ET ANNIUS YERUS LEUR FILS
L’empereur Justinien a fait dans un seul mot l’éloge le plus vrai et le plus étendu de Marc-Aurele '. Il l’a désigné par une épithete grecque que l’on peut traduire ainsi , «le plus philosophe «des philosophes’.» En effet, non seulement cet empereur étudia avec ardeur les dogmes de toutes leurs sectes , et il observa avec soin les pratiques extérieures de la plus austere d’entre elles, comme ceux qui vivoient de son temps; mais, ce que 11e faisoient pas la plupart des philosophes, il régla pendant toute sa vie ses paroles et ses actions sur les principes de morale, de justice, et de tempérance qu’il professoit en public. Il a prouvé la vérité de cet axiome de Platon, qu’il répétoit souvent luimême : «Les empires seront heureux quand ils seront gouvernés «par des philosophes1 2 3.» «Marc-Aurele, dit Victor le jeune4, «doué de toutes les vertus et d’un génie céleste, sembloit créé «pour être le défenseur du genre humain contre les malheurs «publics qui l’affligerent; car, s’il ne fût pas né dans ce siecle, «toutes les'parties de l’empire romain se seroient écroulées à-la- «fois. La guerre fut allumée de tous les côtés, dans l’Orient
(1) CW., lib. V, tit. XVII, §. 12. (3) Plat., Republ., V, 665.
(2) $t’Xo<rof«TaToç , philosophissimus, comme (4) Epitom. , XLVI.
s’exprime le traducteur ancien du Codex.
FAMILLE D’ANTOMN-PIE. 81
«tom entier, dans l’Illyrie, l’Italie, et la Gaule, des tremble- "ments de terre renversèrent plusieurs cités, les fleuves sorti- «rent de leurs lits, les maladies épidémiques se multiplièrent, «des especes de sauterelles ravagèrent les campagnes; enfin l’on ' «ne peut citer ni concevoir aucun des fléaux les plus funestes «aux mortels et les plus affligeants qui n’ait éclaté sous son «régné. Je crois que la Providence divine a réglé qu’aux époques «ou soit les lois qui régissent l’univers, soit la nature, soit «quelque autre puissance, feroil éclore ces maux, ils seroient «adoucis par la prudence de quelques mortels vertueux qui «sembleraient créés pour en être les médecins.»
Marc-Aurele appartenoit à la famille Annia, plus célébré par les charges quelle avoit occupées que par la tradition orgueilleuse qui la faisoit remonter jusqu’à Numa. Lucius Annius Verus, son aïeul, étoit consul pour la seconde fois l’an de l’ere vulgaire 121 (874 de Rome), lorsqu’il naquit, pendant que son pere Annius Verus exerçoit la préture. Sa mere, Domitia Calvilla, fut aussi appelée Lucilla; et sa tante maternelle étoit la Première Faustine, mere de la seconde Faustine, qu’il épousa'. Marc-Aurele fut d’abord appelé Annius Verus, comme ses ancêtres paternels ; mais Hadrien , qui le chérissoit comme son fils , et qui prit un soin particulier de son éducation après la mort de son pere Annius Verus, l’appeloit Annius Verissimus (très véridique, ou ami très sincere de la vérité), «à cause, dit l’historien «Dion2, de la force de son' esprit. » On lit ce nom sur une médaille grecque des Tyraniens dans la Sarmatie3. Enfin, après son adoption par Antonin, il prit, suivant l’usage, les noms de son pere adoptif, Marcus Aelius Aurelius Verus. Il est connu sous
Cjiap. V.
Antonin-Pie pl sa famille adoptive.