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FORME DE L'AUREOLE

On le voit , la forme de l'auréole est assez variée. Celle qui se rencontre le plus fréquemment est l'ovoïdale à base et sommet pointus, et non pas émoussés comme dans l'ovale proprement dit. Cette forme senible convenir assez bien à un corps humain qui est debout. L'auréole est un habillement de lumière^ ou un rayonnement du corps. Dans le premier cas, l'auréole épouse étroitement la forme du corps pour le vêtir; dans le second, elle se modèle aussi sur le corps mais elle s'en détache comme un rayon qui part du centre.

Les pointes de cet ovoïde, aiguës ordinairement, sont

' «Deus. . . . amictus lumine sicut vestimento. » [Psaî. cm, v. 2.)

mousses quelquefois et s'adaptent plus complètement encore à la tête et aux pieds.

Ou bien l'ovale, écourté au sommet et à la base, n'enveloppe que le tronc, et se rallonge en haut par un lobe cintré, en bas par un lobe de forme semblable , lesquels sont intersectés tous deux par l'ovale du tronc. Dans l'exemple suivant, tiré du manuscrit de Saint-Sever dont il a été déjà question, une nuée entoure de quatre lignes onduleuses Jésus, qui descend du ciel. Cette nuée prend exactement la forme des pieds, du tronc et de la tête. La tête s'y adapte surtout d'une façon remarquable; on pourrait dire qu'elle s'y incruste; cette auréole est une sorte de moule où le corps entier prend sa forme.

37. LE SEIGNEUR DANS UNE AUREOLE DE NUAGES QUI SE MOULENT SUR LE CORPS.

Miniature du x" siècle, manuscrit de Saint-Sever, Bibliothèque royale.

Chez les Italiens, le rebord extérieur qui embrasse tout le champ de l'auréole est régulier, géométrique, comme toutes les lignes de l'art chrétien en Italie. On dirait que c'est un cadre menuisé par un ouvrier, à l'aide d'un rabot. Comme preuve, voyez l'Ascension de Jésus , tirée d'un manuscrit italien , et qu'on a donnée plus haut, page 3, pi. 2. Chez nous, comme vient de nous l'offrir le manuscrit de Saint-Sever, c'est ordinairement une ligne onduleuse et qui figure les nuages ou l'eau aérienne^ ; car le champ de l'ovale n'est autre que le ciel même où repose Dieu. C'est à Dieu en effet qu'est réservée le plus ordinairement l'auréole, à Dieu le Père, ou le Fils, quelquefois au Saint- Esprit. Mais , dans ce dernier cas, et surtout avant le xiv® siècle , il faut que le Saint-Esprit entre dans la Trinité et qu'il accompagne les deux autres personnes divines. Au xv^ siècle, ce rebord est quelquefois tout rempli d'anges, comme on garnit d'arabesques le cadre d'un tableau. Ainsi une peinture sur bois", qu'on voit da^is féglise de fabbaye de Saint-Riquier, et qui représente l'Assomption , montre en haut , dans le ciel , la Trinité qui se dispose à recevoir Marie que des anges enlèvent et emportent en paradis. La Trinité est au sein d'une auréole presque circulaire , et dans la bande du cercle brille un cordon d'anges. La magnifique Cité de Dieu, traduite par Raoul de Presles , et que possède la bibliothèque Sainte-Geneviève , offre plusieurs exemples de ces auréoles qui environnent Dieu, et qui sont tapissées de chérubins et de séraphins d'azur, de feu ou d'or.

Souvent, lorsque Dieu est assis dans fauréole, ses pieds posent sur un arc-en-ciel; un deuxième arc-en-ciel lui sert de dossier, et un troisième d'oreiller où s'appuie sa tête. C'est une

' Les artistes chrétiens figurent de la même façon l'eau et la vapeur, les ondes et les nuages.

belle idée, surtout quand le champ est bleu, constellé d'or, et que le cadre est grisâtre et ondulé comme des nuages. Souvent les deux arcs-en-ciel de la tête et du dos sont supprimés; car Dieu n'a pas besoin d'appui. Dans ce cas, l'arc-en-ciel des pieds est quelquefois remplacé par un tapis d'or constellé d'argent. Voyez une fresque qui appartient au commencement du xiii^ siècle, qui existe encore dans la tour de Baugency, et qui représente le Christ tenant un livre de la main gauche, pendant qu'il bénit de la main droite \ Ce motif est moins élevé que le précédent; mais il est encore distingué, puisque ce tapis pourrait être le ciel à fond d'or semé d'étoiles d'argent. Plus souvent, au lieu de tapis, c'est un escabeau, comme à Chartres^, au tympan de la porte royale. Alors on est tombé au troisième motif, le plus matériel de tous et qui est la traduction grossière et littérale de ce passage d'Isaïe : coelum sedes mea; terra autem scarellum pedum meorum ^. A Saint-Denis, au tympan de la porte centrale du portail occidental, les pieds de Jésus-Christ posent sur un escabeau. Le bas du corps est circonscrit par une auréole; mais dans cette auréole s'implante la croix contre laquelle le souverain juge est adossé, motif trèsrare à cette époque du xii^ siècle, et très-beau. Cet escabeau, sur lequel posent les pieds de Dieu , qui est assis sur un trône et entouré d'une auréole, est très - fréquent. Ainsi, dans les fresques de Saint - Savin , près de Poitiers , Dieu est représenté trois fois environné d'une auréole circulaire ou ovale, et trois fois ses pieds reposent sur un escabeau. Cet escabeau, plus ou moins orné en creux ou en relief, n'est pas

' Cette fresque, à demi ruinée et que le gouvernement devrait bien faire restaurer, a été dessinée par un jeune artiste d'Orléans; le dessin appartient à M. A. Duchalais. ' Monographie de la cathédrale de Chartres, dessin de M. Amaury Duval. ^ Chap. VI , verset i.

un chauffoir, comme on l'a dit. Rien qui puisse faire croire à ce motif vulgaire ne se trouve dans l'Ecriture sainte, tandis que l'escabeau (scabellum) est bien nettement indiqué. D'ail- ^ leurs la forme de ce meuble prévient toute erreur à ce sujet. Le dessin qu'on donne ici, n"* 38, est tiré d'une fresque qui orne la muraille occidentale de la grande église du couvent de Salamine , connu sous le nom de panagia phanéromém. Il montre le Christ descendant du ciel pour juger tous les hommes. L'auréole qui l'environne est circulaire, variété que nous a déjà offerte la figure n° 16, et elle est portée aux quatre points cardinaux par quatre chérubins. Le champ de cette auréole est divisé par des carrés symboliques à côtés concaves et qui s'intersectent. Les pieds du juge divin posent sur une ligne circulaire qui figure un arc-en-ciel ; un second arc lui sert de siège. Cette peinture est du xviif siècle; elle serait du xuf en France , car les Grecs n'ont pas fait un pas depuis cinq ou six cents ans. L'explication de ce dessin qui reproduit une fresque remarquable est fournie par les psaumes de David : « Dieu abaisse les cieux et descend ; il monte sur les chérubins et vole; il vole sur les ailes des vents ^ Seigneur, mon Dieu , vous êtes très-magnifique et couvert de majesté et d'éclat. Vous êtes habillé de lumière comme d'un vêtement. Vous montez posé sur les nuées; vous marchez sur les ailes des vents. Du souffle vous avez fait vos anges, et du feu brûlant vos ministres. »

^ « Inclinavit coelos et descendit.... Et ascendit super cherubim et volavit ; volavit super « pennas ventorum. » (Psaume xvii, vers. 1 1 et 12.) Et ailleurs : «Domine, Deus meus, «1 magnificatus es vehementer. Confessionem et decorem induisti : amictus lumine sicut « vestimento.... Qui ponis nubem ascensum luum : qui ambulas super pennas ventorum. " Qui facis angelos tuos spiritus, et ministres tuos ignem urentem. » (Psaume cm, versets 1, 2, 3 et 4. )

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