SABINE
Sabine ne rougissoit pas d’avouer quelle «n’avoit point voulu « rendre Hadrien pere, de crainte d’engendrer la ruine du genre « humain » Mais aussi ce prince , qui étoit parvenu à l’empire en épousant Sabine, se conduisoit avec elle comme avec une esclave2, et donnoit lieu d’excuser les ressentiments de l’impératrice.
Fille de Matidie, elle étoit petite-niece de Trajan. Plotine parvint, en l’an ioo, à lui faire recevoir Hadrien pour époux3; quoique Trajan n’y consentît qu’avec peiue4, parcequ’il n’aima jamais ce prince. Ce mariage fut fatal aux deux époux. Nous avons vu le sujet des plaintes de Sabine; Hadrien, à son tour, lui reprochoit une humeur chagrine et querelleuse, et il disoit quil 1 auroit répudiée, s’il n’eût pas été empereur. Cependant il la conduisoit avec lui dans ses voyages ; du moins en est-on certain pour celui d’Egypte, car on voit encore gravée sur le colosse de Memnon une inscription par laquelle on apprend quelle avoit entendu les sons que rendoit cette statue au lever du soleil s.
Lorsqu il s agit de faits arrivés à des époques reculées , et que les historiens parvenus jusqu’à nous les rapportent sans en assi-
(1) Victor. , Epit. , XIV.
(a) Dum prope servilibus injuriis afficitur.
Chap. IV.
Nerva et sa famil adoptive.
PI. XXXVII
(3) Spart. , II
(4) Trajano leviler volente.
(5) Antiquit. d'Ëgypt. , I, 6.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
chap. iv gncr les causes, on est réduit à former des conjectures vagues Nerva. et incertaines. Le doute est alors commandé par la prudence.
t sa famille
adoptive. Aussi ra ppor terai-j e la disgrâce de Suetone fl historien des douze
i xxxvm. Césars 1 dans les termes mêmes de Spartien'. «Hadrien donna, « l’an 121, des successeurs à Septicius Carus, préfet des préto- « riens; à Suétone, secrétaire-général, et à plusieurs autres, qui, « sans son ordre, s’étoient conduits à l’égard de Sabine avec moins « de réserve que n’en commandoitle respect dû au palais impé- « rial. » L’historien auroit-il inséré dans son récit l’expression si mesurée , sans l’ordre de l’empereur , s’il eût voulu parler d’un déréglement dans les mœurs de l’impératrice? On ne trouve d’ailleurs aucun reproche de celte nature dans les écrits des auteurs contemporains.
Les chagrins domestiques purent causer la mort de Sabine; mais Victor le jeune “ dit qu 'Hadrien la contraignit de s’arracher la vie; et Spartien3 rapporte une opinion d’après laquelle l’empereur l’auroit empoisonnée. Le dernier écrivain donne à entendre que cette mort arriva deux ans avant celle d’Hadrien; Tillemont4 , sur la foi d’une inscription dans laquelle Antonin appelle Sabine sa mere, la recule jusqu’à l’an 891 de Rome, i38 de l’ere vulgaire, derniere d’Hadrien. Au reste Eckhel5 a prouvé par deux médailles, l’une d’Amisus, et l’autre d’Alexandrie, qu’elle vi voit encore dans l’automne de 889.
Quekfues écrivains assurent qu’Hadrien plaça son épouse au rang des dieux; mais il est peu vraisemblable que ce prince, l’ayant fait mourir peu de mois avant qu’il ne descendit luimême dans la tombe, ait conçu la pensée ou ait eu le temps de
(1) Spart., II.
(2) Epit.,X IV.
(3) Spart. , XXIV.
(4) Tome II, p. 2^'j.
(5) Doct. Num. Vel, VI, 520.
FAMILLE DE NERVA
lui faire rendre de semblables honneurs. A moins qu’il ait voulu c<m-, îv par-là détruire les soupçons qui planoient sur sa tête, ou que? m le sénat ait osé célébrer celte apothéose contre le gré d’Hadrien. ad°PIive- On doit, avec plus de vraisemblance, rapporter ce soin au -I1XXXV1M pieux Antonio, qui auroit honoré dans la même personne et sa mere adoptive et sa tante maternelle.
Sabine paroît sur les médailles avec deux coiffures différentes : l’une est celle que Julie, fille de Titus, a portée la première, et dont Juvénab a décrit la hauteur excessive; dans l’autre, plus simple, les cheveux, serrés sur le front par un diadème, sont noués sur le derrière de la tête.
Les n° 4 et 5 présentent la face et le profil d’une tête de 104 «5
Sabine que l’on voit au musée royal, sous le 11“ 317. Elle est placée sur une statue de femme de marbre de Luni3, déterrée dans les fouilles faites à Gabies par le prince Borghese. On trouva le travail de celte statue si beau, et les draperies si habilement traitées, que, pour remplacer la tête, qui avoit été brisée, on en choisit une de Sabine jeune, et d’une conservation parfaite. Elle avoit été jusqu’alors conservée dans la salle du Gladiateur, au palais de la villa Pinciana, depuis la villa Borghese.
La lame de métal précieux, courbée en arc, placée dans ses cheveux, que nous appelons aujourd’hui un diadème, se voit souvent sur la tête des impératrices et des déesses.
Les traits de Sabine sont bien exprimés sur la médaille n»6. du n° 6. Elle est de bronze, et présente d’un côté la tête de Sabine coiffée avec une draperie, comme les déesses. Légende,
DIVA AVGVSTzz SABINA : revers, Sabine portée au ciel par un aigle; légende, CONSECRATIO.
(1) Sat. vi,5oi. (2) Aujourd’hui Carrare.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
sa famille §.7. ANTINOÜS
adoptive.
Quelle déplorable célébrité est attachée au nom d'Antinous! Né eu Bithynie, dans la ville de Bitliynium, appelée par les Romains Claudiopolis , il se fit remarquer par sa beauté extraordinaire, et parut fort jeune à la cour d’Hadrien , qui se l’attacha particulièrement. Antinous le suivit en Egypte, où il se noya dans le Nil (1 an i3a ou i3o, selon Eckhel), voyageant avec lui, et d’après le récit de l’empereur lui-même \ Cependant on racontoit autrement sa mort. Aurelius Victor3 dit : «Des bruits «fâcheux se répandirent sur Hadrien, sur ses goûts dépravés, «sur-tout sur sa passion pour Antinous, qui seule le porta à «fonder une ville à laquelle il donna son nom, et à lui élever «des statues. Quelques uns prêtent à ces démonstrations écla- « tantes des motifs de reconnoissance et de religion. Ils disent «qu’Hadrien vouloit prolonger ses jours; que les devins exi- «geoient pour cela une victime volontaire, que tous se refusèrent à en remplir l’office; mais que le Bithynien s’offrit alors «de son plein gré, et que ces monuments furent élevés pour «éterniser le souvenir d’un si généreux dévouement. Je ne clier- «cherai pointa éclaircir ces doutes, quoique je regarde comme «très suspect l’attachement de deux personnes d’un âge aussi «différent, et de la part d’un prince dont les mœurs furent tou- «jours répréhensibles. »
J’imiterai la réserve de cet historien, et je ne parlerai que des
(1) On peut être surpris de voir Antinoüs occuper une place parmi les empereurs et les princes de leurs familles. Je répondrai que tous les auteurs qui ont écrit sur les médailles ou sur les antiquités ro¬
maines en ont agi ainsi, et que je n’ai pas cru devoir seul m’écarter d’un usage qui ne présente d’ailleurs aucun inconvénient.
(2) Dio, LXIX, 1 1 .
(3) Cœs.,X IV.
FAMILLE DE NERVA. 53
honneurs extraordinaires rendus par- tout à la mémoire d’ Antinous, parcequ’on trouvera ensuite moins étonnant le grand nombre de ses portraits qui nous sont parvenus. «Hadrien, dit «Spartien', s’abandonna à sa douleur comme une femme. » Il imita Alexandre dans ses regrets pour Ephestion. Il bâtit en Egypte, ou plutôtil releva et repeupla l’ancienne ville de Besa, à laquelle il donna le nom d’Antinoopolis (on la connut aussi sous le nom de Besantinoüs.) Les Grecs, pour consoler l’empereur, déifièrent son favori; ils éleverent des temples en son honneur, lui attribuèrent un culte, des prêtres, des oracles, et des prophètes pour les interpréter. Hadrien avoit composé luimême ces oracles. Il disoit qu’il voyoit un astre qui lui paroissoit être Antinous2; et ses flatteurs assuroient que cet astre, dans lequel étoit passée, selon eux, lame du Bithynien , brilloit pour la première fois. On l’appelle encore de ce nom, quoiqu’il eût porté auparavant celui de Ganymede; et il est placé près de la voie lactée, sous la lyre, entre le zodiaque et l’équateur.
Dion , après avoir rapporté ces folies d’Hadrien , dit : « Elles «excitoient le mépris; d’autant plus qu’il n’avoit rendu aucun «honneur à sa sœur Pauline, qui venoit de mourir.» Elles servirent aussi, selon la judicieuse remarque de Tillemont3, à La destruction de l’idolâtrie, et, par cela même, à la propagation du christianisme.
Les apologistes de la religion chrétienne4, qui écrivirent dans le second et le troisième siecle, reprochèrent aux idolâtres 1 apothéose d un homme qui avoit été leur contemporain. Ils en tirèrent 1 induction très vraisemblable que leurs autres dieux,
Ciiaiv IV.
Nerva
et sa famille . adoptive.
PI. XXXIX
(i) InHadr.y XIV. (a)Dio,LXlX, n.
(3) Histoire des Empereurs , t. II; p. 246.
(4) Saint Justin Hégésippe , Athéna-
gore , Tatien , saint Théophile d’Antioche , Tertuliien , saint Clément d’Alexandrie Origene.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
quoique plus anciens, n’étoient que des hommes déifiés. Ceux d’entre eux qui écrivirent sous les régnés du fils adoptif d’Hadrien, d’Antonin, et des autres princes de sa famille, se bornèrent à faire ressortir l’absurdité qu’il y avoit à prodiguer des adorations ;i un être qui fut sujet aux infirmités humaines et à la mort. Mais les écrivains qui combattirent l’idolâtrie, après l’extinction de la famille des Antonins, ajoutèrent à ces reproches ceux qui avoient pour motifs les mœurs corrompues du favori d’Hadrien. De là vint sans doute la célébrité de ce Bithynien; et, quoiqu’il n’y ait plus aujourd’hui pour nous d’intérêt à conserver sa mémoire, la multiplicité et la grande beauté de ses portraits, qui ornent nos collections, doivent en assurer la durée.
Dion dit1 «qu’Hadrien fit élever à Antinous, dans presque «tout l’univers, des statues qui offroient ses traits, ou plutôt qui «lereprésentoient sous l’emblème de différentes divinités.» On le vo^oit peint en Bacchus dans le temple qu’ avoient bâti en son honneur les Mantinéens, et où Ion célébroit des jeux de cinq en cinq ans”. Il est représenté de même sur ses médailles; il y paroît encore en Apollon, avec la lyre et le griffon. Plusieurs de ses statues et de ses bustes offrent aussi les attributs de différentes divinités.
Le portrait d’Antinous a été répété si souvent, que l’on a éprouvé un véritable embarras pour savoir lesquels on reproduiroit ici; on s’est borné à en publier deux qui ne l’ont point encore été. Le musée de France en a renfermé jusqu’à onze, statues, bustes, bas-reliefs; aujourd’hui on voit encore dans le musée royal deux statues d’ Antinous et quatre bustes. C’est un de ces bustes, celui du n° 39, que l’on trouve ici sous le n“ 3. Le
(1) Lib. LXIX, 12.
(2) Pausan., VIII, p. 617.
FAMILLE DE NERVA. 55
travail eu est très bon, et exprime bien la légère teinte de me- Ch*v. iv. laneolie,je dirois presque de tristesse, qui caractérise les por- „
traits de ce favori, mort si jeune, et d’une maniéré déplorable. adoptive. La couronne de lierre appartient à Bacclius et à Osiris; auquel 11 xxx,x des deuxl’a-t-on voulu faire ressembler?
Le n° i présente un groupe célébré qui, long-temps conservé n en Espagne, dans le palais de Saint-Ildéfonse, près deSégovie, l’est aujourd’hui dans le palais du roi à Madrid; et dont le sujet avoit exercé sans succès la sagacité des érudits, jusqu’à ce que M. Visconti ait reconnu Antinoiis dans la ligure qui ne tient aucun attribut, et cpii est placée à la gauche du spectateur. On en voit une belle copie dans le jardin des Tuileries à Paris. Ce groupe étoit placé dans la villa Ludovisi, lorsque Perrier le dessina en i63g'. Il appartint ensuite à Christine, reine de Suede, puis au duc d’Odescalclii (en 1704); il est aujourd’hui en Espagne, où Philippe Y le fit transporter. Un jeune homme debout s’appuie du bras gauche sur l’épaule d’un autre jeune homme; il a la tète inclinée, une couronne de laurier, et une patere dans la main droite. Le second jeune homme, couronne aussi de laurier, tient de la droite un flambeau avec lequel il semble allumer quelque matière combustible sur un très petit cippe, ou autel, placé entre eux deux. De la gauche il tient renversés sur son épaule les restes d’un autre flambeau. A ses côtés paroitune très petite statue de femme, posée sur un piédestal, coiffée avec la corbeille sacrée (calathus) , relevant de la main gauche ses draperies; élevant l’index de la droite vers son visage dans le dessin de Winckelmann1, et dans celui de Maffei^ mais tenant un objet rond de cette main dans celui de Perrier et
(1) Icônes et segmenta, etc., n° 3g. (2) Mon. ined., p. xiv. (3) Raccolt. diStat., tav. 1 a r .
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Chat». IV.
Nerva et sa famille adoptive.
PI. XXXIX
dans celui de cette planche. Ces deux jeunes hommes sont entièrement nus.
M. Visconti, ayant reconnu les traits d’ Antinous dans ceux du jeune homme placé à la gauche du spectateur, qui ne tient aucun attribut, et dont on voit ici le profil sous le n° i (profil dessiné a part pour la première fois et d’après un plâtre}, n’hésita point a dire que c’était le favori d’Hadrien. La nudité absolue et la couronne annoncent un personnage déifié. La même observation s’applique au second personnage du groupe; c’est pourquoi il y reconnut le génie d’Antinoüs, sur lequel s’appuie le nouvel habitant de l’Olympe. Les dieux avoient, comme les hommes, chacun leur génie particulier. On les représentait souvent appuyés sur ces divinités subalternes. Tel paroissoit Jupiter sur un bas-relief dessiné à Rome par Roissard, mais que l’on n’y voit plus'; tels paroissent Racchus et son génie Ampelus (vigne), ou Acratus (sans mélange), sur une médaille de bronze frappée par les Nycéens deBithynie en l’honneur de Caracallaq tel le même dieu, dans le jardin du Casin, qui est joint au palais Farnese. M. Visconti n’ayant rien laissé décrit sur ce groupe, et moi-même n’ayant retenu ce que je viens de dire que d’après une conversation avec ce savant, je n’aurai pas l’imprudence d’étendre son explication aux autres détails du groupe.
Voici celle des antiquaires qui l’ont précédé. Perrier vit dans les deux grandes figures les deux Decius, qui se dévouèrent pour leur patrie, Philippe del.Torre (d’après Maffei, dans l’explication gravée planche CXXI) y vit deux génies de la Nature sacrifiant à la Nature, représentée par la petite femme sous la forme d’Isis; mais dans Vexplication imprimée de Maffei ils de-
(r) Tome II. page 68. (2) Tentam., Num, Froelich, p. 262.
FAMILLE DE NERVA
vinrent Phosphorus et Hesperus , quoiqu’un seul des deux tienne dur. iv. les flambeaux qui dévoient caractériser le génie du Jour com- Ke"a
1 O et sa famille
mençant, et le génie du Jour finissant. D’autres reconnurent ai,oPliv<:ici Castor et Pollux : on ne voit pourtant ni leur casque ovoïde , ni les étoiles, ni les chevaux, leurs symboles ordinaires. Cependant cette explication avoit tellement pris faveur, que l’on croyoit aussi reconnoitre Léda, mere des jeunes dieux, dans la petite statue de femme. Enfin, en 1767, Winckelmann' donna une explication nouvelle. Le groupe représenteroit, selon lui, les premières scenes d’Electre, tragédie d’Euripide; c’est-à-dire Oreste et Pylade sacrifiant sur le tombeau d’Agamemnon, et Electre les observant de loin, annonçant le silence par l’index qu’elle éleve vers sa bouche. L’Oreste supposé (Pilade) tient deux flambeaux; le véritable Oreste paroit absorbé dans le sentiment qui le porte à venger son pere : tous deux ont des couronnes, comme ceux qui offroient quelque sacrifice. Si Winckelmann eût eu sous les yeux le marbre antique (comme l’ont eu Perrier et Maffei, et non un dessin, il auroit peut-être reconnu, avec la sagacité qui le distinguoit, les traits d’Antinous.
Au reste , dès l’instant que M. Yisconti eut fait cette découverte , toutes les autres explications n’eurent plus ni base ni motifs.
Depuis quelque temps il s’étoit élevé des doutes sur la nature de ce beau groupe. En Italie et en France, des sculpteurs pensoient qu’il n’étoit qu’une réunion, faite sans motif apparent, de deux figures antiques, et d’une très petite que l’on croyoit moderne. Mais ces doutes se dissiperont, lorsqu’on lira les détails suivants, fournis en 1819 à M. l’ambassadeur de France par un sculpteur habile qui habite Madrid: «Le marbre du
(1) Monwnenti antichi inediti , p. xxj.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
« groupe est cle Carrare : l’on voit évidemment que tout a été « exécuté sur un seul bloc. Le travail des pieds des deux grandes « figures, ainsi que celui des pieds de la petite, l’autel, la plinthe, «et une petite veine qui passe de celle-ci sur un des pieds, ne «laissent aucun doute sur cette vérité. On est encore convaincu « que c’est d’un seul morceau par certaines taches très petites qui «communiquent des torses aux membres.
«Les jambes et les bras ont été cassés en plusieurs endroits; « et les mêmes morceaux originaux ont été ajustés. Un seul mor- « ceau, celui du devant de la jambe gauche de la figure qui est «à la droite du spectateur, donne heu à quelque doute.
« Il n’y a de restauré à neuf que l’extrémité du nez et une te partie des cheveux à la tête de la figure qui est à la gauche du « spectateur ; ainsi que les doigts, le pouce , et les index de l’autre « figure : son petit doigt manque. La pointe de la flamme qui «repose sur l’autel est neuve; l’autre flamme, qui repose sur «l’épaule, est en bois. Du reste, quant au marbre et au tra- « vail , il ne paroît y avoir aucun autre morceau qui ne soit «pas original.
« La tête de la figure placée à la droite du spectateur est en- «tiere, avec le torse, qui est intact. La tête de la figure pla- « cée à la gauche du spectateur a été remise sur son cou : cette « tête n’est pas une copie de l’Antinous, c’est le véritable origi- « nal ; on le reconnoit d’abord à l’unité des formes et du travail , «comparés avec ceux du reste de la figure; ensuite parcequ’elle « est du même marbre.
« Les morceaux des jambes et des bras auroient pu être mieux «ajustés qu’ils ne le sont actuellement.
«Ce groupe est original; et, quoique exécuté en marbre de «Carrare, c’est certainement l’ouvrage d’un des premiers mai-
FAMILLE DE NERVA. 59
«très de la Grece. Le style est simple, majestueux, et remar- « quable par une uniformité parfaite dans toutes ses belles formes. « Si ce groupe ne peut être placé parmi les plus admirables pro- «ductions de 1 antiquité, il occupe du moins une place distin- «guée parmi celles du second ordre.»
Les médaillons de bronze dessinés sous les n" 4 et 5 justifieront la dénomination d’ Antinous donnée aux monuments qui précédent. On voit sur le premier la tête nue dubeauBithynien , avec la légende H ■ HATPic ■ ANTINOON • 0EON, «La patrie (révéré) An- « tinoüs déifié. » Revers, Mercure debout, tenant une palme et une branche d’olivier, un taureau derrière lui; légende, AAPIA- NflN • BI0YNIEJ1N , « Bithynium Hadriannée. » Sous les traits de Mercure, né dans l’Arcadie, on a représenté Antinoiis, né à Bithynium, ville fondée par les Arcadiens.
L’autre médaillon présente la tête nue d’ Antinoiis, avec la légende ANTINOOC • HPttc , «Antinoiis déifié.» Revers, un taureau (peut-être Apis), avec la légende ÜOAEMftN • ANE0HKF. CMYPNAIOIC, «Polémon (a dédié) aux Smyrnéens.» Ce Polémon fut un homme célébré dans l’Ionie par son crédit et ses richesses.
Visconti a reconnu le portrait d’ Antinoiis sur une médaille de Mitylene, où l’on croyoit voir celui de Lesbonax, philosophe né dans cette ville. Il a développé son opinion dans le tome III de l’Iconographie grecque, dans la note qui termine le supplément placé à la fin de ce volume.
CriAi>. IV.
Nerva
et sa famille adoptive- PI. XXXIX.
N° 4 fù 5.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Nr„ §. 8. LUCIUS AELIUS CESAR.
t sa famille adoptive.
k Ce prince n’a dans sa vie, dit Spartien rien de mémorable «que d’avoir reçu le titre de César, non en vertu d’un testa- « ment , comme c’étoit l’usage, ni par l’adoption, comme Tra- « jan; mais avec les mêmes attributions que Dioclétien accorda «aux Césars Maximien et Constance; c’est-à-dire comme à des «fils d’empereurs et à des héritiers de l’empire.» Il est fâcheux que Spartien n’ait point fait connoître les attributions particulières accordées par Hadrien à Lucius Aelius; mais on peut assurer en général que chaque empereur qui donnoit le titre de César y attaclioit à son gré diverses portions d’autorité, parcequ’il ne croyoit son pouvoir limité par aucune loi, et parcequ’il n’existoit réellement point à Rome de constitution impériale.
Le pere du César Lucius Aelius fut Cesonius Commodus , que les uns ont appelé Yerus; d’autres, Lucius Aurelius; d’autres enfin, Anuius. Il descendoit d’une famille noble, originaire d’Etrurie. Le fils porta ces noms divers, et y joignit celui d’ Aelius, après son admission dans la famille Aelia, par l’adoption d’Hadrien, et le titre de César par le choix de cet empereur. Ce fut alors qu’il se fit appeler simplement Lucius Aelius César. On cherche vainement la cause qui détermina l’empereur à placer si près du trône un citoyen qui n’étoit recommandable sous aucun rapport. Spartien’ dit seulement, « C’étoit un homme qui menoit « une vie licencieuse, qui avoit des connoissances assez étendues « en littérature; les malveillants assurent qu’il gagna les bonnes
(i) In Jelio, II. (2) Ibid. , V.
FAMILLE DE NERVA
« grâces d’Hadrien plutôt par la beauté de ses traits que par de Ch#1, iv. « bonnes mœurs. » Les savants sont partagés d’opinion sur l’an- 'Nei'va
^ ^ 1 et sa famille
née dans laquelle fut faite celte adoption : les uns assignent 888 adoptive de Rome, et ils ont pour appui Spartien dans la vie d’Hadrien et dans celle d’Aelius ; les autres, l’année 88g. Une inscription recueillie par Gruter’ est favorable aux derniers. Elle présente l’année 21 de la puissance tribunitienne d’Hadrien, avec la première de cette même puissance pour Aelius jointe à son second consulat. Or ce fut au mois d’août 8go qu’Hadrien entra dans la vingt-unieme année du tribunat; donc la première d’Aelius commença avant la fin de 88g.
Aelius, aussitôt après son adoption, fut nommé préteur, gouverneur de la Pannonie, où il acquit de la gloire, selon Spartien, consul pour la première fois l’an 88g, et consul désigné pour la suivante. Sa mauvaise santé et de fréquents vomissements de sang le firent retourner, après une courte absence, à Rome, où, ayant pris un remede dont il espéroit un grand soulagement, il mourut le premier jour de l’an 1 38 (8gi de Rome). Quelques écrivains ont avancé cette mort d’une année entière; mais ils sont contredits par l’inscription citée plus haut, et par une seconde du même recueil ’, dans laquelle on lit : L • AELIO • CAE- SARE • II ■ P • COELIO • BALBINO • KAL • 1YL. «Il Rit enterré,
« dit Spartien ’, avec les honneurs que l’on rendoit aux empereurs;
« et il n’eut de la royauté que les honneurs funèbres. » Aussi Hadrien le pleura-t-il, ajoute le même historien4, non en bon prince, mais eu bon pere. Cependant on put attribuer la mort d’Aelius à ces paroles de l’empereur adressées au préfet des prétoriens et relatives à la maladie du jeune César: «J’ai perdu les
(1) Page CCL11 , 2. (3) Cap. vin.
(2) PageMix.G. (4) Cap. vj.
62 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Pakt. IL Chap. iv «3 mille sesterces (plus de 52 millions de fr. ), que j’ai distrieisafamiiip “hués à l’armée et au peuple (lorsque Aelius avoit été nommé adopt.v, «César); car j’ai pris pour appui une muraille qui penche et «qui, loin de pouvoir soutenir l’empire, peut à peine me sou- « tenir moi-même.» L’indiscrétion du préfet, qui répéta ces paroles, apprit à Aelius qu’il ne devoit plus avoir d’espoir de guérison, et avança le terme fatal.
Ce prince avoit de l’éloquence et de la bravoure; mais son goût pour la débauche et pour le luxe de la table a terni sa mémoire. On ne se le rappeloit qu’en parlant des lits de roses et de lis sur lesquels il couchoit, et des mets extraordinaires dont il se glorifioit d’être l’inventeur. L’Art de plaire d’Ovide ' étoit sa lecture favorite; et il appeloit Martial son Virgile.
Aelius avoit épousé une hile de Nigrinus, dont on ne trouve point le nom dans l’histoire; mais Mezzabarba et Occon l’ont appelée, sans aucun fondement , Domitia Lucilla, et lui ont attribué quelques unes des médailles de Lucille, épouse de Lucius Verus \
L’épouse d’ Aelius le rendit pere de ce Lucius Verus qui fut empereur avec Marc-Aurele, et d’une hile appelée Fabia , qui fut promise en mariage à Marc-Aurele , mais qui ne l’épousa pas.
Spartien dit qu’il étoit très bel homme, qu’ii avoit beaucoup de dignité dans les traits du visage. Quoiqu’il n’ait été César que peu de temps, on a cependant de lui des marbres et des médailles, pareeque Hadrien, qui en avoit fait déposer les cendres dans son mausolée, lui ht élever des temples et des statues colossales 3.
iv i et 2 On voit sous les n" i et i de la planche XXXIX* la face et le
-Jr
(i ) De <4rte Amandi.
(2) Spart., VII.
(3) Numism. , p. 247-
FAMILLE DE NE R VA
profil d’une statue du musée royal, u° 210. Elle étoit conservée à Rome, dans la villa Pinciana' (jadis villa Borgliese). La tète présente les mêmes traits, la même coiffure, et la même barbe que les médailles du César Lucius Aelius. Il faut observer seulement que l’extrémité du menton, qui a été restaurée, est plus longue quelle n’a dû l’être avant la fracture. Le musée royal renferme sous le n° 222 une autre statue, trouvée dans les fouilles de Gabies , sur laquelle on a remplacé la tête originale, qui manquoit , par une tête antique qui présente les traits d’ Aelius jeune \
Le médaillon du n° 3, de bronze, présente la tête nue du César Aelius, avec la légende Lucius AELIVS CAESAR. Revers, TRibunitia POT estas COS. ( consul ) II; Cérès assise sur la ciste (corbeille sacrée des mystères); Aelius, en costume civil, debout devant elle.
(1) Villa Borghesè, I, p. 19. (2) Monumenti Gabini , p. 97.
Ch a p. IV.
Nerva
et sa famille adoptive.
PI. XXXIX
Xe 3.
fl
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.