Le cardinal Bartolini doit être aussi rectifié, page
représentations sont du même temps et je les descendrais volontiers au IXe siècle, sinon plus bas encore. En effet, elles ne sont pas antérieures à l'an 821, car le pape Pascal, qui tâtonnait dans cette partie de la catacombe, y aurait trouvé un indice certain de l'emplacement de la sépulture qu'il cherchait. Il est probable que ces peintures ont été exécutées pour perpétuer le souvenir de l'invention en ce lieu digne de vénération. Sont-elles Pascaliennes? Je n'oserais absolument l'affirmer, sans que cependant j'y contredise d'une manière formelle.
Leur signification est celle-ci : sainte Cécile jouit de la félicité éternelle avec le Christ, dont elle s'est proclamée la servante et de saint Urbain qui l'a ensevelie.
Le Pape, debout, dans un encadrement à double ligne noire et rouge, a des cheveux taillés en couronne à sa tête largement nimbée, une chasuble rouge sur une aube blanche, un pallium blanc à grandes croix noires, des souliers rouges et, dans la main gauche, un livre fermé, à couverture gemmée, sur lequel il appuie la droite qui bénit à trois doigts. Son nom est écrit perpendiculairement S. VRBANVS.
Le Christ n'est figuré qu'en buste. Son nimbe crucifère est gemmé. Ses cheveux, partagés sur le front, retombent sur ses épaules. La physionomie est plutôt jeune, malgré la barbe au menton. La tunique, laticlavée d'or, est recouverte d'un manteau rouge comme elle. La main droite, vue par la paume, fait le geste de la joie; la gauche tient un livre gemmé et à double fermoir.
Sainte Cécile, debout, jeune, à la taille élancée, est encadrée dans un triple filet, noir, blanc, rouge ('). Son large nimbe est jaune; ses cheveux, noués sur la tête, sont
1. « Une double bande forme corniche à l'image et l'espace intermédiaire était recouvert de cubes d'émail, dont il reste encore quelques-uns. » (Bartolini, p. 96.)
3)conograpl)te De sainte Cécile.
retenus par une bandelette perlée. Elle a des perles aux oreilles, ainsi qu'à la ceinture, au col, aux manches et au bas de sa riche tunique rouge, semée de fleurons crucifères, disposés obliquement et garnie de riches orfrois. Sa robe est blanche ('), avec une pièce jaune à la partie inférieure et deux rangs de perles aux poignets. Les pieds sont également chaussés en jaune. Ils posent sur un sol ondulé, où l'on dirait des jets de flamme (2). A droite et à gauche montent deux rosiers , à fleurs rouges. Ces arbustes sont un symbole de la béatitude céleste et nulle part ne convenaient mieux les roses, puisque sainte Cécile en reçut une couronne que l'ange lui dit avoir cueillie au paradis : « De paradiso Dei eas ad vos attuli » fBartolini, p. 23). Les bras
1 . L'office de sainte Foy la représente vêtue de blanc : « Apparuit virgo Fides permanens in certamine, niveo habitu circumdata et corona cœlitus missa mirabiliter perornata» (Verset alliluiatique). — «Elevatisoculis, Dei athleta (S. Caprais) super sanctam martyrem columbam de nubibus vidit descendentem et coronam cœlestibus margaritis ornatam ipsius capiti inferentem. » (Atit. des vêpres). — < Apparuit in ipso aspectu virgo gloriosa niveo habitu decorata et superni luminis splendore mirabiliter refulgens. » (Ibid.)
<i Dum in crate pateretur virgo pro justitia, Certis signis agonistœ claruit Victoria; Nam columba de supernis visa est descendere Coronamque super caput ustulat* ponere ; Ignis visus est extingui rore, Fides ablui Redditaque sanitati albam vestem indui. » (Ibid.)
2. Peut-être ces flammes se rapportent-elles à son premier supplice, rappelé dans la quatrième antienne des laudes: « Benedico te, Pater Domini mei Jesu Chkisti, quia per Filium tuum ignis extinctus est a latere meo ». La liturgie mosarabe a cette belle préface pour sainte Cécile : <( Duae quippe ignium divisas faces ardebant, una in virginis corde, altéra sub virginis pede. Una cornbustioni parata, altéra refrigerio débita. Una minabatur
supplicium, pollicebatur altéra regnum In una refri-
gerabatur Christus, in altéra exardescebat persecutor horrendus. Sed cum vicit ignis concrematus divinitus,
cessit qui fuerat exaggeratus humanitus Sed quia ere-
ctam eam a flammis, cruore sui sanguinis conservatam, ad te in pace accersiri jussisti.»
sont ouverts, dans l'attitude qu'on a nommée de la prière ('), mais que j'ai démontré ailleurs être celle de la joie (2). En effet, sainte Cécile est heureuse de la félicité dont elle jouit. Elle n'est pas là priant pour elle, puisqu'elle est arrivée au terme ; tout au plus pourrait-on dire avec le cardinal Bartolini « qu'elle prie incessamment devant le trône de Dieu pour l'Église romaine et pour sa patrie » (p. 96), quoique ce ne soit pas l'idée qui domine dans ces sortes d'attitudes , improprement appelées des orantes. Je ne crois donc pas devoir lui appliquer ici cette phrase d'une antienne de son office : « Expansis manibus orabat ad Dominum ut eam eriperet de inimicis » (3), car, dans la peinture de la catacombe, son souhait est accompli , elle est réellement délivrée par son martyre des ennemis de son âme et de son corps.
(A suivre.)