‹ Iconographie romaine (volume 3)Chapitre 10 sur 40 · JOI · texte numérisé non relu

JOI

ClIAP. I.

Famille «les Césars.

PI. XIX

48 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

déterra dans les fouilles faites à Oiricoli, sous Pie VI, au milieu des ruines de la Curie (palais municipal), une statue de femme revêtue du costume de prêtresse, qui faisoit le pendant d’une statue d’Auguste revêtu de celui de pontife1. On ne douta pas que ce ne fût celle de Livie, prêtresse de son époux. La ressemblance de son profd avec celui de la tète que l’on voit sur des médailles de libéré, de moyen bronze, portant la légende SALVS AVGVSTA, prouva qu’il falloit y reconnoitre l’épouse d’Auguste sous la ligure de la déesse de la santé, de Sains. La légende du revers, TI ber/us CAESAR DI VI AV Gusli Filins AVG ustus P on-

K° i et 2.

tifèx VIA TLimus TWibunicia Votestate XXII1I , apprend que ces médailles appartiennent à l’an 22 de l’ere vulgaire, 8e du régné de Tibere; et les sigles S. C. du milieu du cbamp, que le sénat les a fait frapper. On en a gravé une dans la planche XIX, sous le n“ 8. Est-elle relative à quelque maladie de Livie?

Avant la découverte faite a Otricoli , M. Yisconti avoit reconnu Livie dans une belle statue de la villa Pinciana, placée aujourd’hui dans le Musée Royal , sous le n" 3a3. O11 l’a restaurée en Gérés , une poignée d’épis de blé et une corne d’abondance ont été mises dans ses mains. Mais la tête, incontestablement antique, est coiffée avec une couronne et un voile ; la couronne , de fleurs, est lissue et tressée avec des bandelettes. La face et le

ÏN0 3 et 4-

profil sont gravés ici, planche XIX, n° 1 et 2.

Les n° 3 et 4 présentent deux beaux camées de Livie. Sur le premier, tiré du cabinet de M. le major-général Hitrow, à Saint- Pétersbourg, elle porte une couronne de laurier, comme prêtresse d’Auguste; sur le second, du cabinet de M. de Drée, elle n’est coiffée qu’avec ses cheveux, qui sont tressés sous forme de diadème.

(i) Mus. Pio Clément II, tav. xlvii

Chap. r.

§. 4. OCTAVIE, ET SON FILS MARCELLUS. “d

PI. XIX

L écrivain qui trace l'iconographie de la famille de César se- n-9. roit à plaindre si, faute de monuments certains, il étoit obligé de passer sous silence deux personnages recommandables par leurs vertus, tels qu’Octavie, sœur d’Auguste, et son fils Marcellus. La médaille unique, qui présente un portrait de femme avec le nom de la mere, est plus que douteuse, et nous n’en avons aucune du jeune prince. Cependant, comme cette médaille a été décrite par des savants aussi habiles dans la numismatique que Frolïch ' etEckhel2, je crois devoir la reproduire ici sous le n° g de la planche XIX. On y voit d’un côté la tête d’Auguste; en regard, celle d’Octavie: le soleil paroît au-dessus de la première; et la lune, au-dessus de la seconde: légende,

DIVAS AV G us tus IMP erator. OCTAVIA. Le revers présente la tête nue de Tibere , avec la légende TI berius CAESAR DIVI AV G usti Yihus AV G us tus IMPEIW/’or Vontifex Max anus . C’est un médaillon d’argent du cabinet de Vienne. Eckliel pense que, s il étoit véritablement antique , il auroit été frappé hors de Rome , et dans 1 intention de faire connoitre que Tibere appartenoit de plein droit à la famille d’Auguste , dans laquelle cependant il n étoit entré que par adoption. Le même numismate refuse, avec raison, de reconnoitre le portrait d’Octavie dans la tête de femme que l’on voit réunie à celle d’Antoine, son époux, sur des cistopbores , sur des médailles frappées par les commandants de la flotte du même triumvir, et sur une médaille de Sinope dans la Paphlagonie : les premières représentent Cléopâtre ; et la dernier e, les têtes des Césars Caïus et Lucius.

(1) Animadv. in num. urb., p. 123, éd. Flor. (2) Doctr. num. , t. VI, p. 16 1,

Chap. I.

Famille des Césars.

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5o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Fille de Caïus Octavius et d’Atia, niece de Jules César, Octavie étoit sœur d’Auguste. Elle fut mariée, un peu avant la guerre civile de Pompée, à Caïus Claudius Marcel! us, qui, devenu consul 1 an yo5 de Rome, s’opposa fortement aux entreprises de César, quoique, par ce mariage, il fût devenu son allié. Neuf ans après, son mari étant mort, elle épousa, par l’avis des premiers de Rome et par l’ordre de son frere Octave, Antoine, que l’on vouloit unir par ce lien à son nouveau beau-frere, quoiqu elle fut enceinte de Marcellus, adopté depuis par Auguste'. En effet, elle apaisa le ressentiment qu’Octave éprouvoit des hauteurs d’Antoine, et elle accompagna celui-ci dans l’Orient. Mais, craignant d’exposer son épouse dans la guerre qu’il alloit faire aux Partîtes, à peine eut-il abordé à Corcyre (ile de Corfou), qu’il la contraignit à retourner en Italie. De retour en ®&}Pte) aPrès cette honteuse campagne, Antoine se plongea dans toute sorte de voluptés, devint l’esclave de Cléopâtre, oublia Octavie, et les deux fdles dont il l’avoit rendue mere : Antouia l’ainée , cpii épousa Lucius Domitius Ahenobarbus , et dont Néron fut le petit-fils; Antonia, sa sœur, qui fut mariée au fils deLivie, Nero Drusus.

Octave espérant, disoit-il, ramener Antoine dans le chemin de 1 honneur, ordonna, l’an 3g, à Octavie, d’aller rejoindre son epoux dans l’Orient; mais on crut généralement que cet adroit politicpie, connoissant le caractère inconstant de son rival, espéroit trouver dans sa mauvaise conduite envers Octavie un prétexte plausible pour lui déclarer la guerre et pour consommer sa ruine f Antoine, apprenant que son épouse légitime approchoit, craignit de ne pouvoir soutenir sa vue ni ses reproches, et, pressé par l’astucieuse reine d’Egypte, lui ordonna de

(i) Dio, XLYIII, 3i.

(2) Dio, XLIX, §. 33.

retourner en Italie. Il accepta cependant les présents qu’elle lui ch*p. i apportait, et entre autres des soldats qu’elle avoit obtenus de Fa“!^er‘'e5 son frere, pour augmenter les forces de son mari1. Octave, ou- Pi. Xix. tragé par cette conduite, affecta de faire rendre à sa sœur des honneurs extraordinaires : il lui fit élever des statues, ainsi qu’à Livie ; déclara leurs personnes sacrées et inviolables, comme celles des tribuns, et les autorisa à gérer leurs biens sans tuteurs. Revenue à Rome, Octavie vécut dans la retraite, et se livra tout entière à l’éducation de Marcellus, de deux fdles enfants d’un premier mari, et de deux autres fdles dont Antoine étoit le pere.

Enfin, aveuglé par sa passion pour l’Egyptienue, celui-ci répudia, l’an 36, Octavie, et abandonna ses enfants. La considération dont Auguste environna sa sœur, la portion considérable des biens d’Antoine, qu’il assigna à ses deux filles après la mort de leur pere, la conduite sage et prudente qu’elle ne cessa de tenir, la rendirent l’objet du respect des Romains. Elle mourut l’an ii avant l’ere vulgaire, selon Dion’, ou plutôt l’année suivante, comme on peut le conclure d’un passage de Suétone, âgée au moins de cinquante-un ans. Auguste fit déposer ses cendres dans le lieu sacré qui renfermoit les restes de Jules César 3, et prononça l’éloge funebre d’une sœur tendrement aimée .

Marcellus , le premier mari d’Octavie (Caïus Claudius Marcellus), l’avoit rendue mere d’un fils dont la célébrité accrut la sienne. Ce prince naquit vraisemblablement 44 ans avant l’ere vulgaire; car il étoit plus âgé que Tibere, né l’an 4a. Auguste et Antoine, faisant une espece de traité de paix avec le fils de Pompée, Sextus, y insérèrent pour clause la promesse de donner sa fille en mariage à Marcellus, qui comptait à peine cinq

(i) Dio, SL1X, §. 38. (2) Lib. LIV, §. 35. (3) èt) Uvm «»

Chat. I.

Famille des Césars.

Fl. XIX.

printemps; mais ce mariage n'eut pas lieu. Son oncle lui prodigua de bonne heure des marques éclatantes d’estime; il l’autorisa à donner avec Tibere des jeux dans un camp en Espagne , comme s’ils eussent été édiles ’; il le maria , l’an a5 , avec sa fille Julie; il le créa pontife, édile curule, quoiqu’il n’eût pas l’âge pi esc lit par les lois ; enfin, après l’avoir placé dans le sénat entre les préteurs, il fit rendre un décret d’après lequel il pouvoit postuler le consulat dix ans plus tôt que les lois ne le permettoientf

Les brillantes espérances qu’avoit conçues Auguste de son neveu s’évanouirent l’an a3. Il tomba malade, et mourut, âgé de vingt-un ans, entre les mains de Musa, de ce médecin renommé qui a% oit , depuis peu de mois , guéri 1 oncle de la même maladie. «Quelques personnes accusèrent de sa mort, dit l’bistorien «Dion3, l’épouse d’Auguste, Livie, qui le voyoit avec douleur «préféré a ses fils: mais ce soupçon perdit de sa force, lorsqu’on «observa cpie la température de cette année et celle de la sui- « van te furent si malsaines, que les maladies emportèrent un «grand nombre d’hommes.»

Peut-être ce soupçon ne fut-il fondé que sur l’identité de la maladie dont Auguste avoit guéri, tandis que son neveu y avoit succombé. L empereur prononça son oraison funebre, dans les funérailles cpii furent laites aux frais du trésor public ; il le fit déposer dans le mausolée qu’il eonstruisoit pour lui-même ; et il donna le nom de Marcellus à un théâtre que César avoit commencé.

Séneque a décrit avec tant d’énergie les belles qualités de Marcellus; les longues et nobles douleurs de sa mere, cpie je n’ai

(1) KUi uyo pctvo.uou'sT&v . Dio.LIir, 26.

(2) Tacit., Annal., I, 3, Dio, LIII, 28.

(3) Dio, LUI, §. 23.

pas cru pouvoir mieux faire que de reproduire ce passage. Si CmK , l’on compare ce qu’il dit de la conduite de Livie (je l’ai rap- Fa(rniil” d“ porté dans sa vie), et ce qu’il dit ici de la conduite d’Oetavie PI,XIX. dans une occasion semblable, on y verra l’empreinte de leurs deux caractères. Tout étoit calculé dans la première ; la seconde s’abandonnoit aux généreuses inspirations de son cœur. «Octa- «vie et Livie, dit Sëneque', l’une sœur, l’autre épouse d’Au- « gus te, perdirent chacune un fds qui étoit dans la fleur de l’âge,

«et qui devoit monter sur le trône. Octavie perdit Marcellus,

«que son oncle, devenu son beau-pere, avoit choisi pour le soute tieu de sa vieillesse et de l’empire. Jeune homme plein de cou- «rage et d’esprit, digne d’admiration pour la pureté de ses «mœurs dans un siecle aussi corrompu , et au milieu des riches- «ses; étranger aux plaisirs; capable de supporter les fatigues,

«et d’exécuter les ordres et les projets de son oncle, qui l’avoit «choisi comme pouvant soutenir contre tous les chocs l’édifice «qu il avoit construit. Octavie ne cessa pendant le temps qu’elle «lui survécut (plus d’onze années), de pleurer et de gémir, re- « fusant les consolations. Elle ne souffrit pas la moindre distrac- «tion; tout entière à sa douleur, elle fut toujours aussi affligée «que le jour des funérailles.... Elle ne voulut avoir aucun por- « trait d’un fils si tendrement aimé, ni qu’on en parlât devant «elle. Elle haïssoit les autres meres, et elle détestoit par-dessus «toutes Livie, pareeque le bonheur qui lui avoit été promis «sembloit avoir été transporté sur le fils de l’impératrice. Habi- «tuée à l’obscurité et à la solitude, n’ayant pas même d'égards «poui son here, elle rejeta les vers composes pour consacrer «la mémoire de Marcellus , les autres honneurs que les littéra- «teurs vouloient lui rendre, et elle ferma l’oreille à toute es-

(1) ConsoL. ad Marcian. , c. il.

Chap. I.

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«pece de consolation. Eloignée des assemblées, supportant avec «peine l’éclat que faisoit rejaillir sur elle la grandeur de son «frere, elle s’ensevelit dans la retraite la plus profonde. Entou- «rée de ses enfants, et de ses petits-enfants, Octavie ne quitta «jamais les habits de deuil; comme si, malgré leur présence, «elle eût survécu à tous les siens, et sans craindre la défaveur «que cette conduite extraordinaire pouvoit jeter sur eux...»

Après avoir lu ce passage de Séneque , au sujet du deuil d’Octavie : «Elle ne voulut avoir aucun portrait d’un fils si tendrement «aimé, ni qu’on en parlât devant elle... sans égards pour son «frere, elle rejeta les vers composés pour consacrer la mémoire «de Marcellus, les autres honneurs que les littérateurs vou- «loient lui rendre, et elle ferma l’oreille à toute espece de con- «solation1 2», que doit-on penser du récit de Tiberius Claudius Donatus, relatif au VF livre de l’Enéide1: «Yirgile, invité par «Auguste , lui lut les IIe, IVe, et VIe livres de l’Enéide ; mais prin- « cipalement le YIC, à cause d’Octavie? On dit qu’elle s’évanouit «lorsqu’elle entendit le poète réciter ces vers sur son fils, Tu «seras Marcellus. Revenue avec peine de cette défaillance, elle «fit donner à Yirgile 10,000 sesterces (environ 2,000 fr. ) pour «chaque vers3. »

Yoici ces vers traduits par Delille:

D’autres ombres passoient comme il disoit ces mots;

Anchise alors reprend : « Regarde ce héros,

(1) Nullam habere imaginem filii caris simi voluit , nullam sibi Jieri de illo mentionem.... ne ad fratrem quidem respiciens , carmina celebrandœ Marcelli memoriœ coin positaj aliosque studiorum honores rejecit , et aures suas adversùs omne solatium clausit.

(2) Ad vers. 862.

(3) Virgilii vita, §.12: Sed hune præcipuè ob Octavium: quee , cum recitationi interesset , ad illos de Jilio suo versus, Tu Marcellus eris , defecisse fertur ; atque œgrè refocillata, demi sestercia pro sinqulo versa Virgilio darijussit.

« C’est Marcellus : son front paré par la victoire « Domine tout ce peuple orgueilleux de sa gloire;

« Seul des malheurs de Rome il soutient tout le poids;

« Il arrête Ànnibal, enchaîne les Gaulois, ii Présente à Jupiter de ses mains triomphantes ii D’un chef des ennemis les dépouilles sanglantes : ii C est lui qui le troisième au monarque des dieux n Offrira de ses mains ces dons victorieux. »

Alors s’offre à leurs yeux un guerrier plein de charmes, Joignant l’éclat des traits à l’éclat de ses armes:

Tout respire dans lui la grâce et la vertu ;

Mais son regard est triste, et son front abattu.

« O mon pere ! excusez ma vive impatience ; n Auprès de Marcellus quel jeune homme s’avance? ii Mon pere, est-ce son fils, ou quelqu’un de son sang?

« Que ce nombreux cortège annonce bien son rang !

« Entre ces deux guerriers quel air de ressemblance !

« Mais seul parmi ce bruit il garde le silence;

« La nuit autour de lui jette son crêpe affreux.

ii — Mon fils , dit le vieillard d’un accent douloureux ,

« Ces traits de Marcellus sont la brillante image....

« — Mais pourquoi sur son front ce lugubre nuage?

«Lui seul à tant d’honneurs demeure indifférent....

« Ah ! que demandes-tu? dit Anchise en pleurant :

<• Cette fleur d’une tige en héros si féconde ,

« Les destins ne feront que la montrer au monde.

« Dieux , vous auriez été trop jaloux des Romains ,

« Si ce don précieux fût resté dans leurs mains !

« Pleure , cité de Mars ; pleure , dieu des batailles.

« O combien de sanglots suivront ses funérailles!

« Et toi , Tibre, combien tu vas rouler de pleurs,

« Quand son bûcher récent t’apprendra nos malheurs !

« Quel enfant mieux que lui promettoit un grand homme? « Il est l’orgueil de Troie, il l’eût été de Rome.

« Quelle antique vertu ! quel respect pour les dieux !

« Nul n’eût osé braver son bras victorieux,

Chm. l.

Famille <le«.

Césars.

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56 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IT.

Chah. I.

Famille des Césars.

PI. XIX

« Soit qu’une légion eût marché sur sa trace ,

« Soit que d’un fier coursier il eût guidé l’audace.

« Ah ! jeune infortuné, digne d'un sort plus doux,

« Si tu peux du destin vaincre un jour le courroux,

«Tu seras Marcellus.... Ah! souffrez que j'arrose « Son tombeau de mes pleurs ! que le lis , que la rose,

«Trop stérile tribut d'un inutile deuil,

« Pleuvent à pleines mains sur son triste cercueil ;

« Et qu’il reçoive au moins ces offrandes légères,

« Brillantes comme lui, comme lui passagères. « (Æn. VT, 862.)

Le récit de Claudius Donatus a été répété par Servius, mais en abrégé. Il ne parle pas de l'évanouissement d’Octavie.

«11 est certain, dit-il, que Virgile lut avec tantd’ame ce livre «(VIe de l’Enéide) à Auguste et à Octavie, que, baignés de pleurs, «ils lui auroient fait interrompre sa lecture, s’il n’eût annoncé «quelle alloit être bientôt terminée. Il en fut largement récom- « pensé '. »

Ce récit a inspiré les peintres et les sculpteurs ; je suis cependant forcé à le combattre par amour pour la vérité. Je ferai d’abord observer qu’on ne le trouve dans aucun écrivain du haut empire parvenu jusqu’à nous, ni dans Tacite, ni dans Suétone si fidele à retracer les détails les plus minutieux , ni dans Velleius Paterculus , ni dans Dion. Les deux écrivains qui nous l’ont transmis appartiennent au siecle de Constantin et de ses premiers successeurs. On croit que Tiberius Claudius Donatus ecrivoit après Aelius Donatus (ou Douât simplement) , qui avoit eu pour disciple à Rome S‘ Jérôme , vers 3^4, et dont le disciple a cité avec élo«e les commentaires sur Térence. C’est Claudius

(1) Constat hune lihrum tanta pronuntiatione Aucjusto et Octaviœ esse recitalum , ut fletu nimio imperarent silentium: nisi Virgi-

lius Jhiem esse dixisset, qui pro hoc œre gravi donatus est, etc.

qui écrivit la vie de Virgile , où se lit le passage relatif à Octavie. c™ r. Servius vivoit après lui, sous Honorius. On sait que les grain- Fa™lledea mairiens (c est-à-dire les philologues) de cette époque inséroient pi xix dans leurs commentaires et dans leurs autres écrits toute sorte de fables sans critique et sans goût. Le récit de la lecture devant Octavie me paroît de ce nombre. Le premier, en parlant de l’évanouissement de la princesse, emploie cette expression vague,

«On dit» , ferlur; le second affirme, sans modification, «Il est «certain», constat ,* et il ne fait aucune mention de cet évanouissement.

Séneque auroit rapporté ce fait s’il en eût eu connoissance ; et, si le fait eut été certain, il n’auroit pu l’ignorer; car il fut gouverneur de Néron, arriere-petit-fils d’Octavie. Le souvenir d’un événement aussi remarquable se seroit conservé dans la famille d’Auguste. Non seulement il n’en fait aucune mention, mais il s’exprime, comme on l’a vu, d’une maniéré formelle sur 1 aversion d’Octavie pour tout ce qui pouvoit lui rappeler son fils Marcellus ; portrait, vers... «elle ne souffroit point qu’on en «parlât devant elle.»

Comment Virgile se fût-il permis, après cela, de réciter en sa piésence «des vers composés pour consacrer la mémoire du «jeune prince», et plus encore, de prononcer le nom de Marcellus? Je crois donc que ce récit est de l’invention de quelque grammairien du IIP ou du IVe siecle, et qu’on doit le rejeter comme entièrement fabuleux. C’est ainsi que de nos jours on a reconnu la fausseté d’une tradition sur Bélisaire, qui ne se trouve dans aucun écrivain contemporain, et qui est rapportée par Tetzès , auteur peu estimé du XIP siecle. Il assure, sans preuve, que l’on priva de la lumière ce grand général, et qu’il fut réduit à mendier sa vie.

Crap. ï.

Famille des Césars.

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PI XIX

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N° 5 et 6.

J'ai parlé , à l'article de Livie, des fouilles faites à Otricoli par l’ordre de Pie Al, de la statue de cette princesse, et de celle d'Auguste , que l’on y découvrit dans les ruines d’un Augus teum (temple d’Auguste). On y trouva aussi une statue de Caligula, et la statue d’un jeune homme vêtu de la toge, portant la chaussure des patriciens, avec la huile d’or des enfants de cet ordre , suspendue par une bandelette. On la voit ici , planche XIX*, n° ï ; et sa face et son profil, sous les n° 5 et 6 de la planche XIX. M. Visconti l’a publiée dans le Musée Pio-Clémentin ', sous le nom de Marcellus , quoiqu’il ne nous soit parvenu aucune médaille de ce prince: monument qui sert ordinairement à faire nommer les portraits antiques. Mais les motifs qu’il donne sont des plus vraisemblables, et justifient l’adoption de cette statue pour l’Iconographie romaine. Ayant été trouvée avec les autres de la famille d’Auguste, elle a dû représenter quelqu’un des jeunes fils adoptifs de cet empereur. Les traits du visage ne ressemblent ni à ceux de Caïus César, ni à ceux de Lucius César, ni enfin à ceux de César Agrippa. Il est donc très probable cpie c’est la statue de Marcellus, de ce fils d’Octavie, pour lequel l’empereur montra tant de prédilection. On doit observer la maniéré dont les cheveux sont coupés sur le front, maniéré qui se retrouve seulement dans les portraits d’Auguste et de sa famille.

Quant à la cause de la rareté des monuments destinés à reproduire les traits de Marcellus, on doit la chercher dans les dispositions particulières d’Octavie sa mere, la personne la plus intéressée à perpétuer son nom. Nous avons entendu , plus haut, Seneque dire d’elle: «Elle ne voulut avoir aucun portrait de ce «fils tendrement aimé, ni qu’on en parlât devant elle2», etc.

(1) Tom. III, tav. xxiv. simi voluit , nicllam sibi jîeri de illo mentio -

(2) Nullam habere imaginent filii caris- nom etc.

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