‹ Iconographie photographique des maladies de la peauChapitre 15 sur 46 · ECZÉMA DE LA BARBE · texte numérisé non relu

ECZÉMA DE LA BARBE

L’eczéma de la barbe est caractérisé par les symptômes qui appartiennent à l’eczéma en général : rougeur, sensation de brûlure, démangeaisons, exsudation, tendance à la formation de croûtes, épaississement de la peau et desquamation. Quelques auteurs affirment que l’eczéma pustuleux de la barbe, qui, de toutes les formes de l’eczéma, ressemble le plus au sy cosis, peut être distingué de cette dernière affection en ce qu il s’étend au delà des parties poilues, sur les joues et le cou, tandis que le sycosis est strictement limité à ces parties. Ce fait n’est pas toujours exact. Dans la planche IX, la nature eczémateuse de l’éruption est clairement démontrée par ce fait, qu’elle se manifeste dans son siège de prédilection, 1 oreille et les paupières ; mais elle a aussi une tendance à se limiter, comme le sycosis, aux parties poilues. Ainsi elle se montre dans la région du pubis, et elle fait défaut au-dessous des angles de la bouche, là où la barbe n’a pas encore commencé à pousser.

Dans le traitement de cette affection, il faut d’abord se débarrasser de la barbe. On peut la couper avec des ciseaux, la raser ou l’arracher suivant les cas. Lorsqu’il existe des croûtes ou que la peau, très enflammée, est le siège d’une exsudation abondante, le rasoir n’est pas praticable* il faut couper la barbe aussi court que possible avec des ciseaux fins, après avoir détaché les croûtes avec un cataplasme ou des onctions d huile répétées, et continuer l’opération si la peau reste tendre. Dans la majorité des cas, cependant, on peut et l’on doit raser le malade trois fois par semaine, pendant que l’on applique le traitement ordinaire de l’eczéma.

Quand la partie malade est chaude, tuméfiée et le siège d’un écoulement séreux, j’ai vu d’excellents résultats produits par une légère purgation continuée pendant deux ou trois jours, combinée avec des fomentations chaudes et une pommade à l’oxvde de zinc étendue sur un linge fin maintenu en place par un bandage. Comme purgatif on peut employer une infusion de séné, de pensées sauvages ou la poudre de jalap composée.

Lorsque les phénomènes inflammatoires ont été calmés et que l’éruption est devenue sèche, rouge et squameuse, on peut se servir de la pommade sulfureuse officinale, ou de la pommade au nitrate de mercure, étendue de trois ou cinq parties de cokl-cream. Lorsque, au contraire, le processus morbide tend à envahir la partie profonde des follicules pileux, la peau devient habituellement bosselée, comme dans le sycosis, et des pustules se développent autour des poils. Dans ce cas le traitement sus-mentionne est presque inutile. Il faut pratiquer l’épilation. Les poils sont habituellement adhérents et par conséquent, leur extraction est douloureuse. L’extraction du poil est quelquefois suivie de 1 écoulement d une petite gouttelette de sang. Cette petite hémorrhagie agit comme antiphlogistique, et I amélioration qui survient dans les vingt-quatre heures est aussi surprenante qu’elle est agréable à constater. Pour prévenir la douleur, j’ai 1 habitude d’appliquer de la glace pendant quelques minutes avant d extraire les poils. Lorsque l’inflammation a atteint les parties profondes, les poils se détachent facilement, leurs racines sont baignées de pus. Dans ces cas, une suppuration exagérée peut détruire les follicules et produire une calvitie permanente de la partie,

ECZEMA palmæ

Les maladies de la peau.

Planche X.

L’eczéma peut atteindre la surface palmaire ou dorsale des mains séparément, ou les deux à la fois; mais alors il est rarement intense. Il peut affecter aussi une seule main ou toutes les deux en même temps; il est quelquefois symétrique. Sur le dos delà main, l’eczéma se produit généralement sous l’influence d’une cause interne, et il coïncide avec des plaques situées sur le bras ou ailleurs. Lorsqu’il est de date ancienne, il peut être pàpuleux ou squameux, mais généralement il est humide. Sur la paume de la main l’eczéma présente des caractères spéciaux el exige un traitement particulier. Tel qu’on le rencontre le plus souvent dans la clientèle, il est sec, caractérisé par des écailles cornées, par des fissures profondes et douloureuses, situées sur les lignes de flexion. Quelquefois toute la paume est. affectée ; plus fréquemment cependant une partie seulement. La maladie apparaît alors sous forme d’une plaque isolée et diffuse ou d’un groupe de plaques squameuses et isolées, plus ou moins circulaires. L’eczéma de la paume est habituellement chronique dès le début. Il commence sur un ou plusieurs points par de la rougeur et des démangeaisons et plus tard, à 3a suite de frictions longtemps répétées, se transforme en plaque épaisse et squameuse. Celle-ci s’étend à la périphérie ou envahit la paume delà main suivant une ligne courbe, à la manière d’une syphilide squameuse.

L’aspect de l’éruption varie considérablement dans les différents cas. Lorsque la peau est fine, on a oit paraître la rougeur, l’infiltration et la desquamation qui caractérisent l’eczéma typique; tandis que, dans un autre cas, il n’existe que des plaques blanchâtres d’épiderme corné, que le malade arrache continuellement. Lorsqu’il est accompagné d’inflammation aiguë, les paumes se tuméfient; les mouvements de flexion et d’extension de la main produisent de nombreuses fissures, ail point que le membre devient tellement douloureux que le malade né peut plus s’en servir; il la tient raide et dans une position demi-fléchie. Dans les cas anciens, lorsque les couches superficielles de l’épiderme ont été graduellement détachées, la peau est très rouge, rugueuse, sèche, mais lisse, et les lignes naturelles sont plus développées que d’habitude. Lorsque, dans ces cas, les doigts sont dans l’extension forcée, la paume de la main devient d’une blancheur caractéristique.

Le diagnostic est habituellement simple. L’eczéma palmaire peut cependant ressembler aux plaques squameuses d’origine syphilitique, desquelles les dermatologistes les plus habiles ne réussissent pas toujours à les différencier. Suivant les ouvrages classiques, l’eczéma présente des taches irrégulières qui recouvrent peut-être toute la paume de la main, très prurigineuses; tandis que la syphilide est caractérisée par de petites plaques circulaires, accompagnées d une infiltration plus considérable de la peau, nettement circonscrites cl non prurigineuses. Mais il y a de nombreuses exceptions à cette règle. L’eczéma peut se manifester sous forme de petites taches circulaires; au centre de la main celles-ci peuvent présenter un bord nettement défini ou envahir la paume de la main d’une manière serpigineuse ; tandis qu’une syphilide palmaire peut être prurigineuse, se fendiller, être aggravée par le contact de l’eau, se comporter en un mot exactement comme l’eczéma. Voici les caractères qui me permettent d’établir le diagnostic : si un certain nombre de petits points squameux sont groupés en demi-cercle ou en forme de fera cheval, autour d une portion de peau saine, ou si la plaque circulaire en voie de s’agrandir a un bord infiltré et un centre sain ou Fox. — 19 —

ECZEMA UES MAINS.

en voie de guérison, la plaque esl d’origine syphilitique. Dans un cas douteux les antécédents du malade sont de peu de valeur, car la syphilide palmaire que l’on pourrait confondre avec l’eczéma, est une manifestation tardive de la maladie, et il y a beaucoup d’individus, particulièrement des femmes, qui sont syphilitiques et qui ne s’en doutent pas. On devrait toujours reconnaître les papules squameuses qui accompagnent ou suivent les premiers accidents secondaires. Môme lorsqu’il existe des antécédents syphilitiques bien caractérisés, l’eczéma peut se développer d’une manière indépendante.

Beaucoup d’auteurs appliquent le nom de psoriasis à toutes les plaques squameuses de la paume de la main, quelle qu’en soit la véritable nature; je n’ai jamais encore vu une véritable plaque île psoriasis se développer sur la paume de la main, soit isolément, soit simultanément avec des plaques sur d’autres régions. Je suis convaincu que presque tous — sinon tous — les cas désignés sous le nom de psoriasis de la main, ont été des cas de syplidis ou d’eczéma.

Le traitement local de l’eczéma du dos de la main n’exige aucune règle spéciale. Dans la forme papuleuse avec induration de la peau, les frictions au savon sont utiles; et même dans les cas caractérisés par des plaques humides, le savon, quoiqu’un remède un peu violent, peut être employé une ou deux fois pour faire tomber les croûtes et les squames, afin de permettre à l’exsudât de s’écouler librement. On recouvre ensuite les surfaces rouges et humides de morceaux de linge, enduits d’onguent diachylon. On s’abstient de tremper les doigts malades dans l’eau, jusqu’à ce qu’un nouvel épiderme se soit formé et que l’exsudât ait cessé de se reproduire.

L’eczéma de la paume de la main exige un traitement spécial. Il faut détacher l’épiderme épaissi, guérir les fissures, provoquer la résorption des liquides infiltrés, et maintenir la souplesse de la peau jusqu’à ce que la rougeur, les démangeaisons et la desquamation aient presque entièrement disparu.

Quoique de tremper les mains de temps à autre dans l’eau soit nuisible, il n’y a pas de meilleur moyen pour calmer l’inflammation et, en même temps, pour ramollir l’épiderme, que de prescrire au malade de placer les paumes des mains dans un vase peu profond, contenant assez d’eau pour en recouvrir le fond. L’eau doit être aussi chaude que le malade peut la supporter. 11 y tiendra les mains pendant quinze minutes chaque fois. Quand il y a des plaques cornées que l’eau ne peut pas modifier, on les ramollit à l’aide de l'acide acétique glacial ou de la liqueur de potasse (1), appliqués avec une baguette de verre. Il faut employer ces agents avec précaution pour les empêcher de pénétrer dans les fissures et d’y causer de vives douleurs. Les fissures résultent simplement de l’épaississement et de l’induration du derme; il est donc inutile d’essayer de les guérir, puisqu’elles ne tarderaient pas à se reproduire. Faites-en disparaître la cause, c’est-à-dire, l'épaississement de l’épiderme, les fissures guériront seules et d’une manière radicale. Les gants en caoutchouc, portés continuellement, produisent un excellent résultat dans les cas chroniques et rebelles. Le côté verni doit être mis en contact direct avec la peau. Lorsque l'épiderme a été détaché et les fissures cicatrisées, les paumes des mains peuvent conserver pendant longtemps leur rougeur, leur sécheresse, leur aspect rugueux, et l’éruption une tendance à récidiver. Une pommade composée de vaseline et d'huile de cade (10 %) produit d’excellents résultats. Mais le succès dépendra moins du traitement local que du traitement interne, qui est celui de l’eczéma en général, adapté au cas particulier que l’on doit traiter.

(1 ) Liquor polassæ. — Solution de potas.se caustique dans l’eau. Trente grammes de ce liquide contiennent l8t,80 environ de potasse. Sa densité est de 1.058. (Tract.)

ECZEMA E VENIS VARICOSIS. LJECUS VARICOSUM

Les maladies le la peau.

Planche XI.

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