‹ Iconographie chrétienne. Histoire de DieuChapitre 62 sur 126 · JÉSUS EN LION · texte numérisé non relu

JÉSUS EN LION

L’agneau n’est pas seulement le symbole du Christ, mais encore le lion; toutefois le lion est infiniment plus rare que l'agneau dans les monuments figurés. Pour les raisons données plus haut, Jésus a été assimilé au lion et quelquefois, bien que je ne connaisse jusqu à présent que deux exemples de ce fait?, on rencontre le lion portant un nimbe crucifère. Si le nimbe était uni, le lion serait l'attribut de saint Marc, comme nous en avons vu plusieurs exemples”; mais la croix dont il est timbré dénonce positivement qu'il s'agit du lion de Juda, du lion qui a vaincu la mort par sa résurrection et qui, dans le tombeau, dormit les yeux ouverts ou le cœur éveillé. Au mont Athos, dans la grande église (catholicon) du couvent de Philothéou, une fresque représente le sommeil de l'enfant Jésus ; Marie et deux anges adorent le repos de l'enfant divin etse prosternent en prières devant lui. Aux pieds de l’enfant est couché un jeune lion, qui dort comme celui dont il est le symbole,

* «Patrocinabitur Pastor quem in calice depingitis. — À parabolis licebit incipias, «ubi est ovis perdita, a Domino requisita et humeris ejus revecta. Procedant ipsæ pic- «turæ calicum vestrorum , si vel inillis perlucebit interpretao pecudisillius ; utrumne «christiano an ethnico peccaiori de restitutione colliniat. » (De Pudicit. cap. 11 etx). Dans les grands musées, on voit plusieurs de ces calices sur lesquels est figuré le bon Pasteur.

* Celui de la bible de Charles le Chauve et celui du vitrail de Suger.

* Pages 58 et 59, à propos du nimbe uni ou croisé attribué au lion, nous avons parlé de cet animal comme symbole du Christ et de saint Marc. Nous renvoyons aux Vitraux de Bourges, p. 78-82 ; on y trouvera d’amples et curieux détails sur le lion ,symbole du Christ.

et qui est entouré d'une inscription tirée des livres sacrés !.

L'agneau, le lion et la croix sont les trois symboles uniques sous lesquels on représente Jésus-Christ’. Mais, avant de prouver cette proposition, 1l est nécessaire de préciser la différence quil faudrait établir entre les expressions SYMBOLE et FIGURE, que l'on confond ordinairement, qui causent des erreurs et engendrent des disputes de mots.

On entend par symbole et figure tout signe sensible au moyen duquel se traduit une idée : le nimbe circulaire qui environne la tête des saints est le signe matériel de leur sainteté. Sous ce rapport, le symbole et la figure sont exactement la même chose. Voici en quoi ils différent. Le symbole est la formule extérieure ou la représentation d'un dogme; c'est, comme le dogme lui-même, un article de foi. L’agneau est le symbole de Jésus-Christ; car les textes sacrés relatifs à l'agneau divin obligent à croire que l'agneau est la représentation nécessaire et dogmatique du Christ. L'agneau est le Christ lui-même, le Christ en personne et sous des traits visibles. La figure, au contraire, est la représentation arbitraire d’une idée quelconque. La figure n'est pas imposée par le dogme, par un texte révélé; mais elle résulte d’une pure opération de l'esprit humain. La figure est un produit variable de notre imagination. On nous oblige à recevoir un symbole, on nous engage à admettre une figure; la foi est commandée par le

l'«Âpérequr, puolunOn &s Xéwv, nal rÿs dUvarar éyeupeir adrov;» C'est dans la Genèse, ch. xzix, verset 9, qu'on lit ce texte. Au lieu de xai ris duvarou , il faut rés. Les Grecs modernes, prononçant de même l'êta et l'iôta, commettent assez souvent des fautes de ce genre. Au portail occidental de Notre-Dame de Paris, porte de gauche, un petit lion est couché endormi sur le socle qui porte une statue de Marie tenant Jésus dans ses bras. C’est le motif grec exécuté en sculpture.

? I ne s’agitici que des symboles purement iconographiques. L'Ancien Testament est tout rempli de figures dont Jésus-Christ est le type; ces figures sont de vrais symboles, mais des symboles historiques et qui ne rentrent pas dans notre travail.

premier, l'esprit est séduit par la seconde. Le Christ est symbolisé par le lion, mieux encore par l'agneau; mais il est seulement figuré par le pélican. Le pélican, qui s'ouvre le sein pour nourrir ses petits avec son sang, est la figure de Jésus qui meurt et verse tout le sang de ses veines pour racheter les hommes. Mais jamais le pélican ne porte de nimbe, encore moins de nimbe croisé; jamais, dans la cour céleste, le pélican ne représente Jésus-Christ, et n’assiste en cette qualité aux événements qui s'y accomplissent. Au contraire agneau, orné du nimbe que partage une croix, est très-souvent représenté dans les scènes de l'Apocalypse et de l'Évangile ; il n'est autre que Jésus lui-même sous la forme et l'apparence d'un agneau. Enfin le symbole développé devient un mythe; mais la figure, déroulée dans ses détails, ne donne jamais qu'une allégorie. Un mythe est une croyance, un ensemble de dogmes; une allégorie nest qu'une réunion de métaphores: y croit qui veut. Un mythe est de foi, une allégorie n'est que d'opinion. C'est Dieu qui crée le symbole et qui le révèle; c'est l’homme qui invente et qui manifeste la figure. L'eau dans le baptême, le pain et le vin dans l'eucharistie, sont des signes, sont des symboles. On ne peut remplacer, dans l'eucharistie, le vin par l'eau, ni, dans le baptême, l'eau par le vin; car le symbole est un, invariable et éternel. Une figure, au contraire, peut se substituer parfaitement à une autre figure; la vigne, qui donne son jus pour nourrir les hommes, peut remplacer le pélican qui donne son sang pour ses petits. Enfin, avec de l'imagination, on crée des figures tant qu'on veut, mais non pas des symboles ?,

* Voyez dans Baluze (Wiscellanea, Il° vol.) un ouvrage de saint Hildefonse, évêque de Tolède, et disciple d'Isidore de Séville. Cet ouvrage, intitulé Liber adnotationum, donne l'explication allégorique de plusieurs plantes, fleurs, fruits, animaux, minéraux qui

Cela posé, nous disons que l'agneau avant tout, le lion et la croix secondairement sontles uniques symbolesdu Christ. Mais, comme figures du Christ, on offre à notre choix une foule d'objets pris dans les trois règnes de la nature. Nous avons le poisson, le pélican, l'aigle, la poule, le serpent, et bien d'autresêtres, parmi les animaux; entre mille, les végétaux nous donnent la vigne, le figuier, l'olivier, le cèdre. Entre les minéraux, toutes les pierres précieuses, pour leur couleur, leur solidité ou leur transparence, figurent le Christ, aussi bien que les montagnes en masse. Les principales constellations , surtout le soleil et la lune, ont été regardées comme des reflets du Fils de Dieu !.

Üne fois dans le domaine de l'imagination, on tombe dans un océan; on ne peut et on ne doit donc pas tenir compte des images innombrables sous lesquelles on a ricuré le Christ. Cependant, comme l’une de ces images a spécialement attiré l'attention et les études des antiquaires, il convient de la signaler ici, ne serait-ce que pour relever des erreurs accréditées à ce sujet: cette image c'est le poisson.

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