‹ Iconographie photographique de la SalpêtrièreChapitre 9 sur 23 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Chez la malade dont nous allons rapporter l'existence pathologique, l'hystéro-épilepsie nous offrira, en outre d'un grand nombre de symptômes semblables à ceux que nous avons consignés dans les observations qui composent le premier volume de Ylconographie, une complication intéressante, la chorée, et des particularités curieuses à divers titres.

Sommaire. — AnU'cédents. — Emotions Vives. — Jaunisse. — Ii/ij^re^sioimabilité très-vive, — B^but des attaques. — Affaibli^semiiit j:a, alytif/ue des membres infc'rieavs. — Chort'e. — Si/nijjtômes permanents de Vliysté-ie. — • Caractères des attaques. — Mëtention d'urine et surdité consécutives. — • Incontinence d'urine. — Métallothérajne. — Marche des attaques. — Influence des -rèffles. — Situation actuelle.

Y... G..., âgée aujourd'hui de 24 ans et demi, est entrée le 13 mai 1877 à la Salpêlrière (service de M. Charcoï.)

Renseignements fo-urnis par la malade. — V... est une enfant naturelle; jusqu'à trois mois, elle a été élevée par sa mère qui, alors, l'a abandonnée, ainsi que sa sœur jumelle, morte quelques semai-

nes plus lard. Elle a été recueillie par une tanlebaLitaiit l'Alsace, quil'a élevée jusqu'à 6 ans. V... ne peut donner aucun renseignement sur cette période de son existence.

A 6 ans, sa mère, qui s'é'ait mariée, l'a reprise, ramenée à Paris et mise dans un pensionnat à Vincennes où elle est restée jusqu'à 1-3 ans. Elle

aurait eu la rougeole, puis une « fièvre muqueuse. »

Dans la convalescence de celleci, il serait survenu un grand nombre d'abcès et de clous.

A 14 ans et demi, elle était grande, forte, paraissait avoir 17 ou 18 ans. Elle fut placée dans une famille anglaise pour soigner des enfants et leur apprendre les premières notions de la langue française et partit pour l'Angleterre.

Au bout de 6 mois pendant lesquels son existence a été calme, elle quitta la maison où elle était, parce que, dit- .

elle, le climat de Londres lui était nuisible et qu'elle avait « trop à faire. » — Sur la recommandation de sa maîtresse, elle entra dans une autre famille où elle est restée d8 mois. Là, elle avait à s'occuper de trois enfants, Henry, Franck et Christine ; elle vivait à la campagne, allant d'une des propriétés de la famille dans une autre; parfois au château d'un des parents, âgé de 70 ans. A une époque où elle était dans le château de ce Monsieur, avec les enfants seulement, celuici envoya les enfants se promener et resta seul avec V...

Cet homme lui aurait fait boire un liquide dont elle

ignore ou ne veut dire la nature et, profitant de son sommeil, aurait abusé d'elle. A difTérentes reprises, des tentatives plus ou moins violentes auraient été faites ; une fois on aurait mêlé une poudre à ses aliments, etc., etc.

— Sur les détails de toutes ces scènes, il est très-difficile d'avoir des renseignements précis, détaillés, de la malade , qui déclare avoir « juré le secret. »

Durant son séjour en Angleterr^e ; elle aurait eu un ictère qui a persisté trois mois.

Quelle cause l'a produit, c'est ce que nousn'avous pu savoir.

Les rèffles ont paru à 1 6 ans ; leur établissement a été pénible; V... -a eu de violentes douleurs dans les reins et dans le bas-ventre, qui ont nécessité la visite d'un médecin. Les menstrues ne sont revenues ensuite qu'au bout de 8 ou 10 mois.

De 16 ans et demi, date de la première attaque, à 17 ans et demi, V... aurait eu 7 ou 8 fois des séries d'attaques, dont la durée ne dépassait pas ime heure.

Vers 17 ans et demi, V... est revenue à Paris , chez sa mère. Quelque temps après, elle s'est mise à faire des.

cols-cravates. Sa santé générale était bonne ; les règles étaient devenues assez régulières. Durant ce temps, elle aurait revu le monsieur d'Angleterre; ils seraient même allés ensemble à Fontainebleau.

A ■19 ans, à la suite de discussions avec sa mère, jalouse d'elle (1), V... s'enfuit, courant comme une folle dans les rues. Elle aurait eu une attaque et, quand elle reprit connaissance, elle s'aperçut qu'elle était dans les environs des Buttes-Ghaumont (Elle habitait à Pantin). Elle se releva, eut peur, se mit de nouveau à courir, puis, peu à peu, devint plus calme et alla demander l'hospitalité à des amis.

Le lendemain et les jours suivants, son impressionnabilité habituelle était accrue; elle tremblait, s'émotionoait pour le motif le plus futile.

Six mois après, ayant rencontré sa mère par hasard, elle se sauva et eut de nouvelles attaques (19 ans 1/2).

(l) Son beau-père aurait essayé d'avoir des rapports avec elle sans y réussir et elle aurait tout dit à sa mère.

Ses patrons aj'ant quitté Paris, elle demeura durant deux mois dans un hôtel meublé, puis se plaça comme domestique dans une maison où elle resta huit mois. Pendant ce temps, elle eut des malaises fréquents : « Je sentais tout mon saug qui se refroidissait et semblait monter au cœur. » Elle était obligée de s'asseoir, mais ne perdait pas connaissance. Un jour, tandis qu'elle travaillait à la cave, un ouvrier entra doucement, et, pour s'amuser, souffla la bougie. V... s'effraya, se mit à trembler et à crier ; on fut plus de cinq minutes à parvenir à la rassurer. Bientôt, on lui donna son congé. Elle se réfugia dans un hôtel meublé, et le quatrième jour, elle fut prise d'attaques. Un médecin, appelé, la fit conduire à Lariboisière où elle se reconnut au bout de deux jours.

Elle séjourna dans l'hôpital lo mois, et eut, pendant il mois, de fréquentes attaques, presque tous les jours, assure-t-elle. C'est après les attaques qui motivèient son admission à l'hôpital, que la chorée aurait fait son apparition. Les troubles du mouvement prédominaient danj 1j

côté gauche. De plus, V... avait une contracture des membres inférieurs, contracture plus accusée à gauche, où la flexion était impossible, qu'à droite où la flexion pouvait, dit-elle, s'efl'eciuer dans une certaine mesure. Les pieds étaient «retournés. »

Durant les quatre derniers mois de son séjour à Lariboisière , V... n'aurait pas eu d'attaques; mais elle avait de la faiblesse des membres inférieurs, et ne pouvait marcher qu'à l'aide de béquilles. On l'onvoj^a dans une maison de convalescence rue Notre-Dame-des-Champs. Là, une série d'attaques étant survenue, on conduisit V.., à la Pitié, qu'elle quitta au bout de 8 à 9 semaines, n'ayant eu que deux séries, pour aller au Yésinet. On la conserva six semaines dans cet asile où elle eut une seule fois des attaques; elle cessa alors de se servir de béquilles. Elle retourna rue Notre-Dame-des- Cliamps. Un mois était à peine écoulé, qu'elle eut des vomissements alimentaires , puis bilieux et enfin rendit environ un verre et demi de sang.

Elle entra, pour ces accidents, à l'hôpital Gochin où

OQ la conserva deux mois (pas d'attaques) et d'où elle fut envoyée, pour la seconde fois, au Vésinet. — Elle se rendit ensuite rue Notre-Dame-des- Champs, et, au bout d'un mois, ayant été prise d'attaques, elle fut portée à Lariboisière (décembre 1876-mai 1877) d'où elle a été dirigée sur la Salpêtrière. A sou entrée, on note: chorée et anesthésie générales \)réà.om\Yid.n.\. à gauche ; — liyperesthéaie ovarienne double, plus accusée à gauche.

4 877. 1'^'' juin. — V... a été prise d'attaques ce matin, à 6 heures, pendant qu'elle se promenait dans la cour; elle n'aurait pas prévenu. La nuit n'avait rien présenté d'extraordinaire. De 6 à 9 heures les attaques ont continué.

Nous trouvons la malade dans la situation suivante :

Description des attaques. — Décubitus dorsal; tête rejetée en arrière ; cheveux en désordre; face modérément rouge, chaude,- sueurs sur les lèvres; paupières demi-closes , animées de petites palpitations ; globes oculaires convulsés en bas ; nystagmus ; mâchonnement; cou tendu. Les bras et

les jambes sont allongés, rigides. Le pied gauche, en varus équin, est collé contre la plante du pied droit. Tj-mpanite légère. Telle est la situation permanente de la malade entre les attaques.

Celles-ci débutent sans cri, parfois, il y a un léger grognement, souvent le mâchonnement s'accenlue ; les muscles de la face semblent se convulser davantage ; les yeux se portent tout à fait en bas et à gauche ; les pupilles se dilatent; la rigidité des membres augmente : puis, le tronc s'incurve , les bras , après s'être fléchis, se placent de nouveau dans l'extension. Cette rigidité générale persiste durant 2, 3 ou même 4 minutes. {Période ionique.)

Alors, V... secoue la tête à gauche et à droite, ouvre les paupières, fléchit et allonge les bras, soulève le ventre.

Simultanément la face se congestionne. [Période cloniqiie.)

Quelquefois les attaques ne se composent que de ces deux périodes et la malade retombe dans l'état de rigidité dont nous avons parlé. D'autres fois, il y a un peu de ronflement et d'écume, et la congestion de la face s'exagère.

(Période de stertor.) Enfin, la malade prononce quelques paroles : « Maman ! maman ! »

et, bien que maintenue par la camisole, elle fait des mouvements, comme si, effrayée, elle voulait s'enfuir (Période de délire). T. V. 38°,6. La vulve est humide ; l'hymen est absent. La compression ovarie7ine est difficile à pratiquer ; ce n'est qu'après des efforts prolongés que l'on parvient à vaincre la résistance des muscles abdominaux et à pénétrer dans le bassin ; alors le tétanisme disparait, mais pour un temps très-court seulement.

A 11 heures 1/2, la situation n'a pas changé : T. V.

38°, 6. A 3 heures, les attaques continuant, on administre le nitrited' amyle aNec^^ïézau^ion et à petite dose. Les attaques cessent. V... mange et paraît revenue à sa condition normale. T. R. 38°,3.

A 6 heures, V... se plaint de malaise et , un quart d'heure après, elle est reprise de ses attaques. Une nouvelle inhalation de nitrite d'amyle les suspend.

2 jitin. — Les attaques ont recommencé hier soir à 9 heures et n'ont pas discontinué jusqu'à ce moment (10 heu-

res). Rigidité générale. T. V.

38°,1. Nitrite d'amyle. Suspension des attaques; à 3 heures, une crise, puis rien. — Soir : T. R. 38».

3 juin. — Pas d'attaques depuis hier, à 3 heures. — Surdité des deux côtés, mais plus forte à gauche. — Démangeaison. — Rétention d'urine remonlant à 5 ou G jours. — Constipation depuis le déhut de la série. — Toute trace de contracture a disparu. — Les règles ont commencé ce malin.

— On retire un litre d'urine par le catliétérisrae.

4 juiJi. — V... ne mange pas; la surdité et la rétention d'urine persistent. — Soir :

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