‹ Iconographie chrétienne. Histoire de DieuChapitre 51 sur 126 · MARIE GLORIFIÉE COMME JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

MARIE GLORIFIÉE COMME JÉSUS-CHRIST

Fresque italienne, x1v° siècle.

SK}

PSE

SZ

SE

Æ See LS PSESSL

Quelquefois les deux mains du Christ lancent des rayons, comme celui quon voit dans Sainte-Madeleine de Vezelay, à la porte de l'église proprement dite!; mais la Vierge elle-même est également représentée laissant tomber de chacun de ses doigts des rayons de grâce sur ceux qui l'invoquent. Une médaille, frappée en son honneur dans ces derniers temps, la

" Ü y a deux bâtiments, le porche et l'église; c’est à la porte de l’église que se voit cetle statue.

figure ainsi laissant tomber des torrents de faveurs de chacune de ses deux mains.

On le voit, par ces différents caractères de l'âge, de la physionomie, du costume, de l’'auréole, le Christ ne se distingue pas assez, puisque sa mère et souvent de simples saints sont honorés au même degré. Le nimbe est un meilleur caractère. Jésus, sauf les exceptions signalées dans l'histoire de cet ornement archéologique, porte un nimbe crucifère. Comme les croisillons de cet attribut sont quelquefois marqués des mots 6 &v, REX, 4 et ©, où 4, M, © !, on ne peut confondre le Christ, auquel ils se rapportent, avec les autres créatures historiques ou allégoriques. Les trois personnes divines ont seules le droit de porter un nimbe semblable, et c'est à Jésus qu'il appartient . surtout. Ainsi nous distinguons le Christ de plus en plus, nous le irons successivement de la foule. Par la nudité des pieds, il était confondu avec les anges, avec les apôtres, même avec les prophètes; maintenant, à l'aide du nimbe ainsi caractérisé, nous affirmons que c'est une des trois personnes de la Trinité, et probablement la seconde”. Maïs quand cette personne, quelenimbe

! Dans le poëme de Rhaban Maur (De laudibus sanctæ crucis, figura 1°), Jésus est figuré portant un nimbe crucifère où sont inscrites ces trois lettres , A, M, Q, qui sont le commencement, le milieu et la fin de l'alphabet grec, parce que Jésus renferme en lui le passé, le présent et l'avenir. Rhaban dit d'une manière symbolique ce que les Byzantins, par Ô &v, expriment littéralement; mais c'est le même principe dans les deux variétés. Dieu est l'être par excellence { à &y) ; il embrasse, dit Rhaban, le commencement, le milieu et la fin de tout; il était hier, ïl est aujourd'hui , il sera demain. — Le poëte Prudence dit dans sa neuvième hymne :

-Mpbha et omega cognominatur ipse ; fons et'élausula ! Omnium quæ sunt , fuerunt, vel post futura sunt. - Sur une archivolte de l’église ancienne de Y’île Barbe , près de Lyon , on lit, rédigé en fort mauvais latin , mais gravé en beaux caractères du x1° siècle :

Alpha vel O, primus, finis michi convenit ergo.

C'est le Christ qui parle ; il tient une croix avec laquelle äl terrasse un lion. * C'est au Christ en effet que convient principalement le nimbe crucifère; le Père et

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 295 crucifére décore ainsi, est armée de la grande croix de la Passion ou de la petite croix de la Résurrection, et qu'à-cette croix flotte un étendard rouge teint dans le sang de la victime divine; quand cette personne n'a pas de robe, mais un simple manteau, qui laisse à nu les bras et la poitrine, et qui s'entr'ouvre pour faire voir la plaie du côté droit; quand un vêtement de prêtre latin ou d'archevêque grec couvre la personne au nimbe crucifère, parce que Jésus-Christ est prêtre suivant l’ordre de Melchisédech , parce qu'il est le grand archevêque qui officie dans la liturgie divine ?; quand cette personne est entourée des attributs des évangélistes; quand près de sa tête se lit le mono-

le Saint-Esprit, en l'adoptant, semblent, comme nous l'avons déjà dit, rendre hommage à Jésus et se parer de sa livrée. Le texte qui suit, et que nous croyons devoir transcrire en entier, complélera ce que nous avons dit sur le nimbe, en général et sur le nimbe du Christ. en particulier : « Considerandum quoque est quod Jesus semper coronatus «depingitur, quasi dicat: Egredimini filiæ Hierusalem, et videte regem Salomonem in « diademate quo coronavit eum mater sua, Fuit enim Chbristus coronatus tripliciter. « Primo a matre, corona misericordiæ, in die conceptionis; quæ corona duplex est propter «naturalia et gratuita, ideoque et diadema vocatur, quod est duplex corona. Secundo a «noverca, coronæ miseriæ, in die passionis. Tertio a patre, corona gloriæ in die resurrec- «tionis. Unde : « gloria et honore coronasti.eum, Domine. » Demum coronabitur a familia «corona polentiæ , in die ultimæ revelationis. Veniet enim cum senatoribus terræ, judi- « cans -orbem terræ in equitate. Sic et omnes sancti pinguntur coronati, quasi dicat filiæ « Hierusalem : Venite el.videte martyres cum coronis aureis quibus coronavit, eos. Do- «minus; et in libro Sapientiæ (Sap. v) : «Justiaccipient regnum decoris et diadema spe- «ciei de manu Domini. » Corona autem hujusmodidepingitur in forma seuti rotundi, quia - «sancti Dei protectione divina fruuntur. Unde cantant gratulabundi : « Domine, ut scuto « bonæ voluntatis coronasti nos. » Verumtamen Christi corona per crucis figuram a,sancto- «rum coronis distinguitur, quia per crucis vexillum sibi carnis glorificationem.et nobis «meruit a captivitate liberationem et, vitæ fruitionem. » (Guill. Durand, Rat. div. off. lib. L; cap. 11.) On voit que Durand confond la couronne avec le nimbe, ou plutôt qu'il donne le même nom à l’une et à l’autre. Du reste il déclare que la couronne crucifère distingue le Christ de tous les saints.

! «Tu.es sacerdos in æternum, secundum ordinem Melchisedec. » ( Psal. cxx, v. 4.)

? Ô uéyas dpxsæpévs. On voit ainsi le Christ en costume d’archevêque, recevant | successivement, et des mains d’une procession d’anges, les divers instruments qui servent au sacrifice de la messe que le prêtre divin ya offrir ensuite. Le tambour des coupoles

gramme latin J. C.ou le monogramme grec IC XC; quand elle est marquée de stigmates aux pieds, aux mains, au côté; quand elle porte à la tête une couronne d'épines, et à la main *, et quand sur les pages du livre ouvert on voit l'un de ces textes:

un livre ouvert ou fermé

:Pax vobis ?. | Ego sum via, veritas et vita $.

Ego sum lux mundi‘.

Ego sum resurrectio 5.

Qui vidit me vidit et Patrem t.

Ego et Pater unum sumus ?.

centrales , dans les églises de la Grèce, est presque toujours peint de ce magnifique sujet qu'on appelle la sainte liturgie, # &ysa Aerroupyla.

* Le livre que tient le Christ est fermé quelquefois, mais il est ouvert la plupart du

temps. Voici comment Guillaume Durand explique les deux manières de figurer ce livre mystérieux ; «.... Divina majestas depingitur quandoque cum libro clauso in manibus, «quia nemo inventus est dignus aperire illum nisi leo de tribu Juda. Et quandoque cum «libro aperto, ut in illo quisque legat quod ipse est lux mundi, et via, veritas ac vita, «et liber vitæ. » ( Rationale divin. off. lib. I, cap. nr). ( Voyez dans l'Apocalypse , chap. v, verset D, l'allusion faite au lion de la tribu de Juda.) * C'est le salut que Jésus adressait d'ordinaire à ses apôtres et à ses disciples. Dans le triclinium de Saint-Jean-de-Latran, à la mosaïque de l'abside, qui est de l'an 797, le Christ donne à ses apôtres la mission de baptiser. Il est debout , sur un tertre d'où sortent les quatre fleuves mystiques ; il montre un livre ouvert, où se lit ce Pax vobis. (Giampini, Vet. moni. 2° pars, tab. 30, p. 128). Ces paroles d'amour sont gravées également sur le livre que tient le Dieu escorté d'un séraphin à sa gauche et d'un chérubin à sa droite, et qu'on voit sculpté en marbre à Saint-Saturnin de Toulouse.

* C’est précisément le texte que cite Guillaume Durand , et qui est tiré de saint Jean évangéliste.

* À Saint-Laurent de Gênes, sur le tympan de la porte principale.

* Sur la mosaïque de Saint-Marc de Rome , d’où est tiré le pape Grégoire IV à nimbe carré, donné dans l'Histoire du nimbe, p. 10 : le Christ est au centre des personnages; il tient un livre ouvert sur lequel est écrit : « Ego sum lux. Ego sum vita. Ego sum resur- «rectio. » (Voir Ciampini, Vet. moni. 2° pars, pl. 37, p. 110.)

* Sur une mosaïque du vi siècle, à Saint-Michel de Ravenne. Saint-Michel a été bâti en 2/45.

7 Ces deux dernières inscriptions sont peintes toutes deux à la fois sur un livre que tient un Christ exécuté en mosaïque à Saint-Michel de Ravenne : Qui vidit me vidit et

In principio erat Verbum !.

Éyd siui rd Qüs roù xbopou”*.

Alors il ny a plus de doute, cette personne de la Trinité est bien le Christ ; car tous ces attributs, tous ces textes conviennent à lui, et la plupart d'entre eux ne peuvent convenir qu à lui seul. Après les nombreux et divers portraits donnés de Jésus-Christ, surtout dans l'Histoire du nimbe*, il ne paraît pas utile de donner ici ceux qui présenteraient les divers caractères que nous venons de rappeler.

Un sujet fréquemment reproduit aux xr1°, x et x1v° siècles, ne laisse aucune incertitude sur le personnage qui en occupe la partie principale. Sur les vitraux et les miniatures des manuscrits exécutés surtout pendant les trois siècles que nous venons de nommer, on voit un personnage debout, plus souvent assis, autour duquel rayonnent sept petites colombes. Ce personnage ayant les pieds nus, ce pourrait être un apôtre; mais cest l'une des trois personnes divines, parce qu'il porte un nimbe crucifère. Or ces colombes symbolisent les sept esprits de Dieu, et d'après Isaïe *, d'après l'Apocalypse*, d'après Patrem est sur le verso; Ego et Pater unum sumus est sur le recto. Outre son livre, Jésus tient une croix beaucoup plus haute que lui. (Voyez Ciamp. Vet. mon. pars 1°, pag. 80, tab. 24.)

* Les monuments où cette inscription est reproduite sont en si grand nombre, qu'il semble inutile de les citer.

* Sur la plupart des livres que tiennent les figures grecques du Christ Pantocrator. (Voyez le dessin n° 49, p. 181.) Dans le manuscrit de Panselinos nous donnons toutes les inscriptions écrites sur le livre que tient le Christ; ces inscriptions sont nombreuses et varient suivant les endroits où le Fils de Dieu est représenté et suivant les fonctions qu'il remplit. Ainsi, lorsqu'il est en ange de la grande volonté, on lit sur la banderole ou le livre qu'il tient : « Moi, je viens de Dieu et j'y retourne; car je ne suis pas venu de moi, mais c'est lui qui m'a envoyé. »

* Voyez particulièrement pages 36, 37, 48 et 53, planches 7, 8, 15 et 17. D’autres portraits vont suivre et compléteront le signalement du fils de Dieu.

* Prophet. cap. xr, v. 1, 2 et 3.

* Chap. v, versets 6, 11 ‘et 12.

les docteurs de l'Église 1, cest le fils de Dieu, c'est Jésus qui fut spécialement animé des sept esprits divins. Ainsi donc, toutes les fois qu'on verra un personnage jeune ou âgé, barbu ou imberbe, nimbé ou sans nimbe, entouré de sept colombes, on peut affirmer hardiment que ce personnage est le fils de Dieu. Nous n'en dirons pas davantage sur ce sujet, parce que nous y reviendrons avec plus de détails dans l'histoire du Saint-Esprit”. Ün autre signe, mais indirect et tiré de l’histoire, sert à reconnaître Jésus-Christ : cest quand, dans une scène évangélique, on voit un personnage accomplissant les actions que l'Evangile attribue à Jésus. Dans ce cas, lors même que ce personnage serait dépouillé de tous les caractères que nous avons signalés, on ne peut hésiter à le reconnaître. Mais, dans cette partie de l'iconographie chrétienne, nous ne parlons du Verbe qu'en l'envisageant comme Dieu et non pas comme homme, nous faisons l'histoire de la seconde personne de la Trinité avant et après son existence sur la terre; nous ne devons donc pas traiter cette question, qui trouvera son développement complet dans l'histoire évangélique de Jésus. D'ailleurs un sujet fréquemment représenté, et qu'il faut men-

* Notamment Rhaban Maur, de Laudibus sanctæ Crucis, figura XVI, pag. 312, 1° vol. des OEuvres complètes.

* Au chapitre de l’auréole, page 123, planche 40, nous avons reproduil une miniature du psautier de saint Louis conservé à la bibliothèque de l’Arsenal. Jésus, assis au centre d'un ovale de branchages et au sommet d’un arbre généalogique, est entouré de sept colombes divines. Dans l'église de Saint-Denis, sur les vitraux donnés par Suger, on voit deux fois le fils de Dieu cuirassé et nimbé des sept esprits: Le même sujet est peint sur un vitrail de la Sainte-Chapelle de Paris, sur un vitrail d’une église de village, près de Reims, sur la rose septentrionale de la cathédrale de Chartres, etc. À l'histoire du Saint- Esprit, nous donnerons deux gravures tirées, l'une d'un manuscrit, l'autre d’une verrière de la cathédrale de Chartres, et qui présentent les esprits prophétisés par Isaïe. Les sept esprits sont encore peints dans le Vergier de Solas, curieux manuscrit que possède la Bibliothèque royale. On ne peut citer tous les monuments qui reproduisent les: esprits animant et entourant le fils de Dieu, tant ils sont nombreux.

ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE. 299 üonner 1ct, résume la vie mortelle de Jésus : c'est le triomphe du Christ après son ascension. Cette apothéose, remarquable de conception et souvent admirable d'exécution, couronne tous les actes de l'humanité divine. Les portes du ciel s'étaient ouvertes pour laisser sortir le Verbe, qui allait accomplir sa mission sur la terre; trente-trois ans après, elles se rouvrent pour recevoir l'Homme-Dieu revenant prendre sa place à côté de son père. Alors les anges et les saints portent en triomphe, les uns leur maître et les autres leur libérateur. Tel est le sujet peint ou sculpté dans les monuments du moyen âge, avec des détails plus ou moins nombreux.

Page 1