres naturels , la personnification des points cardinaux , des vents, des quatre éléments, des constellations, du jour et de la nuit, sont quelquefois nimbés. La religion chrétienne ou f église personnifiée dans une femme couronnée, tenant un calice d'une main et une croix de fautre, personnification des plus fréquentes pendant tout le moyen âge, est nimbée ^ Un manuscrit grec du Vatican^ montre la ville de Gabaon [ttoMc, rûc€ctcc)v) sous la forme d'une grande femme, coifîee d'une couronne murale, pieds nus, tenant un long bâton; outre sa couronne, cette ville porte un large nimbe circulaire. Le Soleil et la Lune, à l'imitation des païens, portent assez souvent le nimbe; cela se conçoit, puisque le nimbe est un rayonnement, une lumière, et que les deux astres lumineux par excellence, pour les habitants de la terre du moins, sont la lune et le soleil qui partagent le temps en nuit et en jour. Chez nous, où Ton est moins prodigue du nimbe, au lieu d'entourer de cet insigne la tête du Soleil et de la Lune, on met quelquefois une torche ou un flambeau à la main de ces astres , ainsi qu'on le remarque au porche septentrional de la cathédrale de Chartres. Les chrétiens ont nimbé les saints exactement comme les anciens ont nimbé le Soleil et la Lune. Ainsi voilà Diane ou la Lune avec un nimbe circulaire; seulement, et afin de la reconnaître, on lui a mis le croissant sur la tête^.

^ Voyez particulièrement un beau manuscrit champenois de la fin du xni° siècle, qui est à la bibliothèque de l'Arsenal. La Religion chrétienne et la Synagogue assistent au crucifiement de Jésus; la Religion est nimbée, et la Synagogue, que tue la mort du Christ, est sans nimbe. Même bibliothèque , le manuscrit de Guillaume Durand [Racional des offices, théol. fi-. n° 24, fin du xv° siècle) ofiFre de même une Eglise nimbée. Le célèbre manuscrit de Drogon (Bibliothèque royale) supplément latin, 645, donne une Église ornée également d'un nimbe d'or.

* Voyez Séroux d'Agincourt, Histoire de l'art par les monuments j pi. 28. Ce manuscrit est du vii° ou vin° siècle.

Voyez, à l'Histoire de Dieu, un très-beau dessin tiré d'un manuscrit grec, et qui

3o. DIANE , LA LUNE , À NIMBE CIRCULAIRE.

Sculpture romaine '.

La gravure suivante représente le Soleil. Pour nimbe, il a sept rayons qui lui partent de la tête, avec la figure matérielle du soleil qui sert à le caractériser et qui a la forme d'une roue.

3l. SOLEIL À FIGURE RAYONNANTE, ET À NIMBE EN ROUE SUR LA TÊTE.

Sculpture étrusque.

Les chrétiens ont souvent représenté le soleil et la lune assistant à la mort du Christ et pleurant sur ce martyre d'un Dieu. Au xiif siècle, ce soleil et cette lune sont figurés sous la forme d'astres et sont tenus par deux anges , qui en sont comme les génies; mais aux xi*" etxii^, ces deux astres sont personnifiés, et posés en buste dans le champ d'un nimbe qui est bordé de

représente la nuit personnifiée et nimbée, comme le prophète Isaïe près duquel elle se trouve. Le manuscrit de Drogon , cité plus haut, montre ainsi, au crucifiement, la Lune en femme blanche, à croissant sur la tête; le Soleil est un jeune homme rouge, à couronne radiée : tous deux sont inscrits dans un médaillon.

* Montfaucon , Antiquité expliquée, tom. II, p. àià. Le Soleil suivant est au tom. I, pi. 53, p. 106. Remarquez encore, comme plus haut, le nombre astronomique et planétaire des sept rayons.

lignes onduleuses, figurant des nuages ou des flammes \ A Aix-la-Chapelle, sur la couronne en cuivre doré donnée par Barberousse, on voit Jésus attaché à la croix. Le Soleil et la Lune sont représentés en buste. La Lune est une femme qui porte un croissant sur la tête; le Soleil un jeune homme qui est nimbé de ses rayons. Plusieurs manuscrits à miniatures du viif ou ix^ siècle offrent ces deux astres , le Soleil et la Lune, absolument sous la forme antique ; ils portent le nimbe circulaire et sont montés sur un char à quatre chevaux ^.

Les quatre attributs des évangélistes, l'ange de saint Matthieu , l'aigle de saint Jean , le lion de saint Marc et le bœuf de saint Luc portent le nimbe comme les évangélistes et les apôtres eux-mêmes ^. Une curieuse particularité est fournie par un manuscrit de la Bibliothèque royale , espèce d'encyclopédie ou de livre de clergie du xi^ siècle ^. Sur le rampant d'une arcade cintrée, dans le tympan de laquelle est un personnage orné d'un nimbe croisé, et tenant un livre, montent deux paons qui se regardent et semblent s'avancer l'un vers l'autre. La triple aigrette, comme un plumet, se dresse sur leur tête; mais, et de plus, cette tête est cernée d'un grand

^ Voir plus bas, à l'Histoire de Jésus-Christ, un crucifiement où le Soleil et la Lune sont ainsi dessinés.

^ Voyez plus bas, à l'Histoire de Dieu le Fils, un Soleil et une Lune ainsi ligures et pleurant sur la mort de Jésus-Christ.

' Voyez, à l'Histoire de la Trinité et de Jésus-Christ, plusieurs dessins représentant ces animaux symboliques ornés d'un nimbe circulaire. Plus bas, au paragraphe de l'auréole, est donnée la représentation d'une fresque romane de la cathédrale d'Auxerre; l'aigle de saint Jean et le bœuf de saint Luc y sont nimbés. A la cathédrale de Chartres, tympan de la porte centrale du portail occidental, est sculpté le Christ entouré des animaux symboliques ; seul des quatre, l'aigle est nimbé, parce que les trois autres détachent leur tête trop fortement du fond, et que le nimbe, dans ce cas, était d'une exécution difficile.

* Fonds de Saint-Germain, lat. n" A34, olim 5^7- Voyez Peintures et ornements des manuscrits, 8° livraison.

filet circulaire et qui est exactement un nimbe. Ces paons nimbés sont assurément symboliques et doivent exprimer une idée analogue à celle qui se cache sous les animaux des évangélistes. Un manuscrit de la bibliothèque d'Amiens \ un psautier, offre au psaume lxxxii l'agneau de Dieu peint et inscrit dans le D qui ouvre le premier verset. L'agneau porte le nimbe uni et sans croix, première particularité; mais la tête du D a la forme d'un oiseau qui, avec le bec, saisit un serpent à la gueule. Cet oiseau, qui ressemble à un aigle et qui doit représenter le courage ou la vertu triomphant du vice, porte un nimbe comme l'agneau , un nimbe uni , couleur du parchemin et tracé par une simple ligne noire.

Enfin le génie du mal, Satan, est quelquefois nimbé; à cette occasion , nous devons dire un mot de la valeur du nimbe ou de l'idée qu'il exprime.

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