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HISTOIRE DU NIMBE

Le nimbe est destiné à qualifier fortement et à la première

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vue quiconque en est décoré. Il se porte à la tête comme une couronne, parce que la tête est la plus noble portion de nousmêmes et parce qu elle est la plus haute et la plus visible partie de notre corps. En effet, toutes les fois qu'on a voulu attirer les regards ou provoquer le respect, la tête a été prise comme moyen, comme but ou point de mire.

De tout temps et chez tous les peuples , la tête a été considérée comme la plus noble partie de l'homme : c'est à sa tête que le lion doit son titre de roi des animaux; c'est parce qu'il porte la tête droite et qu'il regarde naturellement le ciel que l'homme a été proclamé le chef de la création ^ La tête est à l'homme ce que la fleur est à la plante, le fronton au portique : c'est l'âme matérielle du corps; et, de plus, c'est l'enveloppe, le siège et le temple de l'âme immortelle. La tête touche, goûte, odore, entend et voit, et par-dessus tout elle pense ; au cerveau , source et embouchure de la pensée , viennent aboutir les sens, qui en sont les organes et les affluents. Ce qui est confus et disséminé dans le reste du corps est réuni et concentré dans la tête. La beauté elle-même, qui a cependant pour se développer la surface variée et vaste de tout le reste du corps, la beauté vient s'épanouir et se résumer sur la tête. On est beau avec un corps laid et une belle tête; on est toujours laid avec un beau corps et une tête vulgaire.

Ainsi, dans l'ordre matériel, anatomique et physiologique, tout l'homme est dans sa tête; c'est encore là que l'esthétique a placé la beauté suprême. En psychologie, le corps est peu, la tête est tout. Le corps sans la tête est une tige sans fleur,

' « Pronaque cum spectent caetera animalia terram ,

«Os homini sublime dédit (Opifex rerum) cœlumque tueri « Jussit, et Erectos ad sidéra toUere vultus. »

(Ovide, Métamorphoses, liv. I.)

une colonne sans chapiteau; quelque chose d'informe qui n'a de nom nulle part. Au contraire, la rose enlevée à la plante et le chapiteau séparé du fût peuvent orner gracieusement une femme et un monument; enfin, de la tête humaine sans le tronc on a fait les plus pures de toutes les intelligences célestes, les séraphins qui ne sont qu'amour.

La religion chrétienne faisait bon marché du corps de l'homme, mais elle estimait sa tête à haut prix. Le tronc séparé de la tête peut s'enterrer partout, disent les anciens liturgistes Guillaume Durand et Jean Beleth ; mais la tête ne peut s'inhumer qu'en terre sainte et consacrée, que dans l'église ou dans le cimetière. Le corps sans la tête ne consacre pas un lieu où il est enterré ; la tête sans le corps sanctifie ce lieu immédiatement^ A Cologne, de tous ces milliers de martyrs de la légion thébaine qui reposent dans l'église de Saint-Géréon , leur compagnon et un de leurs chefs , on montre particulièrement les têtes, rangées dans des armoires vitrées comme des livres de grand prix dans une bibliothèque. A Sainte-Ursule de Cologne, que fait-on voir des onze mille vierges martyres.^ Toujours les têtes enfermées dans des reliquaires d'or, d'argent ou de bois précieux. H y a une grande chambre uniquement occupée par ces riches et curieuses reliques. Combien ne s'est-on

' Durand, évêque de Mende, s'exprime ainsi ( Rationale divin, offic. lib. I, cap. v, de cimiterio et aliis, etc.) ...... .Religiosa sunt ubi cadaver Iiominis integrum vel etiam

«. caput tantum sepelitur, quia nemo potest duas sepulturas habere. Corpus vero vel aliquod i< aliud membrum, absque capile sepultum, non facit iocum religiosum. » Jean Beleth

[Rationale divinorum ojficiorum, cap. ii, de loco) dit à son tour : « Postremo locus

« religiosus ille dicitur in que integrum hominis cadaver sepultum est, vel tantum etiam « caput. Corpus enim obtruncatum , nisi et caput adsit , Iocum religiosum facere non « potest. » — Dans ces textes se révèle l'esprit du christianisme qui rend tous les honneurs à la tête, là où l'âme habile spécialement. M. l'abbé Pascal , correspondant du comité des arts et monuments, publiera prochainement un dictionnaire liturgique où sera traitée cette question de la préséance de la tête sur le corps.

pas disputé le chef de saint Jean-Baptiste! Cinq ou six églises prétendaient et prétendent encore le posséder. Est-ce que son corps a jamais été l'objet delà moindre contestation? estce qu'on s'est même occupé de savoir où il était réellement et à qui il appartenait?

Puisque la tête est douée d'une si grande importance, c'était à la tête qu'on devait attacher principalement tous les insignes qui caractérisent, distinguent ou classent les hommes : les uns commandent et les autres obéissent; les uns marchent en avant, dirigent et ordonnent; les autres suivent et exécutent. Ceux-là sont chefs, et ceux-ci ouvriers. Les chefs portent à la tête un signe distinctif : on reconnaît le roi à la couronne, le pape à la tiare, et l'évêque à la mitre. Chez nous, les sexes eux-mêmes se distinguent surtout par une coiffure qui est mobile pour les hommes et fixe pour les femmes. Les couronnes ou coiffures des chefs civils et militaires sont d'une extrême variété, parce que chez tous les peuples, les plus civilisés comme les plus sauvages, la couronne a été et est encore l'insigne de la puissance suprême. Le diadème chez les Grecs, la couronne ouverte chez les Romains, le cône ou le cylindre chez les nations orientales, la coupole chez les Byzantins, la couronne fermée chez les nations chrétiennes, ne sont que les types principaux d'une foule d'espèces. Au moyen âge, la couronne est un moyen hiérarchique et un signe de reconnaissance entre les nobles, aussi bien que l'écusson; l'écusson distingue les familles, et la couronne, les ordres de la noblesse. Pour l'empereur, c'est la couronne fermée; pour le roi, la couronne voûtée, mais à jour; pour le prince, la couronne à fleurs de lis et à feuilles d'ache. En diminuant de plus en plus la couronne , elle perd ses fleurs de lis et devient à feuilles d'ache simples, à feuilles d'ache entre-

mêlées de perles, à dix-huit grosses perles sans feuilles, à quatre grosses perles entremêlées de petites, à petites perles seulement et en simple filet ou torsade. Ainsi amoindries, les couronnes se portent : la première par le duc, la seconde par le marquis, la troisième par le comte, la quatrième par le vicomte ; au baron revient la cinquième. Le casque tout seul sert de couronne au chevalier. La couronne est une sorte d'étendard qui se porte en l'air et qui peut servir à guider. A la bataille d'ivry, Henri IV disait : « Suivez mon panache, vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur. » C'est peut-être par un motif semblable , et aussi comme un signe de décoration, que les rois, chez les sauvages, se coiffent de plumes hautes et brillantes.

Lorsqu'un homme s'illustre par une action d'éclat, la récompense se traduit ordinairement par une couronne; c'est toujours à la tête que s'adresse l'hommage ^ La couronne murale, les couronnes de chêne, d'olivier, de laurier^, se donnaient chez les Romains à qui montait à l'assaut d'une ville, à qui remportait une victoire, à qui s'illustrait par un fait glorieux; chez les Grecs on couronnait les Dieux qu'on voulait honorer. Les grands poètes, les grands philosophes de l'antiquité étaient couronnés de couronnes diverses, et leur iconographie nous les représente souvent ainsi décorés.

Lorsqu'à la naissance du christianisme un genre d'illustration, peu connu auparavant, se fut comme révélé au monde;

' D faut dire que chez nous l'honneur est descendu de la tête aux épaules avec les épaulettes, et des épaules à la poitrine avec la croix.

^ A Notre-Dame de Brou , on voit saint Jean évangéliste , statue en bois du xvi* siècle , placée dans une niche des stalles et provenant de l'ancien pupitre sculplé. Saint Jean est jeune, imberbe, représenté comme un empereur romain; il a sur la tète une couronne de laurier comme un triomphateur antique. C'est une façon de nimbe empruntée au paganisme

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lorsque des martyrs donnèrent leur vie pour témoigner de leur croyance qu'ils proclamaient, prêchaient et propageaient, Dieu lui-même consacra ce système de la politique profane et récompensa ces actions héroïques en couronnant leurs auteurs. Les premiers monuments de l'art chrétien représentent ou des mains divines tendant du haut du ciel des couronnes aux martyrs^ , ou des anges descendant du ciel aussi et apportant des couronnes, par ordre de Dieu, à tous ceux qui soulFraient la mort pour la foi ^. Tout le soubassement de la haute Sainte- Chapelle de Paris est décoré d'une arcature. Dans les tympans des arcades est représentée la mort de plusieurs martyrs, de saint Etienne entre autres, et de saint Thomas de Cantorbéry. Au-dessus du supplice apparaît la récompense, car des anges descendent du ciel, apportant des couronnes qu'ils tendent à tous ces martyrs glorieux ^.

Mais un autre moyen fut, sinon inventé, au moins trèslargement exploité par le christianisme pour distinguer et honorer ses martyrs et tous les saints. La couronne est un ornement matériel qui entoure et coiffe la tête; la nouvelle marque d'honneur, plus idéale et disposée différemment, quoique cernant la tête aussi, prit un nom différent et s'appela nimbe.

La couronne est un insigne laïque et civil , le nimbe est ecclésiastique et religieux; mais, comme la couronne, le nimbe

^ Voir à l'Histoire de Dieu ie Père une main tenant ainsi une couronne , et qui est tirée des Vetera monim. Secundapars, pi. 53.

^ Voir à l'Histoire de l'Ange une de ces créatures célestes , tirée de la Rome souterraine ; d'une main l'ange apporte une palme, et de l'autre une couronne de martyre.

^ M. du Sommerard possède un manuscrit couvert de plaques d'ivoire ; ces plaques sont saisies dans un encadrement orné de filigranes et relevé de riches cabochons. Sur l'un de ces ivoires est sculpté le crucifiement, et dans le haut on voit une main , la main de Dieu le Père, qui sort des nuages et qui tend une couronne au martyr divin.

s'applique à la tête. Il y aurait donc lieu, à l'occasion de la tête et dans un sujet archéologique, à faire l'histoire de ces deux formes, différentes et cependant analogues, de l'honneur rendu à certains personnages. Ici, comme on s'occupe uniquement d'archéologie religieuse, on n'a dû parler que du nimhe, en omettant tout à fait la couronne.

Les païens ont connu le nimbe, comme on l'a déjà dit; mais c'est aux chrétiens qu'en est dû l'usage le plus fréquent, le plus constant, le plus varié et le plus significatif. Depuis le v^ ou le vi*" siècle de notre ère jusqu'à nos jours, le nimbe n'a cessé, sauf quelques exceptions ou omissions, d'être peint et sculpté autour de la tête de diverses statues et figures, pour indiquer leur dignité et en donner le signalement hiérarchique. Aussi le nimbe a-t-il une histoire marquée par plusieurs phases distinctes et dont on va nommer les principales.

D'abord le nimbe ne semble pas se montrer dans les quatre premiers siècles, car cette période est remplie de luttes, de persécutions et de discussions. L'Eglise se fonde , mais elle n'a pas encore d'art à elle. L'Eglise applique à ses besoins l'art de l'antiquité. Toutefois elle reprend à la religion juive ce qui lui appartenait par anticipation , et elle ne fait au paganisme que des emprunts douteux et que d'ailleurs elle peut sanctifier. Elle transforme bien, à l'aide d'eau lustrale, une basilique en église, parce qu'elle y est contrainte par la nécessité; mais elle pouvait se passer pendant quelque temps du nimbe païen , qui aurait rappelé et les empereurs qui persécutaient, et les dieux qui étaient faux; elle s'en passa le plus souvent. Le nimbe est rare dans les catacombes, sur les fresques ou les sarcophages. Nonseulement les apôtres et les saints y sont représentés sans cet insigne, mais la Vierge, mais Jésus lui-même en sont privés. Le dessin suivant est tiré d'un ancien sarcophage du Vatican.

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