AN TON! N- PIE , ET SA FAMILLE ADOPTIVE
ri. xxx x- Antonin-Pie, et sa famille adoptive, Rapportèrent aucun changement important aux sages établissements d’Hadrien. On vit seulement pour la première fois deux princes porter en même temps le titre d’Auguste, et partager l’autorité souveraine avec la dignité impériale. «Verus, dit Spartien1 2, eut une autorité égale « à celle de Marc-Aurele : car ils furent les premiers qui porte- « rent le titre d’Auguste; leurs noms furent inscrits les premiers «dans les fastes consulaires, de sorte que l’on y lisoit les deux « Augustes au lieu des deux Antonins. Cette nouveauté fut même «si bien accueillie, que l’on vit des écrivains commencer des «fastes consulaires par ces deux illustres consids. » L’historien veut dire par-là que quelques auteurs datèrent ainsi: Telle année avant ou après le consulat des Augustes.
Les vertus du premier des Antonins rendirent son nom si cher aux Romains que, si le peuple et les soldats ne l’entendoient pas, ils ne croyoient pas avoir un empereur1. De sorte que, pendant plus d’un siecle, tous ceux qui gouvernèrent l’empire, ou qui furent appelés à le gouverner, se crurent obligés
(1) Spart., Hcidrian. , XXIV; idem, in Aelio , V.
(2) Capitol., Macrob. , III ; Lamprid. , Diadum. , VI.
(*) Mes guides, dans ce chapitre, ont été les auteurs de Y Histoire Auguste, Dion, Xiphilin , Eutrope , Hérodien , les deux Victors, Orose, Zonare.
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de prendre un nom si révéré, Marc- Aurele, Lucius Verus, Com- C„A, v mo de , P ertinax , S évere , Caracalla , Géta, Macrin,Diaduménien, etElagabale. Le sénat 1 offrit ensuite à Alexandre Sévere1 lorsqu’il adoptive,
parvint à 1 empire, comme il en avoit usé avec ses prédécesseurs; PI™IX’ mais il refusa par modestie, en disant qu’il craignoit de ne pouvoirie porter dignement. Ses successeurs limitèrent en cela; et le nom d’Antonin cessa alors d’être un nom de dignité', tel que l’avoit été et le fut toujours celui d’Auguste.
On a pu remarquer dans plusieurs des impératrices dont j’ai parlé jusqu’ici une conduite vicieuse qu’elles ne cherchoient même pas à cacher aux Romains. Jl paroît que dans l’opinion de ce peuple les vices de l’épouse ne faisoient point rejaillir de honte sur l’époux offensé, comme dans les temps modernes où des mœurs plus séveres en ont fait une atteinte portée à son honneur, et ont imputé à blâme pour le mari l’inconduite de 1 épouse ; tandis que celle-ci , n’ayant aucun empire sur son époux , n’est point déshonorée par ses mauvaises mœurs. Jamais cela ne parut d’une maniéré plus frappante que dans la famille adoptive de Nerva, et dans celle d’Antonin. Cette opinion venoil probablement de la facilité à se séparer d’une femme vicieuse , facilité que le divorce donnoit aux maris ; de sorte que si, dans ce cas, ils n’en usoient pas, ils témoignoient par leur silence ou qu’ils ne se croy oient pas offensés, ou qu’ils ne croyoient pas letre d’une maniéré assez directe pour devoir en tirer vengeance.
C’est ainsi qu’Hadrien disoit de Sabine, son épouse, qu’il l’auroit répudiée, s’il eût été un simple citoyen1; qu’Antonin renferma dans le secret le chagrin que lui causoient les débauches de Eaustine l’ancienne , et que Marc-Aurele répondit à ceux
(i) Lamprid. , Alexandr. , V. (2) Spart., Adrian., XI,
Ch a p. V.
Antonin-Pie et sa famille adoptive.
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qui lui faisoient connoitre celles de sou épouse Faustine jeune, fille d’Antonin : «Si je la répudions, il faudroit rendre sa dot, «l’empire'. » Enfin l’on entendit un de ces empereurs répondre à celui qui lui représentoit combien étoit blâmable l’abandon dans lequel il laissoit son épouse, «Qu’a-t-elle à desirer? ne «jouit-elle pas des honneurs attachés à son rang1. 53 A la vérité on avoit vu le dictateur perpétuel répudier Pompeia en disant: «L’épouse de César ne doit pas même être soupçonnée.» Mais il s’agissoit alors d’apaiser les craintes religieuses du peuple, qu’il caressoit, sans compromettre la vie de Clodius , qui travailloit à ravir sourdement à Pompée la toute puissance. Ce factieux s’étoit déguisé en femme pour pénétrer auprès de Pompeia , qu’il aimoit , dans la fête de la bonne déesse, d où tous les hommes étoient exclus ; et ce crime étoit capital. César employa pour en éviter les suites terribles, et pour rassurer le peuple sur ses liaisons coupables avec Clodius, la répudiation. Tous les historiens ont rapporté ce fait ; d’où il est permis de conclure qu’il eût pu garder son épouse sans encourir une sorte de déshonneur. J’y trouve une nouvelle preuve de ce que j’ai dit plus haut.
On pourroit cependant rappeler ici l’autorité absolue des maris romains sur leur famille, et en conclure que l’inconduite de la femme, tolérée par celui qui avoit le pouvoir de la prévenir et de la punir, le faisoit taxer seulement de foiblesse et de lâcheté. Mais, comme empereur ou comme magistrat, son caractère d’homme public n’en recevoit aucune atteinte : tandis que dans nos mœurs non seulement l’époux doit punir la coupable, mais il lui reste à laver son injure dans le sang du séducteur, selon l’expression consacrée depuis plus de huit siècles.
(1) Capitol., Anton. , III.
(2) Capitol., M. Aurel., XIX.
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Quelle que fût donc la cause de cette indifférence, il n’est pas c„1P. v. moins vrai qu’on pouvoit à Rome la témoigner ouvertement, sans avoir à craindre une opinion qui ne devoit s’établir que adoPtive-
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mille ans après. « xl