‹ Iconographie romaine (volume 3)Chapitre 28 sur 40 · NÉRON, ET SES ÉPOUSES · texte numérisé non relu

NÉRON, ET SES ÉPOUSES

ccSéneque, dit un scoliaste de JuvénaL, revenu de son exil «en Corse, avoit formé le dessein de se rendre à Athènes, lors- « que Agrippine l’appela à Rome, dans le palais des Césars, pour «diriger la jeunesse de Néron. 11 reconnut bientôt le caractère «féroce et cruel de son éleve, et il parvint à l’adoucir. Mais il «disoit souvent à quelques amis : Lorsque ce lion cruel aura «étanché sa soif avec du sang humain, sa férocité naturelle ne «connoîtra plus de frein.» Cette prédiction fut accomplie; on entendit sortir de la bouche de Néron ces paroles, que Séneque le tragique lui fait répéter dans son Octavie3 : «Puissent bientôt «les maisons de Rome être consumées par les feux que j’ai allu- «més! que les Romains coupables périssent par la flamme, par «la chute des palais, par une pauvreté honteuse, par la faim, «et par la douleur ! » On a cependant vu (6 dépravation de l’esprit humain ! ) un savant du XVIe siecle, Jérôme Cardan , écrire l’éloge de Néron4, dans lequel, après avoir rapporté tous ses crimes, il les excuse par la fatale raison d’état, et par la comparaison avec d’autres princes de sa famille à qui 1’histoir.e en reproche de semblables. Joseplie5, que j’ai cité dans la vie d’A-

(D Suétone, Tacite, Dion , Joseplie , Plutarque, Zonare*, etc., ont été mes guides dans cet article.

(2) Suet., V, 109. ®

(3) Act. V, v. 83 1.

(4) Encomium Neronis.

(5) Antiq ., lib. XX, cap. vm, §• 8.

grippine la jeune, accuse la plupart des historiens de Néron soit d’avoir trahi la vérité en faveur d’un prince qui av.oit été leur bienfaiteur, soit d’avoir écrit des calomnies pour satisfaire leur haine et leurs ressentiments. Voulant éviter de semblables reproches, je rapporterai seulement comme authentiques les faits avoués par tous les écrivains.

La naissance de Néron (l’an 36 de l’ere vulgaire, 790 de Rome) donna lieu au vicieux Cneius Domitius Ahenoharhus son pere de porter sur lui-même et sur sa propre épouse Agrippine un jugement trop bien confirmé depuis «Il est impossible, dit-il, qu’un «homme de bien puisse naître d’elle et de moi.» La mere de Néron étoit fille du grand Germanicus, et petite-fille d’Octavie, sœur d’Auguste ; de sorte qu’il ne descendoit de cet empereur que par les femmes. 11 fut appelé d’abord Lucius Domitius Ahenobarbus, puis, après son adoption par Claude ( qui le transportoit dans la famille Claudia), Nero Claudius Cæsar Drusus Germanicus ; mais il est plus connu en françois sous le nom de Néron, queje lui donnerai toujours : telle étoit même sa volonté; car nous avons vu dans la vie de Britannicus, son frere adoptif, combien il fut olfensé de s’entendre donner son premier .nom par ce prince; et nous verrons qu’entre toutes les injures contenues dans les lettres des généraux révoltés contre sa tyrannie, aucune ne lui fut plus sensible que d’être appelé Domitius Ahenoharhus.

Les persécutions que Caligula et la jalouse Messaline firent essuyer à Agrippine auroient dû former le cœur de Néron, et lui apprendre à compatir aux malheurs des infortunés; car, ayant perdu son pere trois ans après sa naissance, il n’entra en possession que d’une foible partie de ses biens par l’avidité de

(1) Xiph. , lib. LXI, cap. h.

Caligula, sou cohéritier; et l’exil de sa mere l’ayant réduit presque à l’indigence, il fut recueilli par sa tante Domitia Lepida, et u’eut pour premiers maîtres qu’un danseur et un barbier Mais Claude lui rendit les biens de son pere et les grandes richesses de son beau-pere Crispus Passienus. Messaline vit avec peine cet état prospéré qui le faisoit paroître l’émule de Britannicus : on disoit même quelle avoit essayé de le faire assassiner.

Le mariage de sa mere Agrippine avec l’empereur Claude , célébré l’an 48, changea le sort de Néron. Son adoption le plaça l’année suivante sur les degrés du trône, à côté de l’héritier naturel Britannicus. 11 avoit alors onze ans ; et sa mere avoit choisi depuis peu Séneque le philosophe pour son instituteur. On pourroit croire d’après cela que Néron étudia la philosophie ; mais Suétone dit que sa mere y mit obstacle, assurant que cette science étoit nuisible aux princes \ Séneque , de son côté, ne lui permit pas de lire les anciens orateurs, afin qu’il fût toujours séduit par son faux genre d’éloquence. De sorte que les études deNéron se bornèrent à la poésie et au style déclamatoire. La derniere étude convenoit à son jugement faux, qui domina aussi dans ses vers, que Perse3 nous a conservés. On le vit plaider en latin la cause des habitants de Bologne, et en grec celle des Rhodiens et celle des habitants de la nouvelle Troie. Mais ses études favorites, celles qui présagèrent l’occupation de sa vie eutiere, furent la musique, la déclamation , et l’art de conduire des chars. D’ailleurs son penchant à la cruauté s’étoit déjà développé; car il joignit sou témoignage aux calomnies qu’Agrippine inventa pour faire périr Domitia Lepida , cette tante qui seule avoit secouru son enfance.

La mere de Néron ayant empoisonné Claude avec des cliam- (1) Suet., cap. vi. (2) Ibid., cap. lu. (3) Sat. I, v. 99.

Crup. T.

Famille des Césars.

Fl. XXX.

Gu AP. I.

l'a mil le des Césars.

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