‹ Iconographie romaine (volume 2)Chapitre 21 sur 45 · PROVINCIA · texte numérisé non relu

PROVINCIA

Titus FLAVIVS • SEGVNDVS • PHIL1PIA NVS • Vir C larissimus LEG atus AVGGG ustorum.

ARAM ■ CONSTITVIT • AC DEDIGAVIT.

FAMILLE DE SEPTIME SEVERE. i5i

tagne , l’empereur qui avoit saisi avec empressement le prétexte chap. vii. d’y apaiser quelques troubles, pour cueillir des lauriers dans le s^a“uT nord , pour arracher ses fils et ses soldats aux plaisirs et a la vie planches

51 , ' l • XLVIIetXI.VIlI,

oisive de Rome'. Quoique la goutte, dont il etoit attaque, lui permit rarement de voyager à cheval, il fit une diligence extraordinaire. Hadrien avoit élevé un mur qui séparoit la Calédonie (l’Ecosse) et le pays des Méates de celui des Bretons; Sévere, l’an 210, en éleva un qui séparoit les Calédoniens des Méates’, et qui s’appuyoit sur l’Océan par ses deux extrémités (entre la riviere de Clyde et le golfe deFortli).

Ayant obligé les Calédoniens à demander la paix, Sévere ajouta à ses titres celui de Britannicus , qu’il donna aussi à ses fils.

Mais la fortune, qui l’avoit toujours favorisé, l’abandonna dans cette contrée; il y éprouva le plus grand chagrin qui puisse affliger un pere. Caracalla, marchant à côté de l’empereur, à la tête de l’armée et cà la vue de l’ennemi, arrêta son cheval, et tira son épée du fourreau , comme s’il eût voulu percer le prince. Il fut retenu par le cri que jeterent tous ceux qui accompagnoient l’empereur, et qui fit retourner Sévere 3. Celui-ci vit l’épée nue dans la main de son fils, mais il retint sa colere en public. Ensuite, s’étant mis sur son lit, avec une épée près de lui, il fit venir Caracalla en présence de Castor son chambellan intime, et du préfet du prétoire Papinien, et il lui dit: «Si vous voulez «commettre un parricide , satisfaites à présent vos désirs, et non «pas à la vue de toute la terre , des amis , et des ennemis. Mais ,

«si vous avez encore quelque répugnance à le commettre vous- «mème, donnez-en l’ordre à Papinien. Vous êtes son empereur,

«il doit vous obéir. »

(i) Dio , LXXVI , ii.

(2) Spart. , XVIII.

(3) Dio , LXXVI , 1 4.

i5a ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

chap. vu. Caracalla ne fut pas touché de tant d’indulgence; il souleva ^es troupes contre Sévere , cpii, disoit-on , n’étoit plus capable de Hanches commander, à cause de la goutte qui le tourmentoit sans cesse

XLVIf et XLVIlr. .

Mais 1 empereur donna encore des preuves de sa fermeté. Il fit amener devant son tribunal les officiers coupables et Caracalla puis il ordonna qu’on tranchât la tête à tous, excepté cà son fils. Portant ensuite la maiii a son front, il dit à ceux qui lui demandoient grâce: «Vous sentez à présent que c’est la tête qui com- « mande , et non les pieds . » Dion raconte que ce fils impie bâta, selon l’opinion commune , la mort de Sévere , qui cessa de vivre à Eboracum (û ork),dans la Grande-Bretagne , le 4 de février de l’an 11 1 , âgé de près de soixante-six ans , dont il avoit régné près de dix-liuit.

Sévere se fit apporter, quelques instants avant sa mort, l’urne d or qui devoit renfermer ses cendres , et il dit en la voyant : «Tu «vas renfermer tout entier celui que la terre n’a pu contenir. » Ou la transporta à Rome, et on la déposa, après la célébration de son apothéose, auprès de celles des Antonins, dans le mausolée d Hadrien. Hérodien 1 nous a conservé seul les détails de cette pompeuse cérémonie.

Cet empereur avoit écrit sa vie avec assez de vérité, selon Spartien ; mais cependant Dion4, historien contemporain de Sévere, na pas cru devoir se conformer toujours à ses récits. Il avoit eu deux épouses : Marcia , qui mourut avant qu’il fût parvenu à l’empire, et Julia Douma Pia , mere de Caracalla, de Géta, et de deux filles.

Sévere étoit grand, bien fait; il avoit les cheveux blancs et frisés; sa barbe étoit fort longue; ses traits inspiroient le res-

(1) Spart. , XVIII.

(2) Ibid., XV.

(3) Herod., IV, 3.

(4) Lit. LXXV, 7.

pect ; il avoit une voix agréable , quoiqu’il conservât même chap. vu. étant vieux quelque chose de la prononciation dure des Afri- Sertime

1 et sa famille.

C cllIlS . Planches

Les portraits de Sévere sont, si l’on excepte ceux de Lucius XLV1IetXLVm' Verus, les plus nombreux de tous ceux des empereurs que renferment les collections d’antiques. Leur authenticité est prouvée par les beaux médaillons de ce prince, et par leur conformité avec le portrait que Spartien en a tracé, et qui a été reproduit ci-dessus. Le prince Barberini possédé une statue héroïque en bronze de Sévere : ce monument est très précieux ; car l’avidité des barbares pour les métaux a laissé parvenir jusqu’à nous très peu de statues de bronze.

On voit ici sous le n° i et 2 de la planche XL VII, la face et le to 1,2, 3, et 4. profil dun buste de Sévere, renfermé dans le musée royal avec le n" 11 4- Il est bien conservé et d’un beau style. L’empereur est revêtu du paludamentum (chlamyde, ou sagum des généraux), jeté sur la cuirasse. La ressemblance de ce buste est prouvée par le médaillon de bronze dun1 4> et Par médaille de bronze du n° 3. Sur le premier, qui a été frappé l’an 1 q5 , paroît le buste de Sévere, couronné de laurier, revêtu de la cuirasse et du paludamentum, avec la légende L ucius SEPTIM1VS PERTINAX AYGustus IMPerator IIII. Revers: Hercule nu, debout, tenant sa massue avec la main droite, et la dépouille cl’un lion avec la gauche ; à ses côtés , Bacclius debout , tenant avec la main droite un vase à deux anses ( cantharus ) , et un thyrse avec la gauche; à ses pieds est une panthère: légende, DIS AVSPICIBVS (aux Dieux protecteurs) Vontifex M aximus AR (par erreur de l’artiste pour TR ibunitia) i' oies las III. COS. ( consul ) II, Valer Patrice.

(1) Spart., XIX.

z54 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

CnJ,, vu. Ce médaillon confirme le récit de Dion qui dit que Sévere avoit Septîme Sévere gieyg un grand temple en l’honneur de ces deux divinités. Sur la Manches médaille de bronze du n° 3 on voit un buste pareil, avec la lév.vir etXLvrir. geuqe SEVERVS PIYS AV Ou si us Vontifex M aximus TPi ibunitia P otestas XII. Revers: l’empereur debout, en costume civil, versant une patere sur un autel, aux côtés duquel sont debout P>acchus et Hercule, avec leurs attributs (comme sur le médaillon); au bas, le Tibre à demi couché, et un porc conduit par un victimaire ; légende, COS. (conju/) III. LVDoj SkECulares FECû S. C. Ce fut en l’année 204 que Sévere célébra les jeux séculaires. K’ 3. Le 11° 3 de la planche XLVIII présente un précieux camée du cabinet du roi, formé de trois couches d’agate de couleurs différentes, une blanche entre deux bleues. On y voit les bustes de Sévere, de Julia Domina, son épouse, et de ses fils Caracalla et Géta.

Julia Domna Pia, épouse de Septime Sévere, dut aimer, par recounoissance, lastrologie, lors même qu’elle eût connu la vanité de cette prétendue science ; car Sévere l’épousa uniquement à cause du thème de sa naissance, qui lui promcttoit un roi pour mari'. En effet, elle étoit née dans les derniers rangs de la société , ii Emese en Syrie ; et cependant Sévere, qui avoit beaucoup étudié l’astrologie, et qui étoit dévoré du désir de régner, ayant appris le pronostic de la grandeur promise à la jeune Syrienne , l’épousa après la mort de Marcia, sa première femme. L’ensemble de la conduite prudente et calculée de Sévere fait penser cpie, lors même qu’il n’auroit pas ajouté foi à la prédiction des astrologues, il auroit encore lié son sort à celui de

(1) Lib. LXXVI, 16. (2) Spart., in Severo, III.

FAMILLE DE SEPTIME SEVERE. i55

Julia Domna, afin que les Piomains en fussent frappés et qu’ils entrevissent clans l’arrêt du destin un motif pour élever Sévere au premier rang. On n’en peut reculer l’époque plus tard qu’à l’an 175 (928 de Rome), année de la mort de Faustine jeune; car Dion ' dit que cette impératrice fit elle-même des dispositions pour ce mariage.

Victor2 assure cjue Julia fut toujours chere à son époux, quoiqu’il eût découvert une conjuration contre lui, dans laquelle elle étoit entrée, et quoiqu’il n’ignorât pas la vie licencieuse qu’elle menoit pendant qu’il faisoit des lois rigoureuses contre les adultérés. Ce fut donc en vain que Plautien, favori de Sévere, jaloux de cette intimité, forma contre elle plusieurs accusations. Pour en détruire l’effet, elle s’attacha à l’étude de la philosophie, et s’entoura de sophistes ; elle ordonna à Philostrate d écrire la vie d’Apollonius de Tyane 3, qui est parvenue jusqu’à nous.

Sévere l’emmena avec lui et avec les deux fils dont elle l’avoit rendu pere, Caracalla et Géta, dans son expédition contre les Calédoniens (lesEcossois). Là elle reprocha un jour à l’épouse d’un de ces barbares la facilité avec laquelle les femmes de son pays s’abandonnoient à tous les hommes. «Nous remplissons «mieux que vous autres Piomaines, répondit celle-ci, le vœu de «la nature; car nous vivons publiquement avec les hommes les «plus recommandables, tandis que vous accueillez en secret le «rebut de l’espece humaine4.»

Quoique Caracalla, devenu empereur, témoignât à Julia Domna une grande considération, elle ne put cependant parvenir à établir la paix entre ses deux fils; et le dernier, Géta, fut poignardé entre ses bras. Peu s’en fallut qu’elle n’éprouvât le

Chap. VII.

Septime Sévere et 5a famille.

Planches XLVII et XL VIII.

(1) Lib. LXX1Y, 3.

(.2) Cœsar. , XX.

(3) Pliilost., Vil. J poil., I, 3.

(4) Dio, LXXYI, 16.

Chat. VII.

Septime Sévere et sa famille.

Planches XLVII etXLVIII.

i56 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL même sort, à cause de la douleur qu’elle témoigna de cet horrible meurtre1. Elle la renferma depuis dans son sein, et elle reconquit les bonnes grâces de Caracalla, à qui elle donnoit quelquefois de sages conseils. Mais ce rapprochement et la vie licencieuse qu’elle avoit toujours menée firent naître le bruit qui se répandit, bruit qui a été confirmé par Spartien, par Eutrope, et par Victor” (mais qui semble démenti par le silence de Dion et d’Hérodien, les deux seuls écrivains contemporains), qu’elle s’étoit présentée devant sou fils presque nue; que ce prince, frappé des traits de beauté qu’elle conservoit encore, s’étoit écrié; «Ab! s’il étoit permis!» qu’elle lui avoit répondu; «Vous êtes empereur; vous faites les lois, et vous n’en recevez «pas;» et qu’alors il avoit célébré avec elle toutes les cérémonies civiles et religieuses du mariage. De là vint le surnom affreux de Jocaste, que lui donnèrent les Alexandrins.

La résolution qu’elle prit de se laisser mourir de faim, après le meurtre de Caracalla, sembla confirmer ces bruits honteux; mais Macrin, le meurtrier, l’ayant assuré par ses lettres qu’il lui conservoit le titre d’Auguste et les honneurs des impératrices , elle prit des aliments. Cependant le nouvel empereur, voyant qu’elle montroit publiquement le désir d’exercer quelque pouvoir, lui ht ordonner de sortir d’Antioche, où il résidoit; alors elle exécuta son premier dessein , et elle mourut de faim l’an 217. Dion" dit que sou corps fut transporté à Rome, déposé d’abord dans le tombeau des Césars Caïus et Lucius, et ensuite dans le monument des Antonins.

Julia Domna eut deux bis célébrés dans l'histoire, et deux filles entièrement inconnues. Sa sœur, l’illustre Maesa, fut mere

(1) Spart., Carac., IH. (2) Spart., Carac., X>; Eutr., in Came.;

(3) Lib. LXXVIII, 24. Vict., in Cœs.

(1) Spart., Carac., III.

(3) Lib. LXXVIII, 24.

FAMILLE DE SEPTIME SEVERE. i5 7

de Soémias et. de Marnée; à la première desquelles Elagabale dut le jour, comme Alexandre Sévere le dut à la seconde.

On croit généralement aujourd’hui que le nom propre, le nom syrien de cette impératrice, étoitDomna; qu’elle y ajouta, suivant Fusain des Orientaux soumis aux Piomains, un nom pris dans leur langue, celui de Julia ; et enfin que Pia fut, comme Félix, un surnom honorifique'.

Les médaillons et les médailles de Julia Domna prouvent qu’elle étoit fort belle, comme le dit Spartien1. On voit ici, à la planche XL VIII, sous le n" 4, un médaillon de bronze sur lequel est gravé le buste de Julia Domna, avec la légende IVLIA • AVGVSTA. Revers : femme de bout, tenant de la main droite des épis , et une longue torche de la gauche; un autel à ses côtés; légende, CERES. Visconti reconnut, d’après les médailles, le huste colossal de Julia Domna, qui est conservé dans le musée Pio-Clémentin, et dont la face et le profil sont gravés ici sous les n° 1 et 1. Il attribua à cette princesse, sur le même fondement, une belle statue du musée royal, n° q3, qui la représente comme on peignoit la Pudicité, c’est-à-dire enveloppée dans sa palla de la tète aux pieds,

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