‹ Iconographie de l'opéraChapitre 7 sur 9 · Danielis « Prophetia ». cap. ni, v · texte numérisé non relu

Danielis « Prophetia ». cap. ni, v

même Jubal auquel est attribuée l'invention des instruments de musique, comme est attribuée à Linus la création de la mélodie.

Le moyen âge, auquel nous devons l'invention ou tout au moins l'immense développement des cloches, des carillons, de l'orgue et de l'harmonie, nous a donné : sainte Cécile, la patronne des musiciens; saint Ambroise et saint Augustin, les auteurs du « Te Deum » ; saint Grégoire le Grand, qui a renouvelé et réduit en système le plain- chant; saint Thomas d'Aquin, qui a composé cet office du Saint-Sacrement, le plus éclatant des offices de l'Kglise. Encore un tableau dont sainte Cécile occuperait le centre, comme, plus haut Apollon et l'Air, et qui serait cantonné par saint Ambroise, saint Augustin, saint Grégoire, saint Thomas d'Aquin.

En face de cette musique sacrée, il faudrait peindre la musique profane des troubadours et des trouvères, des déchanteurs, des chansonniers, des dramaturges naissants, à qui nous devons le développement, inconnu à l'antiquité, de l'harmonie musicale.

Quant aux temps modernes et actuels, il faudrait faire un choix, tant les sujets s'offi^ent en abondance pour figurer l'histoire de la musique et l'histoire des grands musiciens de notre Europe. C'est là, qu'à l'imitation de Pétrarque, on pourrait représenter le Triomphe de la Musique. Sur le char, au lieu d'un seul triomphateur, j'en voudrais trois : l'Air, Apollon et

sainte Cécile, escortés par les musiciens célèbres de tous les temps et de tous les pays*.

A la salle du foyer de la Danse appartient exclusivement l'art spécial de l'attitude en mouvement, que l'on devrait, comme je l'ai dit plus haut , appeler l'Action, pour lui donner un caractère général.

La danse dans la nature, la mythologie et l'histoire, correspondrait aux tableaux de musique indiqués ci-dessus. Les eaux qui ondulent ou bouillonnent, les plantes et les arbres qui se courbent ou se balancent au souffle du vent, les animaux qui rampent ou bondissent, les oiseaux qui planent ou qui volent, la flamme qui s'élance ou tourbillonne, les astres qui accomplissent en chœur leurs diverses révolutions, rentrent dans le domaine de la danse naturelle et primitive.

La mythologie fait exécuter des rondes à l'année, aux saisons, aux mois, aux jours et surtout aux heures.

I. L'Opéra n'appartient pas seulement à Paris, mais à toute la France et au monde entier. Les plus grands génies étrangers, comme l'allemand Meyerbeer et l'italien Rossini, y font élection de domicile et ne se croient glorieux qu'après y avoir été couronnés. Tous les pays et tous les temps doivent donc y faire cortège au Triomphe de la Musique.

La danse des différentes heures du jour et de la nuit est une de celles que les chorégraphes aiment à composer. Ils font danser les saisons, les sens, les quatre ou cinq parties du monde avec Vénus et les Amours, avec les Grâces et les Muses, avec Diane et les Nymphes. Voiture décrit, dans une lettre au cardinal de La Valette, une fête que M'"'' de Vigean donnait à la princesse de Gondé. Il ajoute^ : « Au bout d'une allée, grande à perte de vue, nous trouvasmes une fontaine qui jettoit toute seule plus d'eau que toutes celles de Tivoli. A l'entour estoient rangés vingt-quatre violons qui avoient de la peine à surmonter le bruit qu'elle faisoit en tombant. Quand nous en fusmes approchés, nous descouvrismes dans une niche, qui estoit dans une palissade, une Diane à l'âge d'onze ou douze ans, et plus belle que les forêts de Grèce et de Thessalie ne l'avoient jamais vue. Tout à coup la déesse sauta de sa niche et, avec une grâce qui ne se peut représenter, commença un ballet. Geux qui ne croyent pas les fables crurent que c'estoit mademoiselle de Bourbon. »

Non-seulement les déesses de l'antiquité mènent des ballets, mais on fait danser môme les Arts libéraux du

1. Les « Œuvres » de M. de Voiture, leUrc x, Paris, 1658. In-12, paire 27. — Cette citation est tirée d'un mémoire de M. le comte Léon de Laborde sur les « Châteaux dans les environs de Paris au XVII* siècle, publié dans la « Revue générale de l'architecture » de M. Daly, vol. vi, année 1845-'! 846, col. 491-492.

moyen âge, qui sont, nous l'avons déjà dit : la Grammaire, la Dialectique, la Rhétorique, l'Arithmétique, la Musique, la Géométrie et l'Astronomie.

Le <( Ballet des arts », paroles de Benserade, musique de Lully, fut dansé pour la première fois par Louis XIV le 8 janvier 1663. M""' de Brancas, dont les pamphlets du temps ont célébré les mœurs légères et fort bien appropriées à la danse, y représentait la Géométrie :

Brancas, cette jeune merveille, Qui a le pas fin et l'oreille, Dans ce ballet, non par hasard, Représentoit, dit-on, un art ; •" ' Oui, c'étoit la Géométrie.

Son habit, couleur de prairie Et qui valoit son pesant d'or, M'en fait ressouvenir encor ^.

La danse historique chez les différents peuples et aux différents siècles, depuis la danse du labyrinthe décrite dans 1' « Iliade » d'Homère, et qui appartient encore à la mythologie, jusqu'à la polka ou la valse de nos jours, fournirait un nombre infini de sujets de tableaux.

1. « Les fausses Prudes ou les Amours de 31"'*^ de Brancas et autres dames de la cour ». sans nom d'auteur (Bussy-Rabutin peutêtre), à la suite de !'« Histoire amoureuse des Gaules «, par Bussy- Rabutin, édit. Paul Boiteau et Gh. Livet, « Bibliothèque elzévirienne », vol. ii, p. 352.

La danse est beaucoup moins profane qu'on ne le pense, et la danse de David devant l'arche lui donne une oi'igine suffisamment respectable. Autrefois, dans l'Église latine, la plupart des cérémonies étaient accompagnées de danses; aujourd'hui encore, surtout en Espagne et dans l'Amérique du Sud, on danse dans les rues, dans les églises même, en présence du saint sacrement, surtout à l'époque des processions de la Fête-Dieu. L'Église grecque , plus tenace dans ses vieilles coutumes que l'Église latine, a conservé ses danses liturgiques dans les églises. A Eleusis, j'ai assisté au baptême d'un enfant, pendant lequel le prêtre officiant a dansé avec la marraine, le parrain et toute la famille autour de la cuve baptismale. Dans une église d'Athènes, j'ai vu célébrer un mariage qui s'est terminé par une danse dans l'église même. « L'usage, dans lequel étaient les anciens peuples de ne jamais séparer la danse de la musique, se conserve encore dans les chants religieux des chrétiens d'Abyssinie, suivant ce que m'ont assuré les prêtres et les patriarches de cette Église, que j'ai eu l'occasion de consulter à ce sujet, dans les fréquentes visites que je leur ai faites au Vieux-Caire, où ils ont un hospice ^ ». — Chez les Arabes et les Turcs, des monastères sont occupés exclusivement par des derviches .tourneurs

1 . ViixoTEAu, « Recherches sur l'analogie de la musique avec les arls qui ont pour objet l'imitation du langage ». t. i, p. 57.

dont la fonction est de danser dans les mosquées. Les aimées de l'Inde sont célèbres par leurs danses sacrées , quoique licencieuses , dans les temples de Brahma et de Boudda. Les danses religieuses de l'île Formose sont racontées en détail par les voyageurs anglais. Les prêtres dansent, sautent, tournent et chantent en présence de leur patriarche qui assiste à ce spectacle avec un air sérieux *. Enfin, plus près de chez nous, à Epternach, dans le grand-duché de Luxembourg, huit ou dix mille personnes exécutent cette fameuse procession dansante qui a lieu, dans le mois de juin de chaque année, au tombeau de saint Willibrod. Hommes, femmes, vieillards, enfants, se forment en cortège et dansent, trois pas en avant et deux en arrière, sur l'air : « Adam avait sept fils détrempant de leur sueur, sans paix ni trêve, la terre du chemin 2 ». Le 10 juin 1852, huit mille cent pèlerins, venus des environs et même de pays assez lointains, prirent part à cette processioii. Une foule immense suivait les sauteurs en psalmodiant des prières ^.

Un ou plusieurs tableaux, qui représenteraient ces danses religieuses et liturgiques, ne seraient certainement pas dénués d'intérêt. 11 paraît que sous les pre-

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