ALEXANDRE SEVERE, EMPEREUR
ET SALLUSTIA BARBIA ORBIANA SON ÉPOUSE.
Le portrait d’Alexandre Sévere se trouve tout entier dans les passages suivants, extraits de sa vie, écrite par Lampride1 2, dont elle porte le nom, ou, comme le pensent d’habiles critiques, par Capitolin. « Il ne laissa jamais volontairement passer un «jour, sans consacrer quelques heures aux lettres et aux exer- «cices militaires... sans faire quelque acte de douceur, de popu- « larité , de piété, mais jamais au détriment de la fortune pu- «blique... Il punit ses amis et ses parents (si l’on excepte sa «mere), lorsqu’il les trouva coupables de quelques crimes; «mais, quand une amitié très ancienne ou une alliance intime «ne lui permit pas d’user d’une pareille rigueur, il les renvoya «de sa cour en disant: Ils me sont moins chers que l’état... Il « répétoit souvent cette sentence, qu’il avoit retenue en l’enten- « dant prononcer ou par les juifs ou par les chrétiens , et il la « faisoit proclamer par un crieur public lorsqu’il punissoit quel- « qu’un : Ne faites pas a autrui ce que vous ne voulez pas « qu’on vous fasse s. Il ainioit tant cette sentence , qu’il la fit « graver sur les murs du palais et des édifices publics3. »
(1) Alexani., III, XX, LXVII.
(2) Evang. S. Malth. , VU , 12; Evang.
S. Luc , VI, 3i.
(3) On lit, dans les Fragments de Publius Syrus ., qui éerivoit sous Jules César, avant
l’ere vulgaire, cette sentence : Ab alio spectes ( ou exspectes ) alteri quod feceris. « At- « tendez d'un autre ce que vous aurez fait « à quelqu’un. » Isocrate, orateur athénien, célébré dans le quatrième siecle avant l’ere
Chap. IX.
Élagabale et sa famille.
PI. LL
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Chap. JX.
Élagahale et sa famille PI. LH
Victor' dit qu’Alexandre S évere rétablit l’empire, qui, s’étant accru successivement depuis Romulus jusqu’à Septime Sévere, avoit été conduit sur le penchant de sa ruine par l’insensé Elagahale ; et que, dans un régné de moins de quatorze ans, il y avoit ramené l’ordre, la force, et la tranquillité.
Alexandre Severe, appelé d abord lîassien et Alexien, naquit a Arca-Césarée (aujourd’hui Arka), au pied duLiban, l’an o.o5 , selon Lampride. 11 faudroit reculer sa naissance jusqu’à 208, si 1 on suivoit Hérodien , écrivain peu exact, sur-tout en chronologie, et qui d’ailleurs, seul de tous les historiens d’Alexandre, l’a peint sous des couleurs défavorables; pareeque, dit Capitolin , il avoit conçu pour ce prince une haine dont on ignore les motifs. Les parents d’Alexandre se trouvoient dans Area, ou ils étoient venus pour la célébration de la fête du fils de Philippe, lorsque Marnée, sa mere, le mit au monde dans le temple même du héros macédonien. Elle étoit niece de Julia Douma, épouse de Septime Sévere; et Alexandre étoit cousin d’Elagabale par les femmes. Les soins de son aïeule Maesa et de sa mere lui procurèrent une éducation sévere et des maîtres très instruits, il avoit des connoissances étendues dans toutes les sciences que l’on cultivoit alors. La surveillance de ces deux femmes redoubla , lorsque l’empereur Elagabale , persuadé par Maesa, l’adopta l’an 221 , lui donna le titre de César et le nom d’Alexandre. Il voulut lui faire partager les débauches odieuses qui faisoient sa seule occupation; mais, voyant que malgré sa grande jeunesse (il n’étoit âgé que de seize ans ), Alexandre, obéissant aux
vulgaire, disoit (Nicocles, p. 3 g, ed. Henr. «ment que les autres vous fassent.
Stephan. ) , A 7râ<7£ovT eç ûcp1 irépav opyL^ecOs , (l) De CœS., XXIV.
xxvtv. TOIÇ «Moi; p.37 Troteïre : « Ne faites pas aux (2) In MaximinOy XIII.
« autres ce que vous souffrez impatiem-
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conseils de Maesa, s’y refusoit opiniâtrement, il le prit en haine , c„ap. ix. et employa tous les moyens pour le faire périr. Les soldats, touchés des vertus d’Alexandre, le protégèrent contre les assas- pi. mi. sins d’Elngabale; et, après avoir tué ce monstre le 11 mars 222, ils déclarèrent empereur le jeune César.
On 11e sauroit peindre la joie qu’éprouverent le sénat et le peuple romain en apprenant ces deux événements. Le sénat, aussi prodigue de flatteries cpie d imprécations, donna au nouvel empereur, en un seul jour, les titres d Auguste, de souverain pontife, et de pere de la patrie, avec la puissance tribunitienne ' ; mais le jeune prince refusa le nom d’Antonin, qui avoit été souillé par son prédécesseur, et celui de Grand ( Magnus ), qu’avoit pris Caracalla avec le surnom d’Alexandre. Il ajouta seulement a son nom celui de Sévere, en vertu de la fable qui lui donuoit pour pere Caracalla, fils de cet empereur. S’il a été trompé sur cette tradition, dont 011 l’avoit entretenu dès l’enfance, on doit l’excuser; mais comment expliquer la foiblesse d’esprit qui le porta a vouloir faire oublier le lieu de sa naissance, son origine syrienne, et à chercher des aïeux dans la famille romaine des Métellus2?
11 falloit que ce prince fût né avec un penchant bien fort pour la vertu; car il se vit élevé, à l’âge de seize ans, sur le premier trône du monde, revêtu de la suprême puissance; et cependant il se laissa toujours diriger par les sages conseils de sa mere Marnée, et par les avis des habiles jurisconsultes, des gens de bien, quelle avoit réunis auprès de lui. Ce qui fait pour Alexandre un titre de gloire, son respect aveugle pour sa mere, lui a été reproché par les historiens, pareequ il ne mit pas un frein à l’avarice de cette femme. Hérodien3 seul raconte qu’au commence*
(i) Lamprid., I. (2) Ibid., XXVIII.
(3) Lib. VI, 18.
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pi. lu.
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ment de la sédition dans laquelle il perdit la vie, il accusa sa mere detre, par cette cupidité, sans bornes, la cause de sa mort; mais l’historien dit expressément que c’étoit un bruit populaire. Cette foiblesse n’empêcha cependant pas les Romains reconnoissants de citei comme deux régnés heureux celui d’Alexandre immédiatement après celui de Marc-Aurele.
Les historiens ont beaucoup loué cet empereur sur ses sentiments religieux, c’est-à-dire sur son attachement pour la religion de Rome, a cause du contraste que presentoit sa conduite comparée a celle d Elagabale. Il renvoya dans chaque pays les statues des divinités locales, que cet insensé avoit rassemblées dans la capitale. Lampride', qui écrivoit dans le quatrième siecle, et qui a dédié ses Vies des Empereurs à Constance Ier (Chlore), chrétien en secret, raconte qu’Alexandre conserva aux juifs les grâces que ses prédécesseurs leur avoient accordées; et qu’il n’inquiéta point les chrétiens. Le même historien dit qu’Alexandre, dans son laraire particulier (petit temple domestique), rendoit un culte aux portraits des hommes célébrés qu’il y avoit placés, d’ Abraham, d’Orphée, d’Apollonius de Tyane, et, comme l’assuroit un écrivain contemporain que Lampride ne nomme pas , de Jésus-Christ. On lit aussi dans Lampride: « Alexandre voulut « élever un temple à l’honneur de Jésus-Christ , et le placer au «rang des dieux. On dit qu’Hadrien eut la même pensée, lui « qui fit bâtir dans toutes les villes des temples sans statues, « que l’on appelle encore Iladrianées , parcequ’on n’y voit point « de dieux, et qu’il les avoit fait construire dans le même dessein; «mais qu’il en fut détourné par ceux qui, ayant consulté les « augures , avoient découvert que , si Hadrien exécutoit ce pro-
(1) Lib. XXII.
FAMILLE D’ELAGABALE.
«jet, l’univers entier embrasseroit le christianisme, et ahan- ci«p ix. « donneroit les autres temples. » On jugera de quel poids est l’autorité de Lampride, lorsqu’on consultera la description du pi. lii. Pont-Euxin par Arrien, écrivain très judicieux, qui l’adressa à Hadrien ; on y voit que cet empereur avoit le dessein d’envoyer à tous ces temples, après leur achèvement, des statues, ou d’y consacrer lui-même les siennes, dans le costume sous lequel il vouloit être adoré dans chaque lieu. Au reste c’étoit une opinion répandue parmi les chrétiens du quatrième siecle, que Marnée avoit embrassé le christianisme ; qu elle avoit élevé Alexandre dans ses principes, et que cet empereur avoit même un grand nombre de chrétiens dans son palais '.
La douceur de ses mœurs et de son gouvernement le fit beaucoup aimer ; et les écrivains contemporains l’ont bien exprimée en appelant son régné ( incruentum et âvaipaïov) un régné que l’effusion du sang n’a point souillé2; c’est-à-dire du sang innocent, car il n’arrêta jamais le cours de la justice; et les soins qu’il se donnoit pour le rétablissement de la discipline militaire firent dire qu’il avoit pris avec raison le surnom de Sévere. Il licencia plusieurs fois des légions entières; ce qu’aucun prince n’ avoit osé faire , disoit-on , depuis César. Alexandre vivoit avec une extrême simplicité et sans aucun luxe3. Il trouva dans cette économie les moyens de faire construire un grand nombre d’édifices publics très somptueux , de diminuer le fardeau des impôts , de former des établissements pour l’instruction de l’enfance et de l’adolescence, enfin d’augmenter les largesses que ses prédécesseurs faisoient au peuple de Rome. On se tromperoit si l’on croyoit que l’économie qui présidoit <à toutes les actions
(i) Euseb., Hist. eccl. , VI, 28. (2) Lampr., XXV; lier., VI, 18. (3) Ibid., LTV.
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d’Alexandre fut dictée par l’avarice de sa mere ; car Hérodien assure qu'il la lui reprocha souvent, et qu’il en témoigna publiquement son chagrin'.
L’an 201 (984 de Rome) Alexandre fut arraché à la vie paisible qu’il menoit à Rome par la guerre des Partîtes. La Perse, ayant subi le joug de Darius, obéit pendant quelques années à Alexandre-le- Grand et aux Séleucides , ses successeurs dans 1 Asie. Le Parthe Arsace s’en rendit maître à l’époque de la première guerre punique, vers le milieu du troisième siecle avant l'ere vulgaire; et les Arsacides, ses descendants, régnèrent jusqu’il Artaban. Celui-ci, qui avoit triomphé des dominateurs de l’univers, des Romains, l’an 217, fut vaincu et chassé de son empire par un Perse appelé Artaxerxès, Artaxare, Xerxès par les écrivains occidentaux, et Ardchir par les orientaux. Ardcliir devint souverain de la Perse et de la Parthie , où sa dynastie (celle des Sassanides , ainsi appelée du nom de son aïeul Sassan ) régna jusqu’au temps des successeurs de Mahomet. Il n’étoit assis sur le trône de Darius que depuis deux ans , lorsqu’ en 23 1 il annonça qu’il vouloit recouvrer l’empire entier de ce monarque infortuné, c’est-à-dire toute l’Asie jusqu’à l’Hellespont ; et il menaça la Mésopotamie et la Syrie. Mais la ville d’Atra, contre laquelle avoient échoué les armées de Trajau et de Sévere, lui opposa une forte résistance, qui donna à l’empereur romain le temps de se transporter en Orient pour défendre son empire.
Alexandre, arrivé à Antioche de Syrie avec son armée, envoya des ambassadeurs à Ardchir pour l’inviter à cesser les hostilités; mais celui-ci persista dans ses prétentions exagérées. Dans cette ville , célébré par la vie voluptueuse de ses habitants , l’empereur
(1) Herod., VI, 4; Dio, LXXX, 2.
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licencia des corps de troupes que ces plaisirs avoient pervertis. Hérodien, seul des écrivains parvenus jusqu’à nous, raconte que l’issue de cette guerre fut funeste à Alexandre, et que ses troupes furent vaincues et dispersées. Il ajoute cependant que les Perses, affoiblis par leur victoire, se retirèrent dans leur royaume , et vécurent en paix pendant trois ou quatre années. Ce récit est contraire à ceux d’Eutrope , des deux Victor, et de Lampride. Le dernier1 combat même expressément Hérodien, et assure , d’après le consentement général , qu’ Alexandre , vainqueur des Perses, triompha dans Rome, monté sur un char traîné par quatre éléphants ; et il rapporte textuellement le discours que ce prince prononça alors dans le sénat. De plus on trouve les preuves de ce triomphe sur des médailles d’Alexandre Sévere, frappées dans la douzième année de sa puissance tribunitienne, l’an 233; « Et, d’après le caractère connu de cet empereur, si « prudent et si modeste, on ne peut douter, dit Eckliel ', que, s’il « eût éprouvé une défaite dans cette guerre, il eût repoussé loin « de lui des honneurs que l’on n’accordoit qu’aux vainqueurs. » L’an 234 les Germains traversèrent le Rhin , et firent de grands ravages dans les Gaules ; ce qui obligea Alexandre de s’y transporter pour commander l’armée qui devoit les repousser au-delà du fleuve. Mais il y trouva la mort l’année suivante , 235 (988 de Rome). Il régné dans les historiens une grande obscurité sur cet événement, qui replongea l’empire romain dans l’état malheureux d’où Alexandre l’avoit tiré. Quelques soldats irrités de la rigueur avec laquelle il maintenoit la discipline militaire, ou plutôt excités par Maximin, qu’il avoit élevé aux plus hauts grades de l’armée, l’assaillirent dans sa tente, dans le village de
(1) Lampr., LVII. (2) D. N. V VII, 275.
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i sa famille PJ. UI.
K* i , 2 , et 3.
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Sicila , sur les bords du Rhin , et le tuerent avec sa mere. 11 étolt âgé de plus de vingt-neuf ans , dont il avoit régné treize. La douleur du sénat et du peuple fut extrême , sur-tout par la comparaison que l’on faisoit des qualités aimables qui le distinguoient avec le caractère féroce de Maximin, qui lui succéda.
Alexandre avoit eu trois épouses; mais on ne sait point si elles le rendirent pere ; on ignore même le nom de la première , à qui , selon Dion', il ne permit pas que l’on donnât le titre d’Auguste. Lampride" nomme seulement la seconde, Sulpitia Memmia. Je parlerai plus bas de Sallustia Barbia Orbiana, que l’on croit avoir été la troisième.
Cet empereur avoit une figure fort agréable , une taille liante ; mais il n’étoit pas d’une santé très robuste.
On voit ici , planche LU , sous les n° i el2 , la face et leprofil d’une belle tête d’Alexandre, qui est conservée dans le musée royal, sous le n° i55. La rareté des portraits en sculpture de cet empereur est fort grande; mais ses médailles sont nombreuses. Sous le n° 3 est gravé un médaillon de bronze qui prouve la ressemblance du n° i. Il présente uu buste couronné de laurier, avec la legende IMP erator CAESr/r Marcus AV H fL/u.v SEVerwy ALEXANDER PIVS FELIX AA' G ustus. Revers : l’empereur, en costume civil, faisant une libation sur un autel au-devant d’un temple , avec cinq personnes , dont une tient un bœuf; légende , ROMAE AETERNAE.
Aucun écrivain ne fait mention de Sallustia Barbia Orbiana, troisième épouse d’Alexandre Sévere, et l’on a cru long-temps que les médailles qui présentent sa tête, avec son nom et le titre
(î) Dio, LXXX, 2. (2) Lampr. , XX.
FAMILLE D’ELAGABALE.
d’Auguste, appartenoient à une femme de Trajan Dece, qui auroit été mere d’Herennius et d’Hostilien. Mais on découvrit des médailles , telles que celle du n° 8 de cette planche , qui la firent reconnoitre pour une des épouses d’Alexandre. On lui assigna le troisième rang , parceque la première ne porta point le titre d’Auguste, et que la seconde s’appeloit Memmia.
Le n° 8 présente une des médailles qui ont fait reconnoitre Orbiana pour la troisième des épouses d’Alexandre Sévere. Elle est de bronze. On y voit d’un côté les têtes en regard de cet empereur et d’une femme coiffée avec un diadème; légende, IMPerator SEVerus ALEXANDER SALLustia BARBIA ORBIANA AVG usta. Revers, tête de Marnée coiffée avec un diadème; légende, IVLIA MAMAEA AVG usta MATer AV Gusti. La médaille de bronze du n° y présente la tête seule de l’impératrice, avec la légende SALLustia BARBIANA AVG usta: on y voit l’empereur, eu costume civil, donnant la main à l’impératrice, avec la légende CONCORDIA AVGVSTORVM, et S. G. à l’exergue.