ÉGLISE EN CROIX GRECQUE
Gravure, française sur tabietle de cire, Vil" siècle ^
La croix grecque marque les chapiteaux de la plupart des églises byzantines. A Saint-Démétrius de Salonique, à Sainte- Sophie de Gonstantinople , à Saint-Marc de Venise, à Saint- Vital de Ravenne, monument purement byzantin, la croix à branches égales, libre ou inscrite dans un médaillon, brille au milieu des torsades, des entrelacs et des feuilles d'acanthe ^ En peinture , les vêtements de saint Jean Ghrysostome sont brodés de petites croix grecques qui coupent des cercles en
D'aulres plans analogues sont donnés par le comité historique des arts et monuments, dans les Instructions sur les monuments fixes , I" cahier, p. 108 et 110.
Ce dessin est un calque réduit du plan original relevé au vif siècle par Arculfe, évéque de France. Cet évêque traça sur des tablettes de cire les plans des principaux monuments de la Palestine, du Saint-Sépulcre, du Cénacle, de l'église de l'Ascension , etc. Ces tablettes existaient encore lorsque furent publiés les Act. SS. ord. S. Bened. Les Bénédictins firent graver les plans dans cette collection, à la 2° partie du 111° siècle bénédictin. C'est d'après ces planches qu'a été reproduite l'église du Puits de la Samaritaine-, le centre, où est le puits, porte en inscription dans l'original : « Fons Jacob. »
Voy. un chapiteau de Saint-Vital , Instructions du comité histor. des arts et monuments.
quatre parties égales; d'autres croix grecques, libres et multipliées à l'infini, ornent la chasuble de saint Grégoire de Nazianze. C'est une croix à branches égales qui partage le nimbe de Dieu; c'est une croix à branches égales que les chevaliers de Malte, héritiers des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem , portaient pour décoration distinctive de leur ordre ^ . En Occident, nos églises s'ordonnent ordinairement sur la forme de la croix latine, à branches inégales, à sommet et croisillons plus courts que le pied. Dans le pied est la nef longitudinale, dans les croisillons sont les transsepts ou nef transversale; le chœur occupe le sommet. Plus on remonte haut dans les siècles du moyen âge, plus le chœur est court, plus la neP est longue. Dans les basiliques de Constantin la nef transversale, appelée croisée ou transsepts, coupe la nef longitudinale immédiatement après l'abside; elle ne laisse pas de place pour le chœur ^. A partir du xiii^ siècle, le chœur s'allonge et force la croisée à descendre vers l'occident^. H y a même des églises dont la nef transversale est plus rapprochée
^ Plus bas, pi. 101, io4 et 108, pages 877, 879 et 384, on donnera plusieurs variétés de ces croix grecques.
* L'ancien Saint-Pierre bâti par Constantin , Saint-Paul-hors-les-Murs et Sainte-Marie- Majeure ont cette forme. Dans la basilique païenne de Vitruve, il y avait même une indication de nef transversale, et on en a conclu , à tort je crois, que la forme de la croix donnée aux églises n'était ni allégorique ni spéciale au christianisme. De ce qu'il existait des monuments romains plus ou moins cruciformes de plan, cela n'ôte pas aux chrétiens le mérite d'avoir attaché une idée symbolique aux églises bâties sur le modèle d'une croix. D'ailleurs la nef transversale dill'ère singulièrement en position et en dimension de celle de Vitruve, qui est moins une nef qu'une double poche de dégagement. Enfin des textes de Beleth, Durand, Hugues de Saint-Victor et autres liturgistes déclarent que l'on donne aux églises la forme d'une croix pour rappeler la rédemption. Le comité des arts et monuments [Instructions sur les monuments fixes, 1" cahier, style latin, pages 92 , 98, 94) a donné divers plans de basiliques, notamment celui de Saint-Paul, qui ressemble à un T à courte traverse. Sans l'abside, qui fait une saillie en dehors , on aurait le tau complet , la croix parfaite , mais à trois branches seulement.
La plupart de nos cathédrales sont dans ce cas ; celles d'Amiens et de Laon particu-
du portail que de Tabside, en sorte qu'on a toujours une croix latine, puisque les branches sont inégales et que la croisée coupe la nef transversale en deux parties d'inégale longueur; mais c'est une croix latine renversée et dont le sommet est plus long que le pied. L'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, à Paris, est dans ce cas. Du portail aux transsepts , la nef a quatre travées de longueur; des transsepts au fond de l'église, il y a neuf travées, cinq de plus. La tête est beaucoup plus longue que le pied, elle qui devrait être beaucoup plus courte. Du reste, les croisillons sont courts, comme il convient à une croix latine, et n'ont l'un et l'autre que trois travées ^
Mais plusieurs églises cathédrales d'Angleterre ont une forme qui n'est celle ni de la croix latine , ni de la croix grecque proprement dite, ni celle de la croix en tau. Ces bizarres édifices sont partagés, non plus par une seule nef transversale, mais par deux. La première traverse coupe la nef longitudinale par la moitié; de la portion inférieure ou occidentale est formée la nef proprement dite, et de la portion supérieure, le chevet de l'église. Mais ce chevet lui-même est coupé en deux moitiés j)ar une seconde traverse , ordinairement moins longue que la première. En deçà, c'est-à-dire de la première à la seconde traverse, est le chœur; au delà, c'est-à-dire de la seconde traverse au fond de l'église, est le sanctuaire. Les grandes églises de Lincoln, de Beverlac, de Rochester, de Worcester, sont ainsi dessinées ^. Qu'on se ligure la croix du Christ, sur laquelle
lièrement. (Voyez dans les Instructions, monuments fixes, IP cahier, p. 1 1 , le plan de Noire-Dame de Paris.)
'' Le comité historique des arts et monuments [Instrac lions, monuments fixes, IP cahier, p. 1 4 et 1 5) a donné quatre plans divers, dont l'un offre la croix renversée.
Le comité his(ori(}ue des arts et monuments ( Instructions, monuments fixes, \V cahier, p- ilx) a parlé de ces plans, et en a donné une figure. Dans le Monasticon anglicanum , par Roger Dodsworth et Guillaume Dugdale , on voit gravé le plan de ces curieuses
on aurait cloué un large et long écriteau portant l'inscription connue : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs. » Cet écriteau est apparent dans les églises anglaises et forme la croisée orientale, celle qui coupe le sommet de la croix en deux parties; puis arrive la croisée ordinaire , la traverse où s'étendaient les bras du Christ ^ Cette forme appartient à la croix de Lorraine, à la croix des hospitaliers du Saint-Esprit et à celle qui désigne aujourd'hui la dignité archiépiscopale; c'est la croix à double traverse. Il semble qu'elle provienne de la Grèce; car on la rencontre assez fréquemment dans l'Attique, en Morée et dans le mont Athos. En voici une qui décore le portail occidental d'une église d'Athènes.
églises de l'Angleterre. Cet ouvrage est en trois volumes imprimés à Londres. Le i" vol. est de i655, le 2° de 1671, le 3' de 1673.
' Celle forme est à peu près parliculière à l'Angleterre ; cependant la grande église de Cluny avait des transsepts doubles , et chacun des quatre croisillons était en outre recroisé. Léglise de Saint-Quentin a deux nefs transversales , mais l'une est postérieure à l'autre; elle n'appartient pas au plan primitif et n'a été construite que pour agrandir le monument. L'église abbatiale de Saint-Benoît-sur-Loire affecte incomplètement la forme des églises à double traverse. Je ne connais pas en France d'autres monuments qui présentent cette disposition des églises de Cluny, Saint-Quentin et Saint-Benoît. Le célèbre vitrail de Saint-Etienne de Bourges, déjà cité plusieurs fois, et qui ouvre l'ouvrage de MM. Martin et Cahier sur les vitraux de cette cathédrale, offre, au médaillon de la résurreciion , Jésus -Christ s'échappant du tombeau et tenant une petite croix d'or à la main gauche. Cette croix, par une exception qui n'est pas unique dans notre pays , est à double traverse ; un grand vitrail de Notre-Dame de Chartres en offre un autre exemple. La traverse inférieure est un peu plus courte que la supérieure ; elle figure certainement l' écriteau où était placée l'inscription. La traverse de dessous représente les croisillons où le Christ étendit ses bras. Mais cette croix, par ses dimensions, qui sont très-petites, par sa coulexir, qui est d'un jaune d'or, présente une image réduite de la croix réelle ; c'est une croix en miniature, une croix de résurrection enfin. De la grande quantité de croix à double traverse qu'on rencontre en Grèce et qui datent des plus anciennes époques, de la forme en croix à double traverse que les plans de plusieurs grandes églises d'Angleterre affectent de prendre , on pourrait tirer des conclusions intéressantes. Je ne doule pas que des reclierches faites avec soin et intelligence dans ce but n'amènent des résultats qu'on peut prévoir, mais qui n'en seront pas moins très-curieux. L'Angleterre s'est-elle laissé modifier plus profondément que la France par le génie byzantin ? C'est à voir.