‹ Iconographie de l'opéraChapitre 6 sur 9 · Comme la nei£;e sur l'arbre · texte numérisé non relu

Comme la nei£;e sur l'arbre

plus de privilèges encore (]ii'iin monument religieux. Si l'Amour et sa mère doivent se représenter quelque part, c'est surtout dans une salle d'Opéra; car ils sont là chez eux. Au moyen âge même, au xiii° siècle, on savait très-bien mettre chaque chose à sa place. Ainsi, dans une maison, dans un château, dans la chambre particulière d'une bourgeoise ou d'une châtelaine, on aimait à représenter des amourettes et des sujets appropriés à leur destination. Marie de France décrit ainsi les peintures qui décoraient la chambre d'une dame de son temps :

Li sire ont fait dedenz le meur,

Pur sa femme mètre à seur

Chaumbre souz ciel n'out plus beie.

A l'entrée fu la capele.

La caumbre est painte tut entur :

Vénus, la dieuesse d'amur,

Fu très bien mis en la peinture,

Les traiz mustrez è la nature,

Cument hum deit amur tenir,

E léalment è bien servir.

Le livre Ovide ù il enseigne.

Cornent cascuns s'amour tesmegne,

En un fu ardent lesjettout;

E tuz iceux escumengout,

Ki jamais cel livre lireient

Et sun enseignement fereient *.

1. Voir le « Lai de Gugcmer » dans les « Poésies » de JMarie de France, xiii'' siècle, publ. par lioquefort, Paris, -1832. CAlé par M. Viollet-le-Duc, « Dictionnaire raisonné de l'arcliiteclure », au mot « Donjon », page 83.

Va donc pour Vénus comme chef de file dans ce bataillon des belles femmes du monde entier.

Pour le foyer de la musique, c'est la musique ellemême qui doit foiu'iiir, i)ar son histoire, tous les motifs de décoration.

L'histoire de la musique se divise en plusieurs grands chapitres dont quelques-uns peuvent décorer la grande salle où nous sommes. Ces chapitres, en négligeant les divisions secondaires, s'étagent chronologiquement. D'abord la musique dans la nature, puisque tout son en procède comme un fleuve procède de sa source. Puis la musique dans la mythologie, qui n'est pas spéciale aux Grecs, mais appartient à tous les peuples. Puis la musique chez les Assyriens, les Indous, les Egyptiens, les Hébreux, les Grecs et les Romains. Puis la musique au moyen âge, et enfin chez les peuples modernes.

L'air est le principal, sinon l'unicjue véhicule de la musique. Tout son qui s'échappe de l'eau, de la terre et du feu est charrié par l'air qui le module et l'apporte à l'oreille. Au centre d'une composition, je figurerais l'Air en le personnifiant à peu près comme le xiii' siècle l'a imaginé dans un manuscrit de la bibliothèque

municipale de Reims ^. C'est une grande figure humaine ailée, jambes et bras écartés, posant chaque pied et chaque main sur l'un des quatre Vents du monde. Ces vents sont à la musique de la nature ce que les soufflets sont à celle de l'orgue. Au lieu des quatre vents, on pourrait n'en figurer qu'un seul et le placer dans l'un des cantons dont les trois autres seraient occupés par l'eau, la terre et le feu. C'est de l'eau que partent les bruissements des cascades et les tempêtes de la mer. La terre donne le frémissement des bois et le cri des bêtes; le son s'y répercute en écho. Le feu fait gronder les volcans, et de l'air partent, à côté du chant des oiseaux, les explosions de la foudre. 11 n'est pas plus difficile de personnifier l'eau, la terre et le feu que les vents et l'air. D'ailleurs, chaque figure, éclairée et complétée par ses attributs spéciaux, prendrait une signification parfaitement précise. Enfin l'art chrétien, le byzantin surtout, qui a peint plusieurs fois le cantique des trois Hébreux dans la fournaise, donnerait les indications suffisantes pour exprimer par le dessin cette musique de la nature. Dans ce cantique on personnifie . on fait parler et chanter les constellations, la pluie et la rosée, le froid et le chaud, la glace et la neige, les éclairs et les nuées, les montagnes et les collines, les plantes, les

1. Cette miniature, ou plutôt ce dessin au trait, du xni« siècle, a été publié dans les «Annales Archéologiques », vol. i, page 54 de la seconde édition.

mers, les fleuves et les fontaines, les oiseaux, les bêtes féroces et les troupeaux ^.11 faudrait être bien maladroit pour ne pas personnifier, avec de pareils éléments, la musique de la nature.

La musique dans la mythologie est plus facile encore à composer. Au centre, Apollon, le maître des Muses, le chef d'orchestre de la musique humaine. Dans les quatre côtés, Orphée qui charme les enfers, Arion qui apaise les flots, Amphion ({ui anime la terre et les pierres, Pythagore qui trouve le rhythme dans le mouvement des corps célestes. Çà et là, Mercure, inventeur de la lyre; Harmonia, la femme de Cadmus, qui trouve la flûte simple ; Bacchus, à qui l'on attribue la double flûte; Pan, qui joue de la flûte à sept tuyaux; les Tritons, qui font sonner les conques marines; les Sirènes, qui pincent de la harpe en s' accompagnant de leur voix. Les histoires de Philomèle, de l'Hirondelle, du Cygne, pourraient alterner avec le défi des Piérides, de Marsyas, de Thamyris, et les autres légendes mythologiques où l'art musical est enjeu.

Quant à la musique chez les peuples de l'antiquité, c'est tout simplement un cours de l'histoire musicale à représenter dans une série de tableaux. Il n'y faudrait oublier ni David entouré de ses chantres, ni les Hébreux captifs sur les rives de l'Euphrate, ni

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