I.XVIIetXVlIl
Chap. f.
Famille des Césars.
PI. XVII et XVII I.
38 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL nicus, ses deux fils adoptifs Caïus et Lucius, et n’ayant que des motifs d’aversion pour leur frère posthume Agrippa, aversion née d’une indiscrétion, mais fomentée et entretenue adroitement par la perfide Livie, Auguste, qui vouloit laisser l’empire dans sa famille , ne trouva que Tibere sur qui faire tomber son choix.
Le grand âge de l’empereur, et sa foiblesse, ne lui permettant plus d’assister que rarement aux assemblées du sénat, il demanda qu’il lui fût permis de se former un conseil particulier composé de vingt sénateurs choisis annuellement. Mais ce corps , parvenu au dernier degré de bassesse et de flatterie, ordonna de plus que tout ce qu’il auroit réglé avec Tibere et ses autres enfants adoptifs, avec les consuls en charge, ou même simplement désignés, et avec les vingt conseillers de son choix, auroit force de loi comme un sénatus-consulte Telle fut l’origine des comtes, comités; côtoient les sénateurs desquels les empereurs se faisoient accompagner, comitari, dans les voyages et même dans les guerres, pour leur servir de conseil.
Enfin l’année suivante, 767e de Rome, 14e de l’ere vulgaire, 75e de l’âge d’Auguste, et la 44‘ de son régné , depuis la bataille d’Actium , vit terminer ses jours. Il voyageoit sur la côte de Campanie, lorsque sa foiblesse l’obligea à s’arrêter à Noie : il y attendit la mort avec patience. Dion dit5 : «Il mourut de maladie, «mais on soupçonna Livie d’avoir hâté sa fin, pareequ il avoit «envoyé, à son insu, visiter dans 1 exil son fils adoptif le jeune «Agrippa, et qu’il paroissoit vouloir lui rendre ses bonnes grâce ces. L’impératrice, craignant qu’il ne l’appelât au trône, au «préjudice de son fils Tibere, frotta avec du poison les figues «d’un arbre sur lequel Auguste aimoit à en cueillir lui-même. «Elle lui présenta celles qui étaient empoisonnées, et mangea
(1) Dio, LVI, §. 28.
(2) Dio, LVI, §. 3o.
«celles quelle avoit conservées saines et entières. Au reste, soit «que telle ait été la cause de sa maladie, soit qu’il y en eût une «autre, Auguste assembla ses amis, leur donna ses dernieres «instructions; leur dit enfin qu’il avoit trouvé Rome toute de «brique, et qu’il la laissoit toute de marbre : c’étoit une allégo- «rie par laquelle il vouloit désigner, non la beauté des édifices, «mais la solidité du gouvernement. Il les invita ensuite à l’ap- «plaudir, comme le font les acteurs à la fin de leurs représen- « tâtions, se moquant ainsi de la vie humaine (en la comparant «à un drame).»
Suétone' fait à peu près le même récit; il ajoute seulement qu’avant de recevoir ses amis, il avoit fait arranger ses cheveux et son visage devant un miroir ; et qu’après leur sortie , il s’étoit jeté dans les bras de Livie, en lui disant : « Conservez le souve- «nir de notre union , et vivez heureuse. »
Le dernier mot qu’ Auguste dit à ses amis nous donne, si l’on peut s’exprimer ainsi, la clef de toute sa conduite publique. Il s’imposa le rôle d’un politique impénétrable, que les plus violentes agitations ne purent faire sortir de son impassibilité , dont rien ne put interrompre la marche égale et calculée. «Hâte-toi « lentement », telle étoit son expression favorite. Etranger à toutes les passions, il employa habilement celles des autres pour parvenir à l’empire : Antoine le défit de Brutus; et Agrippa, d’Antoine. Par la suite, l’amitié de Mécene, et la société des hommes de lettres , lui donnèrent la réputation de protecteur des muses. On le vit plusieurs fois changer de drapeaux, mais jamais de projets : cette constance fut peut-être tout le secret de sa fortune étonnante. Il poussa la dissimulation si loin que, pendant sa longue vie, il parut toujours vouloir abdiquer le pouvoir ab-
(i) Suet., cap. c.
Chai\ I.
Famille des Césars.
PI. XVII et XVIII.
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4o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
soin, Punique objet de ses vœux, et qu’il eut l’adresse de se faire contraindre à ne pas s’en dessaisir. Au reste, dans la secoude el la plus longue partie de sa vie, il n’en usa que pour établir de justes lois, pour rétablir les bonnes mœurs, encourager les mariages , le noble emploi des richesses; pour assurer l'état et la fortune des citoyens; en un mot, il acheva ce que César avoità peine tenté. C’est ainsi qui I fit presque oublier les sanglantes proscriptions; et que, si l’on avoit désiré sa mort à cette fatale époque, on la pleura sincèrement après son régné de paix.
Lorsque Auguste eut terminé sa vie, Drusus, fils de Tibere , lut au sénat quatre traités écrits de sa main : l’un contenant un réglement pour ses funérailles ; le second , un journal de ses principales actions, qui fut gravé sur l’airain de son mausolée, et qui le fut ensuite sur le marbre, en grec et eu latin, à Ancyre, en Galatie, où il s’est conservé eu grande partie. Le tableau abrégé des forces, des ressources, et des dépensés de l’empire, composoit le troisième. Mais le quatrième, le plus important, renfermoit une suite d’instructions pour ses successeurs, entre lesquelles on remarquoit celle qui leur recommandoit de ne point faire de nouvelles conquêtes.
Il étoit éloquent, poète, et très enclin à la raillerie : mais, s’il aimoit à railler, il souffroit patiemment qu’on lui répondît de même.
Du bûcher qui consuma sa dépouille mortelle on vit s’élever un aigle, qui, prenant son vol vers les nuages, sembloit porter aux cieux l'ame du prince. Cette adulation honteuse se renouvela dans les funérailles de tous ses successeurs, et devint une portion nécessaire de leur apothéose.
Suétone' dit qu’ Auguste étoit très beau; qu’il le parut encore
(i) Suet., cap. lxxix.
dans toutes les périodes de sa longue vie, quoiqu’il donnât peu Ciup r. de soin à ses cheveux et à sa barbe: que ses veux étoient clairs Familledes
, . J césars.
et brillants; que ses cheveux étoient légèrement blonds, ses sour- P1 xvnetxvni cils réunis, son nez, relevé à sa naissance, étoit effilé vers la pointe; que sa tête étoit foiblement penchée; son teint brun avoit de l’éclat; qu’ enfin sa taille moyenne étoit bien proportionnée.
On retrouve ces beaux traits d’Auguste sur les deux médailles de bronze du cabinet du Roi, dessinées ici, planche XVIII, n° 8 et 9. La première présente la tète d’Auguste jeune, couronnée de laurier, avec la légende CAESAR AVGVSTVS DIVI F ilius PATER P atriæ. Le fameux autel de Lyon paroît au revers, entre deux victoires placées aux extrémités de cet autel, avec la légemle ROMA ET AV G ustus. Strabon 1 nous apprend que les Gaulois y avoient dédié en commun, à Rome et à Auguste, un autel magnifique, avec les noms elles statues de soixante peuples. On peut croire quecette médaille a été frappéeà Lyon; du moins 1 absence des sigles S. C annonce-t-elle qu’un bronze a été frappé hors de Rome. La contre-marque , composée du monogramme (plusieurs lettres réunies en un seul caractère) des lettres R A ou P N, a été mise sur cette médaille probablement poui la faire servir de tessere (billet d’entrée) à quelque spectacle. La seconde porte aussi pour contre -marque un monogramme bizarre: la légende, DIVVS AVGVSTVS, autour de la tète couronnée d’Auguste, annonce que ce bronze a été frappé après sa mort et son apothéose. La légende du revers, OP> Cl\ ÎS (pour cives, terminaison ancienne, conservée dans les plus beaux jours de la latinité) SERwzzto.y, est relative au retour des Romains prisonniers chez les Partlies, l’an de Rome 734. Peut-
(1) Lib. IV, p. 192.
N° 8 et 9.
Chap. I.
Famille des Césars.
PI. XVII et XVIII.
N° 3 et 4.
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être y faut-il rapporter aussi l’étendard et le bouclier que l’on voit au-dessous de deux cerfs.
Les n° 3 et 4 (pb XVIII) présentent la face et le profil d’un buste de marbre pentélique du Musée Royal (n° 216) : il est très précieux par la beauté du travail et la finesse avec laquelle sont exécutées la couronne de chêne et les bandelettes dont elle est ornée. Ce sont les extrémités du diadème qui l'entoure, diadème que César n’avoit pas osé accepter. On reconnoit la couronne civique accordée à celui qui avoit sauvé des citoyens, et que la flatterie s’empressa d’offrir à Auguste lorsqu’il eut fait cesser les proscriptions.
Auguste jeune parolt sur le beau camée du n° 5 : il est presque de ronde-bosse; on voit une portion de la clilamyde et de la cuirasse.
D’après l’absence de toute espece de couronne, je conjecture cpie ce camée a été gravé pendant le triumvirat. Il appartient à la collection du Vatican.
C’est encore Auguste jeune qui est représenté sur la pâte antique du n" 7, conservée dans la collection du Roi. La couronne de laurier annonçoit-elle la victoire d’Actium?
On appelle pâte moderne un verre, un émail, moulés, dans les temps modernes, sur une pierre gravée antique; mais la pâte antique a été travaillée du temps des Grecs ou des Romains; soit qu’elle ait été moulée, soit quelle ait été gravée au touret, comme l’auroit été une pierre de l’espèce de l’agate. La dernière a pu être l’essai d’un jeune graveur, ou l’ouvrage d’un habile artiste qui vouloit satisfaire l’envie de ceux auxquels une fortune médiocre ne permettoit pas l’achat d’un bijoux précieux. On les recherche aujourd’hui avec autant de soin que les pierres mêmes, quand elles présentent, comme celle du n° 7, un beau travail.
Le nom du graveur, ADMON, écrit en grec comme ceux des i.
autres graveurs anciens, ajoute un grand prix à l’admirable ca- Fa^,d<“ niée du n° 6, qui appartient à M. de La Turbie de Turin. Son pi.xviimxviii. volume et la finesse du travail sont au-dessus de tout éloae. La te 6.
couronne de chêne, destinée aux conservateurs des citoyens , est ici l'attribut de celui qui avoit mis fin aux proscriptions.
L’archevêque de Séville conserve dans sa collection un buste d’Auguste de la plus belle exécution : Morglien l’a gravé avec intelligence.