‹ Iconographie romaine (volume 3)Chapitre 9 sur 40 · S. 3. LIVIE, ÉPOUSE D’AUGUSTE · texte numérisé non relu

S. 3. LIVIE, ÉPOUSE D’AUGUSTE

L’histoire présente rarement le tableau de deux époux dont les caractères aient eu une conformité parfaite. L’union d’Auguste et de Livie en offre un exemple; car on reconnoissoit en elle cette circonspection , cette modération , cette retenue apparente, qui firent la fortune d’Auguste, et que Tacite3 appelle «les ruses de son mari», cum artibus mariti. Mais Livie y joignit parla suite la dissimulation de son fils Tibere; ce qui la fit surnommer par Caligula Ulysse sous les habits de femme. Ces qualités , jointes à sa rare beauté, à ses connoissances dans les belles-lettres et les beaux-arts, allumèrent dans le cœur d’Auguste une passion si vive, qu’il contraignit son mari, Tiberius Nero , à la lui céder , pour en faire son épouse , l’an 7 1 6 de Rome (38 avant l’ere vulgaire), quoiqu’elle ne fût âgée que de vingt ans, quelle fût mere de Tibere, et enceinte alors de six mois.

Le fruit de cette grossesse fut ce Drusus dont le caractère noble et généreux, si opposé à celui de son frere Tibere , confirma les

(1) Tacite, Suétone, et Dion, ont été mes guides dans cet article.

(2) Annal. , V, i .

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

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Famille «les Césars.

Fl. XIX.

soupçons dos Romains, qui croyoient que l’empereur, en l’adoptant après son mariage, n’avoit fait que déguiser sa véritable paternité.

Ri vie , appartenant par sa naissance à l’illustre famille Claudia , et par adoption aux nobles familles Livia et Julia, s’étudioit à passer pour aussi sage que les Romaines des premiers siècles de la république, quoiqu’elle fût moins réservée qu’elles dans sa conduite, et que sa vie privée n’ait pas été a l’abri du soupçon. Il faut convenir du moins qu’elle la couvroit d’un voile ; car elle répondit ' à quelqu’un qui lui demandoit par quels charmes elle avoit su captiver son époux: «En conservant des mœurs très «pures; en se pliant à toutes ses volontés, sans témoigner de «curiosité pour les choses qu’il vouloit tenir sécrétés, ni pour «les objets de ses infidélités.» Au reste, on étoit certain qu’elle lui avoit été fort utile dans son gouvernement, soit par de sages conseils, soit en adoucissant son caractère sanguinaire, particulièrement dans la conspiration de Cinna. Elle sauva aussi la vie à des hommes qui, s’étant trouvés nus sur son passage, dévoient la perdre, selon la rigueur des lois. Elle dit’ «Pour des femmes « sages, ils ne different eu rien des statues.»

Le souvenir des marques de douleur que Livie donna en public et en particulier , lorsqu’une mort prématurée enleva, l’an 9 avant l’ere vulgaire, Drusus, son second fils, nous a été conservé par Séneque3. «Elle n’avoit pu recevoir ses derniers cm- «brassements , ni entendre ses dernières paroles; mais elle ac- «compagna jusqu’à Rome, pendant un long espace de chemin, «ces restes chéris. Des bûchers, allumés sur son passage dans «toutesles villes d’Italie, renouveloient sa douleur à chaque ins- «tant, comme si elle perdoit son fils de nouveau. Dès qu’elle

(i) Dio, LVIII, 2. (2) Dio , ibid. (3) Consol. ad Marc.y cap. iii, iv.

«l’eut déposé dans le tombeau, elle suspendit son deuil, n’ou- «bliant pas qu’elle étoit encore l’épouse de l’empereur et la mere «d’un César. Mais elle ne cessa point de célébrer le nom de Dru- «sus, d’exposer son image en tous lieux, de parler ou d’entendre «parler de lui; tandis que personne ne pouvoit s’entretenir de- «vant elle d’une perte semblable, sans lui rappeler la sienne et «ses douleurs.... Dans le premier instant, ou les chagrins sont «les plus violents, elle avoit cherché des consolations dans les «entretiens d’Aréus , philosophe chéri d’Auguste, et elle conve- «noit qu elle y avoic trouvé un grand soulagement. Elle Fut plus «touchée de ses conseils que retenue par la considération du «peuple romain, qu’elle ne vouloit pas attrister par ses chagrins «personnels; de l’empereur, qui, privé d’un de ses deux sou- « tiens, auroit pu succomber à sa douleur; et même de son fils «Tibere, dont la tendresse, dans cette triste circonstance, ne lui «laissoit apercevoir que la part qu’il prenoit au deuil univer- «sel.»

Heureuse, si elle eût persisté dans ces sentiments de douceur et d’humanité ! Mais l’ardeur avec laquelle elle desira l’élévation de son fils chéri l’arma des plus violents poisons. Son affection se portant tout entière sur Tibere , elle fit périr, du vivant même d Auguste, tous ceux qui se trouvoient placés plus haut que son fils sur les degrés du trône : le jeune Marcellus , neveu et gendre d’Auguste, l’espoir et les délices de Rome, selon l’opinion commune, que je crois erronée; les Césars Caïus et Lucius, (ils d’Agrippa et de Julie, fille d’Auguste ; immédiatement après la mort d’Auguste , le jeune Agrippa leur frere , héritier légitime de l’empire; sous le régné de Tibere, le grand Germanicus , son propre petit-fils ; enfin Auguste lui-même , dont elle avança la mort par des figues empoisonnées. Dans sa derniere maladie, elle se livra

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Famille rit Césars.

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encore à son penchant à la cruauté; elle invita Séjan à faire périr Nero et Drusus, fils ainés de Germanicus '. Elle avoit toujours persécuté la fille d’Auguste, Julie, dont les débauches publiques lui fournissoient un prétexte plausible. Elle ajoutoit la dissimulation aux persécutions sécrétés qu’elle leur faisoit éprouver. En les perdant par des calomnies journalières dans l’esprit de son mari et de son fils, elle se glorifioit en public de les préserver des horreurs de la faim et de la misere.

Ces illustres victimes trouvèrent un vengeur dans celui même auquel Livie les avoit immolées. Tibere ne tarda pas à se décharger du fardeau de la reconnoissance, et à se soustraire à l’empire qu’elle voulut prendre sur lui. Dés les premiers instants de son régné, il défendit au sénat de rendre des honneurs extraordinaires à l’impératrice mere. Il ne craignit pas de dire à ellemême que son sexe devoit l’éloigner des affaires. Il la consultoit rarement , et s’entretenoit peu avec elle en particulier , pour que l’on ne crût pas qu’il en étoit gouverné. Cet éloignement de Tibère pour Livie devint une haine prononcée, lorsque, furieuse de voir une de ses demandes refusée, elle lui lut une lettre d’Auguste , qui se plaignoit à son épouse du caractère âpre et farouche de ce fds adoptif1 2. L’empereur ne lui pardonna pas de l’avoir conservée si long-temps pour en faire un tel usage; on croit même que cefut la cause qui la fît éloigner de Rome, ou elle ne revint plus.

Trois ans après, elle mourut âgée de quatre-vingt- six ans3,

(1) Dio, LVI, 3o.

(2) Suet., cap. li.

(3) Dio, LII, §. 2. Eckhel, (D.N., VI, 146 ) fait observer que Pline (1. XIV, c. vi ) ne lui en donne que quatre-vingt-deux; mais qu’ayant mis au jour Tibere en no¬

vembre 712 de Rome, comme on peut le conclure d’un passage de Suétone ( Tib . , c. v ), il faudroit qu’elle eut épousé Tiberius à onze ans à peine accomplis: ce qui étoit contraire aux lois romaines. ( Dio , LIV, 17.)

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Famille des Césars.

la seizième année du régné de Tibere. Ce fils ingrat ne l’étoit venu visiter qu’une fois dans sa retraite; et il ne voulut même pas interrompre ses débauches de Caprée, pour la venir conso- pi.xviietxvm 1er dans ses derniers moments, quoiqu’il l’eût promis plusieurs fois. Il poursuivit ensuite sa mémoire; il supprima son testament, s’opposa aux honneurs divins que le sénat vouloit lui décerner, en disant quelle l’avoit ainsi ordonné: mais Claude les lui fit rendre ; de même que Caligula avoit fait revivre et exécuter son testament.

On trouve des médailles frappées eu l’honneur de Livie parle sénat, sur lesquelles elle est appelée rnere de la patrie et mere du monde. Ces dénominations flatteuses rappellent un grand nombre de personnes dont elle avoit obtenu le pardon , de filles indigentes qu’elle avoit dotées, et d’enfants quelle avoit fait élever

Son nom étoit Livie Drusille ; mais dans les inscriptions elle est appelée ordinairement Julie Auguste , parceque son mari, l’ayant instituée son héritière avec Tibere, exigea qu’ils portassent son nom; comme si, par son testament, il les eût fait adopter par la famille Julia a. D’après cet acte, elle fut tout à la fois la femme et la fille d’Auguste , dont elle étoit aussi la prêtresse.

On ne pourroit se former une idée complète de la physionomie de Livie , dont les historiens s’accordent à peindre la beauté , d’après les médailles grossièrement travaillées dans les colonies d Espagne, d Afrique , et même dans quelques villes grecques.

Celles qui ont été frappées à Rome , sous Tibere son fils, mais N«. b. sans nom inscrit, présentent quelquefois une belle tête, que des antiquaires soupçonnoient être celle de Livie. Heureusement oxi

(0 Uio,Lvn, §. I2,

(2) Suet., Aug.

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