JESUS BARBU ET TENTE PAR SATAK
Miniature française , xii° siècle.
Cedessin est tiré d'un ms. de la Bibl. roy. {Psalteriumcumfiguris.supplJr. 1 132) qui
Il y a plus, l'humanité et la barbe, qui en est le signe, sont attribuées même à Dieu le père, même au Saint-Esprit, quoique jamais ils ne se soient incarnés. Mais, on l'a dit, Jésus entraîne dans son atmosphère les deux autres personnes; donc, puisqu'il est barbu, le Père et le Saint-Esprit devaient l'être. Pour le Père, d'ailleurs, il y avait une raison qu'on a donnée plus haut, c'est qu'il est appelé l'Ancien des jours, et que cette ancienneté divine a été traduite par un des signes de la vieillesse, une barbe longue et fine. Quant au Saint-Esprit, on l'a représenté barbu pour signifier qu'il était égal au Père et au Fils , et qu'il avait aussi bien qu'eux l'éternité en partage. Du reste, et on le verra dans son histoire, l'Esprit a souvent la forme d'un adolescent à peine barbu ou même d'un tout jeune enfant.
SIGNES ARCHÉOLOGIQUES QUI CARACTÉRISENT jÉstJS-CHRlST.
L'âge et la physionomie ne caractérisent pas Jésus; car, on l'a vu, cet âge varie de quinze à soixante ans. Dans les catacombes, Jésus est souvent un adolescent; sur les vitraux du xvi*" siècle il est quelquefois un vieillard. La physionomie et les signes extérieurs qui pourraient la préciser sont tout aussi vagues. Au portail occidental de Notre-Dame de Paris , sur le tympan de la porte gauche où est sculptée la mort de la Vierge , il est impossible , par l'expression et la coupe de la figure , de
date du xii' siècle. Satan, pour faire succomber Jésus plus aisément, s'est fait accompagner d'un aide qui lient le fils de Dieu par le corps. Gel aide , au moyen de ses deux paires d'ailes et de sa force musculaire, dont témoignent les deux grosses cornes de son front, a transporté le Seigneur sur la montagne. L'autre, le Satan en chef, à queue de vipère, à ventre en figure humaine, tient une banderole o*ù on lit : « Haec omnia tibi dabo si « cadens adoraveris me. » Mais Jésus fait un geste impérieux de commandement , et déclare à Satan qu'il doit l'adorer, comme l'indiquent ces paroles du rouleau qu'il tient à la main gauche : « Dûm Deû tuû adorabis. »
distinguer Jésus-Christ des autres apôtres qui sont là. Plusieurs de nos dessins, ceux surtout des xiii^ et xiv^ siècles, offrent la même incertitude. Les vêtements ne sont pas un meilleur caractère; Jésus est ordinairement vêtu , comme ses apôtres , de la robe et du manteau. La couronne royale qui couvre sa tête ne lui est pas spéciale : les rois , certaines vertus, certains arts libéraux, comme on en voit aux cathédrales de Chartres et de Clermont-Ferrand , sont ainsi couronnés. La tiare lui est commune avec son Père , avec Melchisédech , avec Aaron , avec saint Pierre. Le livre ouvert ou fermé, qu'il tient à la main gauche, est porté par ses apôtres. Rien de tout cela ne le caractérise spécialement.
D'autres attributs cependant le distinguent de la foule, s'ils ne le séparent pas de tous les autres personnages sans exception. La nudité des pieds caractérise quelquefois les prophètes, toujours les apôtres, toujours les anges et les personnes divines. Je ne parle que des personnages représer/éo habillés; car Job sur son fumier, le pauvre Lazare devant le riche impie, le voyageur dépouillé par les voleurs et que recueille le Samaritain, l'enfant prodigue dans une certaine période de son existence, beaucoup de saints subissant le martyre, et d'autres encore , ont les pieds nus , puisqu'ils sont à peu près sans aucun . vêtement. Mais toutes les fois qu'un personnage est habillé et que de certains caractères, le nimbe, par exemple , le font reconnaître comme saint, on peut dire avec assurance que c'est un prophète, un apôtre, un ange ou une personne divine, si ses pieds sont nus. En tous cas, c'est encore un bien insuffisant caractère pour Jésus-Christ, puisque parla il reste confondu avec tant d'autres personnages. Ajoutez, en outre, que sur des sarcophages, dans les anciennes fresques, souvent dans quelques très-vieilles mosaïques, Jésus a les pieds chaus-
ses de sandales rattachées par des cordons qui passent sur le cou-de-pied. Jésus est habillé en Romain, même pour la chaussure. Au xv*" siècle, il n'est pas rare de voir à Jésus les pieds enfermés dans de riches chaussures, surtout quand il est habillé en grand prêtre ou en pape, dont il prend le costume entier. Au xiv*" siècle même, quand surtout il accompagne les pèlerins d'Emmaùs, il porte souvent, comme un pèlerin, le chapeau à larges bords, le bourdon, la panetière et les fortes chaussures ^ On fait la même exception pour saint Jacques, le patron des pèlerins. La réalité, le matérialisme des xiv^ et xv*" siècles répugnent à faire marcher pieds nus saint Jacques , qui va d'Asie en Europe , de Jérusalem à Compostelle. Cependant, entre le vi*" et le xv^ siècle, la nudité des pieds est un caractère à peu près certain pour faire distinguer le Christ entre les confesseurs, les martyrs, les vierges et les personnages allégoriques.
La gloire, auréole et nimbe, destinées à glorifier les personnes saintes et divines, devait être attribuée au Christ plus qu'à tout autre , en raison des honneurs immenses qui ont toujours été rendus à la seconde personne divine. Les monuments nous présentent, en effet, le fils de Dieu orné des auréoles les plus lumineuses et des nimbes les plus éclatants. Dans le sein de sa mère, le Verbe incarné est déjà tout rayonnant, ainsi que la planche suivante en donne un exemple curieux.
* Une grande statue de Jésus en pèlerin, à Notre-Dame de Reims, est chaussée comme le serait un saint ordinaire. Elle porte un chapeau de pèlerinage, à bords larges el faits pour abriter le voyageur contre le soleil et la pluie. Le nimbe timbré d'une croix fait seul reconnaître le Christ. Dans nos légendes du moyen- âge, Jésus se déguise fréquemment en pèlerin ; on le voit surtout passant un fleuve dans une barque dirigée et conduite par Julien le Pauvre et sa femme. Dans ce cas , Jésus est ordinairement habillé comme le grand Christ de Reims. Le nimbe marqué d'une croix est le seul attribut qui le caractérise , car son grand chapeau et ses vêtements à la mode le feraient prendrepour un pèlerin ordinaire. (Voyez un bas-relief représentant saint Julien et qui est de la