‹ Iconographie romaine (volume 3)Chapitre 26 sur 40 · AGRIPPINE JEUNE · texte numérisé non relu

AGRIPPINE JEUNE

Pline le naturaliste', parlant du poison mêlé à des champignons qui avoit fait mourir Claude, dit: «Agrippine, par cet « attentat , donna au monde , et à elle-même avant tous les autres , «un second poison, Néron, son fils.» Ce monstre fut, à la vérité, le vengeur de Claude, de Silanus, de Lollia, et de tant d’illustres victimes ; mais ce n’étoit pas un fils qu’elles auroient chargé de leur vengeance. Un seul vers de la tragédie de Séneque intitulée Octavie' -, prononcé par Agrippine elle-même, peint

(i) Lib. XXII, cap. xxii. (2) Vers 645. Noverca , conjux , mater , injelix meis!

Ch vp. I.

’amille des Césars.

>1. :;\vn.

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tous ses crimes : «Belle-mere, épouse et mere , funeste a tous «les miens ! »

On est affligé d’apprendre que la mere de Néron devoit le jour au généreux Germanicus et à la vertueuse Agrippine l’ancienne. Elle étoit l’ainée de leurs filles, et naquit a Cologne l’an 769 '( 16 de l’ere vulgaire). Sa grande beauté la fit remarquer dès sa plus tendre jeunesse. Son illustre mere la fit élever et instruire avec grand soin; aussi écrivit-elle (.les mémoires qui contenoient les détails de sa vie, et les malheurs de ses parents. Tacite et Pline l’ancien les ont cités3.

Tibere donna , en 28 , pour époux à Agrippine , Cneius Domitius Ahenobarbus, homme détestable dans toutes les époques de sa vie, dit avec raison Suétone3, qui rapporte les meurtres qu’il commit, les rapines et l’inceste dont il se rendit coupable; mais que le lâche flatteur de Tibere , A elleius Paterculus4, appelle un jeune homme d’une nohle simplicité de mœurs. Domitius se rendoit plus de justice : lorsqu’on le félicitoit sur la naissance de son fils (qui fut depuis l’empereur Néron), il répondoit que d’Agrippine et de lui il ne pouvoit naître rien (pie de funeste à la patrie.

Caligula assouvit sa passion incestueuse avec Agrippine, ainsi qu’avec ses autres sœurs , et il fit partager ce triple attentat contre les mœurs à Lepidus, compagnon de ses débauches. Parvenu à l’empire, il ne leur fit pas moins rendre, en , les honneurs qui appartenoient aux vestales; mais l’intérêt qu’il prit à elles dura peu de temps. Deux ans après , Caligula fit mourir ce Lepidus ' , l’accusant d’aspirer au trône, et d’avoir formé dans ce

(1) Eckliel , Doct. num ., tom. VI , p. 2 55. {i) Tacit., Annal., IV, 53; Pün., 1. VII, cap. vin.

(3) JXero, cap. îv, v, et vi.

(4) Lib. XI , cap x , 3.

(5) Tacit., Annal., XIV, 2.

Chah. I.

FAMILLE DES CESARS. 2o5

dessein une liaison intime avec Agrippine, cpii a voit aussi dèslors la même ambition. Il condamna Agrippine et Liville, en punition de leurs adultérés et de leur complicité avec Lepidus, a être reléguées dans l’île Pontia, ajoutant que, s’il avoit des îles, il avoit aussi des épées à son service. 11 rendit le sénat témoin de la lionte de sa famille, en mettant sous ses yeux les correspondances de ses soeurs avec les complices de leurs déhanches. Agrippine fut traitée avec plus de rigueur; l’empereur voulut quelle portât elle-même jusqu’à Piome l’urne qui renfermoit les cendres de Lepidus. La confiscation de ses biens suivit sa condamnation ; et l’on exila un autre de ses amants, Soplironius Tigellinus, qui fut depuis le favori de Néron. On a placé clans ce nombre Séneque le philosophe ; mais sa passion pour Julie, qui le fit exiler par Claude, semble démentir cette accusation.

Domitius mourut 1 an 4o, et laissa Agrippine veuve avec un fils unique, Néron, sur lequel elle consulta les devins. Ils assurèrent que cet enfant régneroit, mais qu’il feroit mourir sa mere. «Ah! qu’il m’ôte la vie, s’écria-t-elle, pourvu qu’il régné' !» Elle avoit jeté les yeux sur Galba (qui fut empereur après Néron), même avant la mort de son épouse, pour remplacer Domitius2; mais ce Romain refusa constamment la main d’Agrippine, et il ne rentra plus dans les liens du mariage. Claude l’ayant rappelée de l’exil l’an /j i , i" de son régné , et lui ayant rendu ses biens, elle épousa Crispus Passienus, orateur célébré, quelle fit mourir quelques années après pour avoir l’entiere jouissance des richesses dont il lui avoit fait une donation.

Messaline étoit jalouse de la beauté d’Agrippine, redoutoit son ambition, et la tenoit dans l’oppression, comme nous l’ap-

(i) Tacit. , Annal., XIV, 9. (2) Suet. , Galba , cap. v.

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prenons de Tacite Il dit que, dans les jeux séculaires célébrés

i jmüic des pan g00 de Rome ( 47 de l’ere vulgaire ) , où parurent Britannicus

Césars. K °

ri xxvii et Néron , la faveur du peuple s’attacha particulièrement au se¬

cond, «soit à cause du souvenir de Germanicus, dont il étoit «le seul rejeton mâle, soit par intérêt pour sa mere, qui étoit «en butte aux persécutions de Messaline. « La mort funeste de celle-ci, loin d’effrayer Agrippine , réveilla son ambition. Ou-

bliant qu’elle étoit la niece de Claude, et que les lois lui interdisoient tout espoir de l’avoir pour époux, ou plutôt persuadée

que le sénat feroit fléchir les lois si telle etoit la volonté de l’empereur, elle accabla son oncle de caresses. Sa qualité de niece permettant à Claude de l’embrasser en public, scion la

coutume des Romains, elle prévenoit ses désirs2; et, lorsqu’ils étoient loin des yeux du public , l’empereur se livroit avec ardeur à cette séduction. Aussi Tacite3 fait-il remarquer qu’avant d’être

épouse, elle agissoit déjà en impératrice : elle fit rompre hon¬

teusement le mariage de la fille de Claude, dOctavie, quelle destinoit à Néron, avec Lucius Julius Silanus , quelle contraignit rie s’ôter la vie le jour même du mariage de Claude. Pallas, tout puissant sur l’esprit de l’empereur , lui conseilla d’épouser Agrippine4; elle avoit gagné cet affranchi en s’abandonnant à lui. Yitellius détermina les sénateurs à presser ce mariage, que commandoit, disoient-ils, la raison d’état. De sorte qu’il fut célébré l’an 49.

J’ai rapporté , dans la vie de Claude , les détails de la conduite que tint Agrippine depuis cette époque jusqu’à l’an 54, celui

de la mort de son époux , quelle empoisonna; pareeque ce prince

imbécille ne fit plus que prêter son nom aux actes de souve-

(r) Annal. , XI , 12.

h.) Suet., Claud. , cap. xxvi.

(3) Annal. , Xll , 3.

(4) Tacit., Annal., XII, 24.

raineté qu’elle exerçoit, aux moyens cruels qu’elle employoit soit pour préparer l’accès du trône à son fds , soit pour en éloigner l’héritier légitime, soit enfin pour acquérir des richesses immenses. La mort des citoyens les plus opulents fut un de ces moyens les plus ordinaires ; de même que celle de plusieurs femmes illustres , dont la beauté ou la bonne renommée lui faisoit ombrage ; entre autres Lollia Paulina , que l’affranchi Calliste avoit proposée pour épouse à Claude après la mort de Messaline1. Elle conservoit contre celle-ci un ressentiment si profond que , dit l’historien Dion , « elle se fit «apporter sa tête; et, ne la reconnoissant pas à cause de l’al- « tération que le supplice avoit apportée dans les traits , elle «ouvrit la bouche de sa propre main, et examina les dents «qui avoient une conformation particulière», une surdent, selon Pline3.

Agrippine, craignant que le peuple ne vit dans elle qu’une femme cruelle et avare, rappela avec éclat Séneque de l’exil auquel Claude l’avoit condamné, lui fit accorder la préture, et le donna pour instituteur a Néron; espérant que le public verroit auprès de lui avec plaisir un homme célébré par les études, et que le philosophe, outragé par l’empereur, la serviroit dans ses projets ambitieux.

Rien ne peut donner une idée plus vraie du caractère cruel et dissimulé d’Agrippine que de la voir, au moment où le poison préparé par son ordre ôtoit la vie à Claude, et frayoit à Néron le chemin du trône, feindre la douleur la plus profonde, tenir embrassé Britannicus comme son unique consolation , l’appeler le véritable portrait de son pere, employer toute sorte d’artifices pour le retenir dans le palais, lui et ses sœurs Antouia et

(1) Tacit. , A.nnal. , XII, 2. (2) Lib, VII, cap. xvi.

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fl

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pi. xxvir.

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Octavie , jusqu'à ce que tout fût prêt au-dehors pour faire déclarer Néron empereur ’.

L’an 54 mit le comble aux vœux d’Agrippine : Britannicus fut privé de ses droits à l’empire; Néron s’assit sur le trône, et Agrippine crut au moins le partager avec lui, à cause de sa grande jeunesse (il n’avoit que dix-sept ans ) , si elle 11e sc flalloit pas même de régner absolument sous son nom. On la vit en effet affecter l’autorité suprême , faire mourir Narcisse , qui paroissoit s'attacher à Britannicus, donner audience aux ambassadeurs avec l’empereur J , adresser comme lui des lettres aux peuples, aux princes, aux rois, se montrer en public à ses côtés, quelquefois dans la même litiere , le plus souvent suivie de l’empereur, qui marchoit auprès de la sienne. Néron supporta assez long-temps ces entreprises sur son autorité ; il lui témoignoit les plus grands égards, la déférence la plus entière; il permettait que le sénat lui décernât les plus grands honneurs, et même qu’il tînt ses assemblées dans le palais, afin que, cachée derrière une tapisserie, elle prit entendre sans être vue.

Les Romains n’attribuerent pas tous cette conduite soumise de Néron à l’ascendant qu’Agrippine avoit pris sur lui depuis son enfance , à la reconnoissance pour les grands services qu’elle lui avoit rendus ; il y en eut qui lui donnèrent pour cause secrete l’abandon qu’elle lui fit de sa personne : on pou voit le soupçonner d’après les mêmes artifices dont elle avoit usé envers Lepidus et Pallas pour se les attacher, et d’après la familiarité excessive qui, même en public, régnoit dans leurs entretiens3. Les historiens ont émis des opinions différentes sur cet inceste odieux. Avant de rapporter leurs textes, je dois en citer un de (1) Tacit.,^nna/.,XII, 18. (2) Rio, LXXI, 2. (3) Suet., Ner., cap. xxvih.

l’historien des Juifs , de Josephe ' , qui expliquera cette différence d’opinion. «Je ne m’étendrai pas davantage , dit-il , sur les crimes «de Néron, parceque son histoire a été écrite par plusieurs au- «teurs. Mais les uns , ayant reçu de lui des bienfaits , ont négligé «la vérité en sa faveur; les autres, animés par la haine et par «leurs ressentiments , ont écrit des choses fausses avec un achar- «nement qui seul les rend condamnables.... Pour nous, qui «n’avons d’autre but que la vérité, etc.» Selon Suétone’, qui écrivoit un siecle après le régné de Néron, ce monstre avoit voulu satisfaire son horrible passion; mais il en fut détourné par les ennemis d’Agrippine, qui craignirent le caractère ambitieux de cette femme , que ce crime auroit rendue toute puissante. Cependant il raconte des détails qui feroient croire qu’elle n’y auroit apporté aucun obstacle; et il ajoute que les favoris du jjrince appelèrent auprès de lui , pour tromper son imagination, l'affranchie Acté, dont la ressemblance avec Agrippine étoit frappante. Cluvius, cité par Tacite3 (dont les Annales furent écrites peu après les Césars de Suétone), attribuoit cette substitution politique à Séneque, qui, voyant «la mere de Néron , «poussée par le désir de retenir le pouvoir, choisir le milieu du «jour où son fils étoit échauffé par le vin et les plaisirs de la «table, pour se présenter à lui parée avec soin, respirant le «crime, et lui prodiguer les plus grandes caresses.... engagea «Acté à dire à l’empereur que l’inceste étoit connu du public, «parceque sa mere s’en glorifioit ouvertement, et que les sol- «dats refuseroient d’obéir à un prince souillé de ce crime.» Tacite dit encore qu’un autre écrivain, Fabius Rusticus, vengeoit la mémoire d’ Agi-ippine , et condanmoit celle de Néron, que la ruse d’Acté empêcha seule de se rendre coupable. Tacite

(1) Antiqu.il. , lib. XX, cap. vm, §. 3. (2) Cap. xxvm. (3) Annal., XIV, 2.

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ajoute ensuite : «Mais les autres auteurs s’accordent avec Cluvius, «et la renommée confirme leur témoignage. 35 Xiphilin raconte' que la mere de Nérou, «craignant de le voir épouser Poppée , «qu’il aimoit éperdument, projeta un crime odieux : comme «s’il n’étoit pas déjà assez honteux pour elle d’avoir captivé son «oncle par des regards tendres et par des caresses lascives, elle «employa les mêmes artifices pour subjuguer son fils. Réussit- «elle dans cette entreprise criminelle, ou a-t-on chargé leur «mémoire de ce forfait d’après leurs moeurs dépravées? Je ne «puis rien assurer; je rapporte seidement les circonstances qui «sont reconnues vraies par tout le monde : c’est-à-dire que Né- «ron aima avec fureur une courtisane qui ressembloit à Agrip- «pine; qu’il l’aima à cause de cette ressemblance; qu’il y faisoit «allusion, lorsque, la montrant, il disoit avec complaisance «qu’il avoit outragé la maternité. » Enfin Aurelius Victor3 écrivoit dans le IVe siècle : «Plusieurs comptent au nombre des «crimes de Néron l’inceste, pareeque sa mere, tourmentée du «désir de régner, essayoit de se l’attacher par quelque grand «crime. Quant àmoi, je n’en doute point, quoique les écrivains «soient partagés d’opinion.» Il fonde son jugement sur l’habitude du crime et de la débauche effrénée contractée par la mere et le fils. Le second Victor, auteur de l’abrégé du premier, s’exprime encore plus formellement : «Il commit un inceste avec sa «mere, qu’il fit mourir plus tard.»

J’ai cru devoir rapporter sur cet outrage de la nature les sentiments des historiens de l’antiquité, afin que le lecteur prit former sou opinion. Quant à la mienne, elle est la même que celle de Dion, rapportée plus haut. Le crime n’a pas été commis; mais la jactance monstrueuse de Nérou relativement à la res-

(1) Xiphil. , LXI , 1 1 . (2) Ges.jCap.v.

semblance d’Acté avec sa mère , la licence effrénée de l’un et de l’autre, ont fait croire à la réalité.

Séneque et Burrhus exhortèrent Néron à secouer le joug de sa mere et à régner par lui-même. Ce prince, dont toutes les passions étoient extrêmes, passa en un instant de la soumission la plus entière à une haine implacable. Il supprima la garde qui entouroit Agrippine, comme épouse et mere d’empereur, et il exigea d’elle que la campagne fût son séjour ordinaire. Celle-ci, habituée au commandement, aux honneurs, ne s’en vit pas dépouiller sans un chagrin violent; elle éclata en reproches; elle rappela les droits de Britannicus , que Néron lit bientôt après périr, pour mettre fin à ces plaintes indiscrètes. Les historiens annoncent qu’elle fut étrangère à cette mort; ils font observer même qu’elle la vit avec effroi, comme un prélude du parricide que son fils méditoit déjà.

Aussitôt que la fortune parut contraire à Agrippine, on vit la foule s’éloigner d’elle, excepté quelques femmes qui continuèrent à lui faire la cour; mais on ne sait, dit Tacite 1 , si ce fut par attachement ou par haine. Au moins le dernier motif semble avoir retenu près d’Agrippine Silania ; car cette femme perdue de réputation , et qui lui avoit été chere , forma contre elle, en 56, une accusation des plus graves. Ce n’étoit plus d’avoir donné des pleurs à la mort de Britannicus, ni d’avoir publié les infortunes d’Octavie, qu’on l’accusoit encore; mais on lui reprochoit de vouloir épouser et placer sur le trône Rubellius Plautus, qui par sa mere clescendoit d’Auguste au même degré que Néron. L’histrion Paris, chargé d’en instruire l’empereur, choisit l’instant de la nuit où celui-ci sortoit d’un grand repas, et lui révéla la prétendue conspiration. Néron voulut

(i) Annal., XIII, ig.

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faire mourir sur-le-champ Plautus, sa mere, et Burrhus, qu’il accusoit de le favoriser. Celui-ci parvint à le calmer, et à faire différer jusqu’au lendemain , en promettant d’ôter la vie à Agrippine si, après avoir été entendue, elle se trouvoit coupable. Elle défia ses accusateurs de prouver qu’elle eût essayé d’ébranler la fidélité des cohortes ou des provinces, de produire des esclaves ou des affranchis qu’elle eût corrompus; enfin elle demanda à son fds un entretien secret dans lequel elle ne parla point de son innocence , comme si elle ne croyoit pas qu’elle pût être soupçonnée, ni de ses bienfaits, dont le récit eût été un reproche. Elle obtint des peines contre ses délateurs, et des récompenses pour ses amis.

Malgré cette réconciliation, soit feinte, soit forcée, Néron n’étoit pas d’un caractère à différer longtemps l’exécution d’un crime qu’il croyoit utile à sa sûreté. Les intrigues d’Agrippine lui causoient de trop vives inquiétudes pour qu’il ne cherchât pas à s’en affranchir. Ce n’étoit pas assez pour lui d’avoir dépouillé sa mere de tous les honneurs publics, d’éviter sa rencontre en tous lieux, et de lui faire éprouver tous les dégoûts d’une surveillance ombrageuse, il résolut, l’an 59, de lui ôter la vie. Ce forfait ajjpartient particulièrement à l’histoire de ce fds dénaturé, et c’est là que j’en rapporterai les détails. Je dirai seulement ici qu’après avoir échappé à la mort qu’il lui avoit préparée par la rupture d’un navire disposé à cet effet, Agrippine fut poignardée, par son ordre, à l’âge de quarante-trois ans; elle s’écrioit: «Percez ce sein qui a produit un parricide.» Tacite dit, après ce récit: «Quelques personnes assurent que Néron osa «fixer des yeux avides sur le cadavre de sa mere, et qu’il en «loua les belles formes ; mais d’autres nient cette atrocité.

(1) Annal., XIV, 9; Xiphil., LXI,

On brûla les restes d’Agrippine la nuit même de l’assassinat, sans aucun honneur funebre, et tant que Néron vécut, on n’éleva aucun monument sur la terre qui les avoit reçus. Un de ses affranchis, Mnester, se poignarda sur son bûcher. «On ne sut «pas, dit Tacite, s’il fut porté à cet acte de désespoir par son «attachement à sa maîtresse, ou par la crainte du supplice. « Telle fut la fin d’Agrippine, fille du César Germanicus, petitefille d’Agrippa, arriere-petite-fille d’Auguste, sœur d’un empereur (Caligula), épouse d’un autre empereur ( Claude), et mere d’un troisième (Néron). On ne trouve dans les temps antérieurs qu’une femme distinguée par d’aussi belles alliances, c’est Lampido, fille de Léotychidas, épouse d’Arcliidamus , mere d’Agis, tous trois rois de Sparte; et, dans les temps modernes, que Claude, fille de Louis XII, épouse de François Ie’, mere de Henri IL

On voit à Naples, dans la collection des Farneses, devenue la collection royale, une belle statue de la mere de Néron. Les n 6 et 7 en présentent le profil et la face. Il y a dans ses traits quelque chose de dur qui rappelle les crimes que lui reproche l’histoire; mais ils sont grands et majestueux. Le prince Chigi, à Rome , possédé un très beau buste de cette impératrice.

Ses traits sont bien exprimés sur la médaille du n° 8. Elle est d’or, et présente d’un côté la tête de Claude, couronnée de laurier, avec la légende Tlbet'ius CLAYDûa CAESAR ANGustus GERM anicus Voiüifex M aximus T?ubunitia POT estate Vater Vati~iœ.ka revers: tête d’Agrippine, couronnée de laurier, avec la légende AGRIPPINAE AYGYSTAE.

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IM0 6 ei 7.

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