François Aubusson, duc de La Feuillade, pair et
maréchal de France, colonel du régiment des Gardes
Françaises, mort en 1691.
— Larmessin. In-4. — Arnoult. In-fol.
C'est le duc de La Feuillade, (pie l'on désignait généralement comme l'original du Marquis de la Critique de l'École des femmes, et qui, pour se venger de l'auteur, feignit de l'embrasser, dans une galerie de Versailles, lui saisit la tête à deux mains et la lui frotta rudement contre les boutons de son habit, en répétant Tarte à la
crème. Le roi fat indigné de l'injure faite à Molière, et déclara qu'il prenait fait et cause pour lui centre tous ses ennemis.
317. JACQUBS ni: SOUYRÉ, grand-prieur de l'ordre de Malte, né en 1600, morl en 1670.
— /'. Mignardp. Lenfantsc. 1667. Tn-fol.
Jacques De Souvré était l'ennemi de Molière, avant qu'il se lut déclaré publiquement, sur le théâtre même où il avait sa place de spectateur, 1 adversaire le plus hostile de L'auteur de FÉcole des femmes. Molière le railla, sans le nommer, dans la Critique de l'École des fini. de ce personnage que Boileau s'est moqué dans
ce \ i épitre à Racine, ou il rappelle la coalition des gens
de Cour contre cette comédie :
Le Commandeur voulait la scène plus exacte.
3ls. Guillaume de Lamoignon, Beigneurde Basville, premier président au parlement de Paris, né en 1617, mort en 1(377.
— Nanteuil, Iti.v.». In-fol. — Trois autres portraits, gravés par le même, 1661, 1663 el h. 77. — Fr. Poilly. d'après C. Le Brun, 1666. In-fol. — Poilly, d'après Mignard, 1666. In-fol., dans une Thèsr.
Le premier président de Lamoignon, malgré son amitié pour Boileau, qui n'avait pas cessé de défendre son ami, se montra très-hostile contre Molière, & cause de la comédie de {'Imposteur, que Boutdaloue lui avait signalée comme outrageante pour la religion ■ ministres, et qui fat arrêtée à la Beconde représentation (samedi G août l(j(j~), par ordre du parlement de Paris. L'anecdote relative
ette défense déjouer le l'/n/nf/r, et le mot de Molière « M. le
premier préaident ue veut pas qu'on le joue ■■'. ont été vivement controverses par la critique moderne. La lettre de Qrimarest, publiée par Tascbereau (3« édit. de VHist, de ta vie de MoKère, p pour nous, au contraire, une preuve île la vérité <le cette anecdotej Qrimarest ayant pris la peine d'envoyer au premier président de toignon, Bis du magistrat nus en cause à l'occasion du Tartuffe, le passage de la Vie de Molière, qui regardai) la représentation de cette comédie. C'est un fait avère que Guillaume de Lamoignon peu de sympathie et de bienveillance pour Molière. Nous remarquoi 'jet, que la bibliothèque du château de Baville et de
l'hôtel de Lamoignon ne contenait pas une seule édition des Œuvres de Molière, contemporaine de l'auteur, <>n n'j voyait pas d'édition
MOLIERESQUE. 137
antérieure à celle de 173 i , en 6 volumes in-5 , mais on y trouvait un exemplaire de dédicace de l'ouvrage de Grimarest, publié en 1703.
349. Hardouin de Beaumont de Péréfixe, archevêque de Paris, né en 1603, mort en 1670.
— R. Nanteuil ad vioum pingebat et sculpebat. In-fol.
Voy. dans VHist. de la vie et des ouvr, de Molière, par Taschereau (Paris, Fume, 1863, in-8, p. 16o), le Mandement de l'archevêque de Paris, contre Y Imposteur, de Molière, en date du 11 août 1667.
Bibliogr. mo/iér., n° 1215.
Nous avons trouvé, dans les mss. de Trallage, un sonnet en bouts rimes sur l'archevêque de Paris, sonnet épigrammatique, qui pourrait être signé Molière, et qui doit dater de l'année 1667, où tous les poètes se mirent à rivaliser d'adresse et de savoir-faire pour composer des sonnets sur des rimes proposées, dont la dernière offrait le mot bibus, nouvellement créé et mis à la mode. Voici un de ces sonnets, dans lequel on peut soupçonner quelque allusion à ce Mandement hostile à Molière et à sa comédie :
Un homme qui sans cesse a l'esprit au bivouac,
Qui prend la vérité pour un monstre d' Afrique,
Qui toujours des flatteurs écoute la musique
Et s'égare partout et ab hoc et ab hac ;
Qui sans flamme et sans feu fume plus que tabac ;
(Ici manque un vers, dont la rime était brique.)
Qui dans tous ses desseins n'a fin ni politique,
Et dans tous ses projets ne fait que du mic-mac ;
Qui pour les moindres maux se trouve sans remède, Qui se croit un Alcide et n'est qu'un Ganymède,
Qui sur les saintes Lois ne fait que des rébus,
Qui se laisse tourner comme on fait une esclanche,
Qui ne sçait saniedy ce qu'il fera dimanche :
C'est le grand Péréfixe ou l'homme de bibus.
350. François de Harlay Chanvalon, nommé archevêque de Paris en 1671, mort en 1695, à l'âge de 70 ans.
— R. Lochon, d'après N. Loyr, 1659. In-fol. — Van Sehuppen del. et se. 1659. In-fol. — Lenfant, d'après Champagne, 166 t. In-fol. — Nanteuil del. et se., 1671. In-fol. — Nanteuil) 1673. Gr. in-fol.
L'archevêque de Paris ne céda qu'à un ordre secret de Louis XIV, en
enjoignant nu curé de Saint-Eustache • de ne donner la sépulture au corps de défunt .Molière, qu'à la condition que ce seroit sans aucune pompe, avec deux prêtres seulement, lnu-s des heures du jour, et qu'il ne se ferait aucun service aolennel pour lui, ni dans ladite paroisse de Saint-Eustache, ni ailleurs, même dans aucune église des réguliers. » L'illustre mort resta donc sans sépulture, depuis le vendredi soir 17 février s'il est vrai que Molière soit mort à 10 heures du soirel non a 2 heures et demie du matin jusqu'au mardi soir 21. Le choix du cimetière de Saint-Joseph, où Molière fut inhumé, était une injure faite à Ba mémoire, car ce cimetière, dépendance du grand cimetière des Saints-Innocents, avait été destine surtout à recevoir les entants morts-nés qui n'avaient pas été baptisés. Mais, en d des défenses de l'archevêque, qui ordonna de faire l'inhumation a neuf heures du soir, c'est-a-dire en pleine nuit, sans prêtres, et sans cierges allumés, i le convoi n'en fut pas moins brillanl et éclairé, dit Titon du Tille t dans son Parnasse fronçais : tous les amis de Molière y assistèrent, ayant chacun un flambeau à la main. »
351. Loris BouRDALOUB, jésuite, célèbre prédicateur, né en 1632, morl en 1701.
— Elise C héron />. De Rochefori se. 1701. — Et. Desrochers, 1705. In-8. — C. Simonneau, d'après Jouveiu-t. 1707. In-8.
Bourdaloue, ami du premier président de Lamoignon, se montra un des adversaires les plus violents de Molière, lorsque celui-ci voulut faire représenter sur son théâtre la comédie du Tartuffe, dont les trois premiers actes seulement avaient été joues devant le Roi à Versailles, pendant la fête des Plaisirs de l'Ile enchantée. Il n'attendit pas (pue cette comédie fût représentée à Paris et imprimés, pour prononcer un sermon ou plutôt un réquisitoire contre l'auteur et M comédie, qu'il n'avait pas réussi à faire interdire et condamner par l'Autorité civile.
BibHogr. moUir., 1212.
:5*)f>. François GtjenàUT, médecin de la Reine.
— //. NanteuU ml vivum pinge. et sculpebat. In-fol.
Le médecin Quénaut, qui figure sous le nom de Macroton dans {'Amour médecin, esl une des rictimes que Louis XIV avait livrées
a la critique de Mohere, au moment ou Hoileau. dans sa salir-
Embarras de Paris, le désignait A la réprobation publique : Quénaut, sur seu cheval, sa passant, n'éclabousse*
A.NT0INE DàQUIH, premier médecin du Hoi, après
avoir été premier médecin de la Reine, mort en 1696, à l'âge de 69 ans.
— Loir p. H. Jans se. In-fol. — Rigaud p. Jans se. 1693. In-fol.
C'est Molière qui se fit de Daquin un ennemi irréconciliable, en le traduisant sur la scène avec sa figure et son costume dans la comédie de V Amour médecin, où le docteur Tomes n'est autre que ce médecin. On peut dire avec certitude que Molière avait été invité ou autorisé par Louis XIV à dire au premier médecin du roi ses vérités. Voy. VHist. de la vie de Molière, par Taschereau, 3e édit. , pp. 72 et suiv.
351. Zacharie Jacob , dit Montfleury, comédien de l'Hôtel de Bourgogne, né en 1600, mort en 1667.
— Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Année 1639. Rôle d'Asdrubal, tragédie du même nom. A. Busse pinx1. F. del1. Prud'hon sculp. Imprimé par Langlois. In-i. Ce portrait fait partie de la Galerie théâtrale, de Bance.
Molière, dans l'Impromptu de Versailles, avait tourné en ridicule le jeu des acteurs tragiques de l'Hôtel de Bourgogne et s'était moqué surtout de Montfleury. Celui-ci ne se borna pas à l'aire composer par son fils l'Impromptu de l'Hôtel de Condé; il présenta au Roi une requête, dans laquelle il accusait Molière d'avoir épousé sa propre fille. « La requête avait été présentée vers la fin de 1663, dit Taschereau dans VHist. de la vie de Molière (3e édit., p. 57), et le 28 février suivant, la duchesse d'Orléans et le Roi firent à l'accusé l'insigne honneur de tenir son premier enfant sur les fonts de baptême. »
355. Mllc Bkaucuatkau (Madeleine Du Bouget), comédienne de l'Hôtel de Bourgogne, morte en 1683.
— Portrait peint, qui faisait partie delà Galerie théâtrale de Soleirol. Voy. le Catal. de 1861, n° 38.
Molière, dans Y Impromptu de Versailles, avait imité Mlle Beauchâteau dans le rôle de Camille, des Horaces, et Beauchâteau dans celui fin Cid, en exagérant les défauts de leur jeu et de leur débit : « Admirez, disait-il, après avoir déclamé les vers adressés à Curiace : Iras-tu, ma chère âme , etc., admirez ce visage riant qu'elle conserve dans les plus grandes afflictions. » Ce fut donc M"" Beauch&teau (jui se chargea 'le souffler le feu parmi ses camarades de L'Hôtel '!'• Bourgogne et qui finit par les amener à partager son ressentiment contre Molière. Voy. à la fin de V Impromptu de t'Hos-
tel de Condi, par A. J. Montfleury [Paris, Pepingué, 1684, in-lS , le but lea différends des Troup I el du Palais.
356. Claude Descoamps, sieub de Villiebs, comédien de t'Hôtel de Bourgogne et auteur dramatique, né en 1684, morl en 1678.
— Portrait, peinl d'après nature (peut-être apocryphe), qui faisait partie de la Galerie théâtrale de Soleirol. Voy. n° 1 du Catalogue de 1861.
Villiers devint le champion de l'Hôtel de Bow Ht jouer sur
ce théâtre la Vengeance des Marquis, ou Réponse à l'Impromptu de ? li>G3.
Voy. Yllist. de la vie de Molière, par Taschereau, 'M edit., p. 50. « Molière, dit-il, alla voir jouer la Vengeance des Marquis, varan des bancs alors placés des deux cotes de la scène. Son arrivée lit une
ttde sensation, niais il garda une très-bonne contenance, car de Villiers, un de Bea envieux, se trouva réduit a dire qu'il fit tout ce qu'il pouvoit pour rire, mais r/u'i/ n'en avait pas beaucoup ifenx Quoi qu'il en soit, selon tonte apparence, le privilège fut refus.' au libraire Gabriel Quinet pour l'im] de cette comédie, qui
ne parut qu'en 1664 dans un recueil intitule : les S luber-
ges. " M y a certainement, dans cette comédie, avons-nous dit. en réimprimant la Vengeance <le* Marquis dans la Collection molié-
[U6, des allusions perfides qui nous échappent et qui sautaient alors aux yeux de tout le monde. »
Bibliogr. moliér., n° 1152.
ii.'iT. Dorimond, auteur dramatique et comédien du Théâtre de .Mademoiselle.
— Portrait, en grisaille sur carton peut-être apocryphe , qui a l'ait partie lie la Galerie theàlr. de Sidei- POl. Voy. le Calai, de 1861, n" 7.
Dorimond tut un des ennemis les [dus acharnés de Molière.
puisqu'il h' poursuivit encore après sa mort, en publiant des vers injurieux contre lui. il avait l'ait partie de la Troupe de Mademoiselle de Mo.. pas trop bienveillante pou lière; mais la cause de son i : fui la représentation du / • pierre, qui vint interrompre la vogue de la tragi-comédie qu'il faisait représenter, sous le même titre, avec un grand su. sur le Théâtre de Mademoiselle.
Bibliogr. moHér., a0» 1200 et 649.
MOLIERESQUE. 141
358. Antoine-Jacob Montfleury, avocat et auteur dramatique, fils du comédien de l'Hôtel de Bourgogne, né en 1639, mort en 1685.
— Pl en pastel par Nanteuil. Dessiné et gravé par D'Elvaux, 1787. In 12.
Montfleury fils épousa la querelle de son père contre Molière et répondit à Y Impromptu de Versailles, par l'Impromptu de l'hôtel de Condé, représenté en janvier 1G64 sur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Voy. la notice qui précède la réimpression de cette pièce dans la Collection moliéresque.
Biblioyr. moliér., n° 1154.
359. Gilles Ménage, érudit et littérateur, né en 1613, mort en 1692.
— Bob. Nanteuil ad vivum faciebat. In-4. — P. Van Schuppen sculp. 1698. In-i.
Ménage, un des gladiateurs littéraires les plus redoutables de son temps, n'osa pourtant pas s'attaquer à Molière, qui n'avait au cune sympathie pour les pédants et qui ne s'en cachait pas. Au sortir de la représentation des Précieuses ridicules, il prit Chapelain par la main (c'est lui-même qui le raconte dans le Menagiana) : « Monsieur , lui dit-il , nous approuvions , vous et moi , toutes les sottises qui viennent d'être critiquées si finement et avec tant de bon sens ; mais, pour me servir de ce que saint Remy dit à Clovis , il nous faudra brûler ce que nous avons adoré et adorer ce que nous avons brûlé. » On est fondé à croire qu'il donna lieu à Molière de se plaindre de lui et d'user de représailles, car ce ne fut pas sans raison que l'auteur des Femmes savantes le mit en scène sous le nom de Vadius. Ménage fit semblant de ne pas se reconnaître, bien que tout le monde l'eût reconnu, mais on doit penser qu'il clabauda sourdement contre Molière, sans réussir à mettre les rieurs de son côté. Il affecta toujours de se montrer l'admirateur et le partisan de Molière; il lui fit même une belle épitaphe, qui commence ainsi :
Delicix procerum, totâ notissimus aulâ, etc.
360. François Cotin, prêtre, docteur en théologie, prieur de Marly et chapelain du Roi, né en 1604. mort en 1682.
— Van Schupen le jeune. Gravure àlamanière noire. In-4.
On sait combien Molière, qui avail pris fai< el cause pour Boileau dans sa querelle avec L'abbé Cotin, acheva de ridiculiser ce malbeureus poëte, en le mettant en scène dans la comédie aristophanesque des Femmes savantes , qui n'est citée que sous le titre de
142 ICONOGKAPHir.
Ttwotin dans le Registre de La Grange. Taschereau, dans son
Eist. de la vie de kfo/ieVe, 3« édit. in-U. pp. 170 el suiv., a réuni tous lea détails qui concernent ta vengeance tardive de Molière contre Colin: mais il B'est trompé, en disant que Cotin avait désigné Molière dans ces vers de la Satyre des Satyres, publiée en 1666 :
Despréaux, sana argent, crotté jusqu'il L'échiné, S'en vn chercher son pain de cuisine en cuisine; Son Tnrlupin l'assiste, et jouant de son nez,
Chez le sot campagnard, gagne de l>ons dinés
On les promet tous deux, quand on fait chère entière, Ain^: que l'on promet et Tartuffe et Molière.
Les deux derniers vers cités prouvent suffisamment que le Tnrlupin n'est pus Molière, mais bien un des frères de Boileau. nommé Puymorin, qui parlait et chantait du nez, de manière à exécuter une foule d'intermèdes bouffons. Le ressentiment de Molière à L'égard de Cotin ne provenait que des sermons de ce prédicateur, qui, à l'occasion de la comédie du Tartuffe, n'avait épar ni L'auteur ni le comédien. Ces sermons ne furent pas publies, quoique l'abbé Cotin eut recueilli soigneusement les moii pièces en vers ou en prose, qu'il avait fait circuler dans la société des Alcovistes et des Précieuses.
361. François HÉDELIN, abbé d'Aubignac , littérateur, né en 1601, mort en 1676.
— Rousselet, 1663. In- i. — Desrochers. In-i.
L'abbé d'Aubignac, étant L'adversaire acharné de Corneille, ne pouvait pas être L'ami de Molière, il m'oss point écrire ouvertement contre un auteur comique, qui ne craignait pas de traduire sur la scène ses ennemis el ses envieux, mais il ne perdit aucune occasion de manifester son mauvais vouloir, et quand il publia sa Pratique du théâtre, en L669, il eut soin de laisser dans l'ombre Les comédies de Molière, qu'il se garda bien dénommer. Il avait des appuis considérables à la Cour, el s'il n'obtint pa8 la place d'intendant des
spectacles, qu'il sollicitait, on peut supposer que Molière ne fut pas étranger & cet écbec.
Gabriel de Roquette, évoque d'Autan en 1666, mort en 1707, à l'âge de 85 ans.
— Beaufrère se, L667. ïn-fol. — Chasteau te. In-fol.
— Gantrel te . 1694. In fol.
« L'abbé de Choisy nous apprend, dit Taschereau dana ton Hist.de ta vie de M 3* édit., p. 125 . que Molière, en traçant le prin-
cipal rôle de Tartuffe, eut en vus L'abbé de Moquette, depuis évéque d'Autan. » L'abbé de Roquette était la créature el L'ami de la du-
chesse de Longueville, qui devint dès lors très-hostile à Molière. Cette épigramme, attribuée à Boileau, nous apprend comment le prototype du Tartuffe s'était fait une réputation de bon prédicateur :
On dit que l'abbé Roquette Prêche les sermons d'autrui; Moi qui sais qu'il les achète, Je soutiens qu'ils sont à lui.
« Mmc de Sévigné, ajoute Taschereau, confirme pleinement l'assertion de l'abbé de Choisy, quand elle écrit : « Il a fallu dîner chez M. d'Autun : le pauvre homme! »
Nous ne résistons pas à la démangeaison de citer une épigramme inédite, assez croustilleuse, contre l'évêque d'Autun, qui s'y montre in naturalibus dans son rôle de Tartuffe. Voici cette épigramme, que nous empruntons aux manuscrits de Trallage :
D'Authun, ce digne évesque expert en vénerie, Mieux duit qu'aucun prélat à distinguer gibier, Docte en chiens, en oyseaux, en haute volerie, Hardy, haut à la main, preux et bon cavalier, Avecque La Moussaye estant, ces jours passez, Et tous deux ayant bu quelque peu plus qu'assez, Les yeux étincelans et de zèle et de joye,
Luy dit, tout transporté Plus de l'ardeur du vin que de la charité :
« Que n'es-tu dans la bonne voye ?
J'en donnerois, dit-il, ouy, là, j'en donnerois... » 11 répéta ce mot plus de cinq ou six fois, Cherchant de quoi donner pour sauver l'hérétique. La Moussaye, à la fin, le voyant empesché, Luy dit, voulant ayder à faire son marché :
« Donne-moy tes c , je me fais catholique !»
Alors ce bon prélat, ayant un peu douté,
Et ne trouvant point de défaite :
« Touche là, luy dit-il. Parbieu ! l'affaire est faite,
Mais rends-moy ce qu'ils m'ont coûté. »
Lacume de Sainte-Palaye dit, dans sa Bibliotli. des Auteurs /'ra»rais (Mss. à la Bibl. de l'Arsenal), que « la comédie du Tartuffe fut faitte d'après l'abbé de Roquette sur les Mémoires que Guilleragues, ami de l'abbé de Cosnac, avoit donnez à l'auteur. »
363. Jkan Loret, poëte, auteur de la Gazette en vers, mort en 1 (»().'>.
— Mich. Lasne se. 1646. In-i. — Nanteuil del. et se. 1658. In-ibl.
Jean Loret, qui rédigeait la Gazette en vers publiée depuis sous le titre de la Muse historique } fut. certainement un des envieux de Molière les plus malveillants et les plus sournois. Il avait organisé
contre lui la conspiration du silence; "en parlant, dans sa Gazette, des représentations 'lu Petit-Bourbon et du , .il. c'est-à-dire
pendant plus de quatre ans, il s'abstint d>' nommer Molière, soit comme auteur, soit comme acteur, et la première fois qu'il le nomma, dans la lettre du 21 mai 1GG4, ce fut pour lui décocher un trait perfide, à l'occasion du Tartuffe, quand les trois premiers actes comédie seulement eurent été essayé» devant le Roi, sous le titre de FHippocrite, à la fête des Plaisirs «le l'Ile enchantée. 11 ue faul pas oublier que les Lettres de Loret étaient adressées à la duchesse de Longueville et que celle-ci portait un vif intél l'abbé de Roquette, qu'on avait designé comme le prototype de la comédie nouvelle.
3t>{. GÉRAUD de Cordkmov, philosophe et historien, membre île l'Académie française, né en 1626, mort en 1684.
— De Rochefort se. 1703. In-1.
On peut affirmer que Molière avait eu à se plaindre grade Cordemoy, puisqu'il l'a ridiculisé dans le personnage du Maitre de philosophie, du Bourgeois gentilhomme, où il emprunte des
phrases textuelles à un ouvrage bizarre de Cordemoy. intitulé : Discours physique de In parole, qui avait paru en ltiG8. Molière frappai! a la fois, dans cette critique, le protégé de Bossuet, qui venait de placer Cordemoy en qualité de lecteur ordinaire du Dauphin, et l'admirateur passionné de Descartes, qui n'épargnait pas dans s s livres les Gassendistes.
365. Louis Maimbourg, jésuite et prédicateur, depuis historien, né vu 1610, mort en 1686.
— Simoneau, 1686, d'après Moclon. In- i. — Habertt 1686. in-i.
I historiens «le Molière ne parlenl pas de l'hostilité que le P. Maimbourg avait fait éclater d mons contre l'auteur
du Tnrtuffr. Ils Jetaient connus sans doute l'un et l'autre ch<
aites. Voici en quels termes Antoine Arnauld, dans un pasc de polémique anonyme, i W ce fougueux et facétieux pré-
dicateur : - 11 \ a plus de vingt ans qu'étant aile par hasard en la chapelle du Collège de Clermont, je \ is monter en cli lire un homme d'une mine extraordinaire et qui n'étoil \ dont l'Ecri-
ture dit que 1 de fur l'une reluit sut- leur . I 'n ne
royoit, au contraire, que fierté dans ses yeux, dai
dans tout BOD air ; et il auroit été capable de faire j -s. >i
te fierté n'eul été mêlée avec d - théâtre qui tendoienl
LtatiOD fera mieux comprendre une épi-
gramme, que nous avons trouvée dans les manuscrits de Trallage, sur le père Maimbourg, jésuite, et Molière, comédien.
Un dévot disoit en colère, En parlant du Tartuffe et de l'auteur Molière :
« C'est bien à lui de copier
Les sermons qui se font en chaire,
Pour en divertir son parterre !
— Paix ! lui dis-je, dévot : il a droit de prêcher,
Car c'est un droit de représaille
Que vous ne sauriez empêcher.
Ne croyez pas que je vous raille :
Je vais le faire voir aussi clair que le jour, Et si vous ne fermez les yeux à la lumière, Vous verrez que Maimbourg a copié Molière,
Et que, par un juste retour,
Molière a copié Maimbourg. »
Nota. — Nous n'avons pas trouvé les portraits de divers contemporains de Molière, que l'histoire de sa vie nous présente comme ses envieux rivaux ou ses implacables ennemis , savoir :
L'abbé Michel de Pure, qui avait composé une comédie des Pré' cieuses et qui accusa Molière de plagiat. (Dibliogr. moliér., n° 1691.)
Rosimond, comédien du Marais, auteur d'un autre Festin de pierre, qu'il fit réimprimer en Hollande sous le nom de Molière (Bibliogr. moliér., nos 551 et 708).
François Châtelet, dit Beauchâteau, comédien de l'Hôtel de Bourgogne, critiqué dans l'Impromptu de Versailles.
Hauteroche, comédien et auteur du même théâtre, critiqué également dans l'Impromptu.
Boursault, à qui Molière ne pardonnait pas d'avoir copié sonMédeein volant et qui se fit le champion de l'Hôtel de Bourgogne , en y faisant représenter la comédie du Portrait du peintre (Bibliogr. moliér., nos 1147 et 545).
Baudeau de Somaize, l'auteur de la Pompe funèbre de Scarron, de la comédie des Véritables Précieuses, et de divers autres ouvrages contre Molière. (Bibliogr. moliér., nos 1141 et suiv., 1193 et suiv.)
C. Jaulnay, auteur de l'Enfer burlesque (Bibliogr. moliér., nos 1196 et suiv.).
Le Boulanger de Chalussay, auteur de la comédie d'Elomire hypocondre et de la Critique du Tartuffe (Bibliogr. moliér., nos 1159 et 1157).
Chevalier, comédien du Marais, auteur de la comédie des Amours de Calotin, etc. (Bibliogr. moliér., n° 544.)
Le comédien Marcel , auteur du Mariage sans mariage, réconcilié depuis avec Molière (Bibliogr. moliér., n° 1161).
Pierre Roullé, curé de Saint-Barthélémy, auteur du Boy glorieux au monde (Bibliogr. moliér., n°1209).
Le sieur de Rochemont, avocat. (Bibliogr. moliér., nos 1211 et suiv.)