‹ Iconographie chrétienneChapitre 77 sur 141 · ET PARTANT EN PELERINAGE · texte numérisé non relu

ET PARTANT EN PELERINAGE

Miniature française du xiv' siècle.

Le petit Jésus, qui va partir pour sa croisade, reçoit donc de son père la panetière ou escarcelle (escharpe), et le bâton ou bourdon , qui n'est autre chose que le bâton de vieillesse (potence) du Père éternel lui-même. Il y a quelque chose de touchant à voir ce vieillard divin ainsi envoyer, dans le monde où il voyagera longtemps, où il aura beaucoup de travail et de peine, son jeune fds, qui se dévoue pour le salut des hommes. Tout cela part du cœur et d'un profond sentiment

de pitié pour nous; mais il y a peu de dignité dans le sujet et dans la manière dont il est exécuté ^ On a ainsi la différence fondamentale qui distingue en toutes choses l'art chrétien de l'Orient de l'art chrétien occidental. En Orient, en Grèce, c'est plus grave, mais plus froid; chez nous, cestplu»vulgaire, mais moins sévère. Nos Christs ont plus de douceur: ils ne sont pas, comme en Grèce, porteurs et exécuteurs de leur sentence, tout à la fois , et de leur trône ne sort pas un fleuve de feu qui va dévorer les damnés. Le judaïsme et l'islamisme n'ont pas glacé de leur dureté, comme en Grèce, les idées de l'Église latine.

Jésus descend donc sur la terre accomplir son douloureux pèlerinage. Un jour nous raconterons en détail, avec l'aide des monuments figurés, cette vie merveilleuse de l'Homme-Dieu; aujourd'hui, nous la passons tout entière, et nous courons au dénouement. Jésus-Christ, par sa prédication et son ardente charité, foule aux pieds, suivant la prophétie de David, le lion et le dragon; il marche sur l'aspic et le basilic. C'est-à-dire qu'il terrasse les plus redoutables et les plus cruelles passions figurées par quatre des plus terribles bêtes féroces et venimeuses : « Super aspidem et basiliscum ambulabis ; et conculcabis leo- « nem et draconem ^. »

Le voici gravé sur un bel ivoire italien, qu'on croit du ' x*" siècle, d'après fâge, le costume et la forme du livre que porte ce fils de Dieu.

' Ici, nous voyons que le Père est en roi; qu'il est âgé, orné du nimbe crucifère , et qu'il a les pieds nus. La nudilé des pieds le dislingue des créatures humaines; le nimbe crucifère le distingue, ainsi que son Fils, de toutes les créatures humaines et célestes, des saints et des anges. Il est vieux, parce qu'il est du xiv° siècle, époque où il prend une physionomie distincte; il est roi, peut-être parce qu'il a été fait en France, comme nous l'avons déjà fait remarquer.

' Psalm. xc, vers. i3. ,

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