CAMÉES
Dans cette planche, consacrée tout entière à la famille de Claude, on voit d’abord, sous le n" 1, un camée sardonyx à trois couches, plus recommandable par sa grandeur que par le travail du graveur. Sous le point de vue du volume, il doit être placé immédiatement après celui delà Sainte-Chapelle. Le sujet qu’il représente lui donne un grand prix. Quant au dessin et à la gravure, M. Visconti disoit, pour en donner une idée exacte, que la composition paroissoit avoir été tracée à Rome, et exécutée loin de la capitale. Le savant Cuper joignit à sa dissertation ' sur le marbre de Y Apothéose d’Homere l’explication de ce camée, avec la gravure du dessin que lui avoit envoyé Jean- Georges Grævius. On les retrouve dans le supplément de Poleni au Thésaurus Antiquitatum Grœcarum et Romanarum \ Mais ce dessin est si mauvais que Grævius et Cuper ont cru y voir Auguste et Livie.
Deux centaures traînent un char sur lequel sont placés (comme les médailles et les portraits non contestés me les ont fait reconnoitre d’après un dessin très exact ) Claude , son épouse Messaline, avec leurs enfants Octavie et Rritannicus. Claude porte le costume d’un triomphateur, la couronne de laurier, la tunique, et la toge, probablement ornés de diverses cordeurs que la sculpture ne peut rendre ; il est armé du foudre; et les centaures foulent aux pieds des barbares qu’il a déjà foudroyés. C’est le triomphe de Claude après la défaite des Bre-
(r) Amst., 1 683. (2) Tom. II,pag. 193.
tons. A ses côtés sont placés ses deux enfants, Octavie couron- Ch4p. T. née de laurier comme son pere, qu’elle tient embrassé; Britan- Fa“.,”ed“ nicus, revêtu du costume militaire, appuyant sa main gauche PI. XX]X sur le parazonium , épée de commandement. C’étoit un usage reçu de voir le triomphateur faire monter dans le char ses enfants des deux sexes'. Germanicus àvoit auprès de lui ses cinq enfants, Lucius Verus et Marc-Aurele, les fds et les fdles de celui-ci; sur une médaille d’or, Antonin, les deux enfants qu’il avoit eus de Faustine ; et même au temps de la république,
Paid Emile, ses deux fils, selon Eutrope \
Messaline paroit être la première épouse d’un triomphateur qui l’ait suivi au Capitole; c’est pourquoi Suétone 1 2 3 l’a fait observer: «Son épouse Messaline suivit le char du triomphateur «montée aussi sur un char.» A la vérité il ne dit pas qu’elle fût placée sur le char de triomphe ; mais l’auteur du has-relief s’est donné tant de licence, qu’il a bien pu oublier ici la fidélité historique , et ne rendre que la pensée générale de la pompe triomphale.
On ne sauroit douter que ce camée n’ait été gravé, ou qu’on n’ait commencé à le graver du vivant de Claude; car personne, après les premiers jours de son deuil, ne prit intérêt à sa mémoire, excepté Vespasien, après que quinze ans se furent écoulés4. Cependant il y est représenté déifié, et sous la forme de Jupiter, quoiqu’il ait refusé les honneurs divins que Caligula s’étoit lait rendre 5. Mais on sait que les Bretons lui éleverent un temple, et créèrent des prêtres qui employoient leurs richesses pour le desservir avec splendeur6. Seroit-ce une conjec-
(1) Tacit, Ann., II, 4 U Capit., M.Ant., c. XII. (4)Suet., Vespas., cap. IX.
(2) Eutrop., lib. IV, et lib. XLV, cap. XL. ( 5 ) Senec. , A7toxo>.
(3) Cap. xvii. (6) Tacit., XIV, 3i.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
chap. i. jecture trop hardie que d’attribuer à ces prêtres le dessein de faire graver le camée que j’explique? La cause de la médiopi. xxix. crité du travail se trouvèrent alors dans l’imperfection des beaux-arts cliez un peuple nouvellement civilisé; et la pensée de M. Yisconti , rapportée plus liant, trouveroit aussi son application.
Les centaures qui traînent le char de triomphe présentent une difficulté réelle. Si Claude paroissoit ici sous les traits de Bacchus, ce seroit alors le vainqueur des Indes, dont le char est traîné ordinairement par ces monstres Informes. Cuper croyoit voir Auguste déifié; il trouvoit un rapport évident entre la victoire remportée en Thessalie dans les champs de Philippes , et les centaures qui liabitoient cette contrée. Pour moi, à qui les médailles ont fait reconnoître ici l’empereur Claude, je n’ai que des conjectures à offrir sur les centaures qui font partie de cette composition. D’abord ce n’est pas le seul exemple; on voit sur une médaille de grand bronze Jupiter, tenant une petite statue de Diane d’Ephese, assis sur un char traîné par deux centaures, dont l’un porte un cratere, et l’autre une espece de bâton pastoral1, avec la légende GIII CTP arnyoû KOYINTIAIANOY IIGPrAMHNttN £<I>£CIflN, sous-entendu opovoia : Sous la préture cle Quintilianus ; monument de l alliance des habitants de Pergame avec les Ephésiens. Cette médaille a été frappée en l’honneur de Commode. Je n’en citerai pas d’autres qui présentent Hercule, Esculape, etc., montés sur des chars attelés de même; mais je parlerai d’un grand bronze de Domitien frappé à Alexan- 4 et 5. drie l’an 83y, A, 4e de son régné, sur lequel on le voit debout dans un char que traînent deux centaures’; et d’un camée du Vatican (en 1788), jadis du cardinal Carpegna, presque aussi (1) Gusseme, V, pag. 377, n° 71; Vaillant, Gr., pag. a34- (2) Mus. Pisan., pag. 20.
grand que celui-ci, représentant Bacchus et Cérès dans un char r
traîné par deux centaures. Fa"ulled"s
Claude foudroyant les Bretons abattus sous les pieds descen- Pi. xxix. taures, et près d’être couronné par la Victoire, rappelle Jupiter vainqueur des Titans. Son char est traîné par des monstres enfants d’Ixion, qui étoit fds de Jupiter: cette filiation peut motiver le choix des centaures. L’un a jeté le cratere , l’autre porte un trophée au lieu de bâton pastoral, qu’ils tiennent sur la médaille de Pergame. Le graveur a exprimé sur le front des centaures un caractère qui rappelle l'epere des dieux, dont ils tiroient leur origine; je veux parler des cheveux relevés sur le haut du front, comme 011 les voit à Jupiter. Winckelmann ' a observé le premier ce caractère distinctif des centaures.
Je dois aussi faire remarquer le geste de Messaline, qui, avec l’index de la main gauche, paroît montrer à Claude le jeune Britannicus, destiné à régner après lui. ,
Lorsque Grævius envoya à Cuper, en i683, le dessin de ce camée, il ne lui dit point à quel cabinet il appartenoit. Ou étoit resté dans la même ignorance, jusqu’à ce que M. Visconti apprit, en 1808, qu’il étoit conservé en Hollande, dans la collection de celui qui étoit à la tête du gouvernement de ce royaume. Il en obtint le transport à Paris, et le fit dessiner pour l’Iconographie romaine. ,
La gravure du n° 2 n’est qu’une portion d’un camée ; la portion qui n’a pas été gravée, et qui est plus grande du double que celle-ci, ne présente que deux aigles : on a cru pouvoir la négliger à cause du défaut d’espace. On voit ici Claude, Messaline sa quatrième épouse, leurs enfants Octavie, Britannicus, et probablement un Drusus fils de Claude et de sa seconde épouse
(1) Ihst. de l'Art, liv. IV, c. h, §, 3 et 4-
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
c,ui. t Plantia Urgulanilla. C’est le seul portrait de ce dernier enfant Famiiie des qui nous soit parvenu. Au moment où Drusus atteignoit l’âge n xxix de la puberté, où il venoit d’être donné pour mari à la lille de Séjan, il mourut étouffé par un fruit qu’il lançoit eu l’air, qu’il recevoit dans sa bouche, et qui pénétra dans la trachée-artere.
L’auteur de cet ouvrage ignore le nom de celui auquel appartient le camée ; s’il l’apprenoit, il le feroit connoitre dans le dernier volume.
a 3. Le n° 3 présente un camée du cabinet impérial de Vienne'.
Quatre bustes sont placés deux à deux sur des cornes d’abondance ornées très richement, entourées d’armes et d’armures; un aigle éployé est debout entre les cornes d’abondance. Le premier buste, à la gauche du spectateur, est celui de l’empereur Claude , portant une couronne de chêne et l’égide. A côté de lui paroit Messaline avec la couronne tourelée de Cybele , et la couronne d’épis de Cérès. Vis-à-vis, à la droite du spectateur, sont gravés deux bustes jeunes , les deux enfants de Claude et de Messaline, Britannicus portant une couronne de chêne et le paludamentum , et Octavie représentée en Minerve, avec le casque et la couronne de laurier.
Ces personnages ont été reconnus à l’aide de médailles et de portraits non contestés. Je dois dire cependant que M. 3 isconti’ avoit pensé jadis que les deux bustes placés à la gauche du spectateur étoient ceux de Claude et d’Agrippine jeune son épouse; que ceux de la droite du spectateur représentoient Germanicus , frère de Claude, avec son épouse Agrippine l’ancienne. Les monuments ne sont pas favorables à cette opinion ; ils ne le sont pas davantage à celle d’Eckhel3, qui veut reconnoitre ici Claude et
( 1) Eckhel, pl. vii.
(2) Mus. Pio Clem.? VI, pl. S'], note 9.
(3) Pierres gravées du cabinet de Vienne , pl. VII.
Agrippine jeune, placés en regard de Drusus 1 ancien et dAntonia, pere et mere de Claude.
Le n° 4 est une médaille de Commode.
C11, vp. I.