‹ Iconographie romaine (volume 3)Chapitre 7 sur 40 · S. 2. AUGUSTE · texte numérisé non relu

S. 2. AUGUSTE

Pour le bonheur du genre humain, Auguste, a-t-on dit, n’auroit jamais dû naître, ou n’auroit jamais dû mourir. Les deux principales parties de sa vie sont renfermées dans ce mot. La première a été souillée par les proscriptions , les meurtres , l’exil , et les confiscations ; on peut en placer le terme à la mort d’Antoine, l’an de Punne 724, 3oe avant l’ere vulgaire, 33e depuis la naissance d’Auguste: elle est décrite, quant aux actes publics, dans la notice sur Marc- Antoine’. Je ne parlerai donc ici que de la vie privée d’Auguste pendant cette période.

Caïus Octavius, surnommé Auguste, naquit l’année où Cicéron étant consul, découvrit et lit échouer la conjuration de Catilina, 63' avant l’ère vulgaire, 691e de Rome. Sa mere, Attia, étoit fille de Julia? sœur de Jules César; son pere, Caïus Octavius, qui étoit le premier sénateur de sa famille, mourut jeune. L éducation d’Octavien ne souffrit pas de cette perle, parceque sa mere, et Philippus son second époux, s’en occupèrent avec zele : il fit même de si grands progrès dans l’art oratoire, le premier de tous dans une république, qu’à peine âgé de douze ans, on 1 entendit prononcer 1 oraison funebre de sa grand’mere Julia. Il montra de si bonne heure un jugement sûr, une éton-

(1) Dion; Appien; Tacite, dans ses Annales -, Suétone, etc., ont été mes guides.

(2) Iconographie romaine , I" partie.

nante circonspection, que César, son grand-oncle, lui accorda CHlir. r. toute sa faveur, lui promit de l’adopter s’il mouroit sans enfants ; Fa“ille des et le choisit pour maître de la cavalerie à l’âge de dix-sept ans. pi.xviietxvm. Cette adoption fut consacrée, un an après , dans le. testament de César. Auguste poursuivit ses assassins avec un zele dont le motif réel fut de plaire à la multitude , en paroissant remplir les devoirs rigoureux de la piété filiale, et d’effrayer le sénat par les actes répétés d’une vengeance implacable. Il est permis de croire aussi qu’il y fut poussé par son caractère naturellement cruel et sanguinaire, si l’on se rappelle qu’il surpassa dans ses proscriptions Sylla et Marius ; qu’il fit mourir, avec une barbarie froide et calculée, les personnages les plus distingués de Rome , de l’Italie, trois cents sénateurs, deux mille chevaliers; qu’il abandonna à la vengeance de ses deux collègues dans le triumvirat (Antoine et Lépide), le Démostlienes romain , et son propre tuteur; et qu’enfîn, devenu plus humain par politique , il multiplia cependant, un jour qu’il présidoit le tribunal criminel, les condamnations à mort à un tel point, que Mécene indigné lui fit passer ses tablettes, sur lesquelles il avoit écrit: «Arrête-toi « donc , bourreau '. » Couvert du sang le plus illustre , il marcha contre ses ennemis publics ; défit brutus et Cassius à Philippes;

Lucius Antonius, à Pérouse; Sextus Pompée, en Espagne; enfin Marc-Antoine, avec Cléopâtre, à la bataille d’Actium, et les réduisit à s’ôter la vie.

L’art de la flatterie , celui de tous qui est le moins limité dans ses progrès , sembloit s’être épuisé pour César , et cependant il trouva de nouvelles expressions pour son successeur. Le sénat conféra à Octave le titre d’empereur ( imper ator ) , avec les mêmes pouvoirs qu’avoit eus son grand-oncle , ceux de lever des

(i) Dio. LV, §. 7.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

chap. i. troupes, d’établir des impôts, de faire la guerre et la paix, de Famille des condamner à la peine capitale les chevaliers et les sénateurs dans pi. xvn « xvm Rome et hors de Rome’. Il le dispensa même de toute obéissance aux lois \ Le tribunat du peuple appartenoit aux plébéiens seuls; mais le sénat accorda à Octave, pour sa vie entière, la puissance clu tribunat , cpii rendoit sa personne sacrée et inviolable (de sorte que celui qui l’offensoit, même par de simples paroles , étoit mis , par le fait, hors de la loi), et cpii l’autorisoit à casser tous les actes contraires à sa volonté. Cette puissance tribunitienne , tribunitia potestas , qui n’avoit en apparence rien cféclatant, comme celle d’un roi ou d’un dictateur, fut le complément du pouvoir impérial; aussi Octave et ses successeurs (jusqu’à Claude II, ou le Gothique) l’inscrivirent sur les monuments , et la communiquèrent quelquefois à ceux des princes de leurs familles qui n’avoient pas encore le titre d’Auguste. A ces deux titres les empereurs joignirent celui de souverain pontife , quiplaçoit sous leur direction tous les objets relatifs à la religion; il appartint exclusivement au premier des Augustes, lorsqu’il y en eut plusieurs , jusqu’à Yolusien, qui le porta conjointement avec son père Gallus. Ils y joignirent quelquefois le titre de censeur, pour avoir le droit de créer ou de supprimer des sénateurs; de connoître la nature , l’étendue de leurs biens; de faire 1 inspection de la conduite des citoyens ; et enfin celui de perede la patrie , qui sembloit devoir être le correctif de titres plus fastueux3.

Tels furent ceux que porta le premier fondateur de l’empire, César; mais Octave auroit encore voulu être appelé Romulus :

(1) Dlo, LUI, §.28.

(2) n«7-»ç xvtov tu y rîî tôu. w à/uy-Ki};

(3) Suet., LVI1I.

FAMILLE DES CESARS. 3i

cependant il craignit de faire connoitre par-là le dessein d’exer- a,„. i cer un pouvoir absolu , comme celui des rois Famille des

i , Césars.

Munatius Plancus proposa donc au sénat (37 ans avant l’ere PLXviietxvur. vulgaire), probablement d’après l’invitation secrete de l’empereur, de lui déférer le titre cl 'Auguste, mot qui, dans la langue des Romains, désignoit un lieu ou un objet consacré à la religion par les augures3. Ce titre devint le nom spécial des empereurs, de leurs épouses; et l’on y substitua même par la suite celui de toujours Auguste.

Ce n’est point ici une nomenclature vaine des titres des empereurs, parcequ’elle fait connoitre le pouvoir illimité dont le sénat les investit; «C’était, dit Tacite, la toute-puissance dévo- «lue à un seul» : Omnem potestatem ad unum conferrP ; et Dion4 n’hésite pas à l’appeler monarchie. Tacite5 décrit les causes qui facilitèrent à Auguste l’arrivée au trône: «Tout le monde étoit «las des guerres civiles.... Les jeunes gens, une grande partie «même des vieillards, étoient nés pendant ces guerres; combien «pcurestoit-ilde citoyens qui eussent vu la république!... Octave «s’attaclioit le soldat par les largesses; le peuple, par les district butions de vivres; tous par l’appât du repos et de la tranquil- «lité. Il ne trouva point de résistance , lorsqu’il accumula sur sa «tête les pouvoirs du sénat, des magistrats, des lois; les plus «courageux avoientpéri dans les combats ou dans les proscrip- «tions: ce qui restait de patriciens , élevés aux honneurs en pro- « portion de leur docilité et de leur bassesse, préféroient l’agran- « dissement que leur procuroit le nouvel ordre de choses aux «dangers qui etoient résultés de 1 ancien. Les provinces ne té- «moignoient aucune répugnance à recevoir cette forme de gou-

(c) r>io, HII, §. 16. (2) Suet., VII. (4) Dio, LUI, §. 17.

(3) Tac., Hist. I, §. (5) Annal , I. §. ,, 44.

Chap. I.

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PI. XVII et XVIII.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

«vernement. Elles redoutoient le pouvoir du sénat et du peuple, «à cause des rivalités des grands et de la cupidité des magistrats, «auxquelles des lois impuissantes contre la violence, la brigue, «et l’argent, n’opposoient que de trop foibles barrières.»

Certain des suffrages du sénat et du peuple, Auguste mit en délibération avec ses deux favoris, Agrippa et Mécene, quelle forme de gouvernement il devoit donner à Piome '. Ceux-ci développèrent éloquemment deux opinions opposées, que Dion nous a conservées, et que Corneille a si noblement reproduites dans sa tragédie de Cinna. L’bomme de guerre demanda la république ; mais l’adroit Mécene , qui en courtisan habile avoit pénétré les vues d’Auguste, l’exhorta à conserver l’empire tel que César l’avoit établi, en améliorant cependant tous ses établissements. A la suite de cet entretien , l’empereur demanda avec instance au sénat d’être déchargé du poids des affaires. Son attente ne fut pas trompée; tous les sénateurs, les uns par attachement, les autres par crainte, le conjurèrent de ne point abandonner le gouvernail de l’état. 11 put donc assurer qu’il régnoit par l’ordre du sénat et du peuple. On devroit fixer au 7 de janvier de la 27e année avant l’ere vulgaire, la 36e de son âge, le jour où il fît cet acte éclatant de dissimulation, s’il est désigné, comme on le croit, dans une inscription trouvée à Narbonne3 en i566, par ces mots: «Le 7 des ides de janvier, jour « où, pour la première fois, il commanda à l’univers. »

Au commencement de la 29° année (725 de Rome), et avant le retour d’Auguste, le sénat avoit fermé le temple de Janus, parceque l’empire jouissoit d’une paix générale: c’étoit la troisième fois seulement qu’il F avoit été depuis la fondation de

(1) Dm, LUI, 11.

(a) Vil ■ QVOQVE • IDVS • I ANVAR

QVA- DIE ■ PIUMVM ■ IMPERIVM ■ ORDIS TERRARVM • AVSPICATVS • EST.

Rome. En sa qualité de censeur, l’empereur profita de cette paix pour faire le dénombrement des citoyens romains répandus clans tout l’empire; il s’en trouva quatre millions soixante-trois mille'. Le caractère d’Auguste le portoit à la tranquillité; son courage, que l’on put soupçonner une fois, ne sembloit se montrer qu’avec effort : aussi n’entreprit-il aucune guerre que pour la défense de ses états, et avec l’assurance du succès \ De là vint le chagrin extraordinaire qu'il fit paroître après que Varus eut été vaincu , et que trois légions eurent été détruites par les Germains. Tl craignit un moment que ces barbares vinssent fondre sur l’Italie , et pénétrassent jusqu’à Rome; il y établit une surveillance très active, et la prescrivit aux gouverneurs des provinces. Il laissa croître sa barbe et ses cheveux pendant plusieurs mois; et il répétoit souvent avec douleur: «Varus, rends-moi «mes légions»; comme s’il eût pu être entendu par cet imprudent officier, qui n’avoit pas voulu survivre à sa défaite.

Auguste ne suivit point le plan de conduite cpie s’étoit tracé Jules César, qui avoit laissé au sénat et aux magistrats leurs anciennes fonctions, toutefois sous sa direction immédiate; Auguste, au contraire, ne conserva que leurs anciennes dénominations, Eadem magistratuum vocabula (dit Tacite3) verso civitatis statu, , nihil usqucim prisci et integri morts ; et il renversa les bases du gouvernement , ne laissant rien subsister qui pût rappeler les lois et les habitudes des anciens Romains. Il abandonna au sénat la nomination des gouverneurs de provinces, se réservant seulement celles qui, menacées par l’ennemi, étoient occupées par les légions; c’est-à-dire qu’il demeuroit le maître de la force armée. Le sénat , par reconnoissance ; accorda une double paye aux soldats de sa garde , à ces prétoriens qui ,

(i) Dio, LUI, §. I. (2) Suet., XXVI. (3) Annal , I, 3.

CnAP. I.

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PI. XVIIetXVUI.

Chat. J.

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par la suite, donnèrent si souvent la couronne jusqu’à l’an 3i2, où Constantin les licencia.

Toujours occupé à cacher à la multitude sa domination, et la main qui tenoil les rênes de l’empire , Auguste limita lui-même à dix ans, comme l’avoit fait César, le pouvoir suprême, qu’il disoit tenir du sénat, bien sûr de s’en voir revêtu de nouveau après ce terme. «En effet, dit l’historien Dion', après les dix «ans, on prolongea le terme du pouvoir absolu à cinq, puis à «dix, puis encore à dix ans; de sorte que, par le moyen de ces «prolongations décennales, il le conserva pendant toute sa vie. « De là vient que ses successeurs, quoique l’empire leur soit re- « mis , non plus pour un temps limité , mais pour toute leur vie , «célèbrent encore tous les dix ans une fête, comme si leur pou- «voir étoit renouvelé à cette époque.» Mais il refusa prudemment le titre de dictateur, avec lequel César lui-même n’avoit pu réconcilier les esprits, tant Sylla l’avoit rendu odieux2; et celui de seigneur, que prenoieut les rois d’Orient.

A peine Octave eut-il reçu le nom d’Auguste3, qu’un tribun du peuple, Pacuvius, proposa un genre de flatterie inconnu jusqu’alors aux Romains, et pratiqué seulement chez les barbares, Celtiberes, et Gaulois4. Il vouloit se dévouer ( devovere ), se consacrer à lui, pour exécuter tous ses ordres, même aux dépens de sa vie. Cet exemple trouva, chez une nation asservie, de nombreux imitateurs; mais Auguste, avec sa dissimulation accoutumée, feignit de s’y opposer, et cependant il récompensa Pacuvius. D’ailleurs il permit qu’on le représentât de la même maniéré que les dieux ; que les Grecs de Pergame et de Nicomédie lui consacrassent des temples après la bataille d’Actium ,

(i) Dio,LIII,§. 16. (2) Suet.,LIII. (4) Valer. Maxim., II, c. vi,n" 1 1 ; Cæs.,

(3) Dio, LUI, §. 20. Bell. Gall., II, 22.

et que les rois alliés ou tributaires se réunissent pour élever à Atbenes un temple consacré à son génie et à sa fortune. A la vérité ce culte ne lui fut pas rendu à Rome, et il n’y fut jamais permis (non plus que dans tout le reste de l’Italie) de bâtir un temple en l’honneur d’un empereur vivant.

Les honneurs divins qu’on rendoit à Auguste n’empècherent pas plusieurs Romains, et même de la plus basse extraction, ultimæ sortis , dit Suétone', de conspirer contre lui. Cet historien, qui rapporte les noms de la plupart d’entre eux, semble avoir oublié le plus célébré, Cneius Cornélius Cinna , petit-fils de Pompée, qui, ayant porté les armes contre Octave, et ayant obtenu un pardon solennel , ourdit une conspiration pendant que l’empereur parcouroit les Gaules. Celui-ci hésita long-temps entre le besoin d’assurer la conservation de ses jours, et la dure nécessité de répandre un sang illustre; il suivit enfin le conseil de Livie , son épouse. Il pardonna encore une fois à Cinna , et le désigna même consul pour l’année suivante.

Dion2 fait observer que cet acte de clémence frappa tellement les Romains, que non seulement il ne se forma plus de conspiration contre Auguste, mais qu’on n’en découvrit pas même 1 apparence. Le silence de Suétone et de Tacite a fait douter quelques personnes de la vérité de cet acte de clémence; mais Dion le rapporte avec des détails et avec le discours de Livie, qu il ne paroit pas avoir inventes. Séneque 5 nous a conservé le discours d’Auguste à Cinna ; et il adresse son écrit à Néron , que 1 on n auroit pu tromper sur un fait aussi remarquable. A la vérité Dion place la scene à Rome, tandis que Séneque la place dans les Gaules; mais je ne crois pas que cette discordance puisse faire révoquer le fait en doute : elle prouve seulement que

(i) Cap. xix. (2) LV §. 22. (3) De Clem., I, 9; Zonar., X, 36.

ClIAP. I.

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Chap. r.

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Pl.XVIIetXVIIL

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Dion , écrivant sons Alexandre Sévere, n’étoit pas aussi bien instruit (pie le précepteur de Néron.

Ce voyage d’Auguste dans les Gaules, l’an 27 (727 de Rome), avoit pour but de donner une forme régulière au gouvernement de ces provinces, qui avoient jusqu’alors été la proie des avides proconsuls. De là il passa dans la péninsule au-delà des Pyrénées, soumit quelques rebelles, et y établit la même forme d’administration. Il voyagea ensuite en Asie : c’est là que Phraate, roi des Partlies, lui renvoya en l’an 20 (734 de Rome) les aigles et les captifs qui avoient été pris après les défaites de Crassus et d’Antoine. Auguste considéra cette restitution comme une grande victoire, et comme un des événements les plus glorieux de sou régné. Il reçut aussi à Samos une ambassade des rois de l’Inde, dont faisoit partie un philosophe de ces contrées, qui se brûla volontairement et en grande pompe. Auguste avoit déjà accueilli l’an 25 (72g de Rome) une première ambassade des mêmes rois, avec des présents; ainsi qu’une autre, envoyée par les Scythes et par d’autres peuples septentrionaux. «Ce fu- «rent, dit Suétone ', sa modération dans la victoire, et ses ver- «tus, qui engagèrent ces peuples, si éloignés des Romains, à k rechercher leur alliance.»

Depuis cette époque, Auguste fut tranquille au-deliors, et maître absolu de toutes les volontés; mais il ne jouit pas dans sa famille d’un semblable bonheur : il avoit conservé si peu de temps sa première femme, Claudia, belle-fille d’Antoine, qu’à peine l’histoire en a-t-elle gardé le souvenir; la seconde fut Scribonia, qui avoit eu deux maris consulaires, dont un l’avoit rendue mere. Comme elle étoit sœur du heau-pere de Sextus Pompée , on crut , dit Appien , que , doutant de la sincérité d’An-

(1) Cap. xxi.

toine , Octave, en l’épousant, se ménageoit un moyen de conciliation avec le fils de Pompée. Scribonia rendit Auguste pere de Julie, célébré par ses débauches, dont elle avoit trouvé un modèle dans sa mere, répudiée depuis par l’empereur, à cause de sa conduite licencieuse. Elle parut un moment reconquérir l’estime publique, lorsqu’elle suivit Julie sa fille dans lile Pandataria (aujourd’hui Palmeria, dans le golfe de Gaëte) où son pere l’avoit exilée. La troisième et la derniere fut Livie , pour laquelle il avoit conçu une passion si forte, qu’il contraignit Tiberius Nero, pere de Tibere, de la répudier, l’an 38, pour la lui céder en mariage, quoiqu’elle fût enceinte de plus de six mois de Drusus, frere puîné de Tibere. Les pontifes, consultés sur une alliance aussi extraordinaire, n’oserent refuser leur approbation. Nous ferons connoitre plus bas cette femme aussi célébré par sa beauté et sa bienfaisance que par son espxût et sa cruauté. Nous dirons seulement ici qu’on l’accusa , avec assez de vraisemblance, d’avoir fait périr les deux petits-fils d’Auguste, fils d’A grippa et de Julie , Caïus et Lucius , auxquels l’empereur avoit donné le nom de César, en les adoptant, l’an 17. Elle vouloit, en agissant ainsi, ne laisser d’autre successeur à Auguste que libéré, qu’il adopta l’an 4 de l’ere vulgaire, en l’associant à la puissance tribunitienne.

O11 lui a souvent reproché d’avoir choisi pour lui succéder un homme dont il connoissoit les défauts et les vices. Selon Suétone et Dion, plusieurs personnes dirent qu’il avoit eu pour but, dans cette adoption, de se faire regretter, par la comparaison cpie l’on 11e pourroit s’empêcher d’établir’. Mais on peut leur répondre qu’ayant perdu son neveu Marcellus, les délices des Romains, son beau-fils chéri Nero Drusus, pere de Germa-

(1) Suet., cap. xxi ; Dio, LVI, §. 45.

Chap. I.

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