CORNES CUTANÉES
Synonymie. — Cornu cutaneum-.
Observation. — E. II. C., cinquante-huit ans. 11 y a trois ans environ, un tubercule parut sur le bord de la lèvre inférieure, près de la commissure de la bouche. Quelques semaines plus tard, ce tubercule ressemblait à une croûte de rupia ; au bout de trois mois, à de la corne ; à la fin de l’année, il avait atteint une longueur d’un centimètre et demi environ. Vers cette époque, deux autres cornes firent leur apparition sur le côté opposé de la lèvre ; en six mois ces nouvelles cornes avaient acquis les dimensions de la première. Six mois plus tard, on les coupa au ras de la lèvre, mais un an après, elles avaient repoussé et atteint trois ou quatre fois leur volume primitif. 11 y a deux mois, comme le malade se promenait dans un bois, en passant à travers des broussailles, les cornes furent violemment écartées (probablement arrachées). 11 en résulta une plaie, qui ne s’est jamais cicatrisée, et qui fournit encore un pus sanieux et de mauvaise nature ; la plaie ressemble à un épithélioma. Les cornes que le D1 2' French eut la gracieuseté de m’envoyer, en même temps que la photographie, sont au nombre de trois; la plus petite a 2o millimètres de longueur ; elle est d’une coloration blanc jaunâtre, lisse, dense ; son extrémité libre est fortement recourbée. Les deux autres ont plus de cinq centimètres de longueur; elles sont d’un jaune-brunâtre, d’apparence rugueuse. Leur extrémité est moins fortement recourbée. Elles sont légèrement tordues et se bifurquent à trois centimètres environ de leur base. Les deux branches de l’une des cornes sont juxtaposées et parallèles, de longueur inégale ; tandis que celles de la seconde s’écartent en formant un angle aigu. La base des grandes cornes est creuse et, en se desséchant, est devenue friable (1).
Dans la littérature médicale, il existe un certain nombre d’observations, dans lesquelles des cornes se seraient développées sur différentes parties du corps humain. Ces cas pourraient nous surprendre, mais notre étonnement cesse lorsque nous réfléchissons à la structure de l’épiderme et des ongles, qui sont, en réalité, de nature cornée.
La tête est le siège de prédilection des cornes, mais ces appendices peuvent se développer sur n’importe quelle partie du corps. On les a rencontrées sur le cuir chevelu, le front, les tempes, le nez, les joues, la lèvre, la mâchoire, la poitrine, le dos, le pubis, le gland, le scrotum, le capuchon du clitoris, la cuisse, le genou, la jambe, la main et le pied. Elles sont plus communes chez les vieillards, mais ont été aussi observées chez les enfants.
Elles varient considérablement de volume et de forme ; quelquefois elles sont courtes et épaisses, ou coniques, d’autres fois longues, flexueuses et contournées plus ou moins en spirale. Rayer (2) mentionne le cas d’une vieille femme, qui portait sur le front une corne de io centimètres de long et de 15 à 16 centimètres de diamètre à sa base. Nayler a vu une corne de 25 centimètres de long et recourbée comme celle d’un bélier. Les cornes courtes, à extrémité arrondie, sont généralement plus épaisses à la base. Les cornes longues sont toujours recourbées ; quelquefois elles ont une direction spiroïde. Leur surface est rugueuse et en général striée transversalement. Lorsque la substance, dont elles sont composées, est de nature cornée, elles peuvent présenter des stries longitudinales et se fendiller suivant la direction de ces stries. La couleur de la corne varie du jaune au brun foncé et même au noir; elle est plus claire au sommet qu’à la base. Leur consistance varie
(1) Communiqué par le Dl G. F. French de Minneapolis, Minn. (États-Unis).
(2) Rayer, Traité théorique et pratique des maladies de la peau , T édition. Paris, 1835.
CORNES CUTANEES.
aussi; quelques cornes sont molles et friables, d’autres sont très denses. La partie externe est toujours plus dure que l'interne. Leur base, comme la racine des ongles, est souvent entourée d’une mince couche d’épiderme. Lorsqu’on la détache, la corne présente une dépression conique, en forme de coupe, qui correspond à une saillie légèrement bosselée, comme granulée, rouge et saignante. Lorsqu’on pratique sur une corne une coupe transversale, on voit qu’elle a une forme cylindrique ou légèrement aplatie. Le microscope démontre qu’elle est composée principalement de cellules épidermiques, rangées en cercles concentriques. La corne peut se développer à la surface de la peau ou dans un follicule sébacé volumineux.
Quant à sa nature , on peut la considérer comme une grosse verrue, ayant une base molle, pulpeuse, papillomateuse et surmontée d’un cône d’épiderme dense, ou comme un corps composé de matière sébacée ou épidermique desséchée et dure, qui prend la forme d’une corne, parce qu’elle a été repoussée lentement d’un kyste sébacé. Quelquefois l’ongle du gros orteil s’épaissit, s’arrondit et prend la forme et les autres caractères d’une corne.
Les cornes cutanées se développent lentement, et sans douleur, quand on 11e les irrite pas. Si ou leur imprime des mouvements violents, la base peut s’enflammer. Une corne peut aussi s’agrandir indéfiniment, mais, quel que soit son volume, plus elle sera longue, plus elle sera exposée à être arrachée. Lorsqu’elle tombe de cette façon, ou lorsqu’on la coupe au ras de la peau, la corne se reproduit, et ainsi une série de cornes peuvent se développer sur un même point. Assez souvent deux cornes naissent là où il n’y en avait qu’une auparavant.
Le diagnostic est facile quand la corne est en place. Dans le cas contraire, on pourrait confondre sa base avec un épithélioma, ou quelque autre tumeur maligne. On a vu un épithélioma survenir à la suite d’une corne de la lèvre.
Le traitement consiste non seulement à pratiquer l’ablation de la corne, mais aussi à détruire la base sur laquelle elle repose, afin de prévenir sa reproduction. La corne elle-même étant très mobile, se laisse facilement arracher, surtout lorsque sa base a été préalablement ramollie. On gratte celle-ci avec une curette et on la cautérise légèrement avec de la potasse caustique ou du chlorure de zinc. Ce mode de traitement amènera une guérison radicale; il ne restera à sa place, qu’une légère cicatrice. Lorsque la corne naît dans un follicule distendu ou dans un kyste, il faut détruire ceux-ci en même temps que la corne.
ICHTHYOSIS