CAÏUS MARIUS
L'aristocratie de la naissance, fondée sur les pri^^leges dont jouissoient les patriciens, et l'aristocratie de la richesse, née de la distribution inégale du peuple faite par Servius TuUius, et qui donnoit aux riches la majorité dans les assemblées par centuries, avoient cédé l'une et l'autre aux efforts opiniâtres que le peuple et ses tribuns n'avoient cessé de faire pendant plusieurs siècles pour les détruire. Les tribuns aA oient réussi à faire admettre les plébéiens au partage de toutes les magistratures qui étoient auparavant réservées aux seuls patriciens, cl
04 TCONOGRAPHIE ROMAINE. Païit. I.
ciiAi-. H. à restreindre l'usage des comices par centuries à un petit nombre Hommes d'état (J'^^lecti^j^g dout Ic modc fut r('<iié par les lois de manière à ce
<*l a<ï guorrc sous ~ A
irgo„v..,u.mm („,(. [(^. parti populaire n'y eût aucun désavantaire. Mais il y a
rqnihlicain. 1 l 1 l '' o
j.) jv. toujours des pauvres dans un état, et ils forment le plus grand nombre. A la jalousie qui avoit précédemment régné entre les patriciens et les ])lébéiens succéda la jalousie entre la noblesse et le peuple. Les familles , quelle que fût leur origine , qui avoient été revêtues des premières magistratures de la réj>ublique, furent nobles, tout le reste fut peuple. Le sénat devint l'appui de la noblesse, dont il étoit en grande partie composé: le peuple se crut fort de celui des tribuns. Le premier de ces partis , sous le prétexte de maintenir l'ordre, se permettoit quelquefois des abus d'autorité; le second, pour les réprimer, se livroit souvent à l'anarcbie. Les Gracques avoient dénoncé quelques désordres, et avoient fait voir combien les conséquences en seroient funestes à l'état; mais ils cbercboieut à se perpétuer dans leur magistrature, et l'ambition, qui perçoit à travers le zèle dont ils se montroient animés, les perdit. Le sénat et la noblesse en triomphèrent; et désormais, libres de toute crainte, ils rendirent le pouvoir arbitraire, qu'ils s'étoient arrogé, encore plus odieux par la vénalité et par tous les genres de corruption. Le peuple, qui avoit été éclairé par les Gracques sur ses vrais intérêts, sentoit sa position, et la souffroit avec impatience. Tout annouçoit la guerre civile; il ne manquoit que des chefs aux partis; le cours des événements leur en donna, et elle éclata avec fureur. Bientôt l'état n'eut d'autre moyen de salut que de se soumettre au gouvernement monarchique , et le monarque ne tarda pas à paroitre.
Le premier qui alluma les torches de la guerre civile fut Caïus Marins. Né d'une famille obscure et pauvre dans le mu-
nicipe d'Arpinum, son éducation avoit été extrêmement négli- CHiP. ii. o^ée : son ame forte et hautaine affecta de mépriser dans les "°'"°'^* •^'«»^'
o 1 et de guerre sous
autres les talents et les qualités qu elle n avoit pas: et son corps, le gouvernement
■■■■'• A i républicain.
endurci par la pauvreté aux privations et à la fatigue, avoit p, jy acquis une vigueur proportionnée à celle de son esprit'. Il conçut le projet de s'élever et d'abaisser la noblesse, et cette ambition lui tint lieu de vertus, et lui en donna même quelques unes, telles que la tempérance, la sobriété, la patience, et cette apparence de justice par laquelle on gagne la confiance de ses égaux; mais ni l'amour véritable de la patrie, ni les doux sentiments de l'humanité, n'échauffèrent jamais ce cœur féroce et ambitieux.
Il fit ses premières campagnes sous Scipion Emilien, à Numance ; il obtint des grades militaires, l'estime de ses camarades, et celle de son général. Parvenu à être tribun d'une légion, la réputation qu'il avoit acquise à l'armée, et l'appui de Metellus, patron de sa famille, l'éleverent bientôt au tribunat du peuple, où il commença îi donner l'essor à sa haine contre la noblesse. L'audace et l'impudence de sa conduite politique'* indisposèrent contre lui Metellus, et signalèrent au parti populaire le tribun factieux comme un des hommes sur lesquels il devoit le plus compter. Bientôt, dans la guerre contre Jugurtha, on le donne pour lieutenant à son ancien patron. Marius profite de cette place pour accroître sa réputation militaire et se procurer les moyens d'exécuter ses projets ambitieux. Sa correspondance à Rome n'a d'autre but que de décrier son
(i) Pliitarquc, Vie de Marins; Appien m^Z'' : «Prit-on opinion do lui qu'il seroit
d'Alexandrie, Ciyil., 1. I; Velleius, I. II, « homme roide, qui no flécliirolt point par
c. xi; Florus, 1. III, c. i, m, et xxi. « crainte, ni ne ployeroit point de honte»
(2) AKaft-rloi -r^ii (f^Zoï «7ç£îr7'>î ï' i'x ( Amyot). Piutarquc, i>/anW, $. 4-
66 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
ctur. II. i^éncral et d'exaller ses propres services. Il se fait à Tarmée otdTùrreso'us "^ parti qui grossit celui qu'il s'étoit fait à Rome : il obtient legoiivirncment |,j^ Confié, arrivc , se présente aux comices, est élu consul sans
républicain. D ' ' 1
Pi. IV avoir passé par la préture", et arrache le commantlement à Mctellus au moment où la guerre étoit presque terminée. 11 en poursuit les succès; et, par la conduite ferme et habile de Sylla son questeur, il parvient à s'emparer de la personne même du roi barbare.
Il est à peine de retour de cette expédition, que l'invasion des Teutons et des Cimbres met la république en danger : le peuple, qui a fait son idole de Marins, le continue dans le consulat. Le vainqueur de Jugurtha passe dans les Gaules, y déploie les talents d'un grand général, et détruit les Teutons. Les Cimbres avoient pénétré dans l'Italie du côté de l'Adige. Marins, consul pour la cinquième fois, accourt à l'appui de Catulus, alors proconsul. Les Cimbres sont détruits près de Verceil, comme les Teutons Favoient été près d'Aix. Mais Catulus ne se distingue pas moins que Marius, et a peut-être même un succès plus complet. Dès ce moment, il devient l'objet de la jalousie et de la haine de son collègue, qui cependant est contraint de partager avec lui son second triomphe.
' Jusques ici la fortune avoit couvert, pour ainsi dire, les qua-
lités odieuses de Marius par l'éclat de sa valeur et de ses vertus guerrières^; le reste de sa vie laisse apercevoir toute la noirceur et l'inhumanité de son caractère. Il brigue et obtient pour
(i) L'abréviation PR. , dans l'éloge de sulatn'auroit pu être regardé par son géné-
Marius (Gruter, p. cdxxxvi, n" 3), doit rai conime trop prématuré.
. indiquer la dignité de proconsul, et non (2) P^ir in bello hostibus, in otio cii^i-
pas celle de préteur. Si Marius avoit été bus infestissimus, quietisque irnpatiends-
préteur, lorsqu'il étoit lieutenant de Metel- simus ( Velleïus, 1. Il , c. xni ). lus, son empressement à solliciter le con-
la sixième fois le consulat. Dans cette haute magistrature, il cb*i.. a se lie avec des scélérats: souffre que les assemblées du peuple ««"««d-^tat
/ 1 A A et de guerre SOU»
soient ensanHantées par le meurtre des bons citoyens et des legouvememeut
o l 'J républicain.
magistrats ; tend des pièges à la franchise de Melellus , et le fait pj ^y exiler. Les excès de Saturnin et de Glaucias ses créatures révoltent les R^omains ; le consul ne peut les sauver de la fureur du peuple', et termine honteusement sa magistrature. Metellus est rappelé : sa présence humilie et irrite Marins qui se rend en Asie, où il tâche d'alliuner la guerre contre INIithridate*.
A son retour à Rome, une autre guerre l'attend; c'est la guerre Sociale. Les peuples de l'Italie, qui avoient partagé avec les Romains les dangers et les fatigues de tant de conquêtes, veulent partager également les droits de citoyen et les honneurs de la république. Les Romains , moins nombreux que ces nouveaux prétendants , craignent de perdre leur prépondérance dans les assemblées. L'Italie est déchirée par une guerre intestine. Marins commande comme proconsul, et ne fait rien qui soit digne de son ancienne renommée. L'orage s'apaise peu à peu; les Italiens déposent les armes, sont reçus citoyens, et forment de nouvelles tribus ^ Sylla qui, dans cette guerre même,
(i) Son parti, qui devint par la suite celui de César, ayant obtenu le dessus , on tâcha d'excuser, autant qu'il étoit possible, la conduite de Marius dans cette occasion. On trouve les traces de cette dissimulation dans l'inscription dont je viens de parler; et, ce qui doit paroître plus surprenant, on retrouve dans Velleïus l'éloge de cette conduite ( 1. II, c. xii ) : mais le récit de Ïite-Live, dont il nous reste le sommaire (Epit., 1. LXIX), découvre la perfidie du consul factieux, que Plutarquo et Appien ont d'ailleurs mise dans le plus grand jour.
fttxâ%, dit Plutarque, loco citato , §. 3^ : « En temps de paix , on n'en tenoit pas « compte non plus que d'un harnois et d'un « outil, qui n'étoit bon qu'à la guerre tant « seulement» (Aniyot).
(3) Huit nouvelles tribus furent ajoutées aux trente-cinq tribus romaines, suivant Yelleitis (1. II, c. xx); dix, suivant Appien ( C/V//. , 1. I, c. v) : mais le texte d'Appien n'est pas , dans cet endroit , exempt d'altération.
68 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
Chai-. II. H cl<''v t'ioppc (Ics lalcnts siiptriours, et qui depuis la captivité n,„n,nes dYtat j^ JiM.„rih.'i n'a ])oint cessé d'être l'objet de la jalousie de Ma-
il (le guerre sous D 1 j j
le gouvernement rius, cst élu consuh c'cst îi luI Guc Toii confie le commandement
républicain.
pj jy des armées qui vont venger Rome de Mltliridate. L'ambition de Marins bles.séc ne peut plus se contenir; une loi qu'il fait proposer par Sulpicius, tribun séditieux de sa faction, excite de nouveau les Italiens à la révolte; on leur fait sentir que leur influence sera nulle tant qu'ils ne seront pas incorporés dans les anciennes tribus, dont, par leur nombre, ils décideront le suffrage. Les assemblées du peuple sont ensanglantées de nou- ' veau ; Sylla va cbercher son salut à l'armée ; l'exécution de la
loi qui lui en ôte le commandement et le donne à Marins éprouve une opposition insurmontable de la part des soldats. Les envoyés de Marius sont massacrés. Celui-ci se venge à Rome par le meurtre des amis de Sylla. Sylla y accourt : Marius et ses principaux amis sont proscrits ; leurs têtes sont mises à prix.
Le vainqueur des Cimbres , des Teutons , et des Numides , erre en fugitif sur les côtes de l'Italie, et cberche à s'enfuir par mer. 11 est arrêté à Minturne. Le magistrat de cette colonie, voulant faire exécuter la loi de proscription , envoie un soldat étranger pour le mettre à mort. Le nom et la pbysionomie de Marius font une telle impression sur lame du barbare, qu'il n'ose le frapper. Les magistrats de Minturne , au récit de cet événement, éprouvent la même impression : « Que cet bomme, « disent-ils , aille remplir ailleurs ses destinées ; nous ne nous « baignerons pas dans le sang de celui qui a sauvé autrefois des « barbares Rome et l'Italie. »
Voilà donc Marius exposé sur une nacelle à tous les dangers de la mer. Il rencontre dans quelques îles des compagnons de sa disgrâce, et gagne l'Afrique. Par-tout l'autorité le poursuit;
et le licteur d'un gouverneur romain intime à Marins l'ordre chap. h. de s'éloigner sans délai du rivage désert où il avoit abordé: ""'"■"«"l'état
^ C ft do guerre SOU!!
« Va dire à ton maître, lui répond l'ororueilleux fugitif, que tu i< y^ovememem
* ^ : r-^puLlicain.
« as vu Marius, banni de son pays, assis sur les ruines de Car- p, ,^, « tbage M. Il se rembarque ; il erre de nouveau sur ces mers, retrouve son fils, et est rappelé en Italie par Cinna, nn des consuls et son ami , qui avoit déclaré la guerre au sénat.
Nous sommes enfin parvenus à l'époque où Marius va développer toute l'atrocité de son caractère , exaltée par le désir de la vengeance. Rome le reçoit en tremblant ; il en est déjà le maître : toute autorité, même celle de Cinna , s'est éclipsée devant kù. Le consul Octavius est immolé sur son tribunal, contre la foi des traités; Catulus, le vainqueur des Cimbres, est réduit à cberclier la mort ; les personnages les plus illustres , les sénateurs les plus respectables, tombent sous le fer des assassins. Marius a armé les esclaves ; leurs maîtres sont leurs premières victimes. Un mot équivoque de Marius, sa froideur, son silence même, sont le signal d'un massacre. Ce monstre s'est abreuvé du sang le plus pur; il provoque encore de nouveaux carnages: mais Sylla est vainqueur en Asie; il annonce lui-même son retour par une lettre au sénat, et jure de punir tant de crimes. Marius se flatte encore de pouvoir résister à ce rival trop puissant: il se fait élire consul pour la septième fois. Mais, à l'approche de Sylla, son ame est frappée de terreur: il cherche en vain à s'étourdir sur le danger de sa position; affoibli par l'âge, il succombe ; et le meurtrier de tant de Romains illustres meurt paisiblement dans son lit le dix-septicme jour de son septième consulat'.
(i) L'an de Rome 668, 86 avant l'ère vuleaire.
70 ICONOGRAPHIE PtOMAINE. Part. I.
Les statues qu'on ne peut douter qu'on n'eût élevées en son no.nn,es.iYtat i^^j^ne^j. pendant sa vie durent être renversées après sa mort;
ciiAP. ir.
icgoiiverne.n..it niais OU Sait (juc César, encore jeune, osa relever les trophées
it'])iil)Iicaiii. '
p, ^v de Marius"; et l'on peut croire que, depuis la défaite de Pompée à Pharsalc, on rétablit de nouveau les monuments de l'ancien chef d'un parti dont les restes avoient combattu et triomphé avec César. Nous avons encore un éloge de Marins", qui semble avoir été calqué sur l'inscription qu'on lisoit autrefois au-dessous de la statue qu'on lui avoit érigée, j)robablement dans le forum d'Auguste. Plutarque parle d'une statue de marbre du même personnage qu'il dit avoir vue à Ravenne". Cette particularité fait conjecturer que les images de Marius étoient alors rares dans la capitale. Il est, en effet, peu vraisemblable que les einpereurs romains aient été jaloux de faire revivre les monuments propres à honorer la mémoire d'un factieux qui avoit été le fléau de sa patrie.
Les recueils iconographiques présentent cependant des portraits de Marius ; mais les antiquaires qui les proposent n'en établissent l'authenticité que sur des conjectures vagues, tirées N" 3. uniquement du caractère rude et sévère de ces têtes '^. Je pense que le portrait de l'ennemi de Sylla , gravé sur une pâte antique de verre, dont je donne ici le dessin sous le n" 3 de la
(i) Suétone, Cœsar, c. xi. César fit paroître clans le convoi funèbre de Julie sa tante, veuve de Marius , l'image de ce chef. Ce fut la première fois que le public la revit après la victoire de Sylla (Plutarque, César, §. 2 ).
(2) Gruter, p. cdxxxvi, n° 3. Le lecteur consultera avec fruit, sur l'authenticité de cet éloge et de quelques autres, l'ouvrage, déjà cité, de M. l'abbé Morcelli , de Stylo
Inscriptionum, l. I, part. I, c. v, dans le préambule.
(3) /'7e de Marius, ^. 2.
(4) Fabri , Imagines ex Bibliotheca Fidvii Ursini, n° 88 j Tetius, yEdes Barbcrinœ, p. 201 ; Gronovius, Thés. Antiq. grec. , t. III , fol. 00 ; De La Chausse, Mus. Rom., t. II, sect. 11, pi. lvii, édition de 1746; Bottarj, Mus. Capit., t. III, pi. l.
HOMMES D'ETAT ET DE GUEPtRE. 71
planche IV, peut être regardé comme un monument unique. chip ii. Je Fai vu plusieurs fois dans le cabinet de son ancien posses- Hommes a état
X A et neguerre sous
seur' et je me suis convaicu que ce morceau est véritablement le gouvernement
" ■'• républicain.
antique. Le buste de Marius y est gravé de profil : il est revêtu p, jy d'une chlamyde militaire. L'inscription tracée autour porte le nom du personnage, G • MARIVS • VU • GOS., Càius Marius septies consul; « Gains Marius, sept fois consul'' 55. Le peu de barbe qu'on voit à l'extrémité des joues, et la chevelure c[ui couvre une partie du front, donnent à cette physionomie une expression austère qui convient très bien au caractère connu de Marius ^
§. i3. CAÏUS COELTUS CALDUS.
Issu d'une famille obscure, et nourri dans le parti de Marius, Gœlius Galdus se fraya, par ses talents et par ses principes populaires, le chemin des honneurs'*. Gréé tribun du peuple Tan de Rome 647, 107 ans avant l'ère chrétienne, il signala sa magistrature par l'accusation qu'il intenta contre G. Popilius, qui étoit
(i) C'étoit le prélat Joseph Casali : il fit graver un dessin de cette pâte antique au frontispice de l'édition d'un de ses opuscules, qui a pour titre: Lettera su d'una antica terra coita irouata in Palestnna ; Roma, 1794^ in-4''.
(a) Nous avons lu la même phrase , qiiinquies consul, sur la médaille de Marcellus (voyez le n° i de cette planche). Au reste ce morceau n'est point l'ouvrage d'un artiste contemporain de Marins. 11 est probablement du il" ou IIF siècle de l'ère vulgaire, époque oii les portraits de ce Uomain ëtoient encore assez, connus, ainsi que nous
pouvons l'inférer du passage de Plutarque cité dans la note suivante.
(3) Marius nous est peint par Velleïus, hirtus atque horridus, «âpre et tout hé- « risse de poil >> ( 1. II, c. xi ). Plutarque observe que la statue de Marius , qu'il avoit vue à Ravenne, représentoit a fort naïve- « ment cette rigueur et austérité de nature « et de mœurs que l'on dit avoir été en lui»
( Amyotj : AiHini» nx-ivu ^dw 7Î ?iiycftiti^ a-tsi lô Diaç ^^v^tùTvTt >^ ■riK^îct a-çiVoue-»» (^3IariuSj $.2).
(4) Quintus QÀcéron, de Petilione Consulatus, §. d.
70^ ICONOGRAPITTE ROMAINE. Part. I.
c.Ai . II. patricien, et qui, rlans la j^jucrre contre les Clmbres, étant un iio>nm.sdét.i j^.g lieutenants du consul, avoit sioné cette même année une
cl (Ipgiipi-rosous ' f^
iego„v<..n<im..t (-» I ) i i u la tlou houtcuse avec IcsTi^rurins, peuple helvétique, pour
iciiiil)licaiii. ' , . 1 ' 1
p, jY sauver le reste de l'armée , après la défaite et la mort du consul Cassius. Le rril»u/i, prévoyant que le parti du sénat feroit tous , ses efforls pour sauver l'accusé, et craignant que les plébéiens qui conservoient toujours un certain respect pour la noblesse, et qui étoient influencés par leurs patrons, n'osassent pas donner leurs suffrages en public pour condamner Popilius , fit porter une loi par laquelle le peuple étoit autorisé à donner ses voix en secret, même dans le jugement des crimes de haute trahison, cas excepté jusques alors par les lois. Popilius, à qui cette mesure ne laissoit aucune espérance de salut, prévint sa condamnation par un exil volontaire'. Cependant Cœlius Caldus, qui aimoit sa patrie et qui desiroit la prospérité de l'état, se repentit toute sa vie d'avoir obtenu un succès si funeste à la république'. Il ne tarda pas à se convaincre que la liberté des suffrages secrets avoit augmenté l'impudence de la populace, et fourni un moyen plus facile de sacrifier les meilleurs citoyens aux fureurs et aux intrigues des démagogues; mais, comme le repentir de Cœlius n'influoit point sur sa conduite, sa popularité alla toujours croissant, au point que, l'an 94 avant l'ère vulgaire, il parvint au consulat, et obtint la préférence sur deux patriciens d'un mérite reconnu^.
La condamnation de Popilius, qu'il avoit si vivement soUi-
(i) Cicéron, de Lesibus, 1. III, c. xvi; loco citato). La leçon des éditions les plus
Orosius, 1. V, c. XV. anciennes qui présentent le mot doluit au
(2) Dédit huic quoqiie judicio (per- lieu de docuit, est la seule que le sens au-
duellionis) Cœlius tabellam, dolaitque torise : aussi a-t-elle été replacée dans le
quoad vixit, se ut oppritneret C. Popi- texte de l'édition d'Ernesti. lium, nocuisse et reipublicœ (Cicéron, (3) Quintus Cicéron, Zoco c/^aïo.
citée, lui imposoit la loi de signaler sa valeur, lorsque la repu- cui blique lui mettroit les armes à la main; et, quoique Fhistoire ^^^l
iip. u.
ommcs d'état Je guerre sous
se taise sur ses faits militaires, nous avons sur plusieurs monu- i- gouvernement
' ^ repunlicain.
ments numismatiques des preuves certaines de ses succès dans la guerre d'Espagne'.
PI. IV
Un descendant de Cœlius Caldus , préposé à la fabrication n' 4. de la monnoie, y a fait empreindre la tête de ce consul auquel sa famille devoit sa première illustration. La légende, G* GOEL • GAX/DVS GOS-, Caïus Cœlius Caldus, consul, fait connoitre cette tête. La tablette gravée en arrière de la tête offre les lettrès L • D; ce sont les initiales des mots libero , damno , «j'absous, je condamne», qui font allusion aux tablettes portant l'un ou l'autre de ces mots, que Gœlius avoit introduit l'usage de faire distribuer au peuple dans les comices ou assemblées publiques, afin qu'il pût absoudre ou condamner par suffrages secrets les citoyens accusés du crime de haute trahison''.
La tête du soleil, représentée sur le revers de la médaille, a donné lieu à différentes conjectures^; la moins invraisemblable, au jugement d'Eckhel, est celle qui tend à établir que l'image
(i) On voit gravés sur le champ de ces médailles, à côté de la tête de Cœlius Caldus, des étendards portant les lettres initiales HIS, et indiquant l'Espagne, Hispania; ou les Espagnols, Hispani; et des enseignes militaires surmontées de la figure d'un sanglier, symbole qu'on reconnoît sur d'autres monuments comme affecté aux peuples de l'Espagne ancienne (Morellius, Thes.famil., Goei.ia , n° i et A ; Eckhcl, D. N., t. I, q. 176).
(2) De l'usage de ces tablettes, tabcllœ, les lois romaines sur les suffrages secrets,
dérivèrent l'épithete de tahellariœ.
(3) Morellius , Thés, fatnil. , Coelia. , n" 2; Liebe , Gotha Nummaria, p. 26; Eckhel , loco citato. La légende du revers, CALDVS III VIR-, Caldus, triumvir ( préposé à la fabrication des monnoies), désigne le magistrat de la même famille qui a fait empreindre la tête du consul Caldus sur ce denarius d'or, conservé dans le cabinet de S. A. le duc de Saxc-Gotlia, d'oii l'on m'en a fait passer une empreinte. Des denarius d'argent, avec les mêmes types, se trouvent dans la plupart dca collections.
74 ICONOGPtAPHIE ROMAINE. Part. T.
chap. II. du soleil est à la fois un symbole du ciel et un emhlrme de la «mn,es(iiat cl^j)l(3^,j. ^.^^ j^j^ allusloii uu iioiTi de Cœlius et au surnom de
el ne guerre sous ^
ipgouvorneiiKnt Caldus. Jc uc serois pas étonné que quelque critique, peu satisfait
ic])ul)licain. i 111 1 'l
p, jy de cette explication , quoique assez ingénieuse, ne jugeât devoir plutôt regarder la tète rayonnante du soleil comme une allusion aux jeux 7\j)ollinaires qui avoient lieu à Rome en riionncur d'Apollon ou du Soleil, lorsque cet astre avoit touché le solstice d'été. On trouve des types, ayant rapport à ces mêmes solennités, sur plusieurs médailles des familles romaines qui tiroient vanité de la pompe ou de In dépense extraordinaire avec lesquelles ces fêtes avoient été célébrées par quelques uns de leurs membres. La patere, symbole de sacrifices, et que l'on voit gravée en avant de la tête du Soleil, semble donner quelque vraisemblance à cette conjecture".
§. i4. LUCIUS CORNELIUS SYLLA.
L'homme qui devoit apprendre à Rome républicaine qu'elle pouvoit être gouvernée par un monarque, passa la plus grande partie de sa vie sans que ses concitoyens pussent soupçonner ni les changements qu'il feroit subir un jour aux lois et aux institutions de leurs aïeux, ni l'étendue de ses vertus ou de ses vices. L'ame de Sylla étoit grande et extrêmement sensible à la gloire; de là, tant d'actions éclatantes qui l'éleverent au plus haut degré dans l'opinion publique: mais le sentiment qu'il avoit de sa supériorité le portoit à mépriser les autres hommes, et fut
(i) Les numismatistes ont pris cette pa- clier, de forme oblongue, gravé derrière la
tere pour un bouclier : ils n'ont point fait tête du Soleil. La différence des dimensions
attention à sa forme légèrement concave et entre ces deux emblèmes fait voir plus clai-
enrichie d'ornements en dedans. On voit rement encore que le plus petit des deux
sur d'auties médailles un véritable bon- n'est point un bouclier.
Hommes d'élat el de guerre sous le gouvernement républicain.
la source de cette cruauté froide et réfléchie qui ternit ses chap. 11 grandes qualités, qui fit nager sa patrie dans le sang, et qui a flétri son nom dans la postérité '.
Né d'une famille noble, mais presque sans fortune, Sylla fut p, ^^^ élevé soigneusement par ses parents : il acquit une instruction étendue et variée, qui le mit en état de s'essayer avec succès dans plusieurs genres de littérature \ Son penchant pour les plaisirs et même pour la débauche n'étoit pas un obstacle à ses occupations sérieuses : ceux qui le connoissoient le mieux crovoient voir en lui deux honimes différents'.
Sa naissance lui inspiroit un ressentiment profond des torts faits par la popularité de Marins à la noblesse et à l'état dont ce factieux renversoit les institutions, et qu'il précipitoit dans l'anarchie. Mais la réputation militaire étant le seul chemin qui conduisît à la puissance, Sylla fit tous ses efforts pour se distinguer à l'armée; et, à l'âge de trente et un ans, il parvint à être le questeur de Marins dans la guerre de Numidie. Nous avons vu que la captivité du prince numide fut due presque entièrement à l'adresse du questeur romain. Celui-ci n'eut garde d'en faire honneur à son général, et fit graver sur son cachet ce fjiit important dont il s'attribuoit publiquement tout le mé-
(i) Plutarque, ilans la /'7e de Sylla; Appien, clans le I*^"" livre des Guerres civiles; Salluste, dans Jugurtha; Velleïus, liv. Il ; Valcre Maxime ; Florus, dans V Histoire, et dans \eA Épitonies de Tite-Live, sont les principales sources où j'ai puisé les faits que je rapporte dans cet article. Montesquieu a tracé le caractère de Sylla dans son Dialogue de Sylla et d'Eiicrate : cet excellent portrait est rehaussé par quelque mélange de beauté idéale.
(2) Sulla... litteris grœcis alquelatinis juxta atque doctissinie eruditus , aninio ingenti , cupidus voluptatum , sed gloriœ cupidior (Salluste, Jugurtha, §. Q^). Sylla écrivit lui-même les mémoires de sa vie, qui furent continués par Epiradus son affranchi (Suétone, de Illustr. G ranimât., §. 12). Il avoil composé des pièces de théâtre dans le genre de celles qu'on appelloit Atcllanœ ( Athénée, 1. VI, p. afii ).
(3) Valero 3Iaxinie, 1. VI , c. ix, n" 6.
CllAP. II.
IcglMlvCmfllKll
It-publicaiii.