É R Y T H È M E MUL T 1 F 0 R M E
Synonymie. — Érythème exsudatif multiforme (Hebra). — Érythème papuleux (Hardy).
Observation. — G. R., 57 ans. Ce malade, natif de Bohême, appartient au I)r N. G. Mc. Master. 11 est tisseur de soie de profession. 11 est maigre, son teint est jaunâtre; ses antécédents sont bons. L’éruption fit son apparition huit jours avant de prendre la photographie, sous forme d’une petite tache d’un rouge vif, située sur la partie interne du poignet droit, et accompagnée de démangeaisons. Quelques heures plus tard, une série de taches semblables parurent sur la face interne du bras et de l’avant-bras ; plus lard une tache se montra sur la malléole interne du côté droit et s’étendit rapidement le long de la jambe et de la cuisse jusqu’à l’aine. Ces taches étaient plus grandes, d’une coloration plus vive que celles qui siégeaient sur le membre supérieur ; de plus elles étaient accompagnées d’un œdème considérable. Dans la soircc, le côté gauche fut envahi de la même façon. Ainsi, dans l'espace de quinze heures, l’éruption s’était montrée sur la face interne des quatre membres. Les taches étaient circulaires, saillantes et prurigineuses pendant les premières 24 heures; elles s’agrandirent rapidement, et finirent par se réunir. Lorsque le malade fut examiné par le Dr Mc. Master à la clinique du Collège de l’Universilé, l’éruption présentait de nombreux disques ou anneaux, décolorés, confluents et formant des plaques dont les bords étaient festonnés. Sur l’épaule ces anneaux avaient un diamètre d’environ 7 */2 centimètres ; ils devenaient déplus en plus petits à mesure que l’on s’approchait du poignet où leur diamètre était de 2 ’/2 centimètres environ. Les anneaux présentaient une coloration rouge-cramoisi très vif; à leur centre, la peau avait son aspect normal. Sur les membres inférieurs, les plaques étaient plus confluentes, d’une coloration plus foncée.
Comme traitement, on fit coucher le malade, on lui prescrivit une petite dose d’huile de ricin, un régime léger, des lotions avec du vinaigre et de l’eau tiède. En 1 5 jours, l’éruption commença à décroître ; un mois plus tard elle avait disparu en laissant un peu d’œdème des membres inférieurs, qui persista pendant plusieurs semaines. Le malade m’a dit que l’éruption avait disparu dans le sens inverse à celui dans lequel elle s’était développée. C’est le poignet droit qui guérit le dernier.
Le mot érythème indique une congestion pathologique de la peau. Lorsque la rougeur congestive existe seule, l’érythème est simple. Lorsqu’elle est accompagnée d’une exsudation plastique particulière, on l’appelle Érythème exsudatif multiforme (Hebra) (1). Nous employons toujours le nom d’érythème, adopté par Willan ; il ne faudrait pas croire pour cela que l’érythème simple et l’érythème multiforme soient deux variétés d’une même maladie ; ce sont deux maladies parfaitement distinctes au point de vue de leur étiologie et de leur pathologie.
V érythème multiforme est une inflammation aigue de la peau, caractérisée par une exsudation plastique superficielle. Dans cette affection il se forme rapidement soit des papules ou des tubercules, soit des anneaux saillants ou des plaques mal circonscrites. L’aspect variable de l’éruption a permis à certains auteurs d’en décrire plusieurs variétés cliniques ; mais ccs variétés ne reposent que sur des apparences extérieures. L 'érythème papuleux , qui pourrait être pris comme type de l’affection, est la variété la plus commune; il se montre principalement sur la face dorsale des mains et à la partie postérieure de l’avant-bras, quelquefois sur le pied et la jambe ; les extrémités inférieures seules sont rarement atteintes. Dans 1 érythème tuberculeux , les pa-
(1) D’après Hebra, 1 ' Erythema papulatum, E. tuberculatum, E. annulaire, E. iris et E. gyratum sont simplement des formes de l’E. multiforme à ses différentes périodes, l'aspect variant selon que la maladie est à son début, à la dernière oériode de son évolution, ou à peu près disparue. ( Trad .)
Fox.
ÉRYTHÈME MULTIFORME.
pules sont seulement plus grandes et plus dures. Leur sommet est quelquefois blanchâtre et présente l’aspect d’une bulle remplie de matière gélatineuse. Dans un cas que j’ai observé les doigts étaient le siège de tubercules, d’une coloration foncée, comme hémorrhagique. L 'érythème annulaire est caractérisé par une grande papule aplatie dont le centre est déprimé; dans quelques cas rares, la papule est entourée d’un ou de plusieurs anneaux concentriques; sa coloration n’est pas uniforme ; d’où lui vient le nom d 'érythème iris. On donne le nom d’ érythème marginatum à une éruption caractérisée par des plaques diffuses, à bords saillants nettement définis, et souvent festonnés, par suite de la réunion de plusieurs petites plaques. L 'érythème noueux est caractérisé par une ou plusieurs plaques saillantes et douloureuses qui paraissent sur les membres ou ailleurs. Quoique cette forme se montre souvent seule, et soit décrite comme une maladie distincte de l’érythème multiforme, je l’ai vue une fois coïncider avec l’érythème papuleux et l’éythème circiné. Dans quelques cas rares, l’éruption devient vésiculeuse et même bulbeuse ; on lui donne alors le nom ftherpes iris et d 'hydroa.
Au début, et quelle que soit sa forme, l’éruption est située sur une peau rouge et œdématiée. Dans l’espace de vingt-quatre heures l’hypérémie environnante diminue; la couleur de l’éruption contraste alors fortement avec celle de la peau normale. La couleur, d’abord d’un rouge vif, devient peu à peu violacée. La maladie dure de une à six semaines suivant l’intensité de l’exsudation, en moyenne de deux à trois semaines dans les cas ordinaires. Souvent les plaques se développent par poussées successives. Chez quelques individus, l’éruption réapparaît à certaines époques de l’année. Le début de la maladie est souvent accompagné de quelques accidents généraux, de malaise, d’un peu de fièvre, et, d’après mon expérience, d’une sensation de brûlure et de démangeaisons. D’après la plupart des auteurs ces symptômes sont généralement insignifiants.
Les causes de l’érythème multiforme sont peu connues. L’affection se montre surtout au printemps et à l’automne; les changements rapides de la température, si fréquents aux États-Unis, exercent, à mon avis, une grande influence sur son apparition, .l’ai remarqué que les émigrés sont très sujets à cette affection. Souvent on invoque la débilité comme étant une cause de l’érythème; mais on ne peut guère l’attribuer, comme l’urticaire, à des erreurs de régime. Il se montre chez les deux sexes, pendant la jeunesse et l'âge mûr.
Le traitement devra être expectant et consister essentiellement en des soins hygiéniques. Les bains chauds sont utiles. On y ajoute du carbonate de soude, quand l’éruption est étendue et accompagnée de démangeaisons. Les pommades et les poudres sont inutiles. Lorsqu’au début les symptômes inflammatoires sont très aigus, on peut appliquer sur la peau un linge imbibé d’une préparation plombique.
Les maladies de la peau.
Planche V.