ET JUL1A DOMNA SON ÉPOUSE
Sévere étoit né avec de grandes qualités; mais sa cruauté les ternit toutes. Il étoit sobre, économe, laborieux, inébranlable dans ses résolutions, actif, prudent jusqu’à la ruse, ami constant, sévere par raison, et cruel par caractère.
11 naquit, le 1 1 avril 146, à Leptis en Afrique (aujourd’hui Tripoli), où il étudia avec succès les lettres grecques et latines. IJ se rendit fort jeune à Piome pour perfectionner ses connoissances ; il s y appliqua a 1 étude de l’éloquence, de la philosophie, de la jurisprudence, et des arts libéraux. Si l’on en croit Eu trope , Victor, et Spartien, Sévere obtint de grands succès, et il prononça même a 1 âge de dix -huit ans des déclamations en public 1 ; mais Dion2, auteur contemporain , assure qu’il a voit plus d émulation que de dispositions réelles, et Spartien dit qu il conserva toujours en partie l’accent africain. Le même historien assure que son caractère dur et féroce se développa de bonne heure, et que des actions violentes et souvent répétées, même des crimes, signalèrent sa première jeunesse.
Son oncle, Septimius Severus, homme consulaire, le fit connoitre a Marc-Aurele, qui le créa sénateur à l’âge de trente-deux ans, et le nomma avocat du fisc. Aussi conserva-t-il toujours de la reeonnoissance pour cet empereur, qu’il regardoit comme l’auteur de sa fortune. Ses progrès dans la carrière des emplois et des honneurs furent rapides. Il obtint le commandement de
(1) Eutrop. , VIII, ty; Spart., Sev. , I, n;Vict.,XX.
(2) Lib.LXXVI, 16.
la quatrième légion scythique , campée auprès de Marseille , puis c„*p. vit. celui de la Gaule lyonnoise, qu’il gouverna avec autant de sé- SePtime vente que de desinteressement, ensuite successivement le pro- planches consulat des Pannonies et de la Sicile. 11 fut du nombre des vin<n- XLVIIe,XLVm cinq consuls créés par Commode dans le courant de l’année i85 '
(g38 de Rome). Enfin, commandant les armées de la Pannonie et de 1 Illyrie, il demeura fidele à Commode et à Pertinax.
La mort de ce vertueux prince éveilla toutes les ambitions.
Sévere dissimula la sienne, et ce fut, en apparence, malgré lui cpie son armée le proclama empereur à Carnutum (aujourd’hui Haimbourg, sur la rive gauche du Danube, près et au-dessous de Tienne en Autriche), et lui donna le surnom de Pertinax, du prince dont il promit de venger la mort. On peut apprécier la répugnance cpi’il avoit témoignée, lorsqu’on le vit donner à chaque soldat une somme si considérable, «qu’aucun des princes «qui l’avoient précédé, dit Spartien1, n’en avoit donné d’aussi «forte, « et marcher sur Rome avec une rapidité sans exemple.
Méprisant les décrets du sénat, qui avoit reconnu Didius Julianus successeur de Pertinax, et connoissant l’indolence du nouvel empereur, il se présenta aux portes de la capitale. Les sénateurs effrayés firent ôter la vie à ce fantôme de souverain , et conférèrent l’empire à Sévere au commencement de juin de l’année iq3 ( 946 de Rome).
Avant d’entrer dans la capitale, il cassa le corps des prétoriens, et punit de mort ceux d’entre eux qui avoient assassiné Pertinax et vendu l’empire à l’encan. Ensuite il se rendit au Capitole, accompagné d’une soldatesque insolente qui répandit la terreur et inspira de la haine pour le prince plutôt que du res-
(1) Spart., IV. (2) Ibid., V.
Chap. VII.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Septiine Scvere et sa famille.
Planches XLVII et XIjVIIJ.
pect'. Suivi du même eortege, il alla au sénat, et fit reconnoitre César Albin, qui commandent l’armée delà Grande-Bretagne, afin de tromper ce général, peu défiant, en lui donnant l’espoir de partager l’empire avec lui.
Sévere, après avoir fait l’apothéose de Pertinax, tourna toutes ses pensées vers l’Orient, où Niger s’étoit fait élire empereur. Il créa d’abord de nouveaux prétoriens; mais il les choisit dans toute la milice, même parmi les soldats auxiliaires2, qui étaient barbares en grande partie ; tandis que ses prédécesseurs les tiroient seulement de l’Italie, de l’Espagne, de la Macédoine, et du Noricum (la Souabe). Il s’attacha ainsi la milice; mais la jeuuesse de l’Italie n’ayant plus, comme le fait observer Dion, cette carrière ouverte, se perdit, et se jeta dans les bandes de voleurs et les troupes de gladiateurs. D’ailleurs le peuple, effrayé du regard farouche et de l’idiome barbare des nouveaux prétoriens, 11e vit en eux que des ennemis et de vils suppôts du despotisme.
A peine Sévere eut-il passé un mois à Rome , qu’il partit pour l’Orient, précédé et accompagné d’armées nombreuses. Pescennius Niger eut d’abord quelques succès; ensuite la fortune l’abandonna auprès de Cyzique, vers l’Hellespont, et dans la plaine d’issus, qui sépare la Cilicie de la Syrie , où jadis Alexandre avoit vaincu Darius. Des soldats du parti de Sévere poursuivirent et tuerent, l’an 194, Pescennius, qui fuyoit. chez les Partîtes; et Sévere envoya sa tète aux Byzantins, qui, fideles à Niger, soutinrent pendant trois ans un siège mémorable. La cruauté du vainqueur s’exerça d’abord contre leur ville, qu’il dépouilla de tous ses titres, dont il abattit les fortifications, et qu’il réduisit
(1) Spart. , VII.
(2) Dio, LXXIV, 2.
FAMILLE DE SEPTIME SEVERE. i47
au rang d’une simple bourgade; ensuite contre un grand nombre de sénateurs et contre tous ceux qui, comme eux, avoient été les partisans de Niger. Quelques uns de ceux-ci se réfugièrent chez les Parthes, entrèrent dans leur milice, leur apprirent la tactique des Romains et à fabriquer les armes de leur pays; ce qui rendit le Parthe un des plus redoutables ennemis de l’empire.
La mort de Niger ayant délivré Sévere d’un rival redoutable, il laissa voir à découvert la perfidie dont il avoit usé avec Albin. Il ne garda plus de mesure avec lui, et il vint dans les Gaules combattre en personne contre celui qu’il avoit adopté et nommé César. Celui-ci périt, l’an 197, auprès de Lyon; et Sévere trouva dans sa mort, comme il P avoit trouvé dans celle de Niger, un jrrétexte pour faire couler le sang, dont il étoit si avide; pour accumuler les richesses par des confiscations nombreuses , et pour combler de biens ses soldats.
Revenu à Rome , il fit rendre les honneurs divins à Commode, qu’il appeloit son frere, sans doute parcequ’il regardoit comme son propre pere Marc-Aurele, l’auteur de sa fortune. Dion', qui étoit alors sénateur, dit que cette fraternité prétendue glaça d’effroi le sénat, parcequ’on craignit que Sévere ne voulût prendre pour modèle cet empereur cruel, dont il faisoit sans cesse l’éloge. Mais le but de Sévere, en cherchant à faire partie de la famille des Autonins , fut de se rendre cher au peuple et aux soldats , par qui ce nom fut toujours révéré. Aussi le fit-il prendre par son fils aîné Bassianus (que nous appelons Caracalla), qu’il avoit déclaré Auguste l’an 198, en donnant en même temps à Géta , son fils cadet , le titre de César.
Chap. VH.
Septime Sévere et sa famille.
Planches XLVII et XLV1II.
(1) Lib. LXXV, 7.
Chap. VII.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Septime Sévere et sa famille.
Planches XLVII et XLVIII.
La promptitude avec laquelle Sévere transportait ses troupes d Orient en Occident, et réciproquement, le fit à juste titre comparer, sous ce point de vue , à Jules César. On le vit, l’an 199, dans la Mésopotamie, sur les bords du Tigre, assiéger la ville d Hatia , situee dans un desert près du fleuve, au-dessus d’Apa-
mee (ses ruines sont connues aujourd’hui sous le nom de Hatder). Trajan avoit été forcé d en lever le siège. Sévere espéroit réussir dans une entreprise où cet habile guerrier avoit échoué; mais il ne fut pas plus heureux dans les deux tentatives qu’il fit. On reconnut dans ce siège d’IIatra ( qui s’écrit aussi Atra) combien remportaient en courage et en instruction les légions levées en Europe sur celles que fournissoit l’Orient. Les premières ayant refuse de monter a 1 assaut, les dernières, qui les remplacèrent, furent repoussées avec une perte considérable'.
Sévere étoit aussi jaloux de son autorité que Tibere; et cependant, comme Tibere, il eut un Séjan. Il fit épouser à Caracalla la fille de Plautien, qu’il créa préfet du prétoire, à qui il abandonna le gouvernement, auquel le sénat et le peuple éleverent des statues, et qui jouit enfin d’une autorité sans bornes. La cupidité de ce favori étoit extrême; il amassa en peu d’aunées des richesses immenses. N.011 seulement la voie du luxe et du faste de Plautien irritait le peuple contre l’empereur, qui n’y mettait point d obstacle; mais les moyens par lesquels il soutenoit ce luxe et ce faste rendoient encore Sévere plus odieux. La confiscation des biens étoit, depuis les proscriptions de Sylla, une suite inévitable de la peine de mort; et Plautien, quelle enrichissoit, multiplioit les victimes et les prétextes pour obtenir l’assentiment de l’empereur, dont le caractère le portait tou-
(1) Dio, LXXY, 12.
jours à la cruauté. Il paroît prouvé que Plautien eut aussi , c«.f, vu.
comme Séian, l’envie de ceindre le diadème. Un tribun montra SePtime s=veie à Sévere l’ordre de le tuer avec son fds Caracalla, écrit de la planches
• î r • i i il 1* XL VII et XLVIII
main du lavori, qui, appelé sur-le-champ au palais, y trouva, l’an 2o3 , la punition de ses crimes '.
Au commencement de l’an 202 (955 de Piome), Sévere parcourut l’Egypte jusqu’à l’Ethiopie, et visita avec soin ses antiques monuments. Il en changea l’administration, qui jusque-là n’avoit été confiée qu’à un seul officier. Un sénat et un conseil public y furent établis comme dans les autres provinces de l’empire; faveur ou justice qui avoit toujours été refusée aux Egyptiens. Sévere reviut à Rome vers l’automne de cette année; il donna pour épouse à son fils aîné Caracalla la fille de Plautien.
Le sénat éleva en l’honneur du pere et du fils , parcequ’ils avoient reculé les bornes de l’empire, l’arc de triomphe que l’on voit encore au bas du Capitole. Les largesses de Sévere furent si grandes, que , suivant le témoignage de Dion 2, elles surpassoient celles de tous ses prédécesseurs. Il donna à chaque prétorien et à chacun de ceux qui recevoient les distributions gratuites de blé dix aureus , ou pièces d’or (valant ensemble environ 247 fr.) : ce qui fit la somme énorme de 35 millions de francs. Le nombre des aureus étoit é<ral à celui des années de son remie.
La célébration des jeux séculaires, l’an 204 (957 de Rome), remplit de joie tout l’empire. Les précédents datoient de l’an 88 (841 de Rome), sous le régné de Domitien ; et les derniers furent célébrés par Philippe pere, l’an 248 (1001 de Rome). La paix régnoit enfin dans l’empire romain. Sévere employa le loisir qu’elle lui laissoit à corriger les abus qui s’étoient introduits
(1) Herod., III; Ammian., XXIX.
(2) Lib.LXXVI, r.
Part. II.
Chap. vu. dans toutes les parties de l’administration, et dans l’exécution septime sévere jes j0js jq trouva de grands secours dans les conseils de Papi-
et sa famille. o
planches uieu, le plus savant jurisconsulte qui ait existé et qui existera
XLVII etXLVIIT. . . . r. • p • t l’i ’i
jamais, dit Cujas Zosime1 en avoit tait un plus grand eloge : l! avoit dit que son amour pour la justice égaloit sa science. On erovoit avec raison qu’il tempéroit par sa prudence la cruauté de Sévère, et qu’il contribua beaucoup à lui concilier pendant les dernieres années de son régné l’affection des Piomains, que les premières l’avoient empêché d’obtenir. Aussi disoit-on de Sévere, comme on P avoit dit d’Auguste, que, pour le bonheur de Rome, il aurait dû ne jamais naître, ou ne jamais mourir. C’est le jugement que le sénat en porta après sa mort.
Jusqu’à l’année 209 011 11’avoit vu que deux Augustes s’asseoir sur le trône impérial ; cette année Sévere donna ce titre à son fils cadet Géta, qui par-là devint le collègue de son pere et de son frere3. Ils suivirent, avec leur mere Julie, dans la Grande-Bre-
(3) La première médaille, sur laquelle l’existence simultanée des trois empereurs est exprimée par l’abréviation À VG GG , appartient au tyran Régalien. Quant aux inscriptions, la seule sur laquelle on lût AVGGG , appartient à Théodose et à ses
(1) Cujatius, in Cod. Theod.
(2) Zosim. , lib. I , p. i i .
fds. Mais, en i8o5, je fis connoître à l’institut [IIIe Classe , tome I) une inscription trouvée à Lyon en 1 780, consacrée à conserver le souvenir du repentir des habitants de cette ville, et de leur soumission à l’heureux vainqueur d’Àlbin , à Septime Sévere. En voici le commencement et la fin :
BONAE • MENTI • AC • RE DVCI • FORTUNAE • RED ÎIIBITA • ET • SVSCEPTA