LU'. III
amille espasien.
«celle des parfums», dit-il a un jeune homme qui le remercioit de l’avoir nommé préfet militaire1.
L’avidité avec laquelle il accueilloit tous les moyens d’enrichir le trésor public, et la simplicité de ses moeurs, le firent accuser d avarice par les courtisans et par la populace, accoutumés aux largesses inconsidérées de ses prédécesseurs. Mais le Capitole, qu’il rebâtit; les temples de la Paix et de Minerve, qu’il éleva; l’amphithéâtre appelé aujourd’hui Colisée, qu’il commença; les places publiques qu’il fit orner ; un grand nombre de villes, ruinées par les tremblements de terre et les incendies, qu’il rétablit avec munificence ; des grands chemins ouverts , des montagnes et des rochers creusés, etc., aux dépens du fisc; tout atteste qu’en amassant des richesses il n’avoit en vue que le bien public. Il encouragea par ses libéralités les arts et les sciences \ Le premier des empereurs il donna des traitements fixes aux professeurs d’éloquence grecque et latine. Il récompensa largement un mécanicien qui lui offroit d’élever sur le Capitole, à peu de frais, de grandes colonnes; mais il refusa d’employer ses machines , en disant : «Je veux que tous les ouvriers puissent vivre « de leur travail. »
Enfin la discipline militaire et la tactique des Romains, l’habileté et la valeur de Titus , triomphèrent du courage aveugle et du fanatisme désespéré des Juifs. Les aigles furent plantées sur les murs du temple de Jérusalem en septembre de l’an 70. Titus revint de l’Orient l’année suivante. Le sénat décerna les honneurs d’un triomphe particulier au fils et au pere. Mais celui-ci les réunit en un seul; et encore, dit Suétone, il se trouva si fatigué de la longueur de cette pompe, qu’il ne put s’empêcher de convenir qu’il étoit puni avec raison pour avoir, à son âge, (1) Suet., VIII. (2) Ibid., XVIII
désiré si mal à propos le triomphe, comme s’il étoit dû à ses aïeux, ou comme s’il eût été l’objet continuel de ses vœux1, il étoit alors âgé de soixante-deux ans. Orose2 fait observer que Rome voyoit pour la première fois un pere et un fils jouir tous les deux ensemble des honneurs du triomphe. Vespasien ferma le temple de Janus. Malgré quelques légers mouvements intérieurs, aussitôt réprimés qu’aperçus, et quelques guerres bientôt terminées , les Romains goûtèrent sous son régné une tranquillité qu’ils desiroient vainement depuis plus de trente ans. Il réduisit en provinces de l’empire la Comagene et d’autres royaumes.
Malgré la sagesse du gouvernement de Vespasien , les philosophes stoïciens et les cyniques déclamoient en public contre lui. A leur tête étoit le sénateur Helvidius, gendre du vertueux Thrasea, vertueux comme lui, mais abusant de la considération que lui donnoient son rang et ses bonnes qualités pour soulever le peuple contre l’autorité légitime. L’empereur exila les philosophes , et Helvidius fut condamné à mort. Cependant le penchant a la clémence, qui formoit le caractère de Vespasien, le porta à faire surseoir à l’exécution de la sentence ; mais on le trompa en lui disant que cet ordre seroit inutile, et qu’Helvidius n’existoit déjà plus3. Ayant depuis rencontré le cynique Démétrius dans son exil , et voyant que , loin de se lever pour saluer le chef de l’empire, il ne cessoit d’invectiver contre lui, Vespasien lui fit dire: «Tu emploies tous les moyens pour me forcer «à t'ôter la vie; mais je ne fais pas tuer le chien qui aboie « contre moi4. »
(1) Suet. , XII. (4) Allusion au mot cynique , dont la ra-
(?.) Lib. VII, cap. ix. cine signifie chien.
(3) Suet. , VIII ; Xiphil. , LXVI , 1 3.
Ciiap. m.
Famille (le Vespasien.
PI. xxxir.
AP. III ainillc espasien.
296 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. TT.
L’année 79, \ 'espasien condamna a mort Sahinus et sa courageuse femme Eponine. Neuf ans auparavant, ce Gaulois avoit pris le titre de César; mais, ayant été vaincu, il avoit passé tout cet intervalle de temps caché avec elle dans un souterrain. Il falloit que cette mort importât beaucoup à la sûreté de l'empire, puisque Yespasien l’ordonna en versant des larmes. Cependant Plutarque, qui avoit vu à Delphes un fils de Sabinus, dit que le régné de Yespasien n’avoit rien produit de plus odieux, de plus tragique, et que de là vinrent sa mort prochaine et les malheurs qui affligèrent sa maison1.
La mort de Yespasien , arrivée peu après , le 24 juin de l’an 79, dans la soixante-neuvieme année de son âge, la dixième (moins six jours) de son régné , put faire naître cette pensée dans l’esprit de Plutarque. L’empereur fut saisi d’une maladie très grave dans la maison paternelle, oii il passoit tous les étés. «Je crois que je «deviens dieu», dit-il, pour se moquer des apothéoses. Malgré ses douleurs, il 11e voulut pas discontinuer ses travaux, disant qu’un empereur devoit mourir debout; ce qu’il exécuta, en sc faisant soutenir par ses serviteurs au moment où il rendit l’ame. Peu d’instants avant, il avoit encore plaisanté sur l’apparition d’une comete que l’on croyoit annoncer la mort de quelque grand monarque. «Elle ne me regarde pas, dit-il, car elle est «chevelue; elle menace le roi des Parthes, qui porte une longue «chevelure, et la mienne est très courte.»
Vespasien avoit perdu, avant d’être élu empereur, son épouse Domitilla, et sa fille quiportoit le même nom. Il choisit pour la remplacer auprès de lui , mais sans lui donner le titre d’épouse légitime, Cænis, affranchie d’Antonia, mere de Claude. L’avidité de cette femme, qui vendoit, dit Xipliilin, les magistratures, (1) Plutarch. , Amaloriœ .
l’administration des provinces, les commandements militaires, les sacerdoces, et même les décisions du prince, fut cause que la réputation de Vespasien souffrit de rudes atteintes On crut que Cænis recueilloit pour le trésor particulier de l’empereur, et que la clémen ce de Vespasien n’étoit qu’une avarice déguisée, pareeque Cænis exigeoit de fortes sommes de ceux auxquels il pardonnoit.
Il étoit d’une stature moyenne, avoit des membres forts et épais; son teint étoit animé2.
Les n° i et i de la XXXIIe planche présentent la face et le profil d’un buste de bronze de Vespasien, conservé dans le Musée Royal sous le n” a3. On ne peut voir une plus grande vérité et un plus parfait accord avec les médailles que dans ce buste. La tète porte une couronne de chêne.
La collection Farnese renferme un buste colossal du même empereur. Le travail en est admirable. La face et le profil de ce marbre précieux sont ici gravés sous les n° 3 et 4-
La médaille de grand bronze du n° 5 présente un des portraits de Vespasien les mieux dessinés. Sa tête, couronnée de laurier, est entourée de la légende IMPerator CAESar VESPASIANmv AVG ustus P ont if ex M aximus TR ibunitia Potestate Pater Patrice COS. ( consul . ) VIL Au revers : La façade du Capitole, avec les sigles S. C. La médaille a été frappée l’an 76 (829 de Rome). Vespasien avoit fait rebâtir le temple de Jupiter Capitolin, qui avoit été brûlé sous Vitellius. A travers les six colonnes du péristyle on aperçoit les trois divinités dont le culte se partageoit le temple : Jupiter; à sa droite, Pallas ; à sa gauche, Junon. On les voit aussi dans le tympan du fronton. Ces détails, qui ne pouvoient être imaginaires, rendent le type fort précieux pour la topographie de l’ancienne Rome.
(1) Xiphil., LXVI; 14. (2) Suet.,XX.
Chap. m.
Famille de Vespasien.
PI. XXXII
N* 1 et 2.
N9 3 et 4.
rr.
298 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Chap. III.
Famille de Vespasien.
PI. XXXII
Domitilla. La médaille d’or du n° 6 présente d’un côté la tête de Vespasien, avec une couronne radiée, et la légende DIVAS • AVGVSTVS ■ VESPASIANVS. Au revers : une tête de femme, avec la légende DIVA ■ DOMITILLA • ANGusta. Le titre chvus, donné à Vespasien, fait connoître que la médaille a été frappée après son apothéose, probablement par Titus , en 1 honneur de sa mere Domitilla. C’est un monument de piété filiale ; c’est aussi le premier exemple que nous ayons d’une femme, morte simple citoyenne, qui ait été honorée du titre d’Auguste, et déifiée. L’on voit encore dans une inscription du recueil de Gruter 1 une prêtresse de la déesse Domitilla.
Un passage de Suétone renferme tout ce qu’on sait de la mere de Titus \ Vespasien épousa (du vivant de Caligula) Flavia Domitilla, qui avoit été l’esclave chérie de Statilius Capella, chevalier romain, de Sabra ta en Afrique. Mais un jugement
I avoit déclarée libre et citoyenne romaine, d’après la demande de son pere Flavius Liberalis, natif de Ferentinum, qui étoit greffier d’un questeur. Elle le rendit pere de Titus, de Domitien, et de Domitilla. Sa fille et elle moururent avant que Vespasien ne devînt empereur.
On ne connoît point de portrait de Domitilla en ronde-bosse. En 1777, on déterra près du mausolée d’Auguste plusieurs blocs de travertin ‘, sur lesquels étoient gravées des inscriptions. Elles apprenoient que ce lieu étoit Xustrinum1' des membres de la famille d’Auguste, et qu’on y en avoit aussi enterré plusieurs.
II ne restoit plus d’une de ces inscriptions que le mot VESPA- SIANI; le temps avoit détruit le mot précédent et le suivant.
(1) Pag. 366, 4-
(2) Suet., V, cap. iii.
(3) Espece de pierre calcaire très commune à Rome. (4 L’endroit où Ton brûloit les corps.
M. Visconti 1 conjecture avec probabilité que c’etoit. 1 epitaphe de Domitilla, dont le nom auroit été effacé, ainsi que le mot uxor. Celui-ci peut même n’avoir pas été gravé, parcequil étoit toujours sous-entendu lorsqu’un nom de femme précédoit un nom d’homme au génitif.