JÉSUS TERRASSANT L'ASPIC, LE BASILIC, LE LION ET LE DRAGON
Ivoire italien , x" siècle.
Ici l'aspic et le basilic sont morts déjà, et le Christ, beau jeune homme imberbe, écrase sous ses pieds nus le lion et le dragon'^ ; c'est une modification du texte sacré. Ce sujet est ex-
' Cet ivoire est au musée du Vatican; il est gravé dans Gori, Thésaurus vet. dipiy. tom. III , p. 33.
' Au sujet de la jeunesse du Christ et de ses pieds nus, Gori ( Thés. vet. dipty. t. III, p. 3o et 3i ) s'exprime ainsi : «Quod vero Cliristus in prima juventae suae œtate sculptus « exlubeatur, hanc formam ei tributam censent doctiores agiologi , quod hac specie cum « humanitate clarius eluceat ejus divinitas, ex Davidis prophetico testimonio et oraculo. «Quod profert Paulus ad Hebi^eos 1,6. Dominus dixit ad me: Filius meus es tu ; ego hodie genui te. Et paullo post : Omnes sicut vestimentum veterascent ; tu autem idem ipse es . et
trêmement fréquent dans nos cathédrales; mais il se montre avec une foule de variétés. Il est rare que les bêtes sataniques soient représentées toutes les quatre. A Notre-Dame de Reims, au portail du nord, sur le trumeau de la porte gauche, le Christ, superbe statue qui porte le nom populaire du beau Dieu , foule aux pieds le dragon seulement. A Notre-Dame de Chartres, au portail du sud, sur le trumeau de la porte centrale , le Christ foule de ses pieds nus le lion et le dragon ; mais l'aspic et le basilic ne sont pas figurés. A Notre-Dame d'Amiens, au portail occidental, sur le trumeau de la porte du milieu, le Christ est comme celui de Chartres; mais le dragon s'y montre mieux accusé.
Dans tous ces sujets, le Sauveur écrase les génies du mal, les instruments et les agents de la mort; mais dans le sujet suivant, tiré du missel de Worms \ il tient enchaînée la Mort elle-même. La Mort, sous la forme d'un homme sale, à cheveux hérissés, à jambes nues, à vêtement étroit et pauvre, est enchaînée au cou et aux mains par un carcan et des menottes. Au carcan est attachée une chaîne que Jésus tient fortement de la main gauche. De la main droite, le Dieu imberbe menace d'enfoncer le bout de sa croix dans la bouche de la Mort. La
« anni tai non déficient. — Nudis quoque pedibus insistit, occultata divinitatis suae majes- « tate ; sed statim aliis emblematibus quanta sit ejus virtus, fortitudo ac potentia ostendi- «lur, dum nudis pedibus conculcat animalia quaedam teterrima ac ferocissima. » — Notre dessin , par inadvertance , ne rend pas le rugissement du lion , fort bien exprimé sur l'ivoire ; le dessinateur a négligé un caractère que rendait nécessaire le circuit Léo r«giens , quœrens quem devoret. Gori semble dire que la nudité des pied est exceptionnelle et marque, dans l'espèce, la puissance divine ; il se trompe. Ce caractère, comme nous l'avons dit, est constant et distingue les apôtres, les anges et les personnes divines de tous les autres personnages figurés par l'art chrétien. C'est un signe mjistique de haute sainteté. Nous en donnerons les raisons dans l'Histoire de l'ange.
^ Manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal, théol. lat. n° 192 , inf". Ce manuscrit est daté comme du ix" ou x° siècle, sur le catalogue de la bibliothèque de l'Arsenal; je le croirais plutôt du xi'.
bête humaine écume, vomit des flammes et se lord sous les pieds vainqueurs qui la foulent et la tiennent renversée ^ Jésus va tuer la Mort ; il semble lui adresser ces paroles prophétiques de l'Ancien Testament, qui se chantent dans la semaine sainte, et qu'on applique à la Passion, qui nous a sauvés : « 0 Mort! je serai ta mort^;» ou bien ces paroles de saint Paul, qui se disent en même temps, et comme leur corollaire évangélique : « Mort, où est ta victoire? Mort, où est ton aiguillon ^ ? »
I.E CHRIST ENCHAINE ET TERRASSE LA MORT. Miniature allemande , xf siècle.
Ainsi victorieux, le Christ remonte au ciel et vient rendre
' Jésus est encore imberbe, bien que le manuscrit puisse être regardé comme du xi' siècle; mais il est âgé cependant, et son front se ride sous les années plutôt que sous les efforts nécessités par sa lutte avec la Mort. Le nimbe est déjà crucifère , tandis que , dans l'exemple précédent il est encore uni ou simplement orné d'une arcature. Le Jésus de ia planche 66, p. 282 , est également imberbe, mais la figure est beaucoup plus jeune. Le Christ de Worms est plutôt rasé qu'imberbe; celui du Vatican plutôt imberbe que rasé. Le monument du Vatican est plus éloigné du moyen âge et plus rapproché des siècles primitifs que celui de Worms.
; Osée, cap. xiii, v. lA : «De manu Mortis liberabo eos, de Morte redimam eos. Ero Il Mors tua, ô Mors; morsus tuus ero, inferne. »
' Epist. ad Corinth.l, cap. xv, v. 55. « Ubi est, Mors, vicloria tuaPUbi est, Mors, sti-
compte à son Père de la mission qui lui avait été confiée , qu'il s'était imposée et qu'il a glorieusement remplie. Le voici qui rentre au paradis avec la panetière et le bourdon qu'il avait pris à son départ. Comme homme, il a grandi : c'était un enfant lorsqu'il descendit sur terre, maintenant il a de trente à trente-cinq ans. Il trouve son Père assis à côté du Sain"- Esprit, qui est en homme, et non en colombe. Le Père en roi et tenant le globe de la puissance , l'Esprit en docteur et tenant le livre de l'intelligence, bénissent tous deux, à la façon latine, la troisième personne de la Trinité.