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et peu sûre cl’une partie de l’Angleterre; il voulut, à cause de cela, user d’un droit exercé jusqu’alors par ceux qui avoient reculé les bornes de l’empire romain, celui de reculer celles de la capitale. Il en augmenta l’enceinte, et \ renferma le mont Aventin.
Agrippine s’attachoit à dépouiller de toute considération 1 héritier légitime du trône, le malheureux Britannicus; elle l’ern-
pèchoit de paroitre en public, même de voir son pere; elle répandoit le bruit qu’il avoit l’esprit égaré, qu’il étoit attaqué d’épilepsie'. Cependant, quoiqu’il ne fût âgé que de neuf ans, ce malheureux prince sentoit déjà sa pénible situation, et montroit un esprit vif et pénétrant.
Il ne manquoit à Agrippine que le titre d’Auguste , qu’elle prit un an après son mariage. Elle régnoit souverainement : elle recevoit en public les hommages du sénat; dans les grandes cérémonies, elle étoit assise à côté de Claude, et sur un siège pareil; là, les princes étrangers la saluoient, et la remercioient solennellement, comme ils venoient d’agir avec l’empereur; elle dounoit avec lui audience aux ambassadeurs; enfin elle siégeoit à ses côtés lorsqu’il rendoit la justice; ce qui, disent les historiens5, ne paroissoit pas moins étonnant et moins amusant que les spectacles. Afin de montrer aux étrangers même quelle étoit sa puissance, elle donna son nom à la colonie des Ubiens ( Cologne sur le Rhin). •
Néron prit, l’an 5 1 , la toge virile, qui lui ouvroit la carrière des honneurs. Cette espece d’émancipation fut célébrée avec un grand appareil par les soins d’Agrippine, qui vouloil prévenir le peuple en faveur de son fils, en le lui montrant auprès de l’empereur pour le remplacer; tandis cpie le fils de Claude por- (i) Taeit., XII. 26. (2) Dio, LX, 33; Tacit., XII, 56.
toit encore les attributs et les vêtements de l’enfance, la bulle d’or, et la prétexte.
Le sénat fit, en 5a, des actes publics de bassesse que l’on a peine à croire1. Il ordonna qu’un des affranchis qui régnoient sur l’esprit de l’empereur, Pallas , seroit prié de revêtir les ornements de préteur, de porter l’anneau d’or des chevaliers, et d’accepter une somme d’argent. Claude répondit pour lui, qu’il se contenteroit des honneurs ; mais qu’il vouloit vivre dans sa pauvreté. Tacite fait observer que le sénat rendit un décret pour comparer -avec éloge aux temps de l’antique frugalité cette action d’un affranchi qui, possédant des richesses immenses, avoit refusé une modique somme. Au reste on verra ici l’influence d’Agrippine, qui entretenoit publiquement avec Pallas un commerce criminel.
La même année , Claude acheva le superbe aquéduc qui porte son nom, et qui avoit été commencé en 38 par Caligula. On se formera une idée du prix que les Romains attacboient à ces monuments , quand on se représentera le volume d’eau nécessaire à des hommes qui se baignoient chaque jour. Les aquéducs amenoient a Rome une quantité d’eau égale à celle que le Tibre y fait couler.
Je rapporterai encore un trait qui peindra l’ineptie de cet empereur et l’audace de ses affranchis. Les Bithyniens se plaignoient à lui des exactions qu’ils av oient souffertes de la part de Junius Cilo. Ces députés exposant leurs griefs avec chaleur, Claude ne distinguoit pas l’objet précis de leurs plaintes; il le demanda à Narcisse , qui lui répondit sans hésiter que les Bithyniens rendoient des actions de grâce à Cilo : «D’après cela, «dit-il, je prolonge de deux ans son commandement '.»
(1) Plin. , lib. XXXVII, cap. xvm ; Plin. (2) Dio.LX, 33, 34, J5.
jun. , lib. VIII, ep.yi; Tarit., .^rcn., XII, 53.
Cil AP. I.
Famille de
Ce'sars.
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Ch a p. I.
Famille des Césars.
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Cependant, malgré sa stupidité, Claude ouvrait insensiblement les yeux sur les désordres de la vie d’Agrippine, sur sa liaison avec l’affranchi Pallas, et sur ses trames criminelles en faveur de Néron. En même temps la tendresse paternelle se réveilloit au fond de son cœur, et il paroissoit vouloir rapprocher de lui son fds Britannicus, auquel Narcisse avoit seul conservé quelque intérêt. Dans la joie d’un festin , l’empereur laissa paraître les sentiments qui l’agitoient ; aussitôt Agrippine résolut de le prévenir par une mort prompte'. On ignore les circonstances de son crime : cependant les railleries que Néron se permettoit lorsqu’on plaçoit sur sa table des champignons, qu’il appeloit le mets des dieux , prouvent assez que ce végétal avoit renfermé le poison. Agrippine l’avoit commandé à Locuste (empoisonneuse célébré, déjà condamnée pour ses crimes), qui, dit Tacite, fut long-temps un instrument du gouvernement2.
Ainsi mourut ce prince avili, l’an»54 de l’ere vulgaire ? âgé de soixante-quatre ans, après treize ans de régné. Agrippine n’auroit osé entreprendre ce crime, si Narcisse eût été présent; ce que l’on put conjecturer, en voyant que l’impératrice le contraignit, dès que son maître fut expiré, à se donner la mort.
On rendit à Claude les mêmes honneurs funèbres qu’à Auguste. Agrippine et Néron feignirent de pleurer, dit l’historien Dion, celui auquel ils avoient ôté la vie, et ils éleverent jusqu aux cieux celui qu’ils avoient fait mourir dans un repas3. Aussi, disoit un frere de Séneque, on a élevé Claude sur l’Olympe avec un croc. (Cet instrument servoit aux bourreaux à traîner sur le forum , et de là dans le Tibre, les criminels qui avoient été mis à mort dans les prisons.)
(1) Suet., cap.*XLiv; Juven., V, 146; (2) Tacit. , XII, 66. Diii inter instrumenta
Marc. 1,20. regni habita. (3) Dio,LX,35.
Voici le portrait cpie Suétone a tracé de Claude' : «Soit qu’il «se tînt debout, soit qu’il fût assis, il avoit de la dignité dans sa «personne, surtout lorsqu’il restoit immobile; car il étoit grand, «et d’un embonpoint ordinaire. Son teint étoit blanc, ainsi que «ses cheveux. Il avoit le col épais. Mais, quand il entroit dans «quelque lieu , la foiblesse'de ses jarrets le faisoit fléchir; et, soit « dans le commerce familier , soit dans les moments de représen- « talion, il devenoit ridicule. On le voyoit alors rire hors de «pfopos, devenir hideux de colere, avoir le nez et la bouche «humides, bégayer fortement, et avoir la tête agitée par un « tremblement convulsif. »
Les n° i et 2 présentent la face et le profil d’un buste de Claude , conservé dans le Musée Royal , sous le n" 28. Les traits stupides de cet empereur y sont fidèlement retracés. Il porte la couronne de laurier, comme ses prédécesseurs. La beauté du travail et la vérité du portrait ne sont pas les seuls mérites de ce buste : il est de bronze; et l’on sait combien peu de monuments de ce métal sont parvenus jusqu’à nous. Dans les révolutions et dans la succession des siècles , la cupidité les a précipites dans les fourneaux; les marbres ont survécu à la destruction , mais seulement dans les contrées où la bar- ’ barie , à défaut de pierre calcaire, ne les a pas réduits en pierre à chaux.
La médaille du n° 5 sert à justifier ceux qui attribuent à Claude les divers portraits que l’on voit ici gravés sous son nom. C’est une médaille de grand bronze , sur laquelle le portrait de Claude est parfaitement gravé. D’un côté, sa tête couronnée de laurier, avec la légende TI berius CLAVDIYS CAESAR AV Gus tus Vontifex M aximus TKibunilia Votestate IMVerator. Au revers, EX
* (1) Suet., cap. xxx.
Chap. I.
Ce'sars.
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JX° 1 et 2
,9a ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
S enatus Consulte OR CIVES SERVATOS, dans la couronne
üuap. r.
Ramiiie des civique, de cliene.
p|C'xxvit Un des plus beaux monuments de la sculpture du premier siecle de l’ere vulgaire est le buste colossal de Claude, que 1 on voit aujourd’hui en Espagne. Il a été publié par Bartoli, avec une dissertation de Severob ; ensuite par Eahretti, et depuis par Mont faucon 1 ; mais jamais avec assez d’exactitude pour qu’on k» 3 « 4. pût reconnoitre sûrement les traits de cet empereur. Les ri 3 et 4 (gravés sur deux dessins faits d après ce buste) nous le représentent déifié; aussi voit-on ici , comme dans les médailles restituées, un mélange du portrait véritable et de 1 idéal consacré aux divinités. Claude porte la couronne radiée (attribut des princes déifiés), liee avec des bandelettes en forme de diadème. Cette couronne supporte un nimbe, ou disque, commun sous le Bas-Empire, mais rare sur les monuments antérieurs a Constantin (il devint le cercle d or , 1 auréole qui caractérisa les saints personnages dans les peintures des premiers chrétiens). On voit sur les épaules des traces de la cuirasse, et l’agrafe de la clilamyde. Ce buste est aujourd’hui séparé de sa base , qui est de la plus grande richesse; c’est un amas d armes de toute espece, romaines et barbares, sur lesquelles est posé un aigle tenant un foudre et le globe impérial , et paraissant porter aux cieux l’empereur déifié.
Ce précieux monument fut sans doute exécute par 1 ordre de Néron, qui, dit Pline le jeune, plaça dans le ciel Claude poui le rendre ridicule2. Quelle autre personne eût pu prendre intérêt à un prince aussi méprisable, après sa mort?
•En 1668, 011 le déterra, ainsi que 1 ' Apothéose cl’ Homere , la Table Iliaque clu Capitole, dans un lieu appelé autrefois Bovillœ,
(i) Anl. expl.X, pi. cxxix. (2) Cœlodicavil.... Claudium Nero,sed ut initierai J Paney. , II. ) *
FAMILLE DES CESARS. ig3
aujourd’hui Frattochie , près d’Albauo , à neuf milles (trois lieues) de Rome, sur la voie Appienne, ou étoit l’édifice consacré aux membres de la famille Julia. On le conserva quelque temps dans le palais Colonna , jusqu’à ce que le cardinal Ascagne Colonna le donna au roi d’Espagne Philippe LV . Une fable relative à ce monument a été répétée souvent, sans qu’on ait cherché ce cpii a pu la faire naître. On disoit cpie ce buste servoit de contre-poids à une horloge dans l’église de l’Escurial; et que, dans la guerre de la succession, le parti autrichien étant entré dans Madrid, milord Galloway l’avoit trouvé après de longues recherches, et l’avoit fait porter en Angleterre. Ce marbre n’est jamais sorti de la capitale. On le voit dans le palais del Retira , où il fut transporté du palais du roi, à cause d’un incendie; mais il est séparé de sa base, ou piédestal, qui est actuellement dans un souterrain du palais du roi1.
§. i5. MESSALINE ET BRITANNICUS.
Messaline, dont le nom seul doit réveiller à jamais l’idée de la plus honteuse débauche, étoit fille de Valerius Messala Barbatus et de Domitia Lepida , et arriere-petite-fille de la sœur d’Auguste, d’Octavie. Quatrième épouse de Claude, qu’elle rendit pere d’Octavie et de Britannicus, elle exerça un pouvoir absolu sur l’esprit de ce prince foible, soit par elle-même, soit en se réunissant aux affranchis qui le dominoieut impérieusement. Ce pouvoir s’étendit même sur tout l’empire; car on lui donna le titre d’Auguste, quoique l’empereur eût paru ne pas le desirer; et l’on célébra solennellement le jour de sa naissance comme
(i) Mus. Pio Clement . , VI, 58.
Cn.u». I.
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Chap. ï.
Famille îles Césars.
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on le faisoit pour le prince'. Elle le suivit aussi clans un char lorsqu’il triompha des Bretons.
L impératrice ne vit dans le rang suprême qu’elle venoit d’occuper ([lie le moyen de satisfaire impunément son penchant pour la débauche; elle employa même pour cela l’autorité de son mari. Claude donna , d’après les sollicitations de son épouse,
I ordre d’exécuter toutes ses volontés, a des hommes que la crainte du ressentiment de l’empereur empêchoit de répondre a ses désirs criminels. Si l’on reproduisoit ici le tableau énergique des débauches de Messaline tracé par JuvénaL, on la verroit sortir du palais a la chute du jour, s’acheminer vers les repaires du libertinage, y occuper la place des plus viles prostituées, les imiter, recevoir un honteux salaire, et quitter la derniere ces réduits infâmes. On pourroit objecter le goût du poète pour l’exagération, pour l’hyperbole; mais ou ne fera pas sans doute le même reproche à l’historien Aurelius Victor3.
II peint Messaline se jouant de la sainteté du mariage avec des amants pris dans toutes les classes, leur prostituant devant elle des femmes et des filles de la plus noble extraction ; contraignant les maris, les peres, a être les témoins de leur déshonneur, et les faisant périr eux et leurs familles sous le poids de fausses accusations, s’ils témoignoient de l’horreur pour de telles infamies.
Les affranchis lui prêtèrent d’abord leur appui pour subjuguer le foible empereur , en l’effrayant par des fantômes de conspirations; mais la crainte de perdre leur crédit, et l’esprit de vengeance quelle avoit éveillé en faisant condamner à mort l’un d’eux, les portèrent, l’an 48, a ouvrir les yeux de Claude sur le mariage qu’elle venoit de contracter publiquement pendant (1) L)io, LX, 12. (2) Sat. VI, v. i 1 5 . (3) Cœsa? -, cap. iv.
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sou absence : «Liaison abominable, dit Victor, qui a rendu « Messaline plus célébré que son mariage avec un empereur.»
Le penchant de Messaline pour la débauche la rendit cruelle lorsqu’elle trouva des obstacles. Elle fit tuer Silanus sonbeaupere, et empoisonner Vinucius, neveu de Claude, parcequ’ils n’avoient pas voulu souiller la couche impériale. La mort de plusieurs de ses amants n’eut d’autre cause que l’impuissance où elle les avoit mis de satisfaire encore ses désirs voluptueux. Un autre vice, la cupidité, la porta aussi à faire mourir un grand nombre de citoyens pour s’emparer de leurs richesses; et la révolte de Camillus lui en facilita les moyens, par la perfidie avec laquelle y furent enveloppés, quoique innocents, les meilleurs, mais les plus riches citoyens. Possesseur des jardins de Lucullus, Asiaticus périt par les artifices de l’impératrice, qui vouloit les occuper. Elle fit mourir Julie, fille de Drusus le jeune, et Julie Liville, sœur de Caligula, princesses dont la naissance et la beauté lui portoient ombrage.
Messaline voulant faire passer à la postérité le souvenir de sa passion pour le comédien Mnester , lui fit élever dans les places publiques des statues fondues avec le bronze des monnoies de Caligula, dont le sénat avoit ordonné la destruction.
On a lu dans la vie de Claude l’excès où elle se porta en épousant publiquement et dans toutes les formes légales et religieuses S i lins , un de ses amants (excès dont le récit a paru fabul eux même a Tacite, qui le rapporte1), la punition que reçut ce crime, et la mort de Alessaliue l’an 801 de Rome (48 de l’ere vulgaire). Je 11e retracerai pas ces détails; mais je ferai deux observations importantes : l’une, qu’elle fut privée de la vie dans Les jardins de Lucullus, dont elle avoit acquis la pos-
( 1 ) Haucl sam ignarus fabulosum visum iri.
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fi
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Cbji, , session par un homicide; l’autre, qu’elle la perdit par l’ordre Famine des de Narcisse, ancien complice de ses crimes, n. xxviii. La médaille de bronze de Messaline, 110 4? a été frappée en n "4- son honneur à Nicée eu Bitliynie, sous le proconsulat de Caïus
Cadius Rufus. On y voit la tête nue de Messaline, deux épis devant sa poitrine, avec la légende ME22AAEIN \ • 2EBA2TH • N I.A HP A ; Messaline Auguste , nouvelle Junon. Au revers : un portique. avec la légende r • KAAI02 • P0Y<[>02 • AN0YIIATO2; Caïus Cadius Rufus , proconsul : à l’exergue, NEIKAEftN, des Nicéens. n- ! Cette médaille a fait reconnoitre par M. Yisconti, Messaline
portant son fils Britanuicus, dans le groupe n° 1 du Musée Royal n° 142). La disposition de la draperie cpii couvre eu partie le jeune prince est la même que celle des statues de Jupiter, pour désigner, sous les traits de Jupiter enfant , l’héritier du sceptre des Césars.
iN*2<,3 On voit, sous les nu 1 et 3, la face et le profil de Messaline.
Sa tête est couverte en partie par son manteau ; seroit-ce pour lui donner les attributs d’une divinité, de Junon Lucine? Ce groupe, de marbre pentélique, fut déterré dans les environs de Rome, transporté, dans le XVIIe sieele, en France, et placé dans les jardins de Versailles.
v 5. Le 11“ 5 présente une très belle sardonvx du cabinet du Pioi, sur laquelle sont gravés le buste de Messaline et ceux de ses enfants; Britannicus à la gauche du spectateur, et Octavie a sa droite. Ces deux bustes sont placés sur des cornes d’abondance d’oii sortent des raisins, et qui se croisent, sous le buste de la mere. Messaline est couronnée de laurier, telle sans doute quelle parut ii la suite de son époux, lorsqu’il triompha des Bretons. C’est probablement pour, la même raison que Britannicus porte aussi une couronne de laurier.
Britannicus. «Malheureux enfant (dit Octavie dans la tia- «gédie de Séneque, qui porte son nom’), tu seras pour moi «une source éternelle de pleurs! Tu as perdu la Vie; tu devois «être bientôt un flambeau du monde, le soutien de la famille « d’Auguste ; Britannicus ! (j’en frissonne d’horreur) tu n’es plus «qu’une cendre légère et une ombre vaine! Ta cruelle maratre «elle-même n’a pu retenir ses pleurs, lorsque la flamme du «bûcher fatal a consumé tes restes augustes!»
Ce dernier rejeton de la famille Claudia , famille qui avoit produit tant d’illustres citoyens, eut pour pere Claude, et Messaline pour mere. Il naquit, selon Dion, 1 an j()5 de Rome (4a de l’ere vulgaire) , sous le second consulat de cet empereur, et reçut les noms de Tiberius Germanicus 1 : Claude 11e permit pas que l’on y ajoutât celui d’Auguste, que le sénat vouloit lui donner; parceque, jusqu’à ce temps, aucun fils d’empereur ne l’avoit porté dans son enfance et du vivant de son pere. Un an après, le sénat décréta que, pour perpétuer le souvenir de la victoire de Claude sur les Bretons , son fils porteroit le nom patronymique de Britannicus.
La joie que causa à Claude la naissance de cet enfant lut si grande , qu’il le portoit dans ses bras lorsqu’il haranguoit les soldats; que, dans les spectacles, il le tenoit sur ses genoux, où il le montroit au peuple en le lui recommandant; et les spectateurs lui répondoient par des applaudissements redoublés3. Mais dans les jeux séculaires, célébrés l’an 800, la faveur du peuple se porta de préférence sur le cousin de Britannicus, Lucius Domitius (appelé depuis Néron), soit à cause de Germanicus, dont il étoit le seul rejeton mâle, soit par pitié pour Agrippine, mere de ce jeune prince, que Messaline persécutoit
(1) Vers 166. (2) Dio,LX, 12. (3) Suet., Claud. , cap. xxvu.
PI. xxvm.
Ch a p. I.
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ouvertement'. Le fils de Claude sentit encore la main du malheur s’appesantir plus fortement sur lui, lorsque sa mere coupable, redoutant la juste fureur de l’empereur, qui arrivoit d’Ostie, le plaça, avec sa sœur Octavie et la grande vestale, à la porte de Rome, pour le fléchir par leurs supplications. Mais l’affranchi Narcisse, qui avoil juré la perte de Messaline, empêcha ces enfants d’approcher d’un époux justement irrité.
La mort de cette impératrice, et le mariage d’Agrippine avec le pere de Britannicus en 802 (49 de l’ere vulgaire), mirent le comble aux malheurs du jeune prince. Cette marâtre ambitieuse s’oceupoit sans relâche à préparer l’accès du trône à son fils Néron, que Claude, vaincu par ses importunités, adopta l’année suivante, au préjudice de son fils légitime, et maria avec Octavie sa propre fille Les Romains prévirent dès-lors les infortunes de Britannicus. Agrippine l’éloigna de la cour, l’empêcha de paroitre en public, répandit le bruit qu’il avoit l’esprit égaré, qu’il étoi t. attaqué d’épilepsie, et le fit élever comme le fils d’un simple citoyen. A son instigation, Claude renvoya plusieurs de ceux qui étoient chargés de son éducation, en fit même mourir quelques uns, Sosibius entre autres, et les remplaça par des serviteurs qui étoient dévoués à sou épouse. Britannicus fournit, sans le vouloir sans doute, un prétexte à ce changement; ayant rencontré Néron, qui le salua sons le nom de Britannicus , il lui rendit le salut en l’appelant Domitius , nom qu’il portoit avant qu’il fut adopté. Agrippine s’en plaignit amèrement à l’empereur, disant que ion méprisoit son adoption, et que la faute devoit être imputée aux instituteurs de son fils. Enfin elle fit paroitre dans les jeux du cirque Britannicus revêtu de la toge prétexte, vêtement de l’enfance, et Néron portant les
(1) Taeit. , Annal., XI, 12. (2) Dio, LX, 32; Tacit, Annal., XII, 4' ; Zon., p- A95.
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ornements des triomphateurs. Tacite assure que ce prince étoit sensible à ces préférences odieuses; que l’on s’accordoit à reconnoître en lui un esprit vif, pénétrant, et décidé, soit que ce fût une vérité, soit que cette opinion fût née de l’intérêt qu’inspiroient ses malheurs
Il sembloit que la triste destinée de Britannicus s’étendit jusqu’à ceux mêmes qui prenoient à lui quelque intérêt. Claude en fit la triste épreuve. Narcisse ayant à se plaindre d’Agrippine, et 11’osant lui en témoigner son ressentiment, craignant d’ailleurs l’avénement de Néron à l’empire, parut s’attacher à Britannicus, qui étoit oublié de l’univers entier. Il l’embrassoit, souhaitoit qu’il atteignît bientôt la maturité de l'âge et de la raison; il élevoit les mains vers les dieux, vers le prince, formoit des vœux pour le voir, parvenu à l’adolescence, chasser les ennemis de sonpere, et venger la mort de sa mere. L’affranchi, tout-puissant sur l’esprit de Claude, lui inspira les mêmes sentiments. Ce pere attendri reçut Britannicus dans ses bras, et lui témoigna le désir de le voir arriver à l âge où il pourroit connoitre les motifs de sa conduite, et se servit d’une expression grecque proverbiale qui rappeloit la blessure de Telephe, faite et guérie par la lance d’Achille ; comme pour annoncer qu’il vouloit réparer l’oubli où il l’avoit laissé, et mettre fin aux chagrins dont il étoit la cause \ Il dit ensuite qu’il lui donneroit la toge de l’âge viril à l’époque prescrite par les lois, afin que le peuple romain eût un véritable César. Enfin Claude fit un testament secret qui fut renfermé sous les sceaux de tous les magistrats. Ces démonstrations de tendresse paternelle furent la cause de sa perte. Agrippine en redouta les suites, et les prévint par le poison.
(1) Tacit.,XÜ, 26,57. (2) Suet., cap. xlii.
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«Anrès la mort de Claude, dit Phistorien Dion', Britannicus
Chai». I l
Famille des « devoit de plein droit succéder à l’empire, parcequil étoit son i/xxvin « propre fils, et parcequil avoit une force de corps plus grande «que son âge ne la donne ordinairement. Par le droit civil, «l’empire appartenoit aussi à Néron en qualité de fds adoptif. «Mais il n’y a point de droit qui l’emporte sur les armes ; et ce- « lui qui est le plus fort paroit toujours dire et faire ce qui est «le plus conforme au droit. De sorte cpie Néron, ayant anéanti «le testament de Claude, non seulement se mit seul en posses- «sion du trône, mais fit mourir aussi Britannicus et ses sœurs.» Cependant quelques voix s’élevèrent et demandèrent où étoit Britannicus; mais elles se perdirent dans les acclamations nombreuses des favoris d’Agrippine2.
A peine la seconde année du régné de Néron étoit-elle commencée qu’il éloigna du gouvernement Pallas, affranchi dévoué à Agrippine3. Celle-ci, outrée de dépit, disoit ouvertement: «Britannicus est adulte; l’empire de son pere appartient a ce « digne rejeton , non à cette plante étrangère que l’injustice d’une «mere lui a substituée. Je vois bien que les malheurs de cette «famille infortunée vont être révélés au public, sur-tout mon «fatal mariage, et le poison qui a fait périr Claude. Seulement «les dieux propices m’ont conservé un beau-fils. J’irai avec lui
«dans les camps. On y entendra la fille de Germanicus . »
Néron, troublé par ces menaces, et voyant Britannicus achever sa quatorzième année ( derniere de 1 enfance ) , craignit tout de la violence de sa mere , de son caractère altier. Tirant au sort , pendant les saturnales, à qui seroit le roi de ces fêtes, l’empereur fut désigné par le hasard; il ordonna à Britannicus de préluder à des chants, espérant d’en faire un sujet de raillerie. Mais (,) Lib.LXI, I. (2) Tacit., Annal., XII, 69. (?>) Tacit. , Annal. , XIII, 14.
celui-ci entonna avec courage des vers d’Ennius, dans lesquels un héros se plaignoit d’avoir été dépouillé des biens de son pere et de sa puissance. Les ombres de la nuit et la liberté qui régnoit dans les saturnales permirent aux spectateurs de laisser paroitre la qaltié que ces chants avoient fait naître, pitié qui enflamma la haine de Néron.
N ayant aucun crime à reprocher à Britannicus , et n’osant lui oter la vie ouvertement, il eut recours au poison, à cette Locuste condamnée a mort a cause des empoisonnements dont elle étoit 1 auteur , et dout il différoit le supplice. Le breuvage funeste fut remis par elle aux instituteurs du jeune prince, qui, dévoués à Néron, le tirent boire à leur éleve. Mais il ne produisit sur-lechamp aucun effet, soit qu’il fût trop foible, soit qu’il eût été préparé pour agir d’une maniéré plus lente. Néron , trompé dans son espoir, accabla de reproches le tribun chargé de garder Locuste, et ordonna le supplice de cette criminelle, leur reprochant d’avoir consulté leur sûreté plutôt que la sienne, en donnant un poison lent, afin d’éloigner les soupçons. Us promirent alors d’en composer un qui agiroit aussi promptement que la hache des bourreaux ; ils le préparèrent en sa présence et près de son appartement.
L empereur choisit 1 instant où Britannicus manccoit avec lui.
Craignant que le crime ne fût découvert par les domestiques chargés de goûter les mets et les boissons, il eut recours à un stratagème affreux. On présenta au prince une liqueur qui n’étoit pas empoisonnée, mais qui étoit excessivement chaude; celui-ci 1 ayant repoussée , on y mêla de l’eau froide, dans laquelle le poison se trouvoit dissous. Il but alors, et tomba sur-le-champ sans mouvement et sans vie. Néron rassura les convives , en disant que le prince étoit attaqué d’épilepsie , son mal ordi- ■'*' ' 26
Cuir. I.
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naire, et qu’il reprendroit bientôt l’usage de ses sens. Agrippine et Octavie, présentes à ce triste spectacle, dissimulèrent leur douleur 5 mais on put lire dans les yeux de la première le chagrin de perdre sa derniere espérance, et la crainte d’un parricide, dont ce forfait n’étoit que le prélude.
Britannicus expira la nuit suivante; ses funérailles furent célébrées à l’instant, pareeque les préparatifs étoient déjà faits. Néron se liûtoit de soustraire à tous les regards les indices de son crime 1 ; il fit étendre une couche de plâtre sur le visage du prince, que la force du poison avoit noirci; mais une pluie abondante enleva cet enduit, et apprit au peuple de Rome que le dernier rejeton de l’illustre famille Claudia avoit péri d’une mort violente. Suétone dit que Locuste obtint de l’empereur 1 impunité , des propriétés étendues, et des éleves2!
«Le portrait le plus vrai de Britannicus, dit M. Visconti, est «celui qu’on voit sur une médaille unique (n° 6) en grand «bronze, de coin romain, qui se trouvoit jadis dans le cabinet «de mon pere (J. B. Yisconti) en 1773. On voit d’un côté une «tète jeune, nue, avec la légende Tlberius CLAVD1VS CAESAR «AVG usti F ilius BRITANNICVS. Au revers : un homme avec «de la barbe, marchant, coiffé avec un casque, portant un «bouclier et un javelot, avec les sigles S enatus Consulte/.
«On en a publié des gravures et des empreintes. On a moulé «sur une empreinte une médaille fausse ressemblant parfaite- «ment à l’original, qui est authentique. Portée en Allemagne, «elle a fait croire au célébré Eckbel que l’on pouvoit former «des doutes sur la vérité de cet oriçrinal3. Les autres médailles
(1) Dio , LXI, 7.
(2) Nero , cap. xxxin. Sed et discipulos
dédit !
(3) Doctrin. numismat. veter., tom. VI, pag. 254.
FAMILLE DES CESARS. ïo3
«de Britannicus , frappées en Grece et dans les colonies ro- «maines, viennent à l’appui de celle dont j’ai fait mention; «mais seules elles ne seroient pas suffisantes pour nous faire «connoitre exactement les traits de ce jeune et malheureux « prince.
«Il y a beaucoup de probabilité qu’une statue de la villa «Pinciana, jadis Borgliese, le représente (salle 5e, n° 4)-” C’est un jeune homme revêtu de la toge, et portant suspendue à son cou par un cordon la bulle des jeunes patriciens. Il étend le bras droit, et tient de la gauche un volumen, ou rouleau d’écriture. Quoique le travail de cette statue soit très bon, les formes du jeune prince sont trop peu prononcées pour le faire reconnoilre sans aucun doute. En effet, Perrier, qui la publia en i638, sous le n° 4o, crut y reconnoître Néron enfant; et ce n’est que depuis la découverte de la médaille de Britannicus qu’on l’a attribuée à celui-ci. Cette variation m’a empêché de la faire entrer dans l’Iconographie romaine.
CnAp. I Famille des Césars.
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