CROIX GRECQUE EN CROIX DE LORRAINE
ScuJpture du mont Athos, premiers siècles '.
Le pied de cette croix se bifurque et se découpe en feuilles d'acanthe^; l'inscription entière accompagne une seule croix.
Cette croix à double traverse est sculptée sur une dalle en marbre blanc servant de mur d'appui à la petite rotonde dite ttriyr) ou ^«àXr; qui précède la grande et vieille église du couvent de Sainte-Laure , au mont Athos. Ces fontaines, anciens baptistères, servent aujourd'hui à donner et à recevoir l'eau bénite.
Cet ornement d'où la croix sort comme d'une racine doit être étudié avec le plus grand soin. Feuillage d'abord et à contre-courbe de chaque côté , il perd ensuite son sommet et ne garde que la courbe simple d'en bas ; c'est une espèce de croissant , mais un croissant feuillage. Plus tard, et jusqu'à nos jours, le feuillage disparaît entièrement pour accentuer le croissant davantage encore ; car chaque courbe ou quart de cercle se
Ailleurs cette inscription se coupe en deux parties : la première portion se grave au-dessus d'une croix qu'on place à gauche, et la seconde au-dessus d'une autre croix que l'on met à droite. Sous la première sont affrontés deux paons, animaux qui semblent allégoriques, puisqu'un manuscrit^ et une pierre tumulaire du musée de Narbonne nous les offrent couronnés d'un nimbe comme en ont les saints. Sous la seconde et dans das médaillons , on voit un aigle aux ailes repliées et un faucon au vol abaissé; le faucon porte le collier, la laisse et le grelot.
rejoint et reçoit, à la jonction, îe pied delà croix. Alors la croix de Jésus domine et terrasse le croissant de Mahomet, comme saint Michel domine et terrasse Satan dans nos monuments. C'est ainsi, en effet, que les partisans de l'école symbolique interprètent cette figure de la croix enracinée ; mais le croissant n'est que la dégradation successive de la double feuille à contre-courbe , et ni le croissant ni Mahomet n'ont rien à voir làdedans. On acquiert cette conviction lorsqu'on étudie l'histoire des croix byzantines au mont Athos , à Constanlinople et dans toute la Grèce ; car on trouve dans ces pays des croix entièrement croissantées avant la naissance de Mahomet et dès le temps de Justinien. A propos de certaines médailles de Maguelonne, où l'on voit la croix fichée dans une espèce de croissant, on a dit que l'évêque, dont c'était la monnaie, avait fait alliance avec les musulmans, et, en signe de cela, avait uni sur ses monnaies le croissant à la croix. D'abord il est invraisemblable qu'un évêque français ait fait un traité d'alliance avec des musulmans ; il est plus invraisemblable encore qu'il ait accolé Jésus à Mahomet; il est impossible surtout que des populations chrétiennes aient accepté une pareille avanie. Enfin, cette croix des monnaies de Maguelonne ressemble entièrement aux croix que nous appelons enracinées, et dont celle de Sainte-Laure du mont Athos offre un exemple très-ancien. Les croix ancrées ont une grande analogie avec les vieilles croix
enracinées.
' Il en a été question page 66 , au chapitre du nimbe. En m'envoyant le dessin de la pierre de Narbonne et celui d'un sarcophage qui est à Saint-Etienne de Bologne et qui montre deux paons affrontés, regardant une croix, M. Tournai m'écrit : « Le paon a été très-souvent employé comme emblème, depuis le iv' siècle jusqu'à nos jours. On le trouve sur les mosaïques qui décorent la voûte de Sainte-Constance, à Rome ; on le trouve dans le pavé de Saint-Marc de Venise , sur les sarcophages de Ravenne et du Vatican. Le sarcophage du pape Zozime (4i8), conservé à Saint-Laurent extra muros, à Rome, et celui de sainte Constance, qui est au Vatican, n'offrent que des génies qui font la vendange, des paons et des moutons. » Je ne pense pas que ces animaux et ces génies soient toujours emblématiques, et la fantaisie est pour beaucoup dans cette ornementation; mais il est bon que les antiquaires chrétiens fassent des études sur ce curieux sujet.
Le pied de la première croix est patte , celui de la seconde est perronné ; toutes deux sont coupées par une double traverse. La croix aux paons est faite de rubans entrelacés, la croix à l'aigle et au faucon est nattée de rubans moins larges.