‹ Iconographie romaine (volume 2)Chapitre 18 sur 45 · S. 4. ALBIN · texte numérisé non relu

S. 4. ALBIN

Les Romains appelèrent Albin le Catilina de son siecle4, tant étoit grande la ressemblance qu’établissoient entre les deux personnages , et leurs viceset leur habileté dans l’art de la guerre ! C’est probablement à cause de ce talent, et pour reconnoître le succès avec lequel Albin maintint, l’an i75, dans l’obéissance l’armée de Bithynie, qu’il commandoit, que Marc-Aurele le

(1) Mémoires de l’Académie des inscrip- (3) Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XXIV, p. I05. fions et belles-lettres, t. XXIV, p. ro5.

(2) D. N. F., t. VII, p. i57. (4) Capitol. , Alb., XIII.

Chap. VI.

Successeurs de Commode.

PI. XLVI

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C„,vp VI. nomma consul. Malgré le mal que dit Capitolin ' du malheureux Successeurs de compétiteur de Sévere, on doit croire qu’il avoit quelques

pi.xlvd. bonnes qualités; car, selon le même historien , le sénat l’aima plus qu’il n’avoit aimé aucun prince. Aussi assuroit-on qu’ Albin avoit déclaré publiquement qu’il vouloit voir détruire la monarchie, et voir rendre au sénat toute l’autorité, comme dans les siècles de la république. Iiérodien’, auteur contemporain, dit encore que les premiers personnages de l’empire le préféroient à Sévere, non seulement à cause de son origine illustre, mais à cause de la douceur de ses mœurs. Les cruautés que Sévere exerça contre les sénateurs entretinrent, si elles ne firent pas naître cette préférence.

En politique habile, Sévere , accourant vers l’Italie pour arracher l’empire à Julianus, vit qu’il devoit se concilier l’amitié dun de ses deux rivaux, de Niger ou d’Albin, pendant qu’il combattroit l’autre. Il ne pouvoit rien espérer du premier, que le peuple de Rome appeloit à grands cris pour le délivrer de la tyrannie de Julianus. Alors il écrivit à Albin des lettres remplies d’expressions d’amitié, qu’il lui fit porter, selon Hérodien3, par des gens affidés chargés de l’empoisonner ou de l’assassiner dans un entretien secret. Mais Albin prévint ce danger, et prit tous les moyens de se défendre contre un ennemi aussi perfide. Sévere, croyant alors n’avoir rien à ménager, assembla son armée, lui adressa une harangue dans laquelle il exposoitles torts d’ Albin, et où il disoit: «Albin, au mépris de notre traité et de son ser- «ment, après avoir obtenu de nous ce que l’on n’accorde qu’à ses «fils légitimes, aime mieux être notre ennemi qu’un prince affi- «lié . Qui est-ce qui ignore sa vie crapuleuse, qui annonce

(i) Capitol., XII. (2) Lib. III, 16. (3) Ibid., III, 16.

SUCCESSEURS DE COMMODE. i3g

«plutôt un porcher qu’un légionnaire?» L’armée ne répondit que par des acclamations; déclara Albin ennemi de l’empire, et demanda à marcher contre lui.

Selon Capitolin', Commode avoit offert par lettres le titre de César à Albin; mais celui-ci, prévoyant la chute de l’empereur, le refusa habilement. Après la mort de Pertinax, l’armée de la Grande-Bretagne proclama empereur son général Albin, comme celles de Syrie et de Pannonie en avoient usé avec leurs chefs Niger et Sévere. Celui-ci, marchant contre Julianus, et voulant se délivrer de toute crainte de la part d’ Albin, lui écrivit qu’il le déclaroit César; et le crédule Albin, se fiant à ses vaines promesses, demeura en repos.

Ceci se passoit 1 an ig.3 (946 de Rome). Tillemont2 conjecture de ce qu’entre les titres d’Albin, gravés sur ses médailles, on lit toujours celui de Septimius, un des noms de Sévere, que celuici avoit adopté Albin en le nommant César; mais on lit ce nom d’adoption prétendu sur les médailles frappées après qu’Albin se fut déclaré l’ennemi de Sévere, et il n’est pas vraisemblable qu’il l’eût conservé depuis cette époque. Au reste le vainqueur de Julianus, maître de Piome, sembloit vouloir multiplier les liens d’amitié entre lui et Albin; il le nomma consul pour la seconde fois; il fit frapper des monnoies en son nom; il fit élever des statues en son honneur, et il annonça qu’il le ehoisissoit pour son successeur3. Mais la défaite de Pescennius révéla les sécrétés pensées de l’ambitieux Sévere. Distribuant des sommes considérables pour le rétablissement des villes d’Asie ruinées par les troupes de Niger, il apprit qu Albin leur avoit aussi envoyé des secours pour se concilier 1 amour des peuples. Il commença les

ClIAP. VI. Successeurs d« Commode.

PI. XLVII

(1) Lib. I, 4- (2) Lib. III, 19. (3) Capitol., X.

ClTAP. VI.

Successeurs <Ii Commode.

PI. XLVII

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hostilités, selon Dion', en refusant d'abord à Albin les honneurs dont jouissoient les Césars, et ensuite le titre d’Auguste, que celui-ci prit néanmoins après qu’il se fut déclaré ouvertement l’ennemi de Sévere.

Alors il passa dans les Gaules avec son armée, qu’il y augmenta considérablement. Tl remporta une victoire sur les généraux de Sévere. Mais celui-ci accourut aussitôt, malgré la rigueur de la saison (l’hiver de l’an 197), et il livra bataille à Albin le ig février, près de Lyon, dans un lieu appelé par Spartien Tiburtiurn2 (selon l’opinion commune, dans une plaine qui se trouve entre leRhône etla Saône, où est bâti Trévoux). C’est là que l’on vit combattre, comme à Pharsale, deux armées, composées chacune de cent cinquante mille Romains, commandées par Albin et par Sévere. Celui-ci assistoit à une bataille pour la première fois; et il crut l’avoir perdue, lorsqu’il vit plier une partie de son armée, tomber son cheval percé de coups, lui-même dangereusement blessé. Il avoit quitté son paludamentum (manteau de pourpre qui distinguoit le général), pour échapper au fer des vainqueurs. Mais la fortune se déclara pour lui. Albin s’enfuit à Lvon, où les troupes victorieuses le poursuivirent; et il s’y tua, selon Dion, se voyant près d’être fait prisonnier. Sévere témoigna une joie extrême à la vue du corps d’ Albin, sur lequel il fit passer plusieurs fois son cheval, et qu’il abandonna aux chiens, après avoir coupé la tête pour l’envoyer à Rome. Il accorda le pardon il sa femme, dont on ignore le nom, et à ses enfants; mais il leur fit bientôt ôter la vie, et il ordonna qu’011 les précipitât dans le Rhône, avec les restes du malheureux Albin.

Ainsi périt Didius Clodius Septimius Albinus , après avoir

(1) Lib. LXXV, 4.

(2} Dio, LXXV, 8; IierocL, III; Spart., in Sev . , XI.

SUCCESSEURS DE COMMODE

régné quatre ans. Il étoit né à Adrumetum (dans la partie de C,UP. vi. l’Afrique qui forme aujourd’hui le royaume de Tunis). Il avoit ^

étudié les belles-lettres et l’agriculture; car on connoissoit de lui m, xlvij. des Géorgiques et des Contes dans le genre de ceux que l’on appe- k° s. loit Fables Mïlésiennes. Mais un attrait puissant le portoit à la profession des armes, qu’il embrassa fort jeune. Albin avoit une taille haute, des cheveux crépus, et un front large; il étoit très blanc, d’où lui étoit venu, selon l’opinion commune, le surnom Albinus '. Sa voix étoit grêle comme celle des eunuques ; son caractère, grave et sévere jusqu’à la cruauté, et son appétit, dévorant. La médaille de bronze du n° 5, pl. XLVII, présente un beau portrait d’Albin, sans couronne, avec la légende D idius CLO- Dzzw SEPTmz/uv AJURinus CAESar : le petit aigle qui paroît dans le champ a été incrusté lorsque la médaille appartenoit aux Gonzague, ducs de Mantoue. Revers: Minerve debout, tenant de la main droite une branche d’olivier, et de la gauche une lance ; un bouclier à ses pieds; légende: MINERca PAC ifera Tribunitid Votestate COS. ( consul ) II. Les sigles S. C. , gravés dans le champ , prouveroient, lors même que l’histoire seroit muette sur cet objet, que Sévere avoit autorisé le sénat à frapper des monnoies en l’houneur d’Albin.

Les portraits d’Albiu gravés sur ces médailles lui ont fait a 1 1 ri- 6 « 7.

huer, avec raison, par feu Visconti, la tête d’une statue du musée Pio-Clémentin, dont on voit ici la face et le profil sous les n°6 et 7.

(1) Capitol. , XIII.

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