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36 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
continua le voyage à pied, et devança l’envoyé de son frere. Le nouvel empereur fut touché de cet empressement, et fit un bon accueil à Hadrien, à cause de la douceur de son caractère et de la beauté de sa figure.
Ce fut sans doute dans les premiers instants de cette réconciliation politique qu’Hadrien crut devoir chercher un soutien dans l’amitié de l’impératrice Plotine. Il y réussit tellement , qu’elle lui fit épouser, l’an ioo, Sabine, niece de Trajan. L’empereur n’y consentit qu’avec peine , dit Spartien , d’après l’historien Marius Maximus Après avoir été questeur, Hadrien suivit l’empereur dans la première guerre contre les Daces. Tribun du peuple, quatre ans après, il montra une grande bravoure dans la seconde guerre , à la tète de la première légion Minervienne. Trajan le récompensa par le don d’un diamant ( adamante gemma) qu’il tenoit lui-même de la bienveillance de Nerva ; d’où Hadrien se bâta de conclure qu’il deviendroit aussi son successeur. Celui-ci supposoit dans sa Vie une raison moins honorable de l’espece de faveur dont l’amitié de Plotine le faisoit jouir auprès de Trajan; il l’attribuoit aux excès de vin auxquels il se livroit pour se conformer aux goûts de l’empereur. Trajan lui donna deux fois une somme considérable, 20,000 sesterces (environ 35o,ooo francs) , pour la dépense des jeux qu’il fit célébrer pendant sa préture. Envoyé ensuite dans la Pannonie inférieure (la Hongrie), Hadrien repoussa les Sarmates (qui liabitoient la rive orientale de la Vistule), et réprima les concussions des agents du fisc. Ce succès fut récompensé , l’an 109, par le consulat. Quoiqu’il n’eût été nommé que consul subrogé, cependant cette faveur fortifia l’opinion que Trajan
(1) Trnjano leviter volente (Spart. , II). (2) Spart., II.
FAMILLE DE NE Pi VA. 3y
devoit l’adopter, et lui concilia tous les amis de l’empereur.
Trajan le choisit pour son lieutenant dans l’expédition contre les Parthes, et le nomma , l’an 1 17 ( 870 de Rome) , consul pour l’année suivante; mais sa mauvaise santé lui ayant fait projeter son retour a Rome, il donna à Hadrien, par le conseil de PIotine, le commandement de l’armce de Syrie. La mort de l’empereur, arrivée cette année à Sélinonte, dans la Oilicie, et l’adoption d’Hadrien, attestée par Plotine , placèrent ce prince sur le trône des Césars. Spartien ' rend douteuse cette adoption, qu’il regarde comme une fable créée par Plotine, dont Hadrien fut toujours l’ami; et qu’il assure avoir été dictée par un personnage que l’on substitua à Trajan, lorsque sa voix fut éteinte. Le pere de Dion l’historien3, ayant été gouverneur de la Cilicie « (moins d’un siecle après la mort de Trajan), connoissoit tous « les détails de l’élévation d’Hadrien, et les avoit appris à son fils; « il lui avoit dit entre autres choses que l’on cacha pendant plu- « sieurs jours la mort de Trajan, afin de répandre avant cette « publication la nouvelle de l’adoption d’Hadrien ; qu’on le re- « connut par les lettres mêmes écrites au sénat pour lui annoncer « ce dernier acte de sa puissance, et qui n’étoient signées que « par Plotine : la seule fois qu’elle eût signé pour son mari. » Aussi Dion3 affirme-t-il positivement qu’Hadrien n’a voit point été adopté par Trajan. Eutrope dit qu’Hadrien devint empereur sans le choix de Trajan, et seulement par le secours de Plotine Il ajoute que l’empereur n’avoit jamais voulu l’adopter, quoiquil fût le fils de sa cousine. Selon Victor 4, plusieurs personnes croyoient que l’impératrice avoit supposé un testament par lequel Trajan l’auroit institué héritier de son trône.
Ch ap. IV.
Nerva et sa familleadoptive.
PI. XXXVIII
(2) Lib. LXIX, 1.
(3) Lib. VIII, 3.
(4) Cœs., XIII., 11.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
iv Quoi qu’il en soit de ce fait, qui doit être compté parmi les
TUi. problèmes historiques restés insolubles , l’adoption d’Hadrien , qui commandoit des forces considérables, empêcha une guerre
civile. Car, Trajan n’ayant point 'laissé d’héritiers, la carrière étoit ouverte pour tous les ambitieux. Hadrien reçut à Antioche la nouvelle de son adoption, et, deux jours après, celle de la mort de Trajan. Il s’y fit déclarer empereur le même jour , il août de l’an 117 (870 de Rome), à l’âge de quarante et un ans; et il écrivit au sénat pour s’excuser d’avoir accepté, sans attendre son consentement, un titre que les soldats s’étoient hâtés de lui donner, afin que l’empire ne demeurât pas privé d’un chef.
Le premier acte du régné d’Hadrien fut la nomination de deux préfets des prétoriens, Tatien (ou Attien) et Similis , qui avôient beaucoup contribué à son élévation. Le dernier n’abusa jamais du pouvoir, et il se retira de la cour dès qu’il crut remplir par-là b' désir du prince1. Les historiens ont conservé sa mémoire, pareequ’il fit graver sur son tombeau cette épitaphe : « Ci-git « Similis, qui passa soixante-seize ans sur la terre, et qui n’en « vécut que sept. » Il faisoit allusion aux sept années qu’il avoit passées dans sa retraite. Tatien au contraire étoit très vicieux. Il conseilla a Hadrien de commencer son régné par le meurtre de plusieurs exilés. Le nouvel empereur refusa de stiivre ses conseils sanguinaires; mais, deux ans après., il s’y montra plus docile, lorsqu’il accusa d’avoir conspiré contre ses jours quatre consulaires, hommes recommandables, dont le crime véritable étoit d’avoir cherché à détourner Trajan de l’adopter. Le sénat, devant lequel il porta cette accusation, se hâta lâchement de les
(1) Dio, LXIX, 19.
FAMILLE DE NERVA
punir de mort. Le peuple ne les crut point coupables1. Il se iv
plaignit même si hautement, que l’empereur, pour se disculper, t eut recours au serment, et déclara qu’il n’avoit aucune part à adoP,iveleur mort, et qu’il falloit l’attribuer aux perfides conseils de " XXM" • Tatien. Je dirai, par anticipation, que ce furent, dans le long régné d’Hadrien, les seules cruautés qu’on ait pu lui reprocher, si Ion excepte celles qui souillèrent ses dernieres années, et que l’on attribuoit aux infirmités qui le tourmentèrent long-temps avant de le conduire au tombeau.
Hadrien trouva l’empire romain plus étendu qu’il ne l’avoit jamais été; mais sou état dans l’intérieur présentoit une agitation sourde et dangereuse. Les Bretons (les Anglois) vouloient secouer le joug; les Juifs se révoltoient en Egypte et dans la Libye; il en étoit de même de la Lycie et de la Palestine ; enfin les Maures et les Sarmates attaquoient les frontières. Quoique Hadrien eût fait la guerre avec succès, et qu’il eût montré un grand courage, il étoit cependant, par caractère et par son goût exclusif pour les arts libéraux, pdrté à la paix et au repos. Aussi rappela-t-il les légions en-deçà de l’Euphrate, barrière de l’empire avant Trajan , et fit-il enlever le plancher qui formoit le pont sur le Danube , ouvrage qui avoit rendu célébré le régné de ce prince. On crut qu’il agissoit ainsi parcequ’il étoit jaloux de sa gloire. Pendant son long régné , les armées habitèrent les villes et les camps retranchés2, et la paix régna dans tout l’empire , si l’on excepte la guerre de peu de durée qu’il fit aux Sarmates et aux Roxolans ( Polouois et Russes ) , et celle qui causa la ruine entière du peuple juif.
Après avoir pacifié l’Orient, et fait transporter à Rome les
(1) Dio,LXIX, 2. (2) Eutrop., VI U, y, 6.
Chai\ IV.
Nerva
et sa famille adoptive.
IM. XXXVIII
restes de Trajan , il y entra l’an 1 1 8 (871 de Rome). Le sénat lui décerna les honneurs du triomphe que l’on avoit préparé pour son prédécesseur ' ; mais il ne les accepta que pour les reporter à son image, qu’il tint dans ses mains pendant toute la pompe. Il signala son arrivée à Rome par la remise qu’il fit au peuple de l’énorme somme de 900 millions de sesterces (environ 1 58 millions de francs), due au trésor public et au trésor impérial2. Il en brûla les titres de sa main, afin que l’on fût certain de leur destruction. Cette libéralité, dont aucun de ses prédécesseurs 11 avoit donné l’exemple, ht dire qu’il avoit enrichi 1 univers entier.
Après avoir fait quelques réglements utiles, Hadrien commença l’exécution d’un vaste projet, celui de parcourir toutes les provinces de l’empire et toutes les stations militaires, afin de connoitre par lui-même les abus , et les réformes dont ils étoient susceptibles. Les médailles frappées en son honneur nous apprennent qu’il parcourut, lan 120 (873 de Rome), les Gaules et la Germanie, occupées alors par les plus nombreuses armées de l’empire; l’an 121 , la Grande-Bretagne, dans laquelle il fit construire une muraille de i3 myriametres (environ 3o lieues moyennes) de longueur, qui sappuyoit aux deux mers, pour défendre les peuples méridionaux soumis aux Romains contre les attaques des peuples septentrionaux; l’Espagne, la Mauritanie , et la Libye, il passa une partie de l’an 1 t3 à Athènes ; de là il visita, l’an 124, 1 Egypte, l’Arabie, la Palestine, la Syrie, et l’Asie mineure jusqu’à Byzance et Trapesus ( aujourd’hui Trébisonde) L’année iï5 vit Hadrien parcourir les îles de la mer Egée (l’Archipel) et le Péloponnèse; de la revenir à Athènes. Il
(1) Spart., III. (2) Gruter, X,6.
s’y reposa pendant les premiers mois de l’an 126; puis il visita la Sicile , et revint a Rome. Il ne recommença ses voyages qu’à la fin de l’année 129, et il se transporta dans l’Arabie; de là, l’année suivante , en Égypte , où il perdit Antin oüs ; puis en Syrie l’an 1 3 1 . Son éloignement et son retour en Europe, en i3a, favorisèrent la révolté des Juifs sous la conduite de Barchocebas, comme l’atteste Dion ' ; quoique Tillemont ait cru devoir reculer de deux ans cette guerre. Enfin, l’an 1 35, Hadrien se fit initier à Eleusis, près d’Athenes, aux mystères de Cérès et de Proserpine, pendant que son lieutenant Julius Severus terminoit la guerre des Juifs. De graves infirmités auxquelles il devint sujet cette année mirent fin à des voyages qu’il sembloit vouloir continuer jusqu’à son dernier jour.
Ces infirmités (des hémorragies très abondantes et très fréquentes) lui firent adopter et nommer César, l’an i35, Lucius Commodus Aelius (appelé sur les médailles et sur les marbres Lucius Aelius, et par les antiquaires Aelius César), qui mourut avant son pere adoptif. Tourmenté par des douleurs continuelles, il ne résista plus à ce penchant à la cruauté qui avoit souillé les premières années de son régné, et fit mourir ou contraignit à se donner la mort plusieurs citoyens du plus haut rang. On vit avec indignation, entre les noms de ces infortunés, ceux de sonbeau-frere Sévérien, vieillard nonagénaire, et du fils de Sévérien, âgé de dix-huit ans, accusés tous les deux d’avoir été affligés de 1 adoption d’ Aelius, et d’avoir conspiré contre 1 empereur . Dion 3 nous apprend que ce malheureux pere prit en mourant le ciel à témoin de son innocence, et souhaita pour toute vengeance qu’Hadrien appelât un jour à grands cris la
(0 Lib- LXIX, 12. (2) Spart., XV. (3) Lib. LXIX, i7,
Cil A P. IV.
Ncrva
et sa famille adoptive.
PI. XXXVI II
42 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
cm,,, iv. mort, sans être exaucé. Ses vœux furent remplis, comme nous Ne,va le dirons plus bas: et c’est là probablement ce qui en a fait conadoptive. server la mémoire.
I xxxvm. Après l’adoption d’Aelius, Hadrien se retira àTibur (aujourd’hui Tivoli, à 3 myriametres environ de Rome). La il se livra tout entier à sa passion pour l’architecture; art dont il avoit étudié les principes, et dans lequel il croyoit exceller. Il fit élever cette réunion de grands et superbes édifices dont on admire encore les restes sous le nom de la villa d Hadrien. C’étoient les copies (si l’on peut parler ainsi) des plus beaux monuments de la Grece et de l’Egypte. Aurel lus Victor' dit qu’il les orna d’une quantité étonnante de peintures et de sculptures. (Un grand nombre de statues tirées de ces ruines font l’ornement des musées de Rome.) Le même historien ajoute qu Hadrien se livroit dans sa retraite aux excès de la table et de la débauche la plus odieuse. Il parle ici de son attachement pour le bel Antinous, dont il dit : «Nous ne pronon- «cerons point sur les causes de cette passion extraordinaire, « quoique l’on puisse regarder comme suspecte de la part d un «homme livré à la débauche une liaison intime entre deux «personnes dont les .âges étoient aussi disproportionnés.» Un chapitre sera consacré au jeune Bithynien, c est pourquoi on ne trouvera ici aucun détail sur ce favori d Hadrien.
Le César Aelius mourut cette année 1 38 (891 de Rome). Cette mort jeta Hadrien dans une grande incertitude. «Il se voyoit, «dit Aurelius Victor’, méprisé par le sénat, a cause de 1 altération de son esprit qui s’affoiblissoit aussi rapidement que sa «santé.» C’est pourquoi il ht venir les sénateurs auprès de son
(1) Cœs.XIV. (2) Ibid.
lit, pour délibérer avec eux sur le choix d’un successeur1. &<«. iv. D’après le témoignage du même historien, la vue d’Antonin, et”j™Ile qui au milieu d’eux soutenoit son beau-pere ou son pere, chargé adop.iv». d’années, le détermina. Touché de cette piété filiale (qui a fait surnommer Antonin , le Pieux, ou Pie), il le déclara son successeur, et l’adopta, en exigeant de lui qu’il adoptât à son tour Marc-Aurele , et le fils du César Aelius, Lucius Verus. Hadrien vouloit, par cette double adoption, assurer la durée de l’empire dans les princes de son choix, parceque Antonin n’avoit point d’enfants mâles. Mais il ajouta secrètement une seconde condition, c’étoit de faire mourir une partie du sénat, à cause du mépris que cette compagnie avoit conçu pour un empereur dont l’esprit s’affoihlissoit chaque jour, et de la haine qu’avoient excitée ses dernieres cruautés. Il condamna lui-même à mort plusieurs sénateurs. Antonin sauva les autres, en les retenant dans diverses prisons jusqu’à la mort d’Hadrien, que tout annonçoit devoir être prochaine.
lies souffrances qu’endurcit ce prince devenoient en effet tous les jours plus grandes. 11 appeloit la mort a grands cris; il demanda plusieurs fois une épée et du poison, promettant 1 impunité et de grandes récompenses1. Mais Antonin, qui auroit cru commettre un parricide, s’il ne l’eût empêché d attenter à ses jours, veilloit assiduement auprès de lui. De sorte que le maître du monde , qui disposoit de la vie de tant de milliers d’hommes, selamentoit de ne pouvoir disposer de la sienne! Antonin employoit tous les moyens pour prolonger l’existence de son pere adoptif; et c’est à sa piété filiale que je crois devoir rapporter les miracles des deux aveugles guéris à cette époque par
(i) Spart., XXIV; Dio, LX1X. 20.
(2) Dio, LXIX, 22.
44 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
Chap. IV.
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Hadrien. Spartien1, qui les raconte d’après Marius Maximus, ajoute que cet historien les rapportoit comme des prodiges supposes \ On vouloit par-là conserver à l’empereur l’espérance de guérir lui-même, et l’engager à supporter ses maux avec patience. Il paroissoit quelquefois se laisser persuader; et c’est probablement dans un de ces moments qu’il composa des vers insipides, mais qu’il croyoit plaisants, adressés à son ame, prête à aller habiter un autre séjour.
Enfin, las d’obéir aux médecins, dont il disoit souvent que le grand nombre le conduisoit au tombeau, et voulant échapper à la surveillance pieuse d’Antonin , il se retira à Baies. Là il abandonna toute espece de régime , se nourrit des mets les plus dangereux pour un malade, et trouva ainsi, au mois de juillet de l’an 1 38 (Sgi de Rome), la mort qu’il avoit si long-temps desirée. Il avoit régné près de vingt et un ans, et étoit âgé de près de soixante-trois ans. Voyant approcher sa derniere heure, il avoit fait venir Antonin, qui rapporta ses cendres à Rome, et les déposa dans le mausolée superbe appelé aujourd’hui le château Saint-Ange. Hadrien l’avoit fait bâtir, parceque celui d Auguste ne pouvoit plus recevoir de nouvelles urnes. Antonin proposa aux sénateurs de décerner à son pere adoptif les honneurs divins, qui avoient été rendus à la mémoire de ses prédécesseurs ; mais ils étoient si irrités contre Hadrien, qu’ils rel usèrent sa demande, et quils voulurent même annuler tous les actes de son administration. Antonin leur représenta que cette rigueur extrême rendroit nulles son adoption et son élévation à l’empire; en même temps il fit paroître ceux des sénateurs auxquels son pere avoit ordonné qu’on ôtât la vie, et qu’il
(1) Spart. , XXV. mulationem facta commemor et.
(2) Quamvis Marius Maximus hœc per si- (3) Dio, LXIX, 23.
avoit seulement renfermés dans des retraites sécrétés. Alors le sénat lui accorda ses demandes, et «Hadrien, dit Capitolin', fut «donc élevé au rang des dieux, contre le vœu général. Car, «ajoute Dion, les cruautés odieuses qu’il avoit exercées au com- «mencement et à la fin de son régné lui avoient attiré la haine «du peuple, qu il avoit d’ailleurs gouverné avec la plus grande «sagesse. »
Cet éloge étoit bien mérité; car, excepté le mode de succession au trône, Hadrien réforma et améliora toute l’administration du vaste empire romain. Il tenta même d’affoiblir l’influence que 1 armée exerçoit sur le choix des empereurs , en diminuant le pouvoir et les privilèges des prétoriens. Donnant aux soldats l’exemple de la patience dans les travaux, dans les privations, il rétablit la discipline militaire; il leur apprit à combattre à la maniéré des peuples barbares qui attaquoient l’empire. Malgré ces réformes, Hadrien crut rendre les Romains plus heureux en conservant, en achetant même la paix, qui régna pendant soixante ans sous son régné et sous le régné des Antonins, qu’il avoit choisis pour ses successeurs. Elle ne fut interrompue que dans la Judée, dont les habitants, vaincus par Trajan, se portoient continuellement à la révolte1. Hadrien sembla leur en fournir le prétexte, en établissant à Jérusalem une colonie romaine, et en faisant construire un temple en l’honneur de Jupiter Capitolin sur les fondements de celui du dieu des Juifs. Spartien dit qu’il leur interdit aussi le rite de la circoncision. Tillemont révoque en doute cette défense ; mais elle paroît confirmée par un edit d’Antonm qui la borne à ceux qui ne professoient point le culte judaïque4. Ce fut pour les Juifs une guerre d’ex-
(1) Ant. Pius, c. v.
(2) Dio, LXIX, 12.
Chap. IV.
Nerva et sa famille adoptive.
PI. XXXVIIL
(3) Cap. xiv.
(4) Modest. lib. Regularum,
46 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL ,m. IV termination; et des gardes placés aux portes de Jérusalem leur s"™ en interdirent non seulement l'entrée , mais encore la vue. Si iiopiivè"1 Hadrien traita avec tant de sévérité les Juifs , que le peuple roxxxvm main regardoit comme une nation indocile et inhospitalière, il faut dire à sa louange que seul des empereurs il toléra les chrétiens, et fit cesser les persécutions. Je crois qu’il agit alors en homme d’état; mais ou peut douter du fait énoncé par Lampride que ce prince avoit eu le dessein d’élever un temple en l’honneur du Christ’.
Hadrien, se proposant d’éteindre jusqu’aux souvenirs vagues de la république, qui fermentoient encore chez quelques citoyens amoureux de ce gouvernement, auquel les Romains n’étoient plus propres, ou disposés à le rappeler pour exciter des troubles, recréa l’édifice entier de l’administration. Il voulut imposer au peuple par l’éclat de la cour et par les formes régulières du gouvernement. De nouvelles dignités furent créées, ainsi que de nouveaux offices. La milice, trop puissante, fut réduite à n être plus que le troisième ordre de l’état; et l’ordre civil en devint le premier. Quoique Hadrien redoutât le pouvoir des grands, qu’il témoignât aux simples particuliers de la bienveillance, et qu’il eût même pour eux de l’affabilité, qu’il encourageât le commerce et l’industrie en créant des colleges (corporations) d’artisans , cependant il releva la dignité du sénat; il soumit les affaires les plus importantes â son jugement, et il choisit les sénateurs les plus estimés pour conseillers intimes. Un édit solennel, fondé sur les plus sages ordonnances des préteurs, mit un frein à la cupidité des agents du gouvernement dans les provinces, qui respirèrent enfin et se rattachèrent a Rome.
(1) In Alex. Sev. , XLIII
FAMILLE DE NERYA. 47
Eladrien avoit des mœurs très simples; mais il croyoit devoir à la dignité de l’empire d’élever dans la capitale, à Athènes, et dans les principales villes , des monuments magnifiques. Il invitoit à ses repas plusieurs amis; il les alloit voir, et leur donnoit des soins dans leurs maladies. Il se livroit avec ardeur aux plaisirs de la chasse ; mais il n en cultivoit pas les muses giecques et latines avec moins de soin. Ces études le firent surnommer dans sa jeunesse le petit Grec ( Grccculus ). L étude et 1 exercice des heaux-arts charmoient ses loisirs; heureux si son caractère envieux ne lui eût pas fait persécuter et même livrer aux bourreaux plusieurs de ceux qui excelloient dans quelques uns! On lui donna avec justice le surnom de sophiste ; car il accordoit hautement la préférence à un mauvais poète de son temps sur Homere ; à Ennius, sur Virgile; et à Caton, sur le Démostliene romain.
Il avoit épousé Sabine avant de parvenir à l’empire ; mais elle ne le rendit jamais père.
Les monuments d’Hadrien et de Sabine sont très nombreux. Les beaux-arts, que cet empereur aimoit et cultivoit, reproduisirent souvent ses portraits et ceux de son épousé. On voit ici, sous les n° i et 2. , la face et le profil du buste colossal de bronze conservé dans le musee du Capitole. Hadrien porte la barbe ’. c’est le premier des empereurs qui ait adopté cet usage des philosophes, comme l’assure positivement Dion'. L’empereur Julien dit de lui ( dans la traduction de Clianteclair a ) , « Après Trajan se « présente un homme vénérable par sa longue barbe ; » ou plutôt ( comme traduit Cunæus ) , « Après Trajan paroît un person- « nage portant une longue barbe , ayant une démarche hau-
Chat». IV.
Nerva
et sa famille adoptive.
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IN ’ 1 et 2.
(1) Lib. LXVIII, i5. (2) Cœs.j pag. 3i i.
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chu', iv. « taine et insolente. » Quelques lignes après, il le désigne par et saTmiUe nom sophiste ; ce qui fortifieroit l’opinion de ceux qui adoptive. dans cet USage d’Hadrien, conservé par ses successeurs jusqu’à Constantin, voient une affectation de philosophie. Mais son historien , Spartien', en donne une autre raison: «Il frisoit ses « cheveux , et laissoit croître sa barbe pour cacher des cicatrices « naturelles (peut-être les cicatrices d’une humeur scrofuleuse). » Promissa barba, ut vulnera quœ in facie naturalia erant , tegeret.
M" 7 Pes cheveux frisés avec soin , et la barbe, ont fait reconnoitre
par M. Visconti Hadrien sur le beau camée du n° 7, qui appartenoit à un habitant de Nanci, et qui est publié ici pour la première fois. C est l’apothéose de cet empereur, composée comme celle de Germanicus qui est conservée dans le cabinet du roi. Hadrien, couronné de laurier, portant l’égide, tenant la corne d abondance, et la Victoire qui lui présente une couronne, est assis sur un aigle aux ailes eployees, tenant dans ses serres le foudre de Jupiter.
N1 3 La médaille de bronze du n° 3 présente la tête d’Hadrien
couronnée de laurier, avec la légende IMPerator CAESAR TR AI AN VS HADRIANVS KYGustusVontifex Maximus TVabunitia P otestas COS. ( consul ) III. Revers : LO CVPLET ATORI ORBIS TERRARUM S enatus Consulto ; l’empereur, en costume civil , assis sur une estrade ; à ses cotes, la Libéralité verse une corne d abondance dans le sein de deux citoyens debout au bas de l’estrade. Cette médaille consacre la mémoire de la munificence d’Hadrien , dont tout l’empire ressentit les effets.
On voit, sous le n° 8 , l’un des plus beaux portraits d’Hadrien.
(1) Cap. xxvi.
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Il est gravé en creux sur une cornaline de la collection Farnese conservée à Naples, dans le palais de Capo-di-Monte. On avoit cru y voir le portrait de Géta; mais l’âge avancé, les traits, et la barbe , ne laissent aucun doute sur la ressemblance avec Hadrien.