SON ÉPOUSE FAUSTINE MERE, ET GÂLERE-ANTONIN LEUR FILS
«Les Romains, dit Pausanias2, donnèrent à Antonin le surccnom de Pieux, parcequ’il avoit montré un grand zele pour «toutes les institutions religieuses: mais je pense qu’il mérita «de porter celui du grand Cyrus, Pere des hommes.» Capitolin3 dit aussi que «les gens de bien le comparèrent à Numa..., dont «il eut le bonheur, la piété, le zele pour les cérémonies reli- «gieuses, et la sécurité.» Cette comparaison ne paroît pas exacte au jeune Victor4, parceque Antonin avoit surpassé tous les princes en bonté et en sagesse. Ce qu’il y a de certain, c’est que, s’il ressembloit à Numa par ses inclinations pacifiques et par ses vertus, il lui ressembloit aussi par les traits du visage; comme on en peut juger eu examinant les portraits de l’un et de l’autre, qui sont dessinés dans cet ouvrage.
Antonin appartenoit, par son pere, à une famille illustrée, originaire de la ville de Nisme, dans les Gaules. Aurelius Fulvus, son père, et ses deux aïeuls, avoient été revêtus à Rome des premières dignités. Son aïeul maternel, Arrius Antoninus, que
( 1) Les empereurs qui prirent le surnom d’Antonin , ayant tous un nom propre par lequel on les distingue, nous désignerons celui-ci par son nom seul.
(2) Lib. VIII, cap. xliit.
(3) In Pio, II et XIII.
(4) Epit. XV.
68 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
Chai*. V.
Antonin- Pic; PI. XXXIX * et XL.
1 on croit avoir été consul en 6g, est connu particulièrement pour avoir témoigné il Nerva , son ami , rpie l’on créoit empereur, non de la joie , mais de la commisération '. Il fut pere d’Arria Fadilla , mere de l’empereur Antonin, et probablement aussi d’un fils que l’histoire ne nous fait point connoître, mais qui paroît avoir été le mari de Matidie, petite-niece de Trajan; car celle-ci étoit en effet tante maternelle d’ Antonin. Cette famille fut toujours nombreuse; aussi Lampride dit- il que dans le troisième siecle il y avoit encore plusieurs Antonins issus de parents ou d’alliés du premier des empereurs de ce nom.
Celui-ci naquit l’an 86 (83g de Rome). Ses noms furent Titus Aurelius Fulvus Bojonius Arrius Antoninus. Son pere avoit été consul; et il le fut lui-même l’an 1 20 (873 de Rome), après avoir exercé la questure et la préture avec beaucoup d’éclat et de grandes dépenses, parceque plusieurs de ses parents, touchés de la douceur de ses moeurs, l’avoient institué leur héritier.
ILadiien, qui 1 estimoit beaucoup, le nomma un des consulaires chargés du gouvernement de l’Italie, et bientôt après, proconsul d’Asie. «Il gouverna cette province, dit Capitolin3, «avec tant de prudence, que seul il put faire oublier son aïeul, «dont le sage proconsulat étoit encore présent à la mémoire des «Asiatiques.» Au retour de cette province, Antonin fut admis dans le conseil particulier d’Hadrien. Il avoit épousé depuis longtemps Faustiue, tante paternelle de Marc-Aurele, qui le rendit pere de deux fils et de deux filles : l’une de celles-ci fut l’épouse de Marc-Aurele; l’autre, qui avoit été mariée à Lamia Syllanus, mourut à l’époque où Antonin fut nommé proconsul d’Asie. Quant aux deux fils, qui perdirent la vie avant son avènement à
(1) Vict., Epit., XII.
(2) In Diadum ., I.
(3) In Anton. , III.
FAMILLE D’ANTONIN-PIE. 69
l’empire, on ne connoît le nom que d’un seul, de Galerius Antoninus. Ce nom est gravé sur une médaille grecque, avec sa tête; mais le travail est si grossier, qu’elle 11e mérite pas d’entrer dans ce recueil
Le César Aelius étant mort subitement le 1" janvier i38 (891 de Rome), Hadrien assembla les sénateurs le 25 février suivant. Après avoir parlé de la perte qu’il avoit faite, il leur dit2 : «Je «vous ai choisi et je vous donne un autre empereur, de noble
« extra
.'action, modéré, prudent, trop âgé pour se cond
uire avec
«témérité, trop jeune pour le faire avec négligence, versé dans «l’étude des lois, ayant exercé toutes les charges, comme il étoit «d’usage chez nos ancêtres ; de sorte qu’il a toutes les connois- «sances nécessaires pour gouverner, et qu’il en fera un bon usage. «C’est Aurelius Antoninus, que je sais être par caractère fort «éloigné des affaires, et encore moins avide des honneurs; mais «qui, je l’espere, voudra prendre soin de moi et de vous, et ac- «cepter le commandement malgré sa répugnance.» Antonin eut dès-lors le titre de César, de fils adoptif d’Hadrien, de son collègue dans la puissance proconsulaire et dans la puissance tribunitienne. Mais l’empereur exigea de lui que, n’ayant plus d’enfants mâles, il adoptât Annius Verus (appelé depuis Marc- Aurele), neveu de l’impératrice, et Lucius Commodus (Yerus), fils du défunt César Aelius. Ces deux princes portèrent dès-lors le nom de César.
Par une fatalité que rien ne peut expliquer, nous n’avons pas sur 1 histoire d Antonin autant de renseignements que sur celle de ses prédécesseurs. Capitolin n’a écrit qu’un abrégé de sa vie; et la partie de 1 ouvrage de Dion qui avoit rapport à cet empereur
Ch ap. V.
Antonin-Pie et sa famille adoptive.
PI. XXXIX* et XL.
(1) Doct.Num.Vet., VII, 43. (2) Dio,LXIX,2r.
Ch a p. V.
Antonin-Pie et sa famille adoptive.
PI. xxxrx 1
et XL.
70 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
se trouvoit perdue dès le temps où Xiphilin composoit un abrégé de cet auteur, il y a plus de huit cents aus.
L’adoption d’Antonin fut célébrée par de grandes largesses , qu’il fit de son propre bien, sans puiser dans le trésor public. Il en usa toujours de même. Les revenus de ses biens, qu’il faisoit cultiver avec beaucoup de soins, et qu’il visitoit tous les ans pour y jouir des douceurs de la vie privée, suffirent toujours seuls à ses besoins personnels et à ses nombreuses libéralités. Il témoigna pour Hadrien la plus vive reconnoissance, et la tendresse vigilante d’un fils. J’ai parlé dans le chapitre précédent des soins qu’il prit pour prolonger la vie de cet empereur, et pour lui ôter les moyens de l’abréger. Quelques personnes y ont cru trouver l’origine du surnom Plus, que lui donna le sénat, et qui désignoit plus souvent la piété filiale que la piété religieuse. Lorsque Hadrien fut mort, le 10 juillet i38 (891 de Rome), Antonin sollicita le sénat pour lui faire rendre les honneurs divins, comme on en a voit usé avec ses prédécesseurs; mais les. sénateurs , irrités de ce que cet empereur, dans les derniers temps de sa vie, avoitfait mourir plusieurs de leurs collègues, et avoit ordonné à Antonin d’ôter la vie à d’autres (la seule fois que celui-ci lui ait désobéi), rejetèrent sa demande. Cependant, vaincus par les prières d’Antonin, et considérant que cet acte de rigueur rendroit contestable l’élection de ce fils adoptif d’Hadrien, comme ayant été faite par un prince abhorré, ils accordèrent l’apothéose. Antonin institua en son honneur, à Pouzzoles, des jeux quinquennaux appelés Pialia; etEckliel' conclut avec probabilité de ce nom que le surnom Plus lui fut donné à cause des honneurs extraordinaires qu’il fit rendre à Hadrien.
(1) Doct. Num. Vet., VII, 36.
FAMILLE D’ANTONIN-PIE
Au reste plusieurs de ses successeurs, Commode entre autres, osèrent prendre ce noble surnom; mais il ne servit qu’à faire remarquer combien ils en étoient indignes.
Parvenu à l’empire, Antonin conserva, sans blesser la dignité impériale, la simplicité de mœurs qui l’avoit rendu si recommandable; et ses amis ne trouvèrent aucun changement dans son intérieur. Quant aux sénateurs, il les traita avec toiis les égards qu’il regrettoit de ne leur avoir pas vu témoigner par ses prédécesseurs; il leur communiquoit tous les actes de son gouvernement; il en usoit de même avec les peuples, qu’il instruisoit par des proclamations. Jamais il ne demanda le consulat, ni d’autres dignités pour lui ou pour ses enfants, que comme l’auroit fait un simple particulier. C’est de lui que Marc-Aurele ' disoit avoir appris qu’un prince peut, même à la cour, vivre sans gardes, sans ornements impériaux, et sans se faire précéder par des serviteurs portant un feu perpétuel (dans lequel on brùloit des parfums).
Il surveilloit sans relâche les gouverneurs et les intendants des provinces, leur recommandant la modération dans la levée des impôts, et exigeant un compte rigoureux de leur administration, lorsqu’ils avoient excité des plaintes. C’est pourquoi les villes et les provinces furent, sous son régné paternel, riches et florissantes.
Le jeune Victor1 décrit ainsi les relations des peuples étrangers avec cet excellent prince: «Tous les rois et les perqdes, «et toutes les nations, étoient si pénétrés de crainte et d’a- « mour pour lui, qu’ils le regardoient plutôt comme un père « et un protecteur que comme un maître et un empereur, et
Chai.. V.
Antonin-Pie et sa famille adoptive.
PI. XXXIX et XL.
(i) Lib. I, cap. xvii. (2) Epit.,X\.
Chai-, V.
Antonin-Pie et sa famille adoptive.
PI. XXXIX* et XI..
72 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
«qu’ils s’adressoient à lui, comme à une divinité, pour termite ner leurs différents. Les Indiens, les Bactriens, les Hyrca- «niens, convaincus de son équité parfaite, que reliaussoient un «front serein, de beaux traits, une grande taille, et un port «majestueux, lui envoyèrent des ambassadeurs.» Quoiqu’il n’ait jamais commandé les armées , pareequ’il ne trouvoit point de charmes dans la gloire militaire, cependant il employa de bons généraux pour réprimer dans l’Achaie et en Egypte quelques séditieux qui se révoltèrent ; pour repousser les Maures jusqu’au mont Atlas, les Brigantes (peuple du Northumberlancl) dans leurs forêts, où il les contint en faisant construire un mur semblable à celui d’Hadrien, les Allemani, les Daces, les Alains, enfin les Tauroscy tlies.
Antonin trouva dans son économie habituelle les moyens de faire des constructions utiles et dignes d’admiration. Il fit creuser un porta Gaëte, rétablir ceux de Terracine , de Pouzzoles , et achever le tombeau d’Hadrien. Dans la Grece , dans 1 Ionie , dans la Syrie, et à Carthage, il contribua par des sommes considérables à la construction de nouveaux édifices, ou au rétablissement des anciens. Il éleva au rang de ville le bourg de P allantium dans l’Arcadie1, et l’exempta de tout impôt; pareeque, selon une ancienne tradition, le roi Evandre, avec une partie des habitants de ce lieu, étoit venu fonder une ville dans l’endroit où Rome fut bâtie depuis. Ce respect pour les anciennes traditions contribua à faire comparer Antonin à Huma. « On dit, rapporte Dion, «qu’il y eut sous son régné, dans la Bithynie et l’Hellespont, «un affreux tremblement de terre qui renversa presque entiè- « renient plusieurs villes , entre autres Cyzique et son temple , le
(1) Pausan., VIII, 43. (2) Lib. LXX, 4-
FAMILLE D’ANTONIN-PIE. 73
«plus beau et le plus grand de l’univers.... On raconte aussi «qu’une montagne s’entrouvrit, et que son sommet vomit une « grande abondance d’eau de même nature que celle de la mer. »
L’an i3g (8ga de Rome) Antonin donna à Marc-Aurele pour épouse sa fille Faustine jeune, avec tout son patrimoine, s’en réservant seulement l’usufruit pour l’employer au bien de l’empire. L’année suivante, i/jo, il donna à son gendre le titre de César. Il perdit, l’an 1 4 1 > son épouse Faustine, et lui fit rendre les honneurs divins, quoique la vie de cette impératrice exit été licencieuse et quelle eût voulu l’engager à user d’une rigueur extrême contre Celsus, qui s’étoit révolté; mais ses conseils ne purent vaincre la répugnance de l’empereur pour les moyens extrêmes.
Antonin choisit pour consul de l’an 1 43 Hérode Atticus, sophiste aussi célébré par son éloquence que par les richesses immenses que lui avoit léguées son pere, dont nous avons parlé sous Nerva. Il l’avoit donné pour maître d’éloquence grecque à Marc-Aurele et à Lucius Verus. C’est ainsi qu’il avoit appelé d’Orient un certain Apollonius pour leur enseigner la philosophie stoïcienne. Arrivé à Rome, celui-ci exigea que ses éleves vinssent le trouver dans sa demeure ; l’empereur y consentit , disant avec un sourire malin «qu’il étoit étonnant que celui qui « étoit venu de l’Orient en Italie refusât, étant à Rome, d’aller « de sa maison au palais impérial. « On l’avoit vu , lorsqu’il étoit proconsul d’Asie, descendre à Smyrne dans la maison du sophiste Polémon, qui étoit absent, parcequ’elle étoit la plus belle de la ville, et en sortir bientôt après, même pendant la nuit, parceque le propriétaire étant arrivé parut fort courroucé , comme s’il ne fût pas resté assez de place pour le recevoir'. De-
(i) Philost Sophist., XXV.
Chap. V.
Antonin-Pie et sa famille adoptive.
PI. XXXIX * et XL.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Cn av. V.
Antonin-Pie et sa famille adoptive.
PI. XXXIX * et XL.
venu empereur, Antonin vit au nombre des courtisans le même sopliiste, et la seule vengeance qu’il tira de son impudence fut de commander qu’on lui donnât un logement dans le palais, en ajoutant seulement : « Et que personne ne l’en déloge. » Il répondit aussi à un comédien qui lui demandoit justice de Polémon , parcequ’il l’avoit chassé du théâtre en plein midi: «Il m’a bien «chassé à minuit , et je n’en ai point appelé. »
L’an 900 de la fondation de Rome (147 de l’ere vulgaire) fut consacré par la célébration des jeux séculaires, par de grandes largesses faites au peuple, et par le partage de la puissance tribunitienne en faveur de Marc-Aurele. Ce prince étoit fort estimé d’ Antonin, cpii le consultoit toujours dans la nomination aux emplois, qui lui confioit les affaires les plus importantes, et qui tourna en dérision les calomnies de ceux qui vouloient exciter sa jalousie, en accusant Marc-Aurele d’avoir souhaité la mort de son bienfaiteur'. Mais les défauts et les vices de Lucius Verus éloignèrent de lui le vertueux Antonin; celui-ci ne lui donna jamais d’autres marques de considération que celles qu’exigeoit le titre de son fds adoptif.
Quelque rapide que doive être mon récit, je ne puis passer sous silence les consuls de l’an i5i, les deux freres Quintilius, à cause de cet amour fraternel qui les rendit plus célébrés encore que leur érudition, leur science militaire, et leurs grandes richesses’. Ils furent consuls ensemble; la Grece fut gouvernée par eux l’an 173, et la Pannonie, l’an 178. Leurs lettres écrites à l’empereur éloient signées de tous deux; les réponses étoient adressées à tous les deux; tous deux sont cités dans les Géoponiques, comme auteurs d’écrits sur l’agriculture; enfin le farouche
(1) Capitol., M. Anton., VI. (2) Dio, LXXI , 33, et LXXII, 5.
FAMILLE D’ANTONIN-PIE. 75
Commode les fit mourir tous deux, sous prétexte d’une rébellion dont ils étoieut innocents, mais parcequ’on pouvoit croire qu’ils verroient sans douleur la ruine de l’empire.
Une des actions les plus mémorables d’Antonin fut de faire cesser les persécutions dont les chrétiens étoient l’objet. C’est de la quinzième année de son régné ( i5a de l’ere vulgaire) qu’est datée la lettre qu’il adressa à toute la province d’Asie en leur faveur, et qui est rapportée dans l’Histoire ecclésiastique d’Eusebe ', où sont citées d’autres lettres de cet empereur, écrites dans le même sens aux habitants d’ Athènes, de Thessalonique , de Larisse en Thessalie, et à tous les Grecs. Plusieurs critiques ont attribué à Marc-Aurele la première lettre; mais l’éditeur moderne des œuvres de S. Justin", dom Prudent Marant, a prouvé qu’Antonin en étoit l’auteur. Il y disoit entre autres choses: «Mon pere (Hadrien) a répondu aux gouverneurs, qui le con- «sultoient relativement aux chrétiens, qu’ils ne dévoient point «les tourmenter, à moins qu’on ne découvrît quelque attentat « de leur part contre l’empire romain. J’ai répondu dans le même «sens aux magistrats qui m’ont écrit sur ce sujet. Si donc quel- « qu’un accuse l’un d’eux d’être chrétien, celui-ci doit être ab- « sous, dans le cas même où il seroit prouvé qu’il le fût; et l’on « doit punir le délateur. »
Antonin cessa de vivre l’an 161 (gi4 de Rome), après environ vingt-trois ans de régné, et âgé de plus de soixante et treize3. Dès le troisième jour de la maladie qui le conduisit au tombeau il fit venir Marc-Aurele, confia «à sa sollicitude l’empire et sa fille Faustine jeune, et fit transporter cbez lui la Victoire d’or qui étoit toujours placée dans la chambre des empereurs. Ensuite,
ClIAP. V.
Amonin-Pie et sa famille adoptive.
PI. XXXIX * et XL.
(i) Lib. IV, cap. xxvi.
(2) Édit. i742,in-fol. (3) Capitol., Ant., XII.
76 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
dm., v. ayant donné pour mot du guet, le calme de l’esprit ( æquani - Antonio-Pie mitas), il s'éteignit sans douleur. On remarqua que dans les adoptive. accès de fievre il n’étoit occupé que du soin de 1 empire et de " *xl'X quelques rois qui par leur esprit inquief excitoient sa colere.»
«Le sénat, dit Capitolin', le plaça au rang des dieux, auxaccla- « mations de tous les citoyens, qui louoient sa piété, sa clé- «mence, son esprit, et la pureté de ses mœurs'. » On lui rendit tous les honneurs dont les meilleurs princes avoient été P objet; on créa un flamme et des confrères antoniniens; et on établit des jeux du cirque pour éterniser sa mémoire. Son corps fut porté en grande pompe, et renfermé dans le mausolée d’Hadrien1 2 3; les deux empereurs ses successeurs prononcèrent ses éloges funèbres, et l’on vit depuis un autre empereur, Gordien d’Afrique le pere, composer sur Antonin et Marc-Aurele un poème en trente livres qui n’est pas parvenu jusqu’à nous4.
Capitolin5 a tracé ainsi le portrait d’ Antonin: «Il avoit une «figure agréable et une taille élevée; mais , la vieillesse ayant «courbé sa longue taille, il faisoit appliquer sur sa poitrine des « planches de tilleul très minces pour la redresser. » J’ai dit aussi au commencement de cet article que les traits d’Antonin rappeloient ceux des antiques portraits de Huma, v 3. On voit ici, planche XL, n° 3, un médaillon de bronze d’An-
(1) Capitol., XIII.
(2) Comment accorder avec cet éloge l'aveu que fait Marc-Aurele (lib. I, §. 16)
relativement au goût trop vif qu’ Antonin avoit montré pour les jeunes gens dans ses
premières années? à moins de ne rappeler
ici que la plupart des Grecs et des Romains regardoient ce goût, pour lequel le christianisme a fait concevoir une juste horreur, noncomme un vice, mais seulement comme
une foiblesse excusable. Quanta Julien l’apostat, il parle d’un penchant immodéré pour les femmes; je ne rapporterai point son opinion sur Antonin, pareeque les jugements qu’il prononce sur les Césars sont presque toujours dictés par la prévention et par l’orgueil.
(3) Capitol., M. Aurel., VII.
(4) Ibid. , Gord.., IV.
(5) Anton. , XIII.
FAMILLE D’ANTONIN-PIE
tonin, très rare, qui prouve la ressemblance de ses portraits gravés dans cette planche et dans la précédente. Sa tête est couronnée de laurier; une portion de paludamentum et de cuirasse est attachée à ses épaules. Légende: ANTONINYS AVG ustus PIVS TRibunitia Yotestate COS. ( consul ) II1I. Revers, sans légende; Bacchus debout dans un temple entouré de galeries circulaires; au-devant, un victimaire tenant un bouc , et une autre figure portant des fruits sur un plat.
Les n" i et 2 présentent la face et le profil d’un buste colossal d’Antonin, qui est conservé dans le musée royal, sous le n“ 8. L’empereur, voilé et couronné d’épis, est représenté dans le costume religieux des freres Arvales. Cette espece de confrérie, dans laquelle on n’admettoit que les personnes les plus distinguées de l’empire, étoit désignée par ce nom, à cause des sacrifices que ses membres offroient aux dieux pour obtenir la fertilité des champs ( arvorum ). La tête est antique et de marbre pentélique; on l’a encastrée dans un buste de marbre de Paros. Elle étoit placée dans le château d’Ecouen.
Cette belle tête nue d’Antonin est gravée sur une améthyste delà collection desFarnese, conservée à Naples, dans le palais de Capo-di-Monte. Elle est gravée ici de la grandeur de l’original.
Ciiap. V.
Antonin-Pie et sa famille
PI. XXXIX * et XL.
et 2.
Faustwe mere, ou l’ancienne, épouse d’Antonin. L’histoire n’a conservé de cette impératrice d’autre souvenir que celui de ses vices, et du conseil qu’elle donna, lors de la révolte d’un Celsus, à son époux Antonin'. Elle lui représenta qu’il devoit réserver sa bienveillance pour ses amis, et déployer une grande sévérité
(1) Vulcat. Avid. Cass, vit IX.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
Chap. V.
Antonin-Pie et sa famille adoptive.
PI. XXXIX* et XL.
contre les rebelles. Mais nous ne voyons pas qu il ait abandonné, pour lui complaire, ce système de modération dont les Romains furent si reconnoissants, ni que les révoltes aient été plus fréquentes sous son régné que sous les régnés de ses prédécesseurs.
Annia Galeria Faustina (comme l’appelle Capitolin ) naquit l’an io5; car on est certain qu elle mourut la troisième année du régné d’Anlonin, i/ji de l’ere vulgaire; et une inscription du recueil de G ru ter1 nous apprend qu’elle avoit vécu trente-six ans et quelques mois. Son pere, Annius Yerus, avoit été trois fois consul, et prétendoit être descendu de Numa. Faustine étoit tante paternelle de Marc-Aurele, et elle épousa Anton in longtemps avant son élévation à l’empire. Des quatre enfants (deux bis et deux biles) dont elle l’avoit rendu pere, un seul vivoit à cette époque, c’étoit Faustine la jeune, qui épousa un an après Marc-Aurele. Capitolin3 nous fait connoitre eu peu de mots la mauvaise conduite de l’épouse d’Antonin, et l’étonnante modération de ce prince, « Les maniérés peu réservées et l’extrême «liberté de mœurs de cette princesse donnèrent lieu à beauté coup de bruits. Ils causèrent les chagrins très vifs que l’empe- «reur en conçut, et qu’il renferma dans son sein.»
On a blâmé cet aveuglement volontaire d’Antonin, et les honneurs qu’il fit rendre a la mémoire de sa coupable épouse; mais la raison d’état, qui fait courber les souverains sous son joug d’airain, exigeoit ce silence pendant la vie, et ces honneurs après la mort de Faustine, afin de laisser un doute sur ses déportements, si la chose étoit encore possible. Il la plaça au nombre des dieux, lui éleva des temples; et l’on voit encore à Rome de précieux restes d’un de ces édifices à l’église de Saint-
(i) In Marco, t; in Pio, VI. (2) Page CCLXI, n° 3. (3) In Pio, III.
FAMILLE D’ANTONIN-PIE
Laurent in Miranda. Il fit porter dans les jeux du cirque sa statue avec celles des autres impératrices.
Pour choisir une médaille de Faustine mere qui justifiât la ressemblance de ses portraits, on a hésité long-temps, parceque nous n’avons autant de médailles ni autant de variétés de types d’aucun personnage illustre, soit des siècles précédents, soit des temps postérieurs. On voit ici, sous le n° 6 de la planche XL, un médaillon de bronze du cabinet du roi, unique, qui présente un type précieux par le grand nombre des personnages qui le composent et par la célébrité de l’action qu’il retrace. Eekliel ' y reconnoit Coriolan prêt à combattre avec les Volsques contre les Romains; et la mere, la femme, et les enfants de cet illusti’e exilé, qui se précipitent à ses pieds. Quelques personnes ont cru reconnoitre ici Tatius et Romulus prêts à se battre devant les armées des Sabins et des Romains; et les Sabines, épouses des Romains, cherchant à séparer les combattants. Mais l’explication d’Eckhel paroit plus vraisemblable. L’exergue du revers , qui est presque effacé, présente les traces des mots abrégés tr. pot. Autour de la tête on lit la légende DIVA- AVGVSTA FAVSTINA.
Il faut observer la coiffure de Faustine mere sur le plus grand nombre de ses médailles; les cheveux liés par-derriere sont attachés sur la tète ; ceux de sa fille sont le plus souvent liés et attachés par-derriere.
On voit ici, sous les n° 4 et 5 , la face et le profil de la tète colossale de Faustine, qui est conservée dans le musée du Vatican.
Chap. V.
Antonin-Pie et sa famille adoptive.
PI. XXXIX* et XL.
1N° 4 et 5.
Galere Antonin, fils d’Antonin et de Faustine, mort enfant
(i) Doctr. Num. Vet., VIII, p. 41-
fi
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL
c„Ar v. et avant que son pere ne fût nommé César. Nous ne donnons Antonm-Pie p 0 îjj t son portrait, parcequ’il est gravé trop grossièrement sur adopuve. une médaille grecque , au revers de sa mere. C est le seul monu- "'<*xrIX ment authentique que nous ayons de ce jeune prince.