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purgé des tirades de la poésie, avait iiaïveineiit dit la vérité '^.
C'est donc une grave erreur que d'avoir fait sortir de l'élément laid et. pis encore, de l'écume de cet élément grossier, la beauté suprême. Il est vrai qu'à peine née, Vénus a été réclamée par l'Olympe, et qu'elle s'est installée sur la terre, à Cythère, Gnide et Paphos, poui* y exercer son empire. Ainsi , au lieu de représenter Vénus sur les genoux de la Mer (e^AaTTa) , c'est sur le sein de la Terre (raîa) qu'il faudrait la bercer. Qu'on lui mette les pieds dans l'eau de la mer, d'une rivière ou d'un lac, je le veux bien, car Vénus règne sur la nature entière; mais le reste du corps doit se coucher dans une vallée et la tête reposer sur une colline comme sur un oreiller. Tous les êtres bruts, organisés et animés, tous les dieux doivent assister à sa naissance, parce que tous lui obéissent. C'est au printemps, cette jeunesse de l'année, que la jeune déesse de la beauté doit naître; elle doit venir au monde quand les plantes sortent de terre, que les arbres reverdissent et que les fleurs, comme de petites lumières de végétation, éclairent les vallées et les montagnes. 11 faut que Vénus nous arrive au moment où les oiseaux font leurs nids et où la nature ressuscite dans un embrassement universel.
1. Je connais des poètes qui s'absorbent dans une adniiralion exclusive et constante de la mer; je les ai toujours pris pour ces fiiquirs dont la vie se passe à contempler leur nombril où ils voient le monde entier.
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Aux Grâces, filles de Vénus, semble appartenir le fronton secondaire du flanc gauche de l'Opéra. Vénus est la beauté au repos; les Grâces représentent la beauté en mouvement. On en compte trois : Thalie, Aglaé, Euphrosyne. Leur nom est plein de douceur et veut dire la Verdoyante, la Brillante, la Joyeuse. On peut croire que chacune d'elles personnifie le contentement de l'une de nos qualités principales. L'homme est un composé de sensations, d'alFections et de facultés. La verdoyante Thalie peut être chargée spécialement de nos sensations matérielles, la brillante Aglaé des affections de notre cœur, la joyeuse Euphrosyne des facultés de notre esprit. Chacune aurait ainsi son rôle bien marqué, et toutes les trois s'accorderaient pour faire complètement notre bonheur.
Si Vénus naît au printemps, ses filles peuvent veniiau monde en été, dans la saison un peu acre et violente des plaisirs.
Les sculpteurs recherchent la nudité au lieu de la redouter; mais si toutes ces femmes nues, Vénus, les Grâces, et tout à l'heure les Muses, semblaient offrir de la monotonie, rien ne serait plus facile, comme Socrate l'a fait lui-même lorsque, dans sa jeunesse, il sculpta les Grâces, de les couvrir d'un vêtement. Quant
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aux Muses, Raphaël les a toutes liabillécs dans son Parnasse *. Le seul Apollon, dieu du soleil, dieu de la chaleur, est à peu près complètement nu.
C'est à la naissance des Muses qu'on devrait réserver le fronton du flanc droit de l'Opéra. Comme Vénus et les Grâces, les Muses naissent à l'extérieur d'un monument dont elles vont, dans tout le cours de leur existence, remplir l'intérieur. On dit que les Muses sont filles de Mnémosyne ou de la Mémoire. C'est encore un mythe qui me semble gâté. Les Muses ne sont pas les filles de la tradition ou du passé, mais les enfants de l'inspiration ou du présent. Quand un véritable artiste compose, ce n'est point parce qu'il a de la mémoire et qu'il se souvient, mais parce qu'il invente. Il ne se rappelle pas; mais, comme Dieu, il crée de toutes pièces et avec rien. Le nom de poëte, de créateur, qu'on a réservé au fabricant de vers, appartient à tous les artistes. En ma qualité d'archéologue, je devrais me prévaloir du mythe grec, et affirmer que l'art est un souvenir du passé, que les Muses sont filles de la Mémoire; mais je préfère la vérité.
Les Muses, comme Vénus et les Grâces, sont d'origine divine et véritablement filles de Dieu. On a voulu
1. C'est la célèbre frpsqup (io la sallo de la Si<;na(iire. au Vatican.
les faire naître grossièrement, comme les enfants des hommes. C'est un blasphème dont un peintre de génie, M. Ingres, s'est rendu coupable dans un petit tableau exécuté il y a quelques années. Bacchus, le dieu de la bonne chère et du vin. est sorti de la cuisse de Jupiter; mais Minerve, la déesse de la sagesse, a pris naissance dans le siège de l'intelligence, dans le cerveau du maître des dieux. Par analogie, c'est du cœur de la divinité suprême que doivent s'envoler les Muses, car le cœur et non le ventre fait non-seulement l'orateur, mais tous les artistes : « pectus est quod disertos facit » .
Sur ce fronton, je ferais naître les Muses en automne, car l'art est véritablement le fruit mùr de la grâce et de la beauté. Comme Raphaël, je les mettrais sous la présidence du soleil ou d'Apollon, sur un Parnasse ou, mieux encore, dans un Paradis rempli d'herbes portant leurs graines et d'arbres portant leurs fruits, suivant l'expression de la Bible ^. Si la fontaine Castalie ou l'Hippocrène n'y suffisaient pas, car les eaux païennes sont beaucoup trop maigres ~, je ferais arroser sans scrupule cette terre de l'art par les quatre fleuves du Paradis terrestre. Le Tigre et l'Euphrate, le Phison et le Géhon, ne refuseraient certainement pas de rafraîchir et de fertiliser ce Parnasse nouveau.