‹ Iconographie romaine (volume 2)Chapitre 27 sur 45 · ET SES ÉPOUSES · texte numérisé non relu

ET SES ÉPOUSES

JULIA CORNELIA PARLA, A QUILIA SEYERA.

ET ANNIA FAUSTINA.

Quoique les Romains eussent encore présents à l’esprit les régnés affreux de Caligula, de Néron, de Domitien, de Commode, et de Caracalla, ce fut dans l’histoire d’Assyrie qu’ils cherchèrent un monstre couronné, Sardanapale, pour caractériser 1 infâme Elagabale; tant celui-ci avoit surpassé ses prédécesseurs en déhanches et en prodigalités3!

Elagabale fut appelé, en naissant, Varius Avitus Bassianus, et il prit ensuite les noms de Marcus Aurelius Antoninus, pour faire croire qu’il étoit fils adultérin de Caracalla. Les premiers noms étoienteeux de son pere, de son aïeul, et de son bisaïeul maternel. Il étoit arriere-neveu de Julia Domna, par son aïeule Julia Maesa, sœur de cette impératrice. Il se trouvoit cousin d’Alexandre Sévere, fds de Marnée, la sœur de sa mere, Soémias. Elagabale naquit l’an 2o5 (c)58 de Rome ) à Emese, ville de Phénicie célébré par le temple magnifique du dieu Elagabale, quelle renfermoit. A peine sorti de l’enfance, il en fut créé prêtre avec

(1) Le 110m de cet empereur se trouve écrit le plus souvent Héliogctbale , mot composé du nom grec du soleil et de la terminaison du syrien Elagabale; mais on a adopté depuis quelques années le der¬

nier nom , d’après les médailles sur lesquelles on lit , SACERDOS DEI SOLIS ELAGABa/i, et SANCTo DEO SOLI ELA- GABALo.

(2) Dio, LXXIX.

FAMILLE D’ELAGABALE. i83

son cousin Alexandre; et jamais peut-être il ne se fût élevé plus haut sans le secours de Maesa, son aïeule.

Maesa, ayant vécu à la cour de Sévere, auprès de l’épouse de cet empereur, de Julia Domna, et se voyant ensuite renvoyée avec cette sœur, jeta les yeux sur son petit-fils Elagabale pour remonter avec lui sur ce brillant théâtre. Celui-ci, âgé de quatorze ans, avoit une taille avantageuse, de beaux traits, un air de douceur qui lui concilioit l’affection générale; sa beauté étoit encore relevée par l’éclat du magnifique costume qu’il portoit, en qualité de pontife du dieu Elagabale. Maesa avoit remarqué que les soldats de Macrin, campés aux environs d’Antioche, et qui venoient à Emese pour assister aux fêtes du dieu, étoient frappés de l’air de grandeur du jeune pontife, et avoient conçu de l’affection pour lui. Elle entretint ces dispositions favorables en donnant à entendre qu’il avoit pour pere Caracalla'; qu’il étoit le fruit d’une foiblesse de Soémias, sa mere, avec cet empereur, dont le nom leur étoit toujours cher, et quelle emploieroit ses grandes richesses pour le faire monter sur un trône qui lui appartenoit.

Les soldats, irrités de la sévérité de Macrin, se laissèrent gagner. Alors Maesa conduisit dans le camp situé près d’Emese son fils, revêtu d’un manteau qu’avoit porté Caracalla dans son enfance , et le présenta comme le fils de cet empereur2. Le 16 mai ai 8, l’armée posa le diadème sur le front d’Elagabale, et lui donna les noms de Marc-Aurele Antonin , qu’avoit pi’is son prétendu pere. Macrin envoya contre ce rival un préfet du prétoire avec des troupes qui furent défaites, et lui-même fut vaincu près d’Antioche et tué dans sa fuite. Diaduménien, que

Chav. IX.

Élagabale et sa famille.

PI- LI

(i) Lampr. , Heliog.,11] Dio, LXXVI1I, 3o; Herod., V, 4. (2) Dio, LXXVIII, 3 1.

Chat. IX.

Élagabale

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son pere, Macrin, avoit déclaré Auguste, éprouva un sort aussi funeste; et Elagabale régna sans rival depuis le 7 juin 218, jour où il entra à Antioche en vainqueur'.

Il écrivit au sénat une lettre remplie de calomnies contre Macrin, promettant cependant de ne jamais poursuivre ceux qui avant la mort de cet empereur avoient agi ou écrit contre lui, Elagabale. On assure qu’il tint sa promesse; mais l’on a remarqué aussi que c’étoit la seule boune action qu’il ait faite pendant les trois années de son régné. Il en signala le commencement en poignardant Gannys, l’ami de sa mere et de son aïeule, le soutien de son enfance , celui qui avoit le plus contribué à son élévation, et qui lui donnoit de sages conseils. Arrivé à Rome en 219, et la première fois qu’il entra dans le sénat , il voulut qu’on invitât son aïeule à y siéger auprès des consuls; elle donna son avis et remplit toutes les autres fonctions des sénateurs. Livie et Agrippine, malgré leur puissance et leur ambition, n’avoient jamais eu tant d’audace; et jamais 011 ne vit un pareil exemple après Elagabale. Celui-ci conduisoitjtoujours Maesa avec lui, non seulement au sénat , mais aussi dans le camp des prétoriens ; et sa mère Soémias créa un sénat de femmes, où elle rendoit des décrets

(1) Une inscription trouvée vers la fin du dernier siecle, en creusant les fondations de là sacristie de Saint-Pierre de Rome, et relative aux freres Arvales (association religieuse), nous apprend que le 12 juin on connoissoit à Rome la victoire du 6 juin, remportée par l’armée d’Ëlagabale près d’Antioche de Syrie. Ces deux villes étoient séparées par quinze degrés de longitude , environ trois cents lieues moyennes, ce qui fait cinquante lieues par jour. On s’étonnera moins de cette vitesse extraordinaire si I on se rappelle que les

anciens employoient, pour faire parvenir les nouvelles , des relais sur la terre , et des signaux de feu sur les îles situées dans la mer Égée et la mer Ionienne (l’Archipel et l’Adriatique). Eckehl ( Doctr . Numism. Vet., VII, 247) rapporte cette inscription, dans laquelle on lit pridie Idus lui; ce qui donneroit un mois d’intervalle, et par conséquent n’apprendroit rien d’extraordinaire : c’est évidemment une faute d’impression, et l’on doit lire pridie I dus « I un , « la veille des ides de juin. »

FAMILLE D’ELAGABALE. i85

sur le costume de son sexe, et sur tous les objets frivoles dont il s’occupe ordinairement.

Au mépris des Romains pour l’auteur de ces folies succéda bientôt une haine profonde, lorsqu’ils le virent profaner les objets de leur culte. Prêtre du dieu Elagabale, l’empereur, qui en prenoit le titre sur ses monnoies, voulut faire de sa divinité le premier des dieux de tout 1 univers. C’étoit une pierre noire arrondie par le bas et terminée en cône', il bâtit donc auprès du palais des empereurs un temple superbe, dans lequel II fit transporter Elagabale, le feu de Vesta, la statue de Cybele, les boucliers ( ancilia ) sacrés de Mars, le palladium , demeuré jusqu’alors invisible, enfin la célébré divinité de Carthage, Céleste, cp.e l’on croyoit représenter la lune2. Non content d’une réunion aussi bizarre , il imagina bientôt de faire épouser Céleste par Elagabale, image du soleil; et il obligea même tous les sujets de l’empire à faire les frais de ce mariage ridicule.

Toutes les actions de cet empereur furent des actes de cruauté, de démence, ou de débauche outrée. Son aïeule, Maesa, n’ayant pu y mettre un frein par ses remontrances, prévit le sort funeste qui le menaçoit, et travailla à s’assurer, ainsi qu’à sa famille, un avenir moins malheureux. Elle parvint à lui persuader qu’il clevoit associer à l’empire son cousin Alexandre. Elagabale le conduisit au sénat, accompagné de Maesa et de Soémias. Là il annonça que son dieu Elagabale lui avoit ordonné d’adopter son cousin (quoique celui-ci fût moins âgé que lui seulement de quatre ans), de lui donner le nom d’Alexandre; et il le déclara César et consul pour l’année suivante. Après cet acte solennel, il

(i) Cette pierre, les bætiles, et d’autres pierres adorées dans l’Orient, étoient probablement des aérolithes , c’est-à-dire

des pierres tombées de l’atmospbere* (2) Lampr. , Heliog ., III.

Ciivp. IX.

Elagabale et sa famille,

PI. LI

Sjf -*

186 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

■ , ; i\ voulut engager le jeune prince à partager ses folies et ses débauc-IZ'ùm'ïh c*ies 1 mais Marnée , mere d’Alexandre , en éloigna son fils par ses pi u conseils , et par ceux des maîtres de tout genre , qui lui donnoient des leçons en secret. Elagabale , voyant dans Alexandre des inclinations entièrement opposées aux siennes, se repentit de l’avoir adopté, et employa tous les moyens pour le faire mourir; mais la vigilance de Marnée et l’amour des soldats préservèrent le jeune César de ses embûches.

Les prétoriens , irrités contre l’empereur, ne s’apaisèrent qu’en lui faisant promettre de respecter les jours de son cousin, et

! d’éloigner les compagnons de ses débauches. Elagabale promit

tout ce qu’on exigea de lui, et ne tint aucune de ses promesses. Ayant appris quil persevéroit dans ses sinistres desseins contre Alexandre, les soldats jurèrent de lui ôter l’empire, et ils le poignardèrent avec sa mere, qui le tenoit embrassé. L’endroit du camp ou périt Elagabale, les latrines, étoit un tombeau di<me

d un tel monstre ; on 11e l’en arracha que pour le précipiter dans le libre. Il étoit âgé de dix-huit ans, lorsqu’il mourut, le 1 1 mars 222 de 1ère vulgaire (975 de Rome). Il en avoit régné quatre. Elagabale fut le dernier des Antonins. Il avoit eu pour épouses légitimes et avoit répudié Cornélia Paula, Aquilia Severa, et Annia Faustina; aucune d’elles ne l’avoit rendu pere.

On peut croire que la haine et le mépris ont exagéré le nombre et le genre des débauches, des traits de folie et d’avarice, et des actes de cruauté qui ont fait du nom d’Elagabale le surnom des princes les plus odieux. Cependant j’en dois rapporter quelques uns pour faire connoitre les dangers de la puissance absolue. Il dissipa les trésors amassés par Macrin. Les lieux les plus reculés de l’empire fournissoient au luxe de sa table, qui étoit ordinairement couverte de vingt-huit services. Il buvoit à chaque repas

îi

FAMILLE D’ELAGABALE. j87

dans une nouvelle coupe d’or. Le baume, alors aussi précieux que l’or, alimentoit ses lampes, et il se baignoit dans des piscines parfumées. Il se fit servir un repas composé de langues de paons et de rossignols, et l’aliment ordinaire de ses lions étoit des perroquets et des faisans; quelquefois il n’invitoit à ses repas que des chauves, ou des louches, ou des sourds, ou des hommes très gras, ou des hommes très maigres; et souvent il fit lâcher sur eux des lions et des léopards auxquels on avoit coupé les ongles et arraché les dents; et quelquefois tous les mets qu’on leur servoit étoient d’ivoire, de cire, ou de marbre. Après ses repas, il se livroit à la danse, ou il conduisoit des chars, ou il faisoit mettre à mort quelque riche citoyen pour hériter de ses biens.

Afin de donner une preuve de la grandeur de Rome, Elagahale fit ramasser toutes les toiles d’araignées qui se trouvoient dans cette ville; le poids total s’éleva, dit-on, à dix mille livres romaines (environ 3268 kilogrammes). Il ne portoit que des habillements tissus de lames d’or et d’argent ; les pierres précieuses les couvroient depuis la coiffure jusqu’à la chaussure. Il faisoit répandre les plus riches métaux réduits en poussière sur le chemin qu’il devoit suivre pour monter sur son char, afin de ne marcher que sur des matières aussi cheres.

Ce qui surpasse toute croyance c’est ce que l’on raconte des débauches d’Elagabale. Il 11e reeherchoit aucun des plaisirs que la nature inspire. Las de vivre en homme, il exerça l’infame métier des courtisanes; paré de leurs atours, il appeloitles passants, se livroit à leur brutalité , et recevoit le prix de sa honte. Il rassembla toutes les courtisanes , les harangua , comme le fait un général pour ses soldats, les appela ses compagnons d’armes (commifotones') , s’entretint avec elles sur les différents genres de

Cil AP. IX. Elagabale PI. LI.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

voluptés , et leur distribua des présents. Il lit chercher dans tout l’empire les hommes qui se distinguoient par la grandeur des organes, auxquels il attachoit un si grand prix; et l’on conduisit dans son palais, avec une pompe royale, un Smyrnéen qui les surpassoit tous. Celui-ci l’aborda en disant, comme il étoit d’usage, « Seigneur empereur, je vous salue; » mais Elagabale répondit, en adoucissant sa voix et en baissant la tête, « Ne « m’appelez pas seigneur, car je suis une femme. » Il épousa avec toutes les cérémonies ordinaires Hiéroclès, un vil esclave, qu’il voulut déclarer César. Enfin, non content de se conduire en tout comme s’il eût été d’un autre sexe, il demanda aux médecins (qui alors exerçoient la chirurgie) s’ils ne pourroient pas créer en lui le sexe féminin.

Les n° i et 2 de la planche L1 présentent la face et le profil d’un buste d’Elagabale du musée royal, u° 63. Le travail en est précieux. On y observe la barbe naissante, comme à la tête couronnée de laurier du médaillon de bronze n° 3. Autour du buste d’Elagabale on lit IMP erator CAESzzr Marcus AVRELûm ANTONINVS PIYS FELIX AYG ustus. Revers, quatre chevaux tirent un char sur lequel est placée une pierre de forme conique ( son dieu Elagabale) , un aigle éployé est posé devant cette pierre; on voit dans le champ une étoile, cpii fait distinguer quelques unes des médailles d’Elagabale de celles de Caracalla , appelé aussi Marcus Aurelius Antoninus. Légende, CONSERVATOR AYGYSTI, exergue, COS ( consul ) IIII, l’année 222, celle de sa mort.

Dans le mois de septembre 1820 j’ai lu à l’académie des inscriptions un mémoire dans lequel j’ai cherché à prouver que la statue du Vatican qui représente Sardanapale II , selon Winckelmann; Platon, selon quelques philologues; et Racchus l’ancien, selon Yisconti, représente Elagabale avec le costume des

FAMILLE D’ELAGABALE. 189

prêtres syriens : ce costume, qu’il affectionnoit, le fit surnommer l’Assyrien; comme ses vices honteux lui firent donner le surnom de Sardanapale. On trouve dans les traits et la barbe de la statue, dans l’ampleur et la longueur des vêtements, les traits qui caractérisent Bacchus l’ancien ou le barbu. Elagabale étoit d’une grande beauté, selon le témoignage exprès d’un historien contemporain, d’Hérodien qui dit que « ce jeune homme « ressembloit aux beaux portraits de Bacchus. » On s’accorde à rapporter l’inscription CAPAANAIIAAAOC , qui est gravée sur le manteau , au siecle des Antonins : le dernier des empereurs qui portèrent ce nom fut Elagabale. A la vérité la barbe épaisse et longue de cette figure paroit contraster avec les traits de l’âge viril, qu’elle représente: mais on sait que les artistes, voulant exprimer une ressemblance entre les successeurs des Antonins et ces empereurs célébrés, donnèrent aux premiers la barbe touffue qu’a voient portée les derniers, à l’imitation des philosophes. Pour achever la conviction, j’ai fait ajuster par un dessinateur la chevelure et la barbe de la statue au buste d’Elagabale du musée royal, n° 63, et à un buste d’un médaillon de bronze du cabinet du roi : la ressemblance avec la statue a été frappante.

De ces trois noms , Julia Cornelia Paula , qu’on lit sur des médailles grecques , le premier fut pris par toutes les femmes qui portèrent le titre d’Auguste, depuis Julia Domna, épouse de Sévere, jusqu a Julie Marnée, mere d’Alexandre Sévere; de même que les empereurs prenoient le nom d’Autonin. Elagabale épousa Cornelia Paula , l’an 219, après son arrivée à Piome. Un an s’étoit à peine écoulé , qu’il la répudia , parcequ’il avoit , disoit-il , découvert une tache sur son corps '. Hérodien ajoute qu’il la

Chah, J X.

Elagabale et sa famille.

PI. LL

(1) Dio, LXXIX, 9.

priva ensuite de tous les honneurs dont jouissoient les impératrices.

On ne connoit que des médailles de cette impératrice, et l’on en voit ici une de moyen bronze. Sa tête nue est entourée de la légende IC LIA PAYLA AYG usta. Au revers paroît la Concorde assise, tenant une patere et une double corne d’abondance, avec la légende CONCORDIA ; dans le champ, l’étoile, qui caractérise un grand nombre des médailles d’Elagabale; à l’exergue, S. C.

Les lois condamnoient à être fouetté publiquement, ensuite étranglé eu prison, celui qui auroit attenté à la pudeur d’une vestale ' ; et Elagahale n’eut pas boute d’épouser, l’an 222 , AQUI¬ LIA SE^ ERA, qui étoit consacrée au culte de Vesta. Pour consoler le peuple, affligé, d’un pareil sacrilege, il ajouta l’ironie à l’irréligion, en disant qu’étant grand pontife, il avoiteru devoir prendre pour épouse la grande vestale, afin de procréer des enfants divins. Bientôt après il la répudia; mais il la rappela quelque temps avant sa mort.

5. Nous ne connoissons de portrait de cette impératrice que sur ses médailles. On le voit ici , au n° 5 , sur une médaille de moyen bronze, avec la légende IYLIA AQVILIA SEYERA AYG usta. Revers, Elagahale et Aquilia Severa se donnent la main; la Concorde, désignée par la légende CONCORDIA, les unit.

Les médailles seules nous ont appris le nom de la troisième femme d’Elagabale, Anxia Faustina. Dion et Hérodien disent qu’il épousa, après la répudiation d’ Aquilia Severa, la veuve de

Ciup. IX.

Élagabale ■ t sa famille.

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