‹ Iconographie photographique des maladies de la peauChapitre 22 sur 46 · LICHEN PLANUS · texte numérisé non relu

LICHEN PLANUS

sont petites, elles présentent une coloration légèrement jaune-rouge; quand elles sont plus grandes, une coloration rouge foncé, ou violacée, le centre étant plus clair que la périphérie. Les papules peuvent être régulièrement disséminées sur une surface assez limitée, ou réunies en groupes, tout en restant isolées. Une fois développées, elles persistent comme papules et ne se transforment jamais en vésicules ou en pustules. Elles n’augmentent pas de volume. Les plaques sont formées, grâce au développement de nouvelles papules parmi les anciennes. Les papules isolées ne sont pas recouvertes de squames ; mais lorsqu’elles sont confluentes, elles perdent leur forme et leur aspect caractéristiques; la peau devient épaisse, sèche, cornée, et rugueuse. Sur le bord de ces plaques ainsi constituées, on voit quelquefois des papules typiques. L’éruption se développe plus ou moins rapidement ; quelquefois elle devient très étendue en quelques semaines. Les petites plaques, au contraire, se modifient très lentement. Dans la grande majorité des cas l’affection est chronique et tenace.

L 'étiologie du lichen est peu connue. Il survient de préférence chez des individus débilités; l’état général est plus mauvais dans cette affection que dans l’eczéma et le psoriasis. Il s’observe dans les deux sexes, mais plus fréquemment chez les femmes qui ont atteint l’àge mûr. Il n’épargne aucun âge, et se montre sur presque toutes les parties du corps; mais peut-être plus fréquemment sur l’avant-bras et le poignet.

Le diagnostic du lichen planus n’est généralement pas difficile pour celui qui a en vue un cas bien caractérisé. La description qui précède s’applique aux cas typiques, et à aucune autre affection de la peau. On ne doit pas le confondre avec la syphilide papuleuse; dans celte affection lesj papules sont disséminées sur toute la surface du corps, et les démangeaisons font défaut. A première vue, on pourrait les confondre avec l’eczéma papuleux ; mais dans cette affection les papules ont une coloration plus vive ; elles sont coniques, et leur sommet n’est jamais aplati et ombiliqué.

LICHEN ruber.

Les MALADIES DE LA PEAU.

Planche XVII

LICHEN RUBER

Synonymie. — Lichen planus (Hebrai.

Obsehvation . — G. T. 33 ans. Celte malade appartient au Dr Sherwell. L’éruption parut à l’âge de sept ans, sous forme de papules discrètement disséminées sur le dos des mains ; elle envahit successivement la face externe des bras, le cou, les épaules, la face dorsale des pieds, les genoux, et enfin le tronc. Elle est restée nettement papuleuse depuis le début ; elle présente une coloration rouge foncé. Au moment où la photographie a été faite, l'état général de la malade était assez mauvais. D’ordinaire les démangeaisons étaient peu vives, parfois, cependant, elles devenaient intenses. Les muqueuses linguale et pharyngienne étaient rugueuses. Tous les ongles étaient malades ; ils étaient minces et cassants. Depuis deux ans la malade avait été traitée tantôt par des toniques, tantôt par des altérants et des émollients à l’extérieur. Son état s’était amélioré graduellement. Antérieurement elle avait pris de l’arsenic, mais sans résultat. Des frictions avec de l’huile de lin, et à l’intérieur delà graine de lin écrasée et du lait semblent avoir produit le plus d’effet.

Hebra est le premier dermatologiste qui a décrit le Lichen ruber comme affection distincte. Il lui donna ce nom parce qu’il est caractérisé par des papules d’une coloration rouge foncé, quand elles n’ont pas été décolorées par suite d’une desquamation de l’épiderme. La maladie telle qu’elle a été décrite par Hébra est très rare. Notre cas et celui du Dr White de Boston, sont, d’après mon expérience, les deux seuls qui aient été observés en Amérique.

J’ai vu des cas de lichen planus, mais ceux-ci ne ressemblaient pas au lichen ruber des auteurs allemands. D’après les observations que je fis sur cette dernière affection à l’hôpital de Vienne, et d’après les descriptions qu’en ont donné Hébra, Neumann et d’autres, enfin après l’examen du cas duDr Sherwell, je ne serais guère disposé à confondre le Lichen ruber avec le Lichen planus, décrit pour la première fois par Wilson, Tilbury Fox, Kaposi, Taylor, Bulkley et Dubring qui affirment que ces deux maladies sont identiques. Piffard les considère comme deux affections distinctes. Voici ce qu’il dit à ce sujet : « Cette manière de voir, à savoir que le Lichen planus et le Lichen ruber sont identiques, défendue par des auteurs si éminents, est très plausible et pourrait être définitivement acceptée, si quelques faits, que ses partisans n’expliquent pas d’une manière satisfaisante, ne venaient lutter contre elle. En premier lieu, Wilson observa 50 cas de Lichen planus, caractérisés par des papules ombiliquées et des taches pigmentées, qui suivirent une marche bénigne. Hébra observa 14 cas, sans ombilication des papules et sans taches, dont la plupart se terminèrent par la mort. On ne peut guère admettre que l’ombilication ait pu échapper à un observateur aussi éminent qu’Hébra; que Wilson n’ait rencontré que des cas bénins et Hébra, des cas graves. Depuis la publication du travail de Wilson, Hébra et Kaposi ont observé un certain nombre de cas caractérisés par une éruption bénigne de pustules ombiliquées, et ils leur ont donné le nom de Lichen ruber. — 11 ne s’en suit pas que les deux affections soient identiques. En 1868, Neumann décrivit les lésions microscopiques du Lichen ruber, et, en 1872, Biesiadekci, celle de l’éruption ombiliquée; il existe de grandes différences entre ces deux affections. Enfin, personne, à ce que je sache, n’a observé la transition entre le lichen planus typique et le lichen ruber. »

Le lichen ruber a beaucoup de rapports avec le lichen planus; qu’il nous suffise de rappeler les différences qui les séparent.

Fox.

LICHEN RUBER

Au début les papules du Lichen ruber ont une coloration rouge vif; elles sont coniques, surmontées d’une squame mince et adhérente. Lorsqu’elles sont confluentes, ce qui arrive habituellement, la peau devient rugueuse comme dans le Lichen planus.

L’éruption ne se montre sur aucune région particulière, mais elle tend à envahir toute la surface du corps. Les ongles sont atteints d’une manière caractéristique, ils s’amincissent, leur surface devient rugueuse, leurs extrémités cassantes. Ces lésions et l’œdème qui les accompagnent, gênent les mouvements des mains et des pieds. Lorsque l’éruption a duré quelque temps, le malade maigrit et meurt.

Le peu d’accord qui existe entre les auteurs sur le pronostic , provient évidemment de ce qu’ils ont confondu le Lichen ruber avec le Lichen planus. Tandis que la guérison est presque certaine dans un cas, on ne peut que l’espérer dans l’autre.

Le traitement du lichen ruber est le même que celui du Lichen planus — ce qui est utile dans un cas, l’est aussi dans l’autre.

L’état général étant très mauvais dans tous les cas, il est indispensable de veiller à l’alimentation et à l’hygiène du malade. On surveillera surtout les organes digestifs et l’on prescrira une nourriture fortifiante et très digestive.

Des remèdes internes, les diurétiques alcalins, qui diminuent la congestion de la peau, sont les plus utiles. Dans le Lichen ruber, comme dans le Lichen planus, et même dans toutes les affections chroniques de la peau où il existe un défaut d’oxygénation du sang, il est bon de prescrire un gramme ou plus de chlorate de potasse dissout dans une grande quantité d’eau, que le malade prendra un quart d’heure après le repas, et un quart d’heure plus tard, 20 gouttes d’acide nitrique dilué. Wilson recommande la quinine, l’acide nitro-chlorhydrique et les ferrugineux. Dans le Lichen ruber, Hebra conseille l’arsenic. On devrait aussi essayer les applications d’huile de lin, qui dans le cas du DrSherweli, a rendu de grands services. Localement, des bains et d’autres remèdes émollients sont utiles, quand il existe des signes de congestion; mais, habituellement, le Lichen planus supporte bien les frictions au savon et les préparations de goudron.

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