‹ Iconographie photographique des maladies de la peauChapitre 18 sur 46 · ECZÉMA ICHOREUX, ECZÉMA PUSTULEUX · texte numérisé non relu

ECZÉMA ICHOREUX, ECZÉMA PUSTULEUX

Observation I. — Eczéma ichoreux ou humide. C. M., 6 ans. Cet enfant paraissait jouir d’une bonne santé, quoiqu’un eczéma plus ou moins intense recouvrît la plus grande partie de son corps. I.a peau normale était douce et délicate. Le malade portait des traces infaillibles de la diathèse strumeuse. L’éruption commença sur la tête dès l’àge de trois mois. Elle parut bientôt sur le tronc et les extrémités. Depuis cette époque elle n’a jamais complètement disparu. Ce développement insolite et cette persistance de l'éruption étaient principalement dus à la négligence de ses parents auxquels les « voisins » avaient assuré que l’éruption était incurable (tous leurs remèdes avaient échoué), etc. La guérison eut lieu au bout de quelques mois, grâce au fer et à l’huile de foie de morue administrés à l’intérieur et à des applications émollientes, après le détachement des croûtes.

Observation 11. — Eczéma pustuleux. 11 s’agit d’un enfant atteint d’une variété d’eczéma comparativement peu intense et de date récente. Elle débuta sous forme de pustules.- Le contenu des pustules se transforma en croûtes jaunâtreset épaisses et dont la surface exposée à l’air prit une teinte plus foncée. Un cataplasme fit tomber cette croûte, qu’on n’aurait jamais dû laisser se développer, et la peau sous-jacente, quoique légèremeut enflammée et dénudée de son épiderme, était en voie de revenir à son état normal. Il ne fallut plus qu’un pansement simple et imperméable pour hâter la guérison.

Pour réussir dans le traitement local de l’eczéma, il faut savoir l’adapter à chaque cas en particulier.

Quand on n’a pas d’autres médicaments sous la main , on peut se servir de X huile douce ou du savon noir. Ces corps, qui appartiennent à deux ordres de médicaments pour ainsi dire opposés, sont des remèdes en apparence très simples. 11 faut cependant savoir les manier.

Que peut faire dans le traitement de l’eczéma une huile douce ou une pommade émolliente ? Elle ramollira la peau et fera tomber les croûtes, s’il y en a ; elle calmera les symptômes inflammatoires et les démangeaisons; elle protégera le derme dénudé contre l’action desséchante de l’air et irritante de l’eau ; elle permettra ainsi le développement d’un nouvel épiderme sain. Dans l’eczéma aigu de l’enfance ou de l’adulte, il importe peu que l’on fasse telle ou telle application émolliente, à la condition que ce soit la plus émolliente que l’on puisse trouver.

Que fera le savon dans le traitement de l’eczéma? Il débarrassera la surface de la peau des lambeaux d’épiderme mort ; il permettra à la sérosité de s’écouler librement ; il activera la circulation du sang dans les parties malades et par conséquent favorisera la résorption des produits inflammatoires. Dans les cas chroniques, caractérisés par un épaississement et une induration de la peau, accompagnés de desquamation persistante et de démangeaisons, cas dans lesquels les topiques émollients sont tout à fait inefficaces, les frictions au savon modifieront la nature de l’eczéma, transformeront l’eczéma chronique en subaigu, forme qui tend naturellement vers la guérison. En somme, le savon fait pour l’eczéma ce que la quinine fait pour la malaria.

L’erreur la plus commune dans laquelle on tombe, en traitant localement l’eczéma,' consiste, d’une part, à appliquer des pommades trop stimulantes et des lotions irritantes à des parties qui ne réclament que des topiques émollients; et, d’autre part, à appliquer de l’oxyde de zinc ou quelque autre pommade légèrement astringente dans des cas où les frictions au savon ou d’autres remèdes également violents seuls pourraient être utiles. Au risque de me répéter, j insisterai sur ce fait : que c’est le degré d’inflammation qui doit nous guider dans le choix du traitement.

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ECZÉMA ICHOREUX, ECZEMA PUSTULEUX

Si la partie atteinte est tuméfiée et chaude, le siège d’une exsudation abondante, accompagnée d’un prurit intense et bridant, les applications locales ne peuvent pas être trop émollientes; si la peau est sèche, épaisse, squameuse et indurée, le traitement local ne peut guère être trop violent. Quand la maladie est étendue, comme dans l’eczéma généralisé, i! faut nécessairement varier le traitement sur les différentes parties du corps.

Tels sont, en quelques mots, les principes qui doivent nous guider dans le traitement local de l’eczéma. De même que, dans le traitement général, il faut tenir compte des habitudes et des idiosyncrasies du malade, de même, dans le traitement local, il faut étudier les caractères des lésions et éviter la routine. Le lecteur doit rejeter cette notion vulgaire, qu’il réside, dans le remède qu’il emploie, une puissance thérapeutique merveilleuse, et apprendre que le succès dans le traitement est dû à l’adaptation intelligente des remèdes aux besoins de chaque cas.

La question de savoir si une guérison rapide de l’eczéma puisse être nuisible au malade a été largement discutée. L’expérience de presque tous les dermatologistes répond à cette question par un non solennel. Aucune humeur nuisible n’est éliminée de l’économie sous la forme d’écoulement eczémateux. On ne doit jamais considérer la maladie comme salutaire. 11 est vrai que, dans quelques cas rares, l’éruption semble alterner avec des affections des voies respiratoires. Mais ceci démontre seulement que l’inflammation de la peau ne peut pas coexister avec une inflammation d’un organe interne. Si un enfant que- l’on traite pour un eczéma est exposé au froid, s’il se blesse, s’il contracte une pneumonie ou une méningite, l’éruption diminuera naturellement d’intensité, par suite du flux du sang vers le poumon ou le cerveau. La disparition de l’eczéma, au lieu d’être la cause, est plutôt le résultat de la phlegmasie interne. De cette façon on peut dire que l’éruption « rentre » ; mais un traitement local ne peut la taire rentrer. Je ne doute pas que dans beaucoup de cas d’eczéma infantile, l’application d’une forte pommade mercurielle sur de grandes surfaces de peau ail été nuisible ; mais c’est le mercure et non la maladie qui a fait le mal. Aux approches de la mort et dans le cours des maladies graves, les écoulements eczémateux se tarissent. Les amis peu intelligents du malade sont alors très disposés à prendre la cause pour l’effet.

ECZEMA

SQUAMOSUM.

Les maladies de la peau.

Planche XIII.

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