OBSERVATION III
Hystéro-Epilepsie et Epilepsie.
C'est surtout depuis la publication des leçons que M. Charcot a consacrées à l'hystéro-épilepsie [hystérie épileptiforyiie de Louyer-Villermay) que cette maladie convulsive est bien séparée de l'épilepsie. Dans l'hystéro-épilepsie, en eflfet, pour employer les expressions de notre illustre maître, l'épilepsie n'est là que dans la forme extérieure, mais elle n'est pas dans le fond des choses.
L'observation suivante, en nous offrant chez la même malade des attaques relevant incontestablement de l'hystéro-épilepsie et des accès franchement épileptiques, dissipera les doutes, s'il en existe encore: le lecteur impartial, nous en sommes persuadé, partagera notre conviction.
Sommaire. — Antécédents. — Hijitéro-c'piUpsie et c'/nl'psie. — Hi'mianesthéaxe gauche. — Description des attaques dlnjsléro-éiÀlepsie et d' epilepsie. Attitude dit, crucifiement. — Wlarche des deux maladies. — Relalion entre les règles et les crises convulsives.
W..., Madeleine, était âgée de 1 7 ans à son entrée à la Salpètrière (Service de M. Charcot), le 16 septembre l87o.
Renseignements fournis par sa sœur ainée. — Père, ouvrier gazier, a fait de tout temps des excès de boisson ; il s'em-
porte focilemont et autrefois il battait sa femme. — Celle-ci est morte à 40 ans (1864), on ne sait de quelle maladie; elle était « très-nerveuse. » — Sur les ascendants on manque de détails précis ; ce qu'on affirme pourtant, c'est qu'aucun membre de la famille n'aurait été ou ne serait atteint de «haut mal.» — Pas de consanguinité.
Quatre enfants : 1° la jeune fille qui nous renseigne ; elle est bien portante ; — 2° une fille âgée de 19 ans, bossue, souffreteuse, très-impressionnable ; — S^* Madeleine ; — 4° un garçon mort à un an dans les conmUsions .
Jusqu'à 8 ans, Madeleine aurait joui d'une bonne santé.
Elle a étépropi'e (1) et a marché de bonne heure. — De 8 à 1 4 ans, elle a habité le Grand- Duché de Luxembourg, chez une de ses tantes : c'est durant cette période qu'aurait débuté sa maladie convulsive.
(0 L'incontinence nocturne de l'urine est due quelquefois à des accès. Nous relevons ce phénomène car il peut mettre sur la voie du diagnostic en faisant reconnaîire l'épilepsie dans les cas où les accès ne surviennent que la nuit.
[Voici, d'après la malade, à la suite de quelles circonstances serait survenue sa maladie: allant à l'école, elle traversait, pour couper court, une rivière dont la surface était glacée. La glace se brisa et elle tomba dans la rivière, d'où elle fut retirée sans connaissance. Un mois plus tard, elle aurait eu sa première crise nerveuse et .5 ou 6 semaines après celle-ci, les règles seraient apparues.]
Gomme les accidents allaient en s'aggravant, sa tante l'a renvoyée à Paris. — Après son arrivée, Madeleine a eu, à diverses reprisesdes attaques pour lesquelles elle a fait plusieurs séjours dans les hôpitaux. Dans les intervalles, elle travaillait chez le marchand de vin où logeait son père. — L'intelligence n'aurait pas baissé depuis trois ans, mais toujours Madeleine a été paresseuse, lourde,- elle est d'ailleurs douce, affectueuse, et n'a jamais eu de délire.
Elat actuel (septembre 1875).
— Embonpoint assez prononcé ; tempérament lymphaticosanguin. Teint frais, joues très-colorées; traits réguliers; ph3''sionomie un peu obtuse.
(Planche X'. — Toutes les
fonctions organiques s'accomplissent convenablement. Elle aurait eu, à une époque qu'elle ne peut indiquer, un écoulement de l'oreille droite, suivi d'une abolition presque absolue de l'ouïe de ce côté.
Hémianesikcsle gauche. — Le contact, la piqûre, le froid ne sont pas perçus sur la moitié gauche du corps (face, tronc, membres). —La moitié correspondante de la muqueuse linguale participe à celte insensibilité tandis que la narine gauche a conservé sa sensibilité. — h'ou'ie, la Tue sont normales. — Uodorat (valérate d'amyle, etc.), le goût (coloquinte, etc.) sont très-émoussés à gauche, mais non abolis.
^intelligence est médiocrement développée, de sorte qu'il est souvent difficile d'obtenir de la malade des réponses précises.
Il ne paraît pas y avoir ÔLligperesthésie ovarienne. Interrogée maintes fois sur ce point, ses réponses ont toujours été vagues : un jour, elle dit souffrir dans le côté gauche du ventre, un autre jour dans le côté droit. Si l'on appuie sur la région ovarienne gauche, elle prétend qu'on la fait étouffer et c'est tout ce qu'on
peut en obtenir. Interrogée relativement à ce qu'elle éprouverait soit avant les attaques, soit avant les accès (car elle est à la fois hy stéro-épileptique et épileptique) elle nous a assuré constamment qu'elle tombait tout d'un coup. Elle ne fait, elle-même, aucune différence entre ses différentes crises.
A. Description des attacjnes d'hystéro-épilepsie . — La malade a été prise ce matin, 13 octobre, à 8 heures, d'attaques hystéro-é2nlep)tiqiies qui ont continué jusqu'à 10 heures 3/4. A onze heures les attaques recommencent.
a) Période tonique. — Pas de cri. La tête se porte dans l'extension, le cou est tendu, gonflé, les yeux sont dirigés en haut, les pupilles sont très-dilatées ; la moitié inférieure des conjonctives oculaires est injectée, les pommettes sont colorées, moyennement chaudes. Les jambes s'allongent, les bras s'écartent lentement du tronc et se mettent en croix. La rigidité est extrêmement intense. Le crucifiement est complet. (Planches XI et XII).
V\ Période clonique. — Au
bout de deux minutes, les bras et les jambes se détendent, la malade secoue la tète de gauche à droite et réciproquement ou bien elle la soulève au-dessus de l'oreiller et la laisse retomber brusquement; elle projette les bras de tous côtés, soulève tantôt la poitrine, tantôt le ventre; d'autres fois, elle se tortille.
Durant cette période, la respiration est précipitée, haletante.
Après un court répit survient une nouvelle attaque (M heures 6).
a) Période tonique. — La tète prend la même position que dans l'attaque précédente.
Tout le corps devient rigide.
Les bras se mettent doucement en croix , le gauche d'abord. Quand le crucifiement est complet, la malade pousse des cris: eue! oue! qui se succèdent rapidement pendant deux minutes environ.
h) Période clonique. — Puis, le décrucifiement s'opère ; les secousses cloniques apparaissent, accompagnées cette fois de : oue ! oue ! Ceci dure une trentaine de secondes. Madeleine demeure immobile, couchée sur le dos, dans la réso-
lution, et criant de temps en temps. La respiration est bruyante. Bientôt, nouvelles secousses cloniques avec cris.
Les cheveux, dénoués, sont rejetés derrière la tête et sur ses côtés ; les yeux sont dirigés en haut et un peu à gauche. Parfois, on note du nystagmus. La bouche est entreouverte, le cou tendu.
A onze heures douze minutes, troisième attaque.
a) Pér'.ode tonique (crucifiement). — L'attitude de la tète, l'aspect de la face sont les mêmes que dans les autres attaques. Les paupières sont animées de battements rapides. Par irn mouvement brusque, le bras gauche, puis le droit se placent perpendiculairement au tronc et deviennent très-rigides. Les doigts sont vigoureusement fléchis.
Les membres inférieurs sont dans l'extension forcée, y compris les pieds. Tout le corps, en un mot, est rigide et absolument immobile. La respiration semble suspendue. On n'observe aucun mouvement des narines, des lè\res, des muscles supérieurs du thorax ou du diaphragme. Cette suspension de la respiration persiste près
— ai-
de deux minutes ; ensuite on voit se produire des mouvements légers et rapides du diaphragme.
Le crucifiement durait depuis une dizaine de minutes, lorsque nous avons pratiqué la compression de la région ovarienne gauche. Elle s'opère difficilement , en raison du volume naturellement assez considérable du ventre, augmenté encore par la tympanite et en raison de la contraction des muscles abdominaux. Après plusieurs tentatives infructueuses , nous parvenons à enfoncer les doigts dans la cavité du bassin ; alors, Madeleine se décrucifie, se réveille, se plaint non plus comme tout à l'heure, niais comme une personne qui soutfre (i).
c) Période terminale. — La malade revient entièrement à elle. Ce nouveau repos s'est prolongé pendant cinq ou six minutes, après quoi la malade a été reprise et la série n'a cessé définitivement qu'à midi et demie. Quelques minutes plus tard, M s'est
(l) L'inhalatioQ du nitrite ffamyle, employé un autre jour, a sur le champ mis fin à l'attaque.
levée, n'accusant que de la fatigue et n'ayant pas la moindre stupeur.
'14 octobre. — La nuit a été tranquille. Ce matin. M... a eu une attaque de crucifiement qui a duré dix minutes.
Presque toujours, en 1875, les attaques cl'hystérie avec crucifiement, se terminaient par dufM/re.- la malade chantait des chansons allemandes.
En 1876, ce délire ainsi- que le crucifiement n'ont pas été constatés une seule fois.
B. Description d'un accès d'éjiilepsie (22 août 1876). — Début. Pendant qu'elle causait avec ses compagnes, Madeleine tombe par terre, en poussant un cri étouffé.
a) Période tonique. — La face est colorée, très-rouge, vermillon ; la bouche est entreouverte ; le cou est rigide, la tête un peu soulevée; les bras sontétendusle long du corps, rigides ; les doigts sont fléchis; lesjambes sont allongées et dans l'adduction. La rigidité est la même des deux côtés. Ces phénomènes durent environ une minute.
b) Période clonique. — Elle
est constituée seulement par quelques secousses cloniques.
c) Période de sterlor. ■ — Résolution générale , cyanose bleue très - intense , regard éteint, pupilles modérément dilatées; léger ronflement, un peu d'écume non sanglante ; sueurs très-abondantes à la face et à la paume des mains.
La malade ferme les paupières et pousse quelques plaintes.
A cette cyanose bleue succède une décoloration trèsprononcée cle la face et ce n'est qu'au bout de trois ou quatre minutes que le visage se colore. La malade s'endort ; de temps en temps , elle quenotte, se plaint, secoue la tète.
La face et les mains sont toujours couvertes de sueur. La température vaginale est de 38'\1.
On relève la malade et on la couche sur son lit ; dès qu'elle y est placée, elle se rendort. Un quart d'heure plus tard, je reprends sa température sans qu'elle s'en rende compte. T. V. 38°.
Quelquefois, à la suite de ses accès d'épïlepsie^ M... a du délire. C'est ainsi qu'un jour, après un accès, elle est allée
dans la cour, criant, gesticulant, tournant sur elle-même.
Comme les inlirmières voulaient la faire rentrer, elle a essayé cle les battre et on a été obligé de lui mettre la camisole.
Marche des deux maladies.
— Du mois de septembre à la fin de décembre 1875, Madeleine a eu 18 accès et 22 attaqîies. En 1 876, elle a eu 54 accès et 15 attaques.
Janvier 1 877.— L'intelligence de la malade nous parait avoir un peu diminué. M. . .
est lente dans tout ce qu'elle fait, ne comprend pas toujours ce qu'on lui dit. Ses réponses sont vagues. Sa mémoire est incertaine. En un mot, il existe chez elle une confusion intellectuelle assez accusée. Cet affaibhssement des facultés intellectuelles s'explique naturellement par la marche des deux maladies.
Durant les quatre derniers mois de 1875, elle a eu 22 attaques d'hystérie et 18 accès d'épilepsie, c'est-à-dire que l'hystérie prédominait ;— durant l'année 1876, les accès (54) l'ont emporté, et dans une proportion considérable sur les attaques (15,\ et cette
prédominance de l'épilepsie sur l'hyslérie s'est accusée davantage dans le dernier semestre.
Semestre, 22 accès, 11 attaques.
La physionomie de Madeleine, ses habitudes s'éloignent de plus en plus de celles des hj'stériques et se rapprochent de plus en plus de celles des épileptiques.
La sensibilité, dans ses divers modes, est encore ailaihlie, quoique à un moindre degré qu'en 1873, sur toute la moitié gauche du corps. M. . .
sent le froid, mais moins bien qu'à droite. 'L'odorat et le goût sont aussi trèsémoussés : il résulte de ce nouvel examen ^Vid yiiémianeslhi'sie est moins prononcée qu'en 187.3. Les autres fonctions n'offrent rien de particulier.
Relations entre les règles et les crises comulsites. — Del)uis l'entrée de la malade à la Salpètrière jusqu'à la fin de 1 876, les règles sont venues assez régulièrement tous les mois. Elles durent le plus souvent quatre jours, quelquefois plus longtemps. Elles n'ont pas d'action sensible sur les accidents convulsifs, en d'autres termes, ceux-ci ne se montrent pas de préférence à ces époques, et s'ils se présentent, ce n'est pas d'une façon prédominante.
Ainsi, en mai 1876, on a compté 5 accès, dont deux seulement durant les six jours du flux menstruel; en juin, sur six crises, on relève un accès et une attaque durant les cinq jours des règles.
Nous voyons réunies chez cette malade et Yhystéroépilej-me et Vépilepsie. Gomment se sont développées: ces deux maladies? Quelle est celle qui a précédé l'autre ? Autant de questions sans réponse : la malade n'a jamais pu nous éclairer à ce sujet. Malgré ces lacunes, le fait n'est pas moins très-intéressant, puisqu'il nous permet de faire nettement ressortir quelques-uns
— iO —
des caractères qui distinguent ces deux affections convulsives.
hliystéro-épilepsîe se traduit chez Madeleine par un seul symptôme permanent, Vhémianeslhésie et par des attaques. Nous n'avons rien à ajouter à la description que nous avons donnée de l'hémianesthésie, ni sur sa diminution depuis que l'épilepsie l'emporte sur l'hystérie épileptiforme. Mais nous devons établir un parallèle entre les attaques dliystéro-épilejisie et les accès d'épilepsie.
Attaques d'iiystéro-épîlepsîe.
Pas d'aura.
Souvent cris répétés, prolongés, au début et pendant la période clonique ; rarement absence de cris.
Rigidité générale ; attitude variable des membres ; crucitienieut.
Mouvements cloniques très-étCiidus, très-variables , projection du thorax, du bassin, tortillements, etc.
Tympanisme.
La compression ovarienne arrête l'attaque.
Retour rapide de la connaissance.
Délire, chants.
Attaques par séries durant i à 5 heures.
Accès d'épilepsie.
Pas d'aura.
Un cri étouffé au début seulement.
Rigidité générale ; attitude constante.
Quelques secousses cloniques, limitées, tout à fait temporaires.
Pas de tympanisme.
Elle est sans action sur les accès.
Sommeil profond et prolongé , stupeur consécutive.
Délire violent.
Accès isolés.'
Quoiqu'il s'agisse, dans ce cas, d'une malade dont les attaques hystéro-épileptiques ne sont pas aussi diverses et aussi effrayantes que celles de Rosalie L... qui a fait le sujet de I'Observation II, les symptômes qui les
constituent sont suffisamment tranchés pour qu'il soit aisé, ainsi que le démontre le tableau qui précède, de les séparer des accès d'épilepsie.
C'est à dessein que nous avons placé l'observation de Madeleine à la suite de l'observation de Rosalie L. . . , car, chez l'une (Planches VI, VII, IX) et chez l'autre (Pl. XI et XII), durant la période tonique d'une variété d'attaques, nous observons Vattitude du crucifiement.
De tels cas ne sont pas absolument rares. Quand ils se présentent dans la pratique hospitalière, on les étudie comme des manifestations intéressantes de la g rande névrose; mais, dans le monde, ils sont l'objet d'un étonnement d'autant plus extraordinaire que les spectateurs sont plus ignorants. Enfin, si le terrain s'y prête, en d'autres termes si la malade se fait remarquer par l'exaltation de ses convictions religieuses , le prêtre intervient; on croit trouver dans cette attitude du Christ sur la croix la preuve d'une intervention surnaturelle ; en un mot, on s'imagine avoir devant soi cette chose incroyable, un miracle.
N'est-ce pas, en effet, comme un miracle qu'on nous donne le cas d'une hystérique belge, du nom de Louise Lateait {l)^ De même que Rosahe Ler..., les attitudes que prend Louise Lateau sont très-changeantes, tout en se succédant avec une certaine régularité. Le crucifie-
(l) Science et miracle: Louise Lateau ou la stitj/matis^e lehje. 187S.
ment, chez elle, s'effectue ainsi qu'il suit: Elle fait un mouvement brusque, les bras se mettent en croix et deviennent rigides ; les membres inférieurs, allongés, sont également rigides. Alors, Louise Lateau offre l'attitude du crucifiement que nous avons décrite chez Rosalie, chez Madeleine. Nous avons mis hors de doute, dans un mémoire spécial, les nombreuses ressemblances qui existent entre Louise Lateau et les hystériques, et en particulier Rosalie L..; nous n'avons donc pas à recommencer une démonstration déjà faite. Mieux vaut passer de suite à l'exposé sommaire d'un autre exemple <pii nous est fourni par Léontine V.. (1). Voici comment se comportent chez elle les attaques de crucifiement.
« Tout d'un coup (Il heures 34), Léontine pousse un cri prolongé, étend les bras et tombe lentement en arrière. On arrive, en général, assez vite pour la soutenir dans sa chute et empêcher qu'elle ne se blesse.
» La téte est droite, dans l'extension; la face est modérément colorée et regarde directement en haut. Les paupières sont ouvertes à demi et animées de battements rapides ; les globes oculaires sont portés en haut et en dedans; les pupilles sont dilatées. La bouche est presque ferjnée. Le cou est tendu, gonflé et on entend des mouvements bruyants de déglutition.
(l) Nous avons rapporté ses antécédents et tout ce qui est relatif à l'épilepsie dans nos Recherches cliniques et the'rapeuUques sur l'éjiikjisie et fhyste'rie, p. 24.
« Les bras sont rigides, étendus perpendiculairement au tronc, e7i croix; les doigts sont fléchis. — Les membres inférieurs, allongés et rapprochés, sont rigides.
» A 11 heures 37, le hras droit se décontracture et retomhe ; les paupières sont largement ouvertes , les yenx dirigés en haut. Les paupières ne hattent plus. Les mouvements de déglutition ont cessé. — Ail heures 40 tout est terminé. La malade se lève. »
Là encore, l'attitude du crucifiement est complète, tout en étant moins helle, moins artistique en quelque sorte, que chez les autres malades et surtout chez Ro- ;salie L...
Outre ces attaques hystériformes, Léontine a des accès d'é2)iîepsie dont nous allons donner une courte description.
« Au moment où l'accès va éclater, la malade bredouille et son regard devient fixe (Début). — Elle tombe sans connaissance et se blesse souvent. Les membres sont rigides, dans l'extension. La tête est portée en arrière, la face légèrement colorée. Les paupières sont ouvertes, les globes oculaires dirigés en haut et à gauche, les pupilles dilatées. La bouche est fermée (Période toniquej. — Surviennent alors des convulsions rapides des muscles frontaux et sourciliers ; les globes oculaires s'abaissent, la rigidité diminue
dans les membres où se produisent quelques secousses cloniques (Période clonique). — Puis, stertor, écume, évacuations involontaires, etc. »
On voit par ce qui précède que Léontine, comme Madeleine, a des attaques hystériques et des accès épileptiques. Toutefois, chez elle, encore plus que chez Madeleine, répilepsie l'emporte sur l'hystérie qui n'est là qu'à l'état d'ébauche.
Voilà donc quatre malades, Rosahe L... (Planches VI, VII et IX), Madeleine W... (Planches XI et XII), Louise Lateauet Léontine V. ., chez lesquelles le principal symptôme de la période tonique des attaques, est une contracture générale qui revêt la forme du crucifiement.
Chez toutes, à part quelques nuances, le crucifiement, considéré dans son ensemble, offre les mêmes caractères. Les rappeler de nouveau serait superflu. Les photographies qui représentent Rosalie et Madeleine sont des témoins irréfutables qui confirment les descriptions que nous avons tracées.
La durée du crucifiement varie, au contraire, d'une malade à l'autre. Très-court^ ne persistant que quelques minutes chez Léontine, il dure de dix minutes à 4 heures et demie, avec quelques intermittences chez Madeleine. — A l'origine de sa maladie (1868), Louise Lateau restait crucifiée pendant deux heures et demie, 3
heures et même six heures; en 1874, le crucifiement cessait au hout d'une heure et demie. — Chez Rosalie L..., le crucifiement a duré plus de cinq heures. Il résulte encore de ces chilfres que le crucifiement est moins long-j aujourd'hui, chez la prétendue miraculée belge que chez l'hystérique du service de M. Charcot.
A côté des faits que nous venons de citer et concernant des hystériques chez lesquelles le crucifiement est spontané, il en est d'autres où le crucifiement est artificiel, produit par une intervention étrangère. On trouve des exemples de ce genre dans les relations publiées sur l'épidémie de Saint-Médard. On y voit que les convulsionnaires, assemblées dans des maisons particulières, opéraient sur les saintes de leur secte un véritable crucifiement, les plaçant sur une croix et les y fixant à l'aide de clous qui traversaient les mains et les pieds. Ces « saintes » qui se laissaient plus ou moins facilement crucifier étaient des hystériques. Nous en avons la preuve^ et dans les convulsions dont elles étaient atteintes, et dans le récit que nous a donné La Condaminedes scènes de crucifiement auxquelles il a assisté.
La Condamine fait la remarque que les convulsionnaires ne souffraient pas et qu'il ne s'écoulait pas de sang quand on enfonçait les clous dans la main et le pied du côté gauche, tandis qu'elles semblaient souffrir et perdaient du sang quand on transperçait la main et le pied du côté droit. Sachant aujourd'hui que les hys-
tériqiies ont quelquefois une anesthésie totale, presque toujours une anesthésie de l'une des moitiés du corps {hémianesthésie), le plus souvent de la moitié gauche; — sachant en outre que cette hémianesthésie s'accompagne d'une sorte de contraction des vaisseaux, nous nous expliquons sans peine pourquoi les convulsionnaires, que des prêtres crucifiaient eux-mêmes, n'avaient ni douleur^ ni perte de sang.
Des faits nombreux, observés à la Salpétrière, nous autorisent à être aussi aflfirmatif. Bien des fois, en effet, nous avons vu qu'il était possible de transpercer un pli épais de la peau d'une région quelconque du corps, chezLer..., chez Geneviève, chez Gl..,, etc. ^ etc., et cela sans provoquer le moindre signe de douleur. Il en était également de même quand on transfixait la langue, la main, etc. Donc chez les malades auxquelles nous faisons allusion^ des thaumaturges ponrraient^ sans inconvénients sérieux, procéder au crucifiement. Mais il va de soi que, pour expliquer ces pratiques barbares, il n'est nullement besoin d'invoquer une influence surnaturelle.
Avant que les convulsionnaires n'eussent été forcés de se cacher, alors qu'ils se livraient, dans l'église Saint-Médard, à leurs singulières manifestations, il paraît, au dire d'un médecin du temps, Hecquet, que des hommes même étaient tout disposés à se laisser crucifier, ainsi qu'en fait foi le passage suivant, emprunté à son livre sur le Naturalisme des convulsions, pas-
sage que nous reproduisons malgré ses incorrections.
« En effet, dit-il, vit-on jamais une aliénation d'esprit plus marquée que dans ce prophanateur de la passion de Notre-Seig'neur, qui avait résolu de se faire crucifier réellement sur une croix, jusqu'au point que les clous, la lance, la couronne d'épines et la croix étaient toutes prêtes. On ne voit pas trop pourquoi les instruments de la flagellation du Sauveur manquaient à cet impie appareil. Car c'aurait été des verges et des fouets par où il aurait fallu ramener à la raison et à la pénitence un tel prophanateur. Mais la Providence avait ménagé cette omission pour nous aprendre quel est le meilleur spécifique contre le phanatisme épidémique ; c'est l'autorité de sages magistrats, comme on va le voir dans une tradition là-dessus : Aussi a-ce été le sage conseil, mais menaçant, d'un magistrat, (grand zélateur cependant du Convulsionnât) lequel aïant été fait juge entre ce malheureux et la troupe insensée des convulsionnaires qui voulaient absolument le sacrifier ; il prononça d'avance l'arrêt dont luimême serait d'aveu, de les faire rompre en Grève s'ils exécutaient une si folle entreprise...» (T. II, p. 179- 180, 1733).
Ce n'est pas seulement chez les hystériques ni chez les mystiques irréguliers qu'on observe le crucifiement artificiel. On le retrouve chez des mystiques orthodoxes et aussi chez certains lypémaniaques, les uns et
les autres affaiblis par une abstinence et des veilles prolongées, en proie à des obsessions religieuses. Quelle que soit la maladie mentale qui ait troublé leur intelligence, le résultat est le même : ils arrivent non-seulement à prendre Vattitude du crvcifiement, à la conserver pendant des heures, comme nous l'avons vu chez les hystériques du service de M. Gharcot, mais ils tombent dans un état d'insensibilité qui leur permet de produire sur eux-mêmes des plaies au côté de la poitrine, de s'enfoncer des clous au travers des pieds et des mains. Il y a là les éléments d'une curieuse étude que nous espérons pouvoir entreprendre un jour.
OBSERYATION lY.
Hy stéro-Epilepsie .
Il s'agit, dans l'observation ci-après, d'une malade connue de tous les médecins qui ont assisté aux leçons cliniques de M. Charcot ou qui ont visité son service. L'existence pathologique de cette femme, encore jeune, est déjà ancienne, singulièrement accidentée et, tout en nous efforçant d'exposer rapidement, nous ne dirons pas tous les événements qui composent sa vie, mais les principaux, craignons-nous d'avoir été trop long. Nous espérons pourtant que le lecteur nous tiendra compte de nos efforts et qu'il excusera certains détails qui, peut-être, encombrent notre récit, mais que nous avons jugé utile de mentionner pour faire voir, par un exemple, quelle est la triste destinée des malheureuses atteintes d'hystérie grave et pour montrer qu'elles méritent beaucoup plus de pitié que ne sont disposés à leur en accorder ceux qui ne les connaissent pas d'une manière suffisamment complète.
Sommaire. — Antécédents. — 'Enfance. — Accès de colère; — léthargie. — Apparition de la première attaque d'hjstéro-épilepsie. — Irrégularités de
la mmistnialion. — Pr£iomptioii de (jnsiesse ; — empoisonnement parla belladone. — Tortirolis hi/st&içue. — Alimentation à l'aide de la soude œsophaffienne. — Tentatives ri'pét^es d'évasion et de suicide. — Mutisme ; refus de manqer. — Péréqrinations dans les hôpitaux et les asiles d'aliénés.— Première et seconde grossesses; — leur influence sur les attaques; — allaitement.
Hémianesthésie et hyperestliésie ovarienne du côté (fauche. — Cararlères et périodes des attaques : température. — Délire hystérique. — Action de la compression ovarienne. — Larynr/isme, pharyngisme ; — secousses. — Double hyperesthésie ovarienne. — Anesthésie générale. — Contracture du membre inférieur droit ; — prodromes, symptômes ; — influence des attaques. — Btat de malhystcro-épileptique. — Situation de la malade en 1877,
Renseignements fournis par la malade. — Geneviève est née à Loudun, le 2 janvier 1843. Déposée immédiatement à riiospice de cette ville, on l'inscrivit sur les registres sous le nom de Geneviève B...
Elle fut placée aussitôt chez des habitants de la campagne. Tout ce qu'elle sait sur son enfance se borne à peu de chose: elle était, dit-elle, follette, courait partout, était difficile à tenir, et, à la moindre contrariété, entrait dans de violentes colères. A 8 ans, elle fut reconduite à l'hospice, elle ne sait pour quel motif.
Là, sa turbulence, son caractère volontaire, firent qu'elle était toujours en punition (1).
(l) Une religieuse de l'hospice de
Quelque temps après, elle fut mise de nouveau à la campagne dans une ferme où on l'occupait à divers travaux, sans l'envoyer jamais à l'école. Elle prétend que les personnes chez lesquelles elle était, n'ayant pas d'enfants, l'aimaient beaucoup, et lui laissaient faire ses volontés. Elle n'aurait eu aucune maladie.
Vers 12 ans, une de ses compagnes ayant marché sur l'un de ses doigts, elle eut \\n panaris qui a laissé une
Poitiers qui a connu Geneviève tout entant confirme ces renseignements :
en classe, on était souvent obligé de l'attacher ; elle avait la manie de sauter par dessus les murs. • Geneviève, toute petite, était folle • ajoute la religieuse.
légère déformation. — Ses accès de colère persistaient, devenaient plus prononcés à mesure qu'elle avançait en âge. Parfois, elle était méchante et elle se souvient que deux fois, entre autres pour avoir lacéré une jupe, elle fut fouettée avec des orties. Si on s'en rapporte à son récit, ce châtiment ne l'aurait pas fait souffrir, ce qui semblerait indiquer que, déjà, la sensibilité n'était pas normale.
Dès l'âge de 14 ans, elle était courtisée par un jeune homme, du nom de Camille.
Alors qu'elle avait 15 ans et demi, son «promis» est mort d'une «fièvre cérébrale. » Son père nourricier , craignant qu'elle ne fit des scènes, l'enferma pour l'empêcher d'assister à l'enterrement. Elle parvint à s'échapper par une fenêtre, courut au cimetière et voulut se jeter dans la fosse.
Pendant la nuit qui suivit l'inhumation, elle se sauva de sa cliambre, se rendit au cimetière, appelant son amoureux et cherchant à le déterrer. On accourut, on s'empara d'elle et elle fut prise d'une crise dans laquelle elle était « comme une morte. » Elle serait demeurée dans cette sorte
de léthargie durant 24 heures : son état parut si grave qu'on crut nécessaire de faire venir un médecin.
De 13 ans et demi à 16 ans, elle était toute drôle, triste, refusant souvent de parler; de plus, ses colères étaient plus fréquentes. Sa mère nourrice étant venue à mourir, on la reconduisit à l'hospice de Poitiers.
Là, en raison de son état mental, on lui aurait fait prendre des bains prolongés et on lui aurait donné des douches, puis des bains froids. Elle fut réglée vers cette époque. L'établissement de la menstruation s'accompagna de douleurs très-fortes dans le basventre. Les règles étaient irrégulières et l'auraient toujours été jusqu'à 2S ans, c'està-dire après son premier accouchement. Vers l'âge de 16 ans et demi à 1 7 ans, sa situation s'étant améliorée, on la plaça en ville comme femme de chambre. Elle était alors parfaitement développée et elle parle d'elle, à cette époque, avec un certain amour-propre. Son maître lui faisait la cour, et plusieurs fois même il l'avait embrassée, bien qu'elle s'en défendît : «J'étais très-dévote, dit-elle, et je me
faisais un grand scrupule de pareilles choses. » Elle avoue que cet homme lui plaisait, qu'elle n'avait pas d'autre préoccupation « que cet homme », et c'est dans cette situation d'esprit qu'elle aurait eu un soir, dans sa chamhre, une première attaque. Comme elle criait, on accourut et on la trouva sans connaissance.
Elle igQore quels ont été les caractères de celte attaque; ce qu'elle sait, c'est que la perte de connaissance aurait persisté plusieurs heures et que, le lendemain, elle était « fatiguée et meurtrie. » Un médecin , appelé , déclara qu'elle avait des attaques de Mer/5etla fit conduire à i'Hôtel- Dieu de Poitiers.
Durant 5 ou 6 mois, les attaques revinrent chaque jour. Son ventre était très-gros; à cause de cela et à cause aussi de l'irrégularité de la menstruation, les religieuses s'imaginèrent qu'elle était enceinte et la persécutèrent, se plaignant d'avoir été trompées par elle. Les présomptions de grossesse reposaient encore sur d'autres apparences : elle mangeait peu, d'une façon capricieuse et vomissait souvent ; dans « ses colères » elle se cognait la tète contre les
murs. Alors, les religieuses lui disaient des injures et l'accusaient de vouloir faire mourir son enfant. Enfin, un jour, on la fit passer dans le service des femmes eu couches.
L'examen fit reconnaître l'erreur et pour se déharrasser d'elle, parce qu'elle criait, pleurait et cassait tout, on la transféra dans le quartier des aliénées.
Soumise à un traitement par la belladone, elle s'ingénia de garder ses pilules et, une fois, en prit dix d'un coup. Elle ne voyait plus clair, avait des visions, courait par tout l'hôpital. Elle rentra dans la salle et absorba dix autres pilules. A partir de ce moment, elle ne sait trop ce qui se passa. On lai administra un vomitif à l'aide de la sonde œsophagienne, puis du lait, etc. Elle se remit assez vite de ces accidents et, peu après, sans pouvoir en indiquer la l'aisou, elle s'eiileva complètement avec des ciseaux le bout du sein gauche. Cette mutilation, dont on peut constater la réalité ne lui causa aucune douleur [Hémianesthésie gauche) (1).
il) Cette mudlatiou volontaire rappelle celle que les Skoptiij exécu.-
Plus tard, elle se sauva du quartier des aliénées et se réfugia chez une blanchisseuse qui s'empressa de prévenir le directeur et, le lendemain matin, quand Geneviève se réveilla, elle trouva à côté d'elle deux infirmières et un gardien de l'hospice. On s'empressa de la réintégrer dans l'établissement. A celte date, elle aurait eu, à la suite d'attaques, une contracture du côté gauche du cou^ si prononcée que le menton répondait à l'épaule. Ce torticolis hyslérique disparut au bout d'un mois et demi. Enfin, dans la même année, on aurait été obligé de l'alimenter, pendant trois mois, à l'aide de la sonde œsophagienne.
A 17 ans et demi, elle s'enfuit de l'hospice avec un étudiant et vint à Paris où elle fit un premier séjour de trois mois. Elle avait deux ou trois fois par mois des attaques moins violentes, prétend-elle, qu'avant qu'elle n'eut des rapports sexuels. Le côté droit du corps était toujours insensible. Rentrée à Poitiers avec
tent sur leurs adeptes. (Voyez : E.
Teinturier. — Etude médico-légale sur les Skoptzy).
son amant, elle fut prise, un jour, d'une attaque dans la rue. La police la conduisit au quartier des aliénées. Bientôt elle se sauva et alla à Tours se cacher dans un hôtel. Trois ou quatre jours après, le commissaire de police vint la prendre et la réexpédia à l'asile.
A 20 ans, elle revient à Paris où elle se place comme femme de chambre. Au bout de peu de temps, ayant eu une attaque très-intense et prolongée, on la conduisit à l'Hôtel-Dieu. De là, on l'aurait envoyée à Necker. Elle refusait de manger, avait une paralysie de la sensibilité du côté gauche du corps et une rétention d'urine qui, pendant \o jours, nécessita le cathétérisme .
Etant à Necker, elle se serait foulé le poignet droit dans une attaque. Gomme les crises persistaient, on la dirigea sur la Salpètrière le 6 décembre '1864 , dans le service de M. Baillarger. Elle raconte que, son ventre étant très-volumineux, on aurait cru, une fois encore, mais momentanément, à une grossesse. Elle sortit le 1S décembre et s'empressa d'aller rejoindre son amant.
Quelques jours s'étaient à
peine écoulés que l'idée lui vint de se précipiter du haut du puits de Grenelle.
Ses allures étranges, son air égaré éveillèrent l'attention, on la surveilla et on arriva à temps pour la retenir. Elle fut prise d'attaques, menée à Necker, d'où elle fut dirigée pour la seconde fois sur la Salpètnère (service de M. Moreau) le 26 janvier 1863.
Sa situation s'étant améliorée, elle fut placée à l'infirmerie générale, en qualité de fille de service. Un jour, elle s'empore d'un flacon de chloroforme et s'enferme dans les lieux d'aisances pour s'empoisonner : on la retrouva profondément endormie. On la reconduisit dans la section des épileptiques. Le 1'='' avril, on lui accorda la permission de sortir en ville avec une infirmière. Elle trouva le moyen de l'abandonner et courut chez son amant.
Dans les treize mois qui suivent, elle entre à la Charité, à la Maternité, à Beaujon, soit comme malade, soit comme fille de service. De ce dernier hôpital, elle est expédiée à la Salpèlrière (service de M. Delosiauve), le 4 moi 1860. C'est à cette épo(£ue que
nous avons commencé à l'observer nous-mèrae. A son arrivée, elle refusait de manger et de parler. La persuasion, les menaces (1) ayant échoué, nous la fîmes placer dans un bain sinapisé, dont elle a gardé le souvenir. A peine y était-elle depuis quelques minutes, qu'elle recouvra la parole et consentit à prendre des aliments. Les deux phénomènes qui nous frappèrent le plus furent Vhé-
(l) G .., refusant de parler et de manger, je me contentai, le premier jour, de l'encourager à prendre quelques aliments. N'ayant rien obtenu, le soir, connaissant par la surveillante, combien elle était susceptible, je me bornai à faire la remarque que c'était un avantage d'avoir une malade qui ne parlât pas, les autres étant trop bavardes et je recommandai qu'on lui fît voir les appareils servant à l'alimentation artificielle.
Tout ceci ayant échoué, le lendemain matin, j'essaj-ai de nouveau, mais en vain, de la persuasion. A la fin de la visite, je me moquai d'elle, en déclarant que son refus de manger nous était indifférent, que les hystériques pouvaient rester loiiglemps sans manger et que, eu continuant, elle ferait faire des économies à l'Administration Tous ces discours restant sans effet, c'est alors que je lui fis prendr? un buin largement sinajiisé.
mianesthésie à gauche, des tendances erotiques et une tympanite éuorme. — M. Delasiauve signa la sortie de Geneviève le 11 juin 1866.
Le 25 juin, ses attaques la firent admettre à la Pitié (service de M. Marotte); elle en sortit le 2 juillet pour venir à la Salpètrière. A la suite de violences exercées sur le chef du service dans lequel elle avait été placée, on la mit momentanément dans la section de M. Trélat, comme punition, parce que là, elle jouissait d'une moins grande liberté.
' En décembre 1866, elle fut transférée à l'asile d'aliénés de Toulouse. Quelques mois plus tard, étant parvenue à capter la confiance des religieuses, on la laissa plus facilement circuler dans l'établissement. Aussi eu profitat-elle bientôt pour se sauver.
Si l'on en croit son récit, bien des fois renouvelé et toujours identique, elle serait revenue à pied de Toulouse a Paris, vêtue de l'uniforme de l'asile, en sabots, couchant dans les bois, se déshabillant pour laver sa chemise qu'elle séchait sur elle ; se nourrissant de pain qu'elle demanda i t dans les fermes : Elle ne se
décidait à mendier que pressée par le besoin, car el'e est très-orgueilleuse. Mais, la faim aidant, elle capitulait avec son orgueil, se disant « que Notre-Seigneur avait bien demandé l'aumône et qu'elle pouvait faire comme lui. )) Son voyage aurait duré près de trois mois. Arrivée à Paris, elle serait allée rejoindre son amant (?).
Geneviève ne resta pas tranquille bien longtemps. Un matin, la fantaisie lui fit prendre le chemin de fer du Nord; elle descendit à la station de Saint-Leu et, sous l intlueuce des prodromes de son mal, elle lacéra les affiches apposées dans la gare et tomba en attaques : elle fut arrêtée et conduite à l'asile des aliénés de Glermont (Oise). Elle prétend que, dans les premiers jours, elle refusait de parler et de manger.
Au bout de six semaines, on signa son exeat.
Le 31 août 1867, Geneviève revient, enceinte, à la Salpètrière; elle accouche d'une fille, le 27 février. Son accouchement n'a ollert rien de particulier. Elle voulut nourrir, mais les circonstan-
ces ayant nécessité le placement de son enfant à l'hospice de la rue d'Enfer, elle eut un abcès du sein gauche — celui dont elle avait naguère coupé le mamelon. Sortie le 28 avril.
Pendant la période de 1868 à 1870, nous ignorons quelle a été l'existence de cette malade. A l'époque de la guerre, elle était à la Salpètrière ; elle s'en échappe et, peu après, va remplir les fonctions d'infirmière à l'hôpital Saint- Antoine, dans la salle des femmes en couches. Elle y était depuis 2 ou 3 mois (1), lorsqu'une discussion vive avec une religieuse, envers laquelle elle se livra à des voies de fait, nécessita son renvoi.
L'armistice signé, elle quitte Paris pour aller voir sa fille qui habitait chez des paysans aux environs d'Avallon. Arrivée à Montbard, les Prussiens la retiennent et durant huit jours elle eut des relations avec un (?) officier prussien, relations qui aboutirent à une seconde grossesse.
Suivant Geneviève, les atta-
(l) Du 27 juillet au 13 octobre.
ques ont été très-nombreuses et très-fortes durant sa grossesse. Elle est accouchée deux semaines avant terme à riiôtel-Dieu. Dans les jours qui précédèrent l'accouchement, les attaques auraient été quotidiennes et on lui aurait donné du chloroforme.
L'accouchement, cette fois comme la première, fut facile.
G... sortit, bien qu'éprouvant des douleurs dans le ventre, parce qu'elle s'était disputée avec la religieuse.
Elle alla habiter à Nogent chez une amie. Sa fille étant soutirante ainsi qu'elle-même, elle vint au^ Bureau central et demanda à entrer à l'Hôtel- Dieu. Le médecin lui ayant délivré un billet pour la Charité, elle refusa de s'y rendre.
A peine dehors, elle fut prise d'attaques et on lui accorda l'hospitalité à la caserne de la Cité où elle passa la nuit.
Le lendemain, on la mena à l'Hôtel-Dieu où sa fille mourut de convulsions : elle était âgée de six semaines. Geneviève assure que, pendant les six semailles de Vallailement, elle n'a eu qu'une seule fois des attaques. — Pendant la première grossesse, les attaques auraient été très-fréquentes et, durant les trois semaines
qu'elle nourrit sou enfaut , elle u'aurait pas eu non plus d'attaques.
Le 15 décembre 1871, elle revient à la Salpêtrière ; le certificat d'entrée indique qu'elle a été expédiée de l'Hôfel-Dieu à Sainte-Anne, et de Sainte-Anne à la Salpêtrière.
Elle sort le 10 janvier 1872.
1872. 7 ynars. — Geneviève entre comme épileptique, dite simple , dans le service de M. Gharcot. C'est une femme unpeu au-dessus delà moyenne, aux cheveux blonds et bien conformée. (Planche XIII.)
21 7mrs. — Les attaques se présentent sous forme de séries el leurs caractères, ainsi que la description suivante en témoigne, sont tout-à-fait ceux de V hi/stéro- épilepsie .
1» Période épileptoïde. — Immobilité complète du corps ; battements rapides des paupières, rougeur de la face, perte de la connaissance; opisthotonos, laryngisme, pharyngisme , stertor , écume.
(Planche XVII.)
'2,°Périodecloniqîie.—Cris'perçants. répétés, mouvements désordonnés des bras , des jambes; rotation rapide de la
tète; projection du bassin. Un des mouvements qui se surajoutent d'habitude aux précédents consiste en ce que G.
s'asseoi t brusquement sur son lit, et rejette non moins brusquement le tronc en arrière, de telle sorte que la tète vient battre violemment l'oreiller.
3° Période de délire. — Les convulsions clouiques ont cessé et sont remplacées par du délire.
La malade avait été prise dans la salle et placée par terre. Au bout d'un quart d'heure, elle se lève et demande à aller se coucher dans son lit. On l'y conduit en la soutenant des deux côtés.
Alors, elle se livre à une espèce de danse singulière : elle saute en l'air, les pieds abandonnent le sol en même temps; elle jette la tète alternativement en avant et en arrière.
Ce délire moteur, dû à des hallucinations sur lesquelles nous reviendrons, continue tant que G. n'est pas dans son lit. Bientôt, les attaques se reproduisent, et à maintes reprises, on constate que \^compression de l'ovaire gauche met fin aux attaques isolées.
En déprimant la paroi abdo-
niiaale, au centre de la fosse iliaque, on sent avec la main un corps oblong , roulant sous les doigts ; c'est quand on comprime ce corps que tout mouvement convulsif cesse, que la respiration redevient calme, et que, la malade recouvrant connaissance, dit être soulagée.
La série a commencé à cinq heures et demie et n'a cessé qu'à dix heures. — Le ventre était distendu par une tt/mpanite considérable.
27 viars. — Ce matin, Gene viève est couchée ; elle refuse de se laisser examiner, fait mine de mordre, essaie de frapper, divague, profère des injures. De temps à autre, elle a des spasmes du pharynx.