IX
Le cou est très-tendu.
Les bras et les jambes sont dans l'extension et rigides, les membres du côté gauche plus que ceux du côté droit (f). Tout d'abord, la main, le pouce et l'index sont allongés; les trois derniers doigts sont fléchis (Pl. IX); peu après, le membre supérieur se place en pronation, la main se fléchit sur l'avant -bras (Pl. X).
Puis, petits cris : Aïe! aïe !
le bras gauche s'élève, se met à angle droit avec le tronc; la main reste à angle droit sur le poignet et les doigts sont, comme auparavant, allongés et ramassés (2).
(1) Dans les accès tout-à-fait isolés, la rigidité n'intéresse que les membres du côté (jaiulic; les pliénomènes décrits durent environ 30 secondes et la malade revient à elle, regardant les assistants en riant niaisement.
(2) L'altitude dos doigts n'est pas toujours la même : le pouce, l'index
La jambe gauche s'élève audessus du lit et est prise de petites secousses tétaniformes et rapides. — La jambe droite n'abandonne pas le lit et est immobile.
En même temps que ces modifications se produisent, le tronc s'infléchit en avant, et quelquefois sur le côté, éprouvant ainsi une espèce de torsion.
Au bout d'une trentaine de secondes , les deux phases précédentes qui composent la période ionique^ font place à la période clonique, caractérisée par de grandes secousses qui affectent principalement les membres du côté gauche.
La tête retombe sur l'oreiller. P... semble se plaindre, elle a du ronflement interrompu-de temps en temps par des: Aïe! aïe! et par des mouvements de déglutition.
La période de stertor, peu accusée, comme on le voit, dure ao à 60 secondes.
Entre les accès, tantôt la /7<ïccidité est générale; tantôt, contracture dans l'attitude habituelle (Pl. VIII), et secousses violentes qui soulèvent le»
et le médius sont parfois allongés et fortement écartés, les autres doigt3 étant fléchis à demi ou entièrement.
deux bras, et les entrecroisent, ou qui lancent la tète d'un côté ou de l'autre (1).
Dans les premiers accès, les membres du côté gauche , seuls, sont rigides et seuls ils se soulèvent et ont des secousses télaniformes et cloniques. Mais, à mesure que les accès se multiplient, on voit les membres du côté droit, la jambe en premier lieu, être envahis par la rigidité d'abord et ensuite par les secousses tétaniformes et les convulsions cloniques.
Les attitudes des membres, toujours les mêmes dans les accès isolés, subissent également des changements. Ainsi, dans un des accès, les deux avant-bras se sont fortement fléchis et les deux poings sont venus s'appliquer sous le menton.
A 2 heures de l'après-midi :
T. R. 380,1 et38",2 à 6 heures et demie.
(l) Les secousses, dont nous avons déjà parlé bien des fois, au lieu d'être plus ou moins isolées et éloignées , sont quelquefois très-nombreuses, très-rapprochées et persistent pendant plusieurs heures. Le plus souvent, elles disparaissent dès que les malades ont un accès.
De 10 heures 1/2 du matin à 7 heures du soir, P... a eu 118 accès. A partir de 7 heures, ils ont été remplacés par une agitation violente : elle était, dit-on, comme enragée. Ou a été forcé de la camisoler. — Elle a eu des secousses pendant cinq quarts d'heure ; puis elle a été tranquille.
Ce matin, 4 sei^temhre, T. R.
370,8. P... a mangé seule ; elle est calme, divague quand ou l'interroge, rit sans motifs.
Elle est, à peu de chose près, revenue à son état ordinaire.
— Soir. T. R. 38°,1.
5 septembre. — P... est tranquille; elle a bien dormi. T.
R. 38». — Soir: T. R. 38o,l.
6 septembre. — Trois accès hier. — Nuit bonne. T. R.
1878. Juin. Etat de la malade. — P... est maigre, ne pèse que SI kilogr. La figure est vieille ; les rides sont nombreuses. La peau est trèsbrune ; elle présente des cicatrices à la nuque (ventouses scarifiées), à la partie antérieure de la poitrine, dans le dos, de chaque côté de la colonne vertébrale (emplâtres stibiés). Le système pileux est développé. La sensibilité cutanée, dans ses divers modes, est conservée.
Depuis longtemps, nous n'avons eu à relever aucun accident particulier vers les organes 'pulmonaires. A droite, en avant et en arrière, au sommet de la poitrine, la sonorité est un peu diminuée; à ce niveau encore, le murmure vésiculaire est rude et moins fort qu'à gauche. La malade ne tousse que très-rarement.
— Les bruits du cœur sont réguliers, peut-être y a-t-il un léger souffle au premier temps, à la base. Le ])ouls semble être, d'habitude, fréquent au-dessus de 80, mais P... est trùs-émotionnable.
L'appétit est naturel, il n'y a pas de voracité. P... mange seule, mais salement ; il faut qu'on la surveille sans cesse.
Elle ne vomit pas ; les garderobes sont quotidiennes. P...
ne gâte que lorsqu'elle a du délire, consécutivement aux accès d'épilepsie partielle.
Tantôt les membres du côté gauche sont souples ; tantôt, ils offrent la contracture décrite à maintes reprises. On note des craquements trèsfins dans l'épaule et le poignet. — Les mouvements spontanés sont normaux (ni tremblement, ni ataxie). — Au dynamomètre Burq, nous
trouvons 33 pour la main gauche et 35 pour la main droite. — Les jointures du membre inférieur gauche sont libres. La marche est à peine gênée lorsque P... n'a pas de contracture ; elle l'est au contraire, assez notablement lorsque la contracture existe. (Pl. VIII).
P... aide un peu l'infirmière de sa salle ; apporte la vaisselle, essuie les cuillères, va chercher les pots de tisane, fait de petites commissions, etc., tout cela dans ses bons jours. Elle est encore sujette, en effet, à des accès d'agitation maniaque : alors, elle se fâche à propos de rien, menace et souvent passe trèsvite de la menace aux violences ; elle brise les objets à sa portée, etc., aussi est-on obligé de lui mettre la camisole.
La parole est lente ; il n'y a pas de tremblement ni de la langue, ni des lèvres. La conception des idées est lente ; la mémoire très-obtuse. P...
a presque oublié tout ce qu'elle savait ; elle compte 1,2,3, etc. ; mais elle est incapable d'additionner ; elle prétend qu'elle est à la Salpêtrière depuis 60 ans. Ceci suffit pour montrer que l'in-
telligence a diminué d'une façon considérable.
Les accès ne diffèrent pas beaucoup de ce qu'ils étaient l'an dernier ; nous en décrirons, plus loin, les principales variétés. Voici la marche qu'ils ont suivie depuis quinze ans (1).
(l) On a compté 24 vertiges en 18G3 ; 9 en 18C4 ; 3 en 1805 ; 9 en 1807 et 64 en mai 1808. Depuis lors, on n'en aurait pas observé.
Pour mettre bien en relief les caractères qui autorisent à considérer les accidents que nous avons décrits comme appartenant à une forme spéciale de l'épilepsie, nous allons rappeler brièvement les symptômes observés, et montrer comment il arrive que de partielle dans les accès isolés, l'épilepsie revêt les allures de l'épilepsie vulgaire, c'est-à-dire avec généralisatio^i des convulsions quand les accès se succèdent promptement,
A. Souvent l'accès se présente ainsi qu'il suit : 1° Le menton s'incline en avant, la tête qui paraît s'enfoncer entre les épaules, se renverse en arrière ; le membre supérieur gauche devient rigide, s'allonge, la main
Années. Attaques. Accùs,
offrant une attitude singulière (Pl. VIII) ; le membre inférieur est également rigide, dans l'extension, et le pied est en varus équin; — Puis, il survient dans la jambe seule, des secousses tétaniformes. — Les membres du côté droit sont respectés ; quelquefois, la connaissance est conservée. L'accès, en définitive, se compose d'une seule période, \a période tonique, susceptible d'être décomposée en deux phases : une phase ionique et une phase tétaniforme. La période clonique et la période, de stertor font défaut.
B. Dans une autre variété, la connaissance est entièrement perdue , les convulsions de la face, que l'on note déjà dans la première variété, sont plus prononcées. A période tonique, qui est la même, succède une période clonique consistant en convulsions circonscrites aux membres du côté gauche et prédominant au membre inférieur. Parfois, enfin, \\ y 2iUX).e période de stertor, en général de courte durée.
G. Dans une dernière variété, les convulsions se généralisent ; le tétanisme envahit les membres du côté droit. Les convidsions cloniques, quelquefois limitées au côté gauche, envahissent d'autres fois les membres du côté droit ; elles y sont toujours moins intenses que dans le côté gauche. En pareil cas, la malade est assise, les bras sont allongés presque horizontalement, les jambes sont dans l'extension et soulevées, de telle sorte
que, seul, le siège repose sur le lit : C'est là une attitude singulière que nous n'avons jamais rencontrée chez d'autres malades. — Enfin, ces accès généralisés se terminent par une période de stertor qui, aujourd'hui comme autrefois, n'a qu'une durée éphémère.
Sous l'influence des accès isolés, la température ne s'élève que de quelques dixièmes, d^un degré au plus; par conséquent, sous ce rapport ils ne diffèrent pas des accès d'épilepsie vulgaire. Il n'en est plus de même quand les accès se multiphent, au point de constituer un véritable état dental. Alors, la température ne dépasse guère 38%5 ; la malade, bien qu'hébétée, ne tombe pas dans le coma ; tandis que, dans l'état de mal épileptique classique, la température s'élève rapidement et les malades sont plongés dans un coma profond (1).
Cette forme d'épilepsie partielle est bien plus grave que les deux formes précédentes. P.., il y a douze ans (1866), quand nous l'avons vue pour la première fois, était intelHgente, active, sans trouble mental sérieux. Actuellement, elle est en démence. On voit, par là, que dans cette forme d'épilepsie partielle le pronostic offre
(l) Voyez aussi sur ce point l'observation que nous avons publiée dans les Bulletins de la Société' anatomique, juillet 187fi.
Leauc-OLip plus de gTavité que dans les deux premières lormes.
Les observations que nous avons rapportées, nous paraissent mettre hors de doute la réalité de Vépileps'm partielle ; elles nous paraissent montrer aussi, que, dans ce groupe même, il est possible d'établir des variétés, dont l'étude attentive fournit au médecin les éléments nécessaires pour prévoir l'évolution de la maladie : c'est là une notion utile, en attendant que Ton découvre une thérapeutique appropriée (1).
(l) l^es rrt/les, chez P..., ne paraissent pas exercer d'action Lien notable sur les accès, comme nous avons pu nous en assurer eu compulsant les registres sur lesquels nous recommandons de consigner aussi exactement que possible les dates de l'appaiition et de la fiu des règles. Voici quelquesunes des notes de i877 :
Janvier. — Règles le 17 ; pas d'accès du 0 au 17.
Mars. — R. du lij au 21 ; du 15 au 19, lien ; le '2J, un accès; rien du '21 au 25.
Avril. — R. du 12 au 17; du 9 au 15, rien ; un accès le 10; du 17 au 19, rien; un accès le 20.
Juin. — R. du S au 7 ; le 4, deux accès; du 5 au II, rien; le 12, un accès. — R. le 20 ; du 28 au 5 juillet, rien.
Juillet. — R. du 28 au 31 ; du 22 au 29, rien ; le 30, deux vertiges ; le 31 , un vertige.
Août. — R. du 25 au 28; du 23 au 28, rien; le 29, un accès ; le 30, quatre accès.
Se/jtemire . — R. du 15 au 19 ; du 12 au 1 rien; le 15, un accès ; du 16 au 19, riea; le 28, trois accès ; le 21, rien.